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A l'heure où les hommes vivent

Publié le par Yv

A l'heure où les hommes vivent, Delphine de Malherbe, Plon, 2014..

Franck est chercheur au CNRS. Il vit pour le travail à tendance à délaisser un peu sa femme Elisa et leur fille adolescente Alex. Il souffre de la notoriété de son père et considère qu'il ne l'aime pas. Deux événements quasi simultanés viennent remettre en cause ses certitudes : le suicide de John, son collaborateur et ami et l'incendie de sa résidence secondaire de Vincennes. 

Autant le dire d'emblée, je suis circonspect. Ai-je lu un bon roman ou un ramassis de questionnements divers et tellement nombreux qu'on pourrait croire à un inventaire ? Suis-je dans un livre qui pose des questions existentielles ou dans un bouquin qui amoncelle des clichés, des stéréotypes ? Les personnages sont-ils attachants, meurtris ou désagréables, lymphatiques et incapables de se bouger ? Tout à tour mon opinion à varié entre ces deux positions. Le début est formidable, cet homme qui regarde brûler sa maison sans pouvoir bouger : "Ma maison brûle et, dehors, je reste. Je reste et je regarde, effrayé, sans tâcher une seule seconde d'aider à éteindre l'incendie. Je suis en un instant devenu cet homme statufié, immobilisé, comme envoûté. Le feu mange mes murs tandis que des images de John juste avant sa mort m'assaillent." (p. 15) J'avale les premières pages avec avidité, sûr de me trouver dans un roman qui va me plaire jusqu'au bout. Mais je déchante, Delphine de Malherbe ayant le chic de passer des belles pages à une logorrhée parfois à peine supportable dans laquelle elle mélange tout, les amours et les doutes de Franck, le burn-out, la mort de John, les effets de la crise, la montée des extrémismes et des pratiques sexuelles SM en Angleterre, les épidémies, ... Tout est mélangé, balancé comme cela au détour d'un ou plusieurs phrases ; rien n'est approfondi, c'est absolument gratuit et ... sans intérêt ! 

Et puis elle revient sur des idées plus travaillées comme la difficulté de se comprendre entre parents cinquantenaires et enfants adolescents. Ces parents qui ont eu des rêves, des combats et qui les ont abandonnés au profit d'une vie confortable passée à travailler, le nez dans le guidon, sans voir que le monde à côté d'eux évoluait ; ces ados qui ont encore des détestations, des indignations et qui veulent que le monde bouge enfin dans un sens plus solidaire. L'éternelle différence entre les jeunes et les adultes et le hiatus entre les jeunes que les adultes ont été et ce qu'ils sont devenus. Franck s'éveille au monde grâce à sa fille de 15 ans, à qui il inflige tout de même deux gifles et une troisième retenue de justesse en 120 pages ! Il est bien sûr question de la réussite d'une vie, mais à quoi la mesure-t-on ? A sa vie sociale ? A sa vie familiale ? A sa vie professionnelle ?

Delphine de Malherbe pose beaucoup de questions, ne donne pas de réponses, et tant mieux. A chacun de les chercher en lui. En quatrième de couverture, il est écrit : "Après avoir traité des tabous féminins avec succès, Delphine de Malherbe s'attaque à l'univers masculin." Avec succès, la page n'en dit rien ? Comme je le disais en début de billet, je reste réservé, je ne me suis absolument pas reconnu en Franck, je le trouve égocentrique, agaçant (pour ne pas dire plus), antipathique (je vois ici des dames qui sourient en se disant que c'est la définition même d'un homme). J'ai été tour à tour emballé et énervé par l'écriture de l'auteure et par la teneur de ses propos, je reste donc mitigé, mais parfois, c'est bien de ne pas savoir réellement si l'on a aimé ou pas un roman, ça fait parler, ça dérange et c'est le propre de la littérature.

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A tire d'elles

Publié le par Yv

A tire d'elles, récits de vie, Jenny Desbois, Auto-édition choisie, 2013...,

Jenny Desbois, auteure de poésie et de polars vit à Rezé près de Nantes. Là, elle fait des rencontres, notamment celles d'Edith, de Maya, de Massada et de Fangie, quatre femmes qui se racontent. Elles ont en commun d'être nées dans les années cinquante, d'avoir donc vécu la révolution sexuelle de la fin des années soixante, le droit et l'émancipation des femmes en tant que jeunes femmes ou d'être jeunes femmes juste après les luttes de leurs grandes sœurs et de pouvoir alors s'affirmer en tant que femmes dans un monde masculin.

Edith est née en 1950 en Tunisie, pays qu'elle quittera en 1964 pour venir vivre à Rezé, sous l'emprise d'un père très présent. "Douloureuse expérience pour une adolescente de 14 ans, que celle de quitter son lieu d'origine pour découvrir un pays d'adoption dont seuls ses parents étaient natifs. De cette France inconnue, il faudrait faire sa terre, son lieu de reconstruction, celui de ses retrouvailles avec une tribu familiale encore étrangère." (p.33) Elle deviendra esthéticienne, sa mariera et sombrera dans l'alcoolisme, avant d'en sortir puis replonger puis d'en sortir de nouveau et de se tourner vers les autres. 

Maya est née en 1958, de parents peu instruits, ruraux qui viendront s'installer à Nantes, se confronter à la vie urbaine tellement loin de leur éducation. Maya a été conçue avant le mariage et ça, dans les campagnes de l'époque, très empreintes du "rigorisme du catholicisme des cinquante premières années du vingtième siècle" ce n'est pas bien vu ; "la "fille-mère" portera à sa charge la double peine : celle de mettre au monde un bébé sans forcément avoir la reconnaissance du père, et celle de mettre sa propre famille en lumière de manière négative, parce que réprouvée par l'église, pesant encore de tout son poids dans le milieu rural" (p. 74). Maya grandira en ville, fera des études, fondera une famille avec Tom et militera diversement tout en gardant très présentes sa foi et son implication dans l'église et les mouvements catholiques ouvriers.

Massada naît en 1950, c'est une femme volontaire, décidée au caractère trempé : "Je m'appelle Massada et je suis née en colère. Les femmes de la famille avec lesquelles je partageais le quotidien, n'avaient pas trouvé grâce à mes yeux. [...] Je savais intuitivement qu'il me faudrait créer ma vie de toutes pièces, indépendamment des modèles reçus. Je ne voulais surtout pas être enchaînée à la lourdeur familiale qui m'avait oppressée lorsque j'étais enfant...On ne m'imposerait rien, je serais indomptable..." (p.117) Abandonnée par son père, très indépendante, elle vit intensément ses relations, ses passions.

Fangie  naît en 1958, non désirée, la troisième de la fratrie, un accident. Accident qui obligera sa mère, femme qui travaille (et qui gagne plus que son mari, à l'époque, c'est très rare, encore plus que maintenant) à démissionner et à s'occuper des trois enfants, épreuve qu'elle ne surmontera jamais vraiment. Fangie grandit, se marie et fait des enfants mais ne renonce pas à exercer sa profession, contrairement à sa mère ; même lorsque son mariage risque le naufrage, elle ne renoncera pas à travailler comme l'espère son mari. "C'était comme une lente érosion, une atteinte à mon intégrité et à ma liberté, de celles qui ne pardonnent pas. Je me voyais sans cesse reprocher les obligations professionnelles qui étaient les miennes et je ressentais cela comme l'emprise d'une main masculine visant à étouffer ce qui vibrait en moi." (p. 175) 

Quatre femmes, quatre histoires qui auraient pu se ressembler, qui se ressemblent par certains points, parce que nées dans des milieux similaires, dans les mêmes années, des femmes aux mêmes aspirations de liberté. Et au final quatre histoires totalement différentes, parce que chaque chemin est personnel, chaque rencontre œuvre en nous de manière différente.

Jenny Desbois parvient sans peine à nous intéresser à ces vies de femmes "normales", grâce à une écriture vivante, à la troisième personne pour Maya et Edith avec beaucoup d'extraits de leur parole et à la première personne pour Fangie et Massada. Ce n'est pas vraiment mon type de lecture habituel, et si on ne m'avait pas mis ce livre en mains, je ne l'aurais sans doute point ouvert, mais je l'ai ouvert et j'ai été très agréablement surpris par la qualité de l'écriture qui ne cède pas aux facilités, parfois travaillée avec de belles longues phrases, parfois plus orale, poétique (des extraits de poèmes de l'auteure, d'Andrée Chédid, de JL Aubert et Barbara). Un très bon travail de dialogue, d'écoute et d'écriture sur des femmes libres et vivantes. 

Le livre est en vente au prix de 15 € (commande et réservation : jenny.desbois@laposte.net), le bénéfice éventuel est reversé à des associations locales. Une belle lecture doublée d'une bonne action à quelques jours de la journée de la femme, ça ne se refuse pas !

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L'herbe noire

Publié le par Yv

L'herbe noire, Pierre Willi, Ed. Krakoen, 2014...,

Treunouille, dans la Haute-Vienne, un hameau perdu. Vivent là une famille de fermiers en activité et toujours au travail et deux ou trois autres maisonnées plus ou moins parentes, ne travaillant plus à cause de l'âge ou des promesses faites par la Politique Agricole Commune. Il y a aussi une ou deux résidences secondaires peu utilisées. C'est là que vivent pour les vacances au moins, Paulin, treize ans et demi, Nana, 14 ans qui ne parle plus, Gérard son frère, un fou d'armes qui a initié les plus jeunes à leur maniement. Gabriel, 17 ans vient passer quelques jours dans la résidence de ses parents. Il suffit d'un dérapage, d'une gâchette sensible pour que tout parte en vrille. Le trio (sans Gérard) s'échappe semant sang et désolation derrière lui.

Quelle ambiance les amis, quelle ambiance ! Pierre Willi décrit un hameau ravagé par l'inactivité, l'alcool, les armes et sans doute une certaine consanguinité qui ne donne rien de bon. C'est opaque, poisseux, noir, ça sent le purin, le lisier, les relents d'alcool que les parents des jeunes ingurgitent en grosse quantité et la poudre. La langue de Pierre Willi est âpre, hachée, argotique parfois, technique lorsqu'elle parle des armes, use de néologismes de francisations de termes anglo-saxons ; elle fait parler alternativement un narrateur omniscient ou Paulin qui n'est pas un Saint (j'ai essayé de l'éviter celle-ci, mais je n'ai pas pu, mes doigts ont surpassé ma volonté de donner une peu de tenue à cette chronique). Un bémol cependant, malgré tous mes compliments sur l'écriture de l'auteur, j'ai trouvé que le bouquin tardait à démarrer et que même lorsque le sang avait commencé de couler, il manquait du rythme, ce qui est paradoxal pour une fuite en avant. Peut-être trop de répétitions des doutes, questionnements de Paulin quant à sa capacité à protéger Nana ? Il tourne en rond Paulin, et je peux le comprendre, dans cette situation, j'imagine que je ferais pareil, mais là, j'aurais aimé qu'il avançât plus vite, peut-être en enlevant quelques pages ???

Bémol léger au regard de l'atmosphère qu'a su créer Pierre Willi, de ses saillies sur divers points comme la vie rurale traditionnelle qui se meurt au profit d'une vie plus moderne et totalement inféodée aux grandes entreprises et à la société de consommation : "J'entendais Raymond vitupérer devant notre téléviseur, puis grogner, puis seulement marmonner, soupirer et enfin pleurer silencieusement dans son verre. Pourquoi notre blé, il ne valait soudainement plus rien ? Personne n'en voulait plus de notre blé ! Et nos semences, pourquoi on n'avait plus le droit de les réutiliser ? Pourquoi fallait-il les racheter à des gangsters industriels ? Raymond, il se croyait défendu par le grand syndicat. Quand il a découvert que ce que voulait le grand syndicat, c'était une mégaferme par village et pas plus, quand il a enfin compris que les motivations profondes des grands chefs syndicalistes, c'était de faire plaisir aux industriels, d'engraisser les gros beaucerons et d'exterminer la petite paysannerie, ça lui a donné comme un coup de bâton derrière le crâne et il s'en est jamais remis." (p.71/72)

En résumé, si je ne suis pas super emballé par l'histoire, je le suis totalement par les personnages, les lieux, l'écriture qui sait décrire une ambiance glauque et pesante, un truc qui collera longtemps à mes synapses. Très visuel, très cinématographique. Très noir. Du vrai du bon polar qui tache avec des vrais morceaux de la vraie vie dedans.

 

 

 polars

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Les pétillantes

Publié le par Yv

Les pétillantes, Didier Fourmy, Éd. Hugo, 2014...,
Charlotte et Patrice sont frère et sœur, lui 62 ans et elle 70. Ils se rendent à Nîmes pour voir Thérèse leur belle-sœur et lui demander de vendre un terrain qu'ils ont en indivision. Thérèse, surnommée Grenouillette en raison de sa tendance à la bigoterie vit dans une maison avec d'autres femmes. Certains d'aller quasiment dans un couvent, Charlotte et Patrice sont sidérés de voir que ces 6 femmes entre 62 et 82 ans vivent dans une maison incroyable, qu'elles sont très différentes les unes des autres, entre la flamboyante Ladygold, Lilibeth, Rancunia, l'Autruche et Souris. Elles vivent en colocation, sont servies par José, l'homme à tout faire et deux femmes, boivent du champagne, mangent, sortent et rient beaucoup.
J'ouvre ce roman assez tenté, je déchante vite à cause de maladresses ou de répétitions d'expressions que je n'aime pas déjà lorsqu'on me parle, alors dans un roman... "C'est trop joli" (p.26), "la plus âgée, trop mignonne dans cet accoutrement..." (p.27), "C'est trop mignon" (p.30), "elle est trop sympa" (p.77), "La maison est trop top" (p.78).

Bon, malgré tout, je continue, parce qu'il y a un je-ne-sais-quoi qui me retient. Et j'ai bien fait ! Ce je-ne-sais-quoi, c'est tout simplement un vrai bonheur d'être dans cette maison avec toutes ces femmes et ces deux hommes le temps d'un week-end. On se dit, contrairement à Chloé, la jeune journaliste qui fait un reportage sur la colocation des seniors que ces échanges ne sont pas profonds, qu'ils n'apportent rien, et puis, petit à petit, chaque personnage se dévoile, passe "à confesse", et là, on sent bien que Chloé a raison. Mine de rien Didier Fourmy aborde plein de thèmes, la mort évidemment présente dans toutes les têtes mais point trop, les vies d'avant, les mariages, les veuvages, le rôle de la femme, l'adultère, l'homosexualité, les escort-boys en Afrique, le sexe, les parents très âgés dont il faut s'occuper alors que soi-même on n'est plus très jeune, les enfants, les petits-enfants, ... Chaque personnage se découvrira le temps d'une confession intime : "... depuis que nous sommes arrivés dans cette maison, il y a comme un vent de... franchise, de... libération, de... bilan de nos vies ! Toi-même, tu t'es racontée devant ces femmes sans retenue, sans tabou. Jamais je ne t'ai entendue livrer autant de détails sur ta vie." (p.232) Évidemment, il ne peut pas creuser à fond les thèmes qu'il énonce, mais tel n'est pas son propos, c'est une conversation entre gens d'âge respectable, qui ont vu et vécu et qui partagent leur point de vue.
Ce n'est pas de la grande littérature (cf. mes remarques du début), le texte est très dialogué, ce qui évite les efforts stylistiques, certaines descriptions sont longues et pas vraiment intéressantes, mais franchement, j'ai passé un excellent moment. Un bouquin qui donne la pêche et le sourire et qui se lit vite. J'ai eu l'impression de me retrouver dans les livres de Francis Dannemark (sans les critiques sur l'écriture) : La véritable vie amoureuse de mes amies en ce moment précis et Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un), les deux ensemble, les deux mondes mélangés. Deux bouquins que j'avais beaucoup aimés.

Une véritable bouffée de joie et de sourires que tous ces livres, ceux de F. Dannemark et celui de Didier Fourmy qui, je dois le dire, après un départ un peu chaotique m'a bluffé, j'ai été obligé de veiller un peu tard pour le finir !

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Voyages en absurdie

Publié le par Yv

Voyages en absurdie, Stéphane de Groodt, Plon, 2013.....

Stéphane de Groodt est un acteur, il est aussi chroniqueur sur Canal+. Ce livre est un condensé de ses chroniques, totalement barrées, absurdes, d'où le titre (emprunté à Michel Sardou, je connais mes classiques, que j'écoute lorsque je m'ennuie). Stéphane de Groodt est totalement fou. Il part sur un sujet donné, bifurque, part dans des digressions qui n'ont rien à voir, et hop, une petite pirouette plus tard, le voici, comme par magie, revenu à son point de départ ! C'est une valse à mille temps de jeux de mots, des jeux avec les sons, des jeux avec le rythme ; je vous conseille d'ailleurs d'écouter une ou deux de ses chroniques si vous ne l'avez pas encore fait ou de le voir dans un film, ou téléfilm pour avoir une idée très précise de sa voix et de sa scansion, ainsi, lorsque vous lirez un texte, vous l'entendrez à travers ces filtres. En relisant ce que je viens d'écrire, je m'aperçois que je vais sans doute passer pour un type un peu barré moi aussi, mais sachez que je lis en m'entendant dans ma tête ou alors, lorsque je connais la voix de l'auteur et qu'elle est typique (comme celle de S. de Groodt) je lis en l'entendant ! C'est grave docteur ?

Au départ, je voulais faire un billet "dans le genre" du livre, mais la barre est haute, et bien que je ne rechigne point en petit comité à des jeux de mots pourris, qui demandent un poil de réflexion, j'avoue que l'on ne joue pas dans la même catégorie, l'auteur et moi. Je jette l'éponge avant même de lutter. Je me contenterai donc d'un article qui sera forcément plat, enfin plutôt hors d'œuvre, voire même simple amuse bouche avant le roboratif, le "qui-tient-au-ventre" et néanmoins très léger, on ne ressortira pas de ce bouquin lourd et mal en point, au contraire.

A part quelques personnalités, souvent décédées -donc plus alitées- (Brel, Brassens, Ventura, ...) Stéphane de Groodt égratigne tout le monde jamais franchement méchamment, toujours avec un décalage qui lui permet de dire des choses parfois "shocking" comme cette visite à Elisabeth II : "Complètement en transe, elle poursuit en me parlant de son mari et de sa position lorsqu'il pénètre dans l'arène... médiatique. Qu'une fois dedans, il s'emmerde, et que c'est là qu'elle mesure la chance d'avoir un prince consort... Je l'invite à prendre un petit coup de verveine pour se calmer, mais elle me dit qu'au contraire, après tant d'années de retenue, elle veut se lâcher grave, et que pour une fois elle jubile. En même temps, c'est un jubilé... Et voilà qu'elle se lève pour me faire un strip-tease. Le problème, enfin, problème, c'est qu'elle avait tellement de couches qu'après vingt minutes d'effeuillage elle était toujours habillée. [...] Je tente de fuir cette famille de dingues. En partant je vois passer la reine avec un truc en caoutchouc assez équivoque. J'ai compris ce que c'était quand je l'ai entendue chanter à tue-tête un vibrant... "God'... Save the Queen"... (p.96/97)

Une autre précision sur mes caractéristiques de lecteur, si j'entends le texte dans ma tête, comme dit plus haut, je visualise aussi beaucoup, le strip-tease de la reine d'Angleterre est ainsi assez... troublant et/ou effrayant ainsi que la conclusion de la chronique. Je pourrais vous citer des pages et des pages, insistant sur le choix des mots, tous sont importants et peuvent avoir un double sens. Une rencontre avec Jean-Marie Le Pen ? "Alors même si j'étais un peu dans le gaz, enfin c'est un détail..." (p.122), avec Julian Assange ? "Sans savoir si j'allais trouver un Julian courbé par la pression, ou au contraire un Julian clair dans sa tête, je décidai donc d'aller crever l'abcès avec mes questions avant que Julian le perce !" (p.25/26), avec Carla Bruni ? "Fronçant les sourcils, enfin serrant les fesses quoi, elle m'avoue ne pas avoir le cœur à la chansonnette car elle s'inquiète pour son époux, qu'elle juge Gentil... [...] Bling-Bling !... C'est alors consonne à la porte et que je la voyelle se précipiter. Quatre consonnes et trois voyelles, mais c'est bien sûr, c'est Raphaël."(p. 50), avec Mitt Romney qui en a assez qu'on fasse des jeux de mots avec son prénom ? "C'est la goutte qui fait déborder la casserole, il en a marre Mitt ! Il se met alors dans tous ses états, cinquante, quand même, s'excite au point de faire un malaise, et paf, le Mitt s'effondre !" (p. 166)

Pour une fois, le bandeau, qui n'en est pas un d'ailleurs, puisque c'est la vraie couverture, sans ajout, n'est pas usurpé, ce type est déjanté, décalé et... Belge. Mais il est drôle quand même. Ou alors il est drôle parce qu'il est Belge -non, ça ne marche pas, y'a Johnny. Ou Belge, parce qu'il est drôle -ben, non, nous on a... tiens, Philippe Geluck, ou Walter. Ou encore, il est Belge et drôle mais sans rapport entre ces deux faits -et vice-versa...

Un super grand et gros merci à la Librairie Dialogues pour ce cadeau.

 

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Comment fait-on l'amour pendant la guerre ?

Publié le par Yv

Comment fait-on l'amour pendant la guerre ?, Cathie Barreau, Buchet-Chastel, 2014...,

Donatienne vit à Nantes. Elle est écrivain. Elle vit une relation très forte avec Jad, journaliste qui vit à Beyrouth. Ils s'écrivent, se voient à Nantes ou à Beyrouth, pas très souvent. La passion résiste-t-elle à la distance, à la guerre -celle du Liban-, aux différences de culture et de conditions de vie ?

Décidément, je suis à fond dans les livres avec des titres qui commencent par "Comment ?". Trois quasiment à la suite. Le hasard total. Mais là, je change d'éditeur et de genre. Deux grandes parties et une conclusion pour ce très beau roman. La première, vue par les yeux de Donatienne, entrecoupée par des extraits de son roman mettant en scène une histoire d'amour entre Kamila et Charbel, à Beyrouth ; une histoire compliquée entre une musulmane et un maronite qui fait écho à la vie de Donatienne et de Jad. La seconde partie est vue par Jad, parti en reportage, entrecoupée par les lettres qu'il envoie à Donatienne. 

Très belle écriture, toute en finesse, en délicatesse qui sans dire frontalement les horreurs de la guerre les laisse transparaître entre les lignes. Une écriture par petites touches qui peut gêner parfois la bonne compréhension des relations entre les personnages, qui peut faire perdre un peu le fil au lecteur, mais qui est douce et qui se lit très agréablement. De très belles descriptions de Nantes, des rues, de l'Erdre, de la lumière d'hiver (c'est André Breton qui disait qu'il y avait une lumière particulière à Nantes), de l'ambiance de calme et de sérénité qui règne dans la ville et des habitants toujours prompts à bouger dès lors que la proposition est là : "Le ciel gris est lumineux vers la Loire, l'air fait sautiller les feuilles sur l'avenue et les passants accrochent une main au col de leur veste pour se protéger de la bourrasque. Donatienne avance dans les rues, s'arrête place du Commerce et attend le bus pour l'aéroport. La foule de fin d'après-midi envahit les trottoirs, et il suffit qu'une éclaircie éblouisse juste avant la nuit pour que les visages se lèvent et s'apaisent." (p.16) Beyrouth qui porte en elle les stigmates et les destructions dues à la guerre est moins décrite, c'est alors plus une question d'atmosphère et de rencontres.

Un roman assez court (147 pages) qui se lit en prenant le temps, qui mérite une certaine attention pour ne pas se perdre au détour d'une rue de Nantes ou de Beyrouth, qui raconte bien comment la vie de l'écrivain peut nourrir son œuvre et l'œuvre influer sur la vie de l'écrivain. Qui parle d'amour difficile à vivre, plein de contraintes, dans lequel comme souvent, la femme attend pendant que l'homme se bat : "Charbel faisait semblant d'avoir choisi sa guerre et son devoir. C'est pour nos enfants, disait-il. Kamila n'en croyait pas un mot et elle ne savait plus si elle tremblait de peur des avions ou de peur de savoir que rien de bon n'adviendrait de cet amour. La guerre ne serait jamais finie. Attendrait-elle son homme ainsi toute sa vie ? [...] Kamila ne pouvait pas se garder de croire de temps à autre qu'ils seraient ensemble toujours. Ils souffraient tous deux d'une incapacité à l'irréalisme." (p.33)

Cathie Barreau est la directrice de la Maison Julien Gracq à Saint-Florent-le-Vieil, l'ancienne maison de l'écrivain léguée par lui à la région pour en faire un lieu de repos et de travail pour les écrivains.

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Comment j'ai couché avec Roger Federer ?

Publié le par Yv

Comment j'ai couché avec Roger Federer ?, Philippe Roi, Ed. Christophe Lucquin, 2012....,

Un homme en pleine déprime se demande quoi faire pour en sortir. Un jour une amie l'invite à Roland-Garros. Il y va et dès que Roger Federer entre sur le court, il n'a d'yeux que pour lui, fasciné par le jeu du tennisman, mais aussi par son physique. Dès lors, il fera tout pour l'approcher, lui suggérer notamment qu'il écrit un livre sur lui.

Un roman court (55 pages) vraiment décalé et drôle et totalement inattendu. Une rencontre improbable entre le narrateur et le joueur de tennis qui sert de traitement anti-déprime. Un texte aux phrases courtes, précises, qui vont droit au but (j'aurais dû dire au filet, mais au tennis, dans le filet, c'est pas bon), construit en petits chapitres : "Roger assène ses coups puis il s'en retourne. Ma pièce principale est désormais tapissée de photos prises pendant ses tournois. Dessus il y a son visage, ses jambes, ses jambes à nouveau et ses lèvres. Il y a son torse poilu, le jeu de ses jambes, l'attraction de ses coups. L'alignement parfait de ses épaules face à la balle. On dirait un félin prêt à bondir sur sa proie. Roger m'a eu mais pas sur le court. Il m'a eu sur le cœur." (p.18). Un texte qui sait se faire sensuel lorsque l'homme amoureux décrit l'objet de son désir. Un texte qui sait aussi rester léger et totalement dans le fantasme délirant. 

Un très bon roman qui saura plaire, surprendre et étonner sans doute Roger Federer en personne (le livre lui a été remis en mains propres lors d'une conférence de presse : ici), ses aficionados, les amateurs de tennis et tous les autres qui aiment l'originalité et la découverte. Un roman court, rapide comme un match gagné par Roger Federer lorsqu'il est en grande forme (je dis ça mais je n'y connais pas grand chose en tennis, enfin en sport en général). 

Deuxième livre-contrepartie de mon obole à la demande de l'éditeur sur kisskissbankbank et premier opus de la collection Fantasmesqui prône : "Parlez-nous de vous au travers de personnalités que vous aimez ou détestez et vous serez davantage dévoilé." (p.9, préface) Exercice troublant de lire les fantasmes ou délires des écrivains avec des personnes qui existent vraiment, comme ici Roger Federer ou récemment JoeyStarr, et finalement très réjouissant, lorsque, comme c'est le cas pour ces deux livres, ils sont bien écrits.

Un encore beau travail de la maison d'édition Christophe Lucquin.

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Mon nom est Dieu

Publié le par Yv

Mon nom est Dieu, Pia Petersen, Plon, 2014..

Morgane est une jeune journaliste française qui vit et travaille à Los Angeles. Un jour, lors d'un reportage, elle rencontre un homme, un clochard qui lui dit s'appeler Dieu et être Dieu/Yahve/Allah. Puis, il la choisit pour être sa biographe.

Très tenté par le nouveau roman de Pia Petersen, je le commence assez emballé, me demandant, avec ce thème, dans quelles directions l'auteure va bien pouvoir nous emmener. J'avais apprécié Le chien de Don Quichotte, je suis toujours très tenté par le très bon (ai-je pu lire un peu partout) Instinct primaire. Eh bien, force m'est de constater qu'elle ne va pas très loin au-delà des habituelles jérémiades du genre : mais si Dieu existe, comment peut-il laisser les hommes agir tel qu'ils le font : guerre, destruction de la planète, agressions, meurtres, exactions diverses, et je passe sur le manque de foi, les viols, les gourous de tous poils, etc, etc... ?

Déçu, franchement déçu, d'autant plus que je sais bien moi que Dieu n'existe pas ni Yahve ni Allah ni aucun autre de n'importe quel autre nom -péremptoire comme affirmation, sans doute, mais sans cette croyance, peut-être enfin, les hommes pourraient prendre leurs responsabilités. Un vœu pieu (ah, quand même !). Bon, revenons à ce livre, très bien écrit, dans un style oralisé, comme si l'on était dans la tête des personnages mais pas eux (enfin, eux sont bien dans leur tête, mais nous ne sommes pas eux, c'est plus clair comme cela ?), c'est-à-dire qu'on sait ce qu'ils veulent, comment ils veulent agir. Donc ce n'est point l'écriture qui m'a déçu, mais le manque de surprise, une certaine banalité dans les propos alors qu'un tel sujet aurait mérité plus de profondeur, ou alors un contre-pied total, humoristique, engagé, que sais-je encore... ? Et même -si je fais abstraction du fait que cet homme se prend pour Dieu- les remous qu'entraînent forcément la rencontre avec ce SDF/Dieu ne sont pas passionnants, mais attendus, prévisibles.

Il fallait bien qu'un tel livre atterrît chez moi, un athée convaincu qui ne demandait qu'à lire des propos un peu plus profonds. Tant pis. Je n'ai rien contre les croyants, j'en côtoie tous les jours en le sachant et même sans le sachoir sûrement. Chacun pense et croit à ce qu'il veut ou à ce qu'il peut. Je déplore simplement que certains de ceux qui se disent croyants (de n'importe quelle religion) ne vivent pas au quotidien ni dans leurs actes ni dans leurs pensées ce à quoi ils croient. Je n'en dirai pas plus, de peur de sombrer moi aussi dans des banalités -ou à propos des ces crétins intégristes de tous genres (et ce n'est pas qu'une théorie) qui voudraient nous imposer leurs dogmes, dans des grossièretés. 

Le roman débute ainsi, tentant : "Lorsque Dieu lui demanda d'écrire sa biographie, elle dit non, fermement non, pas question. Lorsque Dieu lui ordonna d'écrire sa biographie, elle lui demanda de quel droit il lui donnait des ordres. Elle songea que s'il avait été Dieu, ça n'aurait pas été la bonne réponse, que s'il existait et qu'il voulait quelque chose, il avait sûrement le pouvoir de l'obtenir." (p.9)

Pour finir, il m'est souvenance que, appelé sous les drapeaux, dans l'est de la France, il y avait avec moi un garçon dont le nom de famille était Dieu. Pas banal, sans doute pas très facile à porter surtout lorsqu'on voit ce que les hommes font sans qu'il réagisse : guerre, destruction de la planète, agressions, meurtres, exactions diverses, et je passe sur le manque de foi, les viols, les gourous de tous poils, etc, etc ... 

 

 

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Comment j'ai mis un coup de boule à JoeyStarr

Publié le par Yv

Comment j'ai mis un coup de boule à JoeyStarr, Max Monnehay, Ed. Christophe Lucquin, 2013....,

Fin 2012, les Mayas ont prévu la fin du monde. Paris se prépare. Alex, dans le métro, inspecte les bagages des voyageurs, n'hésitant pas à appeler le renfort de deux baraqués si nécessaire. Lorsque JoeyStarr pose son sac, tout de suite, elle sent qu'il va y avoir un problème.

Si vous suivez régulièrement mon blog, ce dont je vous sais gré, vous savez qu'en fin d'année dernière, j'avais relayé la demande de Christophe Lucquin sur la plate -forme de financement partagé Kisskissbankbank. Sans tout vous raconter dans le détail, j'y suis allé moi aussi de ma petite obole, et ce qui est bien avec cette nouvelle forme de financement, c'est que les contributeurs ont une contrepartie, pour ma part, quelques livres, dont celui-ci, au titre excellent qui en est pour beaucoup dans mon choix. Et oui, qui n'a jamais rêvé de mettre un coup de boule à JoeyStarr ? Euh, ben moi en fait, car si je passe outre le fait que le personnage ne m'est pas particulièrement sympathique, je suis un non-violent. D'abord parce que je crois que la violence ne résout rien, et ensuite, parce que vu comment je suis gaulé, je n'ai pas intérêt à recourir aux coups en général et contre JoeyStarr en particulier. 

Cette mise au point, faite, je dois dire que j'ai beaucoup aimé ce petit roman (60 pages) de la collection Fantasmes, qui nous présente une jeune femme pas très bien dans sa peau, n'aimant pas vraiment son boulot et surtout pas son chef Bernard qui aimerait la mettre dans son lit -"Bernard pose sa petite main poilue sur mon épaule. "Ma fille se coifferait comme ça, j'irais la tondre pendant qu'elle dort." Bernard est ce qu'on appelle communément un sale con." (p.15)-, qui visite sa grand-mère atteinte d'Alzheimer passionnée par les suicides collectifs au sein des sectes qui a des parents déconnectés, une mère flippée, un père qui veut bricoler mais ne sait pas faire : "A six ans, j'ai dormi trois mois dans le lit de mes parents. Mon nouveau lit était en kit. Toutes ces petites momies au bout des doigts de mon père. Toutes ces petites poupées de douleur. La douceur, déjà, prenait à mes yeux la forme mensongère de ces compresses duveteuses et derrière lesquelles suintaient les écorchures et la souffrance." (p. 18) Lorsque JoeyStar arrive avec son arrogance, c'est la goutte d'eau de trop. 

Max Monnehay alterne les chapitres dans le métro et ceux consacrés aux rapports familiaux d'Alex. L'écriture est belle, à la fois douce et violente, elliptique, comme le montre l'extrait cité plus haut, drôle et désespérée parfois :"Avec ton père, on ne s'est pas touché depuis 2008 et là il m'attend en mini-slip dans la chambre. Il a ressorti notre parure de lit fuchsia et fait brûler toute ta vieille réserve d'encens. On se croirait dans le vagin de Béatrice Dalle. Alors, laisse-moi craindre le pire."(p.29). La grand-mère vit dans le passé, les parents sont désabusés et si l'espoir arrivait avec la rencontre improbable avec JoeyStarr, dans ces moments où la violence est dans les faits mais beaucoup moins dans l'écriture... ?

N'hésitez pas à aller voir le site de cet éditeur qui ose et qui publie d'excellents bouquins, c'est ici.

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