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Le testament noir

Publié le par Yv

Le testament noir, Patrice Pélissier, Presses de la cité, 2012

Un jeune photographe parti faire des clichés sur les lieux de son enfance, découvre dans son objectif une vieille caisse abandonnée marquée d'un croix gammée. Dans le village de Saint-Ambrose, proche d'Aix en Provence, c'est l'effervescence, car flotte depuis plus de soixante ans la rumeur d'une caisse prise aux Allemands, remplie d'or. Un trésor. Bientôt, c'est une véritable ruée vers le village, d'habitude hors des sentiers des vacanciers. Puis, César Andréani, vieil homme du village, très troublé par la découverte de cette caisse, est retrouvé assassiné, un couteau dans le dos, avec roulé dans sa main, un morceau de papier portant le nom d'un policier, Victor Kobolsian. Ce Kobolsian est policer à Aix et vit des moments difficiles, sa femme est dans le coma, victime d'un accident de la route. Bien qu'il ne se connaisse aucun lien avec ce village, il est dépêché sur les lieux de la découverte et du crime.

Voilà un polar provençal rondement mené, maintenant le suspense jusqu'au bout. Souvent, j'ai des indices qui viennent au fil de mes lectures. Parfois tôt, parfois tardivement, après avoir éliminé plein de suspects, je parviens à découvrir le coupable avant la fin. Là, je me suis fait baladé. Il est vrai que Patrice Pélissier est futé, qui sait jouer avec divers narrateurs et mêler les histoires pour nous embrouiller. Pas dans la compréhension de son roman, mais dans la recherche du ou des coupables.

C'est donc un roman policier bien construit, qui débute par un prologue censé nous donner la genèse du propos, puis, qui alterne les narrateurs (le photographe, le gendarme, le flic, la journaliste, ...), incluant également des pages d'un mystérieux  journal tenu pendant les années 1937/1943 par une jeune fille et qui finit bien entendu par un épilogue. Classique et efficace ! Le suspense latent dans les premières pages, monte dans la seconde partie jusqu'à nous en faire oublier de lâcher le livre pour vaquer à des occupations plus lucratives.

Les personnages de P. Pélissier sont de forts caractères, de fortes personnalités qui s'affrontent sous la chaleur accablante ; ils prennent tour à tour l'ascendant, ne veulent rien lâcher. Point trop caricaturaux, ils ont des forces et des faiblesses. Et même si Kobolsian est sans doute, le plus stéréotypé, l'auteur préfère en jouer : "Loubeyrac avait été impressionné par Kobolsian, parfaite caricature du policier : spectre fatigué au visage rongé par les rides et les cernes. La jeune femme qui l'accompagnait semblait venir d'un autre monde si on la comparait à son collègue. Grande, au physique élancé, elle respirait la santé, malgré des traits fermés." (p.133)

Ce n'est pas un roman policier avec un contexte très fort, politique, historique ou social comme je les aime, car même si l'origine de son intrigue prend racine pendant la seconde guerre mondiale, je ne peux pas dire que celle-ci en soit vraiment le contexte. Mais, c'est un polar avec des personnages attachants, autant dans les enquêteurs que dans les suspects, dans les vies desquels on entre un petit peu, voire un peu plus pour certains. Il nous dit aussi ce que peut être la vie dans les petits villages tant dans les années 40  (c'est à dire dans des années particulières pour la Provence qui n'a été occupée qu'en 1942, alors que le nord de la France l'était déjà depuis deux ans) que de nos jours.

Après son très bon L'homme qui en voulait trop, Patrice Pélissier récidive de très belle manière. A mes yeux, un ton au-dessus du précédent, surtout parce que là, je n'ai rien à dire de négatif : les tics d'écriture un peu désagréables de L'homme qui en voulait trop ont été gommés.

Le problème pour vous, maintenant, mon cher Patrice -j'espère que vous me pardonnerez cette familiarité-, c'est que vous devez faire au moins aussi bien pour le prochain ! Attention à vous, je vous guette, parce que je ne vous lâcherai pas comme ça, maintenant que j'ai pris goût à vos histoires. Stressante cette demande de qualité, n'est-il pas ? C'est de votre faute, fallait pas m'habituer !

Merci beaucoup Laura

 

challenge 1%region.jpg thrillers

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Ça coince ! (7)

Publié le par Yv

Le descendant africain d'Arthur Rimbaud, Victor Kathémo, Éd. Myriapode, 2012

"Racho est un homme originaire de Dirédoua près de Harar en Éthiopie. Sa trisaïeule, femme Amhara d'une certaine élégance, vécut une brève idylle avec Arthur Rimbaud pendant le deuxième séjour de ce dernier à Harar. Comme Rimbaud, Racho fait état d'une veine artistique profonde. Il est sculpteur et offre une nouvelle vie aux bibelots et colifichets qu'il ramasse au Port autonome de Cototrou. Mais son art ne répondant à aucune règle académique, Racho a du mal à se faire accepter par ses pairs et à vivre de son art. Il va ainsi décider de tout laisser tomber et d'aller mener sa vie sur le continent de son illustre ancêtre dans l'espoir d'y recevoir, du fait de sa filiation, un abord princier." (extrait de la 4ème de couverture)

Difficile d'entrer dans ce roman et même d'y rester. L'écriture est déroutante, et les allers-retours entre la réalité, l'irrationalité, l'onirisme sont déconcertants. Un garçon comme moi, prosaïque, terre-à-terre a beaucoup de mal à se retrouver dans les méandres du cerveau de Victor Kathémo. Quelques passages qui racontent la traversée de Racho, sa vie, permettent de s'accrocher un peu, mais ils sont trop disséminés dans le récit pour me retenir jusqu'au bout. Néanmoins, je ne doute pas que ce bouquin puisse trouver son public, l'écriture est plaisante et originale. C'est juste un mauvais choix de ma part qui, au départ m'emballait pourtant.

 

 

Le jardin du mendiant, Michael Christie, Albin Michel, 2012 (traduit par Nathalie Bru)
"Qu'il évoque un accro au crack dialoguant avec le fantôme d'Oppenheimer ou un vieil homme qui tente de renouer avec son petit-fils devenu SDF, Michael Christie ausculte le cœur et l'âme de Vancouver, ses solitudes anonymes et modernes, avec autant d'intelligence que d'humour. Un univers urbain qui nous ressemble étrangement."(4ème de couverture)

C'est un recueil de nouvelles qui s'intéresse aux petits, aux gens que l'on croise dans la rue, parfois sans vraiment les voir. En cela, je trouve que l'idée de départ est excellente. Mais, parce qu'il y a un "mais", bien vite les histoires deviennent un peu longues (bien que ce soient des nouvelles d'environ trente pages chacune). La première part bien, cette femme seule qui ne cesse d'appeler les ambulanciers pour revoir le secouriste dont elle est tombée amoureuse, mais très vite, l'auteur tombe dans du prévisible et rien dans son écriture n'est là pour ajouter le petit plus qui ferait que j'aimerais. Cette écriture qui pourtant change un peu d'une nouvelle à l'autre, assez moderne, mais un rien en dessous ce que j'attendais. Les autres nouvelles ont un peu la même forme : une bonne idée de départ qui retombe vite.

"Un des grands espoirs de la littérature canadienne" selon l'éditeur qui, selon moi, mais bon, je ne suis qu'un simple lecteur, demande confirmation, ce qui est d'ailleurs le lots de tous les espoirs.

Désolé Aliénor, pourtant, il était bien vendu.

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Tais-toi et meurs

Publié le par Yv

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou, Éd. La Branche, 2012

Julien Makambo quitte son Congo natal et arrive en France sous un autre nom, José Montfort. Aidé par Pedro, membre du milieu africain de Paris, il va se faire une place au sein de cette société et vivre de divers petites combines plus ou moins prolifiques. Un jour, un vendredi 13, Pedro lui propose un gros coup. Coup qui le mènera en prison, là où il écrit son histoire, celle qu'Alain Mabanckou rapporte

Je classe ce bouquin dans la catégorie polar eu égard à la collection vendredi 13 de l'éditeur. Ce n'est pas à proprement parler un roman policier. Alain Mabanckou décrit le monde de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) et le milieu africain de Paris. Celui des petites magouilles. Son (anti)héros est un pauvre garçon qui tombe dans un environnement qui le dépasse et qui l'amène à avoir des comportements répréhensibles bien que plutôt bénins. On découvre également la suspicion des uns par rapport aux autres selon leurs pays d'origine voire même selon la région s'ils sont du même pays. La solidarité africaine existe, certes, mais avec une certaine méfiance entre ethnies et nationalités. L'auteur montre aussi les appartements partagés à plusieurs, la promiscuité et la difficulté de vivre ensemble, parfois comiquement comme cette fois où Julien ramène une fille à l'appartement et que pris d'une envie pressante, il part aux toilettes et que :

"De retour dans le studio, j'ai entendu Bijou hurler de plaisir :

- Continue, chéri ! Continue, mon amour ! Ne t'arrête pas ! Défonce-moi, chéri ! Défonce-moi !

J'ai allumé la lumière. Il y avait quelqu'un sur elle. C'était Bonaventure. Bijou a vite ramassé ses affaires et s'est enfuie, tandis que Bonaventure et moi nous chamaillions sous les éclats de rire des autres colocataires, tous réveillés." (p.83)

Toute l'aventure de Julien se passe dans les quartiers de Paris dans lesquels la population d'origine africaine est nombreuse, dans les restaurants, les cafés. Alain Mabanckou excelle dans les alternances de moments graves et de moments plus drôles, comme des discussions oiseuses entre plusieurs protagonistes, ou des descriptions physiques, notamment des rois de la SAPE. C'est vrai que le costume vert diabolo-menthe de Julien, associé à une cravate et des chaussures bordeaux, doit valoir le coup d'oeil.

Et puis, plus largement, l'auteur décrit la pègre africaine et plus particulièrement, la pègre congolaise, entre les faux-papiers, les vols de chéquiers, les changements d'identité et une véritable économie parallèle -ou souterraine- de contrefaçons de marques, de billets de train, de métro. Bref, un monde qui m'est totalement inconnu sur lequel A. Mabanckou met le viseur. Un monde dans lequel un service n'est pas gratuit. Contrepartie sera demandée, mais personne ne sait encore quand ni sous quelle forme.

Il parle aussi de tous ces hommes et femmes venus d'Afrique pleins d'espoir et qui se retrouvent confrontés à la triste et dure réalité de la vie quotidienne en France : plus de travail, pas d'argent, logements insalubres, ...

Je vous le disais pas vraiment un polar, même si l'aventure qui va mener Julien en prison est suffisamment bien racontée, l'auteur sachant réserver quelques surprises et effets et les servir aux bons moments.

Encore un très bon titre de cette collection, décidément excellente et un très bon livre de Alain Mabanckou qui ne me déçoit jamais (bon, un tout petit peu sur Demain, j'aurai vingt ans, mais c'est oublié). Quels talents !

Merci Léa de chez Gilles Paris.

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La patiente

Publié le par Yv

La patiente, Jean-Philippe Megnin, Le Dilettante, 2012

Vincent est gynécologue à Paris. Sa vie est tranquille, paisible, entre le défilé des femmes qui viennent le consulter et son amour pour Bach. Un jour, il reçoit une nouvelle patiente, Camille D. qui l'intrigue. A raison. D'une seule remarque elle fendille la douce vie du médecin qui, dès lors aura à la fois autant de désir que de crainte de la revoir.

Voilà pour mon résumé volontairement succinct et sibyllin, je déconseille d'ailleurs à tous de lire la présentation de l'éditeur : le rabat de 1ère de couverture est très largement suffisant pour préserver les surprises de ce livre.

C'est un roman court : 158 pages aérées aux petits paragraphes. En si peu de pages, JP Megnin monte une histoire assez incroyable et finement racontée. Camille est une très forte personnalité qui en impose à ses interlocuteurs, Vincent en premier :

"Je me suis rendu compte à ce moment que cette femme que je connaissais à peine avait sur moi un ascendant qu'aucune de mes patientes n'avait jamais eu, jusqu'à s'imposer par un mot, une attitude, un regard. L'exact inverse de la relation habituelle entre le soignant et le soigné. Surtout ne pas la contrarier." (p.41)

Cette femme, par de simples révélations a priori anodines va faire voler en éclat la vie de Vincent. Doucement, lentement, mais irréversiblement. Lui qui jusque là vivait une vie heureuse sans vraiment de souci va se réveiller à la douleur, à la souffrance.

"La souffrance, ça fonctionne par étapes. Ce n'est pas un sentiment. Souffrir, c'est prendre conscience, petit à petit, des différentes composantes de la douleur.

Le plus dur après le précipice de l'instant fatidique, c'est de s'installer dans l'après. Intégrer l'idée que désormais on ne pourra plus jamais parler au présent ; qu'il y a eu un avant, irrémédiablement clos. Que maintenant, c'est l'après." (p.89)

Je ne voudrais pas que vous pensiez que ce livre est totalement plombant et qu'on en ressort avec des idées noires. Certes, ce n'est pas une pantalonnade, JP Megnin ne fait pas ici étalage de son humour, mais plutôt de sa finesse (encore que ces deux termes ne puissent pas vraiment être opposés, puisque l'humour peut être fin, mais c'est un autre débat). Son intrigue est subtilement menée et racontée. Tout est dans les personnages, leurs confrontations, leurs révélations. Rien d'autre, si ce n'est l'amour de l'auteur pour le Quartier Latin et pour la Bretagne (l'île de Houat notamment). Un homme qui aime la Bretagne ne peut pas être mauvais (il y a sûrement quelques exceptions, Jean-Marie LP par exemple), et je suis sûr que beaucoup (je suis optimiste) de lecteurs de ce blog (si si il y en a !) ne me contrediront pas. Mais impartialité oblige, je ne dis pas que ce livre est bon parce que JP Megnin aime la Bretagne (ce serait lui faire injure) mais tout simplement parce qu'il est bon.

Il est noté dans la présentation de l'éditeur -que j'ai lue après le livre- que l'auteur "marche sur les traces de Boileau-Narcejac" réputés pour leurs romans policiers s'axant autour de personnages retors et complexes. Un compliment assurément qui sied à ce roman et à son auteur qui décortique les sentiments, les relations entre ses protagonistes admirablement. Aucune raison de passer à côté de ce roman qui se lit très vite, en une soirée. Si vous n'êtes pas encore convaincus, allez donc voir Sandrine, peut-être parviendra-t-elle à vous tenter plus que moi ?

 

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Libellules

Publié le par Yv

Libellules, Joël Egloff, Buchet-Chastel, 2012

Recueil de petites histoires du quotidien. Pas des nouvelles à proprement parler. Juste des petits moments de la vie ordinaire. On croise plusieurs fois un petit garçon curieux qui pose beaucoup de questions sur la vie et la mort, une petite vieille collectionneuse, un cinquantenaire naïf et solitaire, une famille adepte du secouage du linge par la fenêtre ou encore des adolescents un peu timides et empruntés.

J'ai lu pas mal de livres de Joël Egloff : L'homme que l'on prenait pour un autre, Edmond Gaglion & fils, L'étourdissement (tous ne sont pas sur ce blog, car lus avant sa création), et chaque fois l'auteur m'a emmené dans un monde imaginaire au bord de la réalité et de l'irrationnel. Là, son virage est total : il décrit par le menu et dans des détails très précis des tranches de vie qui seraient banales s'il n'était pas là pour les raconter. Récemment, j'entendais Daniel Picouly à la radio qui disait qu'il n'arrivait des histoires qu'à ceux qui savaient les raconter ; il prenait l'exemple du collègue qui tous les matins a une mésaventure ou une anecdote à narrer à tous ; en écoutant bien, on s'aperçoit qu'il ne lui arrive pas plus d'aventures qu'à nous, mais lui, il sait les raconter au contraire de nous ! Eh bien, Joël Egloff est ce collègue. Il voit ce que l'on ne voit pas et surtout il sait le raconter. Un signe ? Au début de ma lecture, comme à chaque fois que je lis un recueil de textes ou de nouvelles, à la table des matières, je coche celles qui me plaisent, qui me marquent. C'est d'ailleurs toujours un dilemme, car de quel côté apposer ma croix ? Devant le titre ? Après le numéro de page ? Où sera-t-elle la plus visible ? Et dois-je faire une croix, un simple trait, un astérisque ? Devant tant de questions existentielles, j'ai décidé d'un commun accord avec moi-même de cocher d'une croix en forme de "x" avant le titre, et puis, finalement, j'ai cessé de faire mon signe de qualité assez vite devant l'excellence de toutes ces petites histoires. Ben, oui, il ne sert à rien de tout cocher !

Pour les extraits dont j'ai l'habitude d'émailler mes avis, c'est pareil, lequel choisir ? Je ne vais quand même pas citer un texte entier. C'est agaçant ces écrivains qui m'obligent à faire des choix cruciaux. Bon, en voilà un au hasard qui peut résumer l'atmosphère du livre : très précise dans les détails et dans les préoccupations des narrateurs, très bien écrite, simplement avec beaucoup d'humour, de décalage et une parfaite connaissance de la vie domestique quotidienne  :

"Je suis allé chercher une pelle et une balayette que je n'ai pas trouvées à leur place habituelle, ni là où elles se trouvaient d'ordinaire lorsqu'elles n'étaient pas à leur place habituelle. A force de fouiller tous les réduits et les placards, j'ai fini par mettre la main sur la pelle, mais je n'ai pas retrouvé ma balayette, et cela m'a découragé." (p.176)

Joël Egloff met aussi en parallèle la vie de son narrateur écrivain avec ses doutes et les affres de l'écriture. Comment réussir à faire dix ou quinze lignes par jour ? A ce propos, je me suis toujours demandé si ce genre de petits textes n'étaient pas des "entre-deux" , des textes écrits à des périodes diverses que l'on rassemble pour faire un livre entre deux romans. Non pas que je considère le roman comme le genre ultime, mais c'est l'effet que ça me fait souvent en les lisant : un livre d'attente avant un autre plus conséquent, un peu comme un chanteur fait un album de reprises avant de revenir à de nouvelles chansons. Ne m'en veuillez pas cher Joël de dire ici mes interrogations (qui n'engagent que moi), d'autant moins que des livres d'attente comme le vôtre, j'en veux bien tous les ans !

"Je n'étais pas dans un grand jour, voilà tout, je l'avais senti tout de suite, à peine installé à ma table. Ce n'avait pas été une très bonne semaine non plus, d'ailleurs, pas plus que le mois n'avait été mémorable. Mieux vaut ne pas parler du trimestre. L'année, globalement, avait été assez brumeuse. J'ai voulu prendre un peu de recul et faire le point. Je me suis mis à compter les signes, les mots et les pages, afin de savoir où j'en étais, à peu près, de ma traversée au long cours." (p.181/182)

Tout cela pour dire, mes divagations en sus, que ce livre est à garder à portée de main, pour lire et relire ces petites histoires régulièrement. Clara dit à peu près la même chose que moi et Zazy n'en pense pas moins de bien. J'en connais une de blogueuse qui doit déjà saliver à l'idée de lire ce recueil si j'en juge par sa fidélité envers un livre du même acabit (ici), n'est-ce pas Hélène ?

PS : en plus, chez Buchet-Chastel, ils ont de belles couvertures dans un papier légèrement granuleux (nid d'abeilles) du plus bel effet ; celle-ci est sobre, élégante, belle tout simplement.

Merci Bénédicte.

 

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Le dernier Lapon

Publié le par Yv

Le dernier Lapon, Olivier Truc, Métailié, 2012

Kautokeino, extrême nord de l'Europe, Laponie centrale. C'est la nuit polaire depuis 40 jours ce 10 janvier. Le lendemain, le soleil fait sa réapparition pour 40 minutes seulement ; les températures frisent le moins trente degrés voire le moins quarante. Un tambour ancestral de chaman de la communauté samie vient d'être volé au musée. Kelmet Nango, Lapon, membre de la police des rennes et sa nouvelle partenaire, Nina, jeune policière débarquée du sud de la Suède enquêtent. L'affaire se corse lorsque Mattis Labba, éleveur de rennes, Lapon, fils et petit-fils de chaman est retrouvé assassiné dans son gumpi, "un mélange de caravane et de baraque de chantier, en plus petit" (p.22).

Je préfère prévenir en préambule, je risque de m'emballer de me laisser aller à de la dithyrambe. J'ai un vrai coup de coeur pour ce polar nordique -on ne pourrait plus- écrit par un Français connaissant bien la région, puisqu'il vit en Suède.

D'abord l'écriture est très simple : phrases courtes, efficaces allant droit au but. Pas d'effet de style, c'est basique -là, c'est un compliment- sans fausse note, sans faute de goût.

Ensuite, la région est formidablement décrite, entre les montagnes éternellement blanches, les lacs gelés, les tentes lapones, les élevages de rennes, ... ça donnerait presque envie d'y aller. De fait, ça accentue mon envie de visiter ces régions froides : je suis beaucoup plus tenté par la visite du nord de l'Europe que par celles chaudes et ensoleillées du sud. Olivier Truc est donc pour moi un tentateur. Le temps de chausser mes bottes et ma chapka et je suis -presque- prêt à partir.

Puis, les personnages sont bien campés, bien décrits. Olivier Truc dresse toute une galerie : le Lapon fier et combattant pour la reconnaissance de son identité, celui qui ne sait plus s'il est vraiment un Lapon ou un Suédois (Kelmet, le flic), celle qui prend fait et cause pour eux (Nina, l'autre flic) et les racistes en tout genre qui ne sont pas l'apanage de la Suède, on a tous autour de nous des crétins de ce genre. Pas de caricature c'est malheureusement une triste réalité que l'auteur décrit, entre une montée des revendications pour une reconnaissance des minorités et l'envolée des thèses racistes et de défense d'une civilisation qui serait "supérieure" : "Les Samis sont la dernière population aborigène d'Europe. La façon dont on les traite et dont on traite leur culture et leur histoire, en dit long sur notre capacité à appréhender notre histoire." (p.134) Je ne connaissais rien des Samis ou des Lapons. Je ne savais pas à quel point ils avaient été eux aussi persécutés par les pasteurs protestants afin de renoncer à leurs pratiques rituelles et épouser la religion. "Pendant des décennies, les pasteurs suédois, danois ou norvégiens nous ont pourchassés pour confisquer et brûler les tambours des chamans. Ça leur faisait peur. Pensez donc, on pouvait parler avec les morts ou guérir. Ils en ont brûlé des centaines, des tambours." (p.41) Je ne savais pas non plus qu'ils faisaient toujours l'objet d'un racisme quotidien, d'une sorte de complexe d'infériorité. Certains d'entre eux sont encore marqués par cette religion qui les a brimés, les a empêchés de vivre selon leurs principes et préceptes. Certains sont toujours sous la coupe de l'église ou de la secte laestédienne, puisque leurs parents ou grands-parents ont été convertis par le pasteur Lars Levi Laestaddius lui-même ou par ses disciples (voir ici et deux liens vers des articles concernant cette religion et les hommes censés la faire appliquer, dont un article signé Olivier Truc).

Enfin, l'intrigue ou devrais-je dire plutôt les intrigues. Il est malin Olivier Truc. A la manière des polars nordiques très en vue ces dernières années, son héros de flic va lentement : "Mais moi, j'avance sur des faits. Et ça prend du temps. Si tu veux de l'action, va donc rejoindre Brattsen, il est moins pointilleux que moi. Il arrête d'abord, il pose les questions après. J'avoue, j'ai tendance à prendre les choses dans l'autre sens." (p.326). Plusieurs pistes s'ouvrent à lui, il les suit. Il n'est pas persuadé que le vol et le crime soient liés, il vérifie donc tous les indices. Quitte à se dédire ensuite si les faits prouvent le contraire de ce qu'il croyait. Il est tenace et sa collègue itou. Elle le soutient, le seconde et parfois même le devance dans ses déductions. M'étonnerait pas qu'ils reviennent pour d'autres aventures ces deux-là ! Parce qu'en plus, Olivier Truc, il lâche des bribes sur leurs vies personnelles, mais rien de trop, juste de quoi appâter le lecteur -et ça marche,  je suis sans doute une proie facile, mais je ne dois pas être le seul à m'être fait prendre.

Un bonus supplémentaire pour la toute fin que je ne raconterai pas évidemment -même sous la torture, je ne dirai rien. Niet ! Nada ! (je me mets à la langue, une partie de la Laponie est russe). Très bien vu donc ce final qui appelle une suite et qui ne mâche pas tout le travail : le lecteur est mis à contribution.

Vachement -rennement plutôt- bien ce polar dans lequel en plus de suivre une passionnante enquête on apprend plein de trucs (pardon Oliver, mais j'étais obligé. On a dû vous la faire dix mille fois, mais moi, c'est la première. Suis-je pardonné ?). Moi, un polar qui m'instruit et me distrait, non seulement je dis oui, mais en plus je vous le conseille très très fortement.

Merci Valérie.

 

challenge 1% thrillers

PS : Sous la torture, je ne dirai rien, c'est évidemment une formule, je suis un petit être faible, fragile et corruptible facilement. Un garçon facile quoi. Une (très) bonne tablette de chocolat (noir, il va sans dire) et je peux lâcher quelques informations.

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L'autobus

Publié le par Yv

L'autobus, Eugenia Almeida, Métailié, 2012 (réédition : paru en 2007. Traduit par René Solis)

Un petit village d'Amérique du sud. Tout est paisible, trop même ; il ne s'y passe jamais rien. Un vague voyageur de commerce de temps en temps avec une femme qui n'est pas la sienne pour attiser les discussions. Mais depuis deux ou trois jours, l'autobus qui relie ce village aux villes passe mais ne s'arrête plus, au grand dam de Ponce, l'avocat qui veut y faire monter sa jeune sœur Victoria pour qu'elle retourne chez elle, à la ville. De même, la barrière du passage à niveau a été descendue et n'est pas remontée, isolant ainsi totalement le village. Les habitants se posent des questions.

Tout petit roman de 127 pages qui ne paie pas de mine et qui est loin d'être anodin. Grâce à son écriture sèche, directe et sans fioriture, Eugenia Almeida va droit au but et raconte la vie dans un pays au gouvernement autoritaire et surtout dans les petits villages reculés, ceux dans lesquels les gens ne sont à la pointe ni de l'information ni de la contestation. Ils subissent les différents régimes, les lois strictes parce que leur premier souci est de manger à leur faim et de nourrir leur famille.

L'isolement du village permet à l'auteure de revenir en arrière et de raconter la vie des ses principaux personnages : notamment celle de Ponce, l'avocat ; de dire comment il se retrouve là, dans le village le plus reculé du pays alors qu'il était promis à un avenir brillant.  "Ils arrivèrent au village par une matinée terreuse. Les maisons semblaient incrustées dans un puits. Pourtant, quand on regardait tout autour, il n'y avait que la plaine, pas une ondulation, pas une colline, le plat à perte de vue. Ponce se sentit réconforté par l'aridité du lieu." (p.51)

Les rapports entre les différents personnages sont bien étudiés : les riches d'un côté du village et les pauvres de l'autre. Le seul qui fasse différemment, Ponce, est assis entre deux chaises et s'il peut se prévaloir d'un certain respect des petites gens, il peut se perdre d'un rien. Un mauvais geste, une attitude hautaine ou ridicule et voilà que le respect disparaît. Les intervenants sont assez typiques mais pas caricaturaux, entre le cafetier et les commerçants qui papotent et colportent les ragots, les rumeurs, le flic qui obéit aux ordres prudemment, sans demander d'explication et les "touristes" profitant des bienfaits du soleil et de l'hôtel en attendant l'autobus.

Le village également est très présent, le climat aussi, que l'auteure décrit avec peu de mots : "La journée s'écoule, écrasante et désolée, la chaleur et la poussière se déposent sur les os. Les rares qui sortent dans la rue cherchent l'ombre." (p.106)

On se laisse facilement prendre à ce petit livre qui, par sa forme et par l'histoire qu'il raconte m'a rappelé des romans sud-américains traitant des mêmes thèmes. Il doit y avoir une sorte de marque de fabrique de très bonne qualité, sans doute les années de dictatures notamment en Argentine, pays dans lequel Eugenia Almeida enseigne la littérature et la communication et écrit.

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La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis

Publié le par Yv

La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis, Francis Dannemark, Robert Laffont, 2012

Une bande de cinquantenaires (la fourchette va de 75 à à peine 40 ans, avec une grosse majorité aux alentours de 50 ans) se retrouve tous les mercredis soirs dans une grande maison bruxelloise pour un ciné-club. Deux hommes, Max, psychologue qui habite la maison et Jean-François, le cinéphile. Les autres, huit femmes (Judith, Muriel, Felisa, Sarah, Marie-Louise, Annick, Kate, Catherine). Tous sont amis, se connaissent bien ou apprennent à se connaître et s'entendent merveilleusement bien. Oui, mais la maison craque, cette maison qui recueille les confidences, les doutes pourrait disparaître ; chacun  fait alors un peu le point sur sa vie, sur ses amours. C'est une année entière qui commence par un hiver rigoureux qui sera propice aux changements, aux prises de résolutions.

Quel charmant roman ! Un moment de félicité dans ce monde de brutes. L'ambiance est joyeuse du début à la fin, c'est un roman qu'on lit le sourire aux lèvres. Jamais mièvre pourtant, plutôt positif ! Alors, on se prend à rêver de vivre dans une telle maison, où rien n'est source de conflit, où tout est débattu en groupe ou en simple tête-à-tête.

Sous couvert de légèreté, Francis Dannemark (qui, comme son nom l'indique est... belge), aborde des thèmes sérieux : l'amour, la mort, la solitude, la peur de vieillir, celle de finir seul(e), l'amitié (entre hommes et femmes notamment). Ces hommes et ces femmes sont à un tournant de leur vie et décident de s'arrêter un instant pour en faire un bilan, pour savoir s'ils continuent de la même manière ou s'ils changent un peu ou totalement.

Deux passages résument parfaitement ce livre : "Il songea à ce qu'un vieux libraire lui avait un jour expliqué : la poésie, ce sont des répétitions -des mots qui reviennent, des sons- et quelques variations ; une vie poétique, c'est la même chose : des rites, des habitudes, des gens et des saisons qui reviennent, avec quelques variations, bien sûr et des surprises..." (p.134/135) et "La solution n'est pas dans les objets." (p.183) Discours totalement à l'opposé des standards actuels : aujourd'hui où il est de bon ton de tout tester, de faire des expériences, de posséder.  L'avoir plus que l'être ! Ce livre est celui sur l'amitié qui dure, que rien n'use. Sur les relations entre des personnes.

Et puisqu'il y est beaucoup question de cinéma, de la même manière qu'on parle de film choral, je pourrais dire que c'est un roman choral, un roman de copains. Un film -ou plutôt deux- pourrait venir  à l'esprit immédiatement -l'auteur en parle d'ailleurs-, mis à part qu'il y est question d'hommes plus que de femmes : ce sont Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis de Yves Robert. Même atmosphère, même sourire en voyant les personnages, même plaisir à les voir et même serrement à les quitter.

Parlons maintenant  de la forme. Construit en petits chapitres, ce roman peut se prendre et se poser rapidement : on lit un chapitre, on rit, on repose et on refait cela un petit moment plus tard. L'écriture est humoristique, simple et accessible. Tout est là pour faire passer un excellent moment au lecteur. Pari réussi pour moi. En plus, à la fin, il y a un rappel des principaux personnages rapidement décrits (fort utile lorsqu'on est perdu dans les prénoms) et une dizaine de pages répertoriant les films dont Jean-François parle, les livres et les sites utiles pour les amateurs de cinéma.

Pour conclure, un avertissement : ouvrir ce roman procure des sensations de joie et de bonheur. La maison, qui est le véritable personnage principal de ce roman est un havre de paix, une oasis de bonheur dans laquelle lenteur, rires, tendresse, gestes attentionnés, écoute des autres sont les maîtres-mots.

Vous l'aurez compris, je ne suis absolument pas objectif et ce livre qui semble être une joyeuse plaisanterie pourrait bien être plus profond qu'il n'y paraît et drôle et bien écrit. Et en plus, il a un très joli et long titre.

 

challenge 1%

Un avis aussi enthousiaste ici.

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L'école 100% humour

Publié le par Yv

L'école 100% humour, Christophe Besse, Le cherche midi, 2012

"Enfin un livre de dessins d'humour uniquement inspiré par l'école, une irrésistible galerie de portraits de profs et d'instits aux prises avec l'administration, les gamins rebelles et les parents déboussolés !
Fort d'une trentaine d'années d'expérience en littérature jeunesse, Christophe Besse est un observateur privilégié de l'univers enseignant et des cours de récré. La cantine, la visite au musée, le spectacle de fin d'année, le café dans la salle des maîtres, la chorale, la piscine, la classe transplantée... c'est comme si vous y étiez !
Si vous êtes prof, vous rirez de ce qui se passe dans les classes de vos collègues. Si vous êtes élève, vous pourrez faire partager à votre famille les journées palpitantes passées à l'école. Enfin, si vous êtes parent, vous tenez en main le guide pratique universel pour apprendre à communiquer avec l'instit de votre enfant." (4ème de couverture)

Pas toujours facile de parler d'un livre de dessins, surtout en cette rentrée littéraire chargée. Eh bien, me voilà donc bien embêté ! D'autant plus que j'aurais aimé vous montrer des dessins, mais je n'en ai pas trouvé. Alors, je rame. Oui, mais c'est sans compter avec Internet et le cadeau de Christophe Besse himself, qui après avoir lu mon article me fait parvenir gentiment deux dessins. Celui qui suit est un de ceux que je préfère dans le livre :

rentrée GIGN

(Le texte est le suivant :"- Ils sont tous à l'intérieur, je veux plus y aller maman !!!

- Ecoute moi ! Tu m'écoutes mon fils ? Tu rentres dans ta classe en donnant un grand coup de pied dans la porte et tu leur dis : "- J'ai préparé la rentrée au GIGN, le premier qui moufte, je le crucifie au tableau ! Vas-y répète..."

L'école est un thème que tout le monde connaît en tant qu'élève au moins, prof peut-être, parents aussi. Christophe Besse prend tous les points de vue, les décortique et les caricature pour les rendre drôles (certains n'ont même pas besoin de cela, ils sont drôles naturellement). Ses gamins sont des espèces de Petits Nicolas modernes, pas méchants, juste chahuteurs, à fond dans leur époque connectée. Les profs, eux, sont souvent à l'inverse, déconnectés, parfois vaches, durs et font avec les moyens du bord. Les parents sont débordés ou très présents s'ils sont élus. Ce n'est pas la BD Les Profs, (ben, non, y'a pas Amina, la prof de français !), ce sont des dessins, sans scénario, des dessins parus dans un journal professionnel.

On sent que Christophe Besse connaît bien le milieu qu'il dessine. Certains dessins touchent un peu moins leur cible, mais dans l'ensemble, quel que soit votre statut, élève, prof, parent, vous rigolerez et vous détendrez entre deux livres parmi les 600 et quelques qui sortent en ce moment. Et puis, ça vous changera des attendus d'A. Nothomb, P. Djian et consorts (là, j'ai mis un peu de sarcasme, parce que en voici deux que je ne lirai pas. Jamais lu la dame aux chapeaux et déjà lu le monsieur sans chapeau, mais pas envie ou de tenter l'expérience ou de la renouveler).

Et pour conclure le dessin "teaser" du livre (merci Christophe):

 

teaserlecolelelivre.JPG

 

challenge 1%Hérisson a aussi un avis.

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