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Les saisons de l'envol

Publié le par Yv

Les saisons de l'envol, Manjushree Thapa, Albin Michel, 2013 (traduit par Esther Ménévis)

Munie d'une "green card" gagnée à la loterie, Prema, jeune femme de 23 ans, quitte son pays natal, le Népal, pour les États-Unis. Los Angeles. C'est pour elle le grand saut dont elle devine qu'elle ne reviendra pas. Oubliée sa vie d'avant, sa famille, ses amis népalais. L'adaptation est rude, le déracinement terrible. Malgré sa réserve, les rencontres lui permettront de s'acclimater tant bien que mal à ce nouveau pays.

Roman écrit par une femme népalaise, qui a vécu au États-Unis et vit actuellement au Canada. Lorsque j'ai commencé ma lecture, j'ai cru avoir affaire à une sorte d'inventaire des différentes cultures, des suites d'anecdotes, de mésaventures de Prema dans ce nouveau grand pays. Il faut dire qu'elle fait le grand saut et même le très grand écart ; elle a vécu son enfance dans un village, "... à cette époque, le village n'avait pas l'électricité : pas de radio, pas de télévision, aucune distraction. [...] Elle se remémora son enfance et les rares divertissements qu'elle avait eus. "Je jouais aux billes." (p.110). Vingt ans après elle part pour le pays de la démesure et se retrouve par hasard dans une ville à l'exact opposé de son village : Los Angeles ! La Californie, le temps du culte du corps, de l'égocentrisme. Aux antipodes de ses valeurs.

Et puis, je me suis plu à lire ce qui est bien plus qu'une simple suite de faits plus ou moins intéressants. Grâce à un je-ne-sais-quoi dans l'écriture de l'auteure, assez simple, directe, sans fioriture, j'ai continué sans aucun effort ce roman. Bientôt, Manjushree Thapa arrive dans le cœur de son sujet : l'isolement, la difficulté de vivre dans un pays qui n'est pas le sien, surtout parce que la réalité est très différente des rêves que pouvait avoir le déraciné voire même de ses fantasmes sur un éventuel "paradis", l'émigration d'où qu'elle parte. Elle ne se focalise pas sur son pays d'origine. Prema fait la connaissance de Luis, un Californien d'origine guatémaltèque et s'intéresse à son pays. Elle fait même un parallèle entre le Guatemala et le Népal : des guerres civiles plus ou moins soutenues par les États-Unis (plutôt plus que moins concernant le Guatemala) qui poussent les habitants à émigrer.

J'ai vu ce roman également comme un plaidoyer au mélange, au melting-pot. Tous ces étrangers ont construit le pays et par leur arrivée continuent à le bâtir. Lorsqu'ils arrivent ils ont certes, tendance à se regrouper, mais leurs enfants s'émancipent de la communauté et se mêlent aux autres (ce qui est très bien montré également dans Certaines n'avaient jamais vu la mer, entre autres).

Un bouquin très sensible, lumineux qui dit beaucoup sur le déracinement : "Je n'ai pas de monde ! s'écria-t-elle. J'ai quitté celui que j'avais, et je ne suis pas à ma place dans le monde où je me trouve maintenant ! Le tien ! Je n'ai nulle part où t'emmener, Luis. Je n'ai pas de place dans le monde." (p.231), sur la difficulté de vivre ailleurs, loin des siens, de ses repères, de ses valeurs. A lire -et faire lire aux indécrottables (pour rester poli) qui veulent renvoyer tous les étrangers chez eux, comme s'il leur avait été aussi simple que cela de changer de pays qui n'est pas vraiment le leur à part entière, et comme s'il était aussi facile de les faire repartir chez eux qui n'est plus chez eux.

PS : Une question me taraude sur un détail : pourquoi ne pas avoir traduit certains dialogues tenus en espagnol, ou en nepali par des notes de bas de pages ? J'ai fait allemand deuxième langue, je ne comprends pas l'espagnol. Quant au nepali...

Merci Laure

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Froid mortel

Publié le par Yv

Froid mortel, Johan Theorin, Albin Michel, 2013 (traduit par Rémi Cassaigne)

"Une école. Un centre de détention psychiatrique. Entre les deux, un couloir souterrain... que les enfants franchissent régulièrement pour rendre visite à leur parent interné. Jan Hauger, qui a réussi à se faire embaucher au sein de ce dispositif expérimental étroitement surveillé, ne rate pas une occasion d'être leur accompagnateur. Mais que cherche-t-il ? Et que se passe-t-il réellement dans les sous-sols obscurs et labyrinthiques de la clinique ?" (4ème de couverture)

 

C'est mon second essai de lecture de Johan Theorin. Je ne me souviens plus du premier que j'ai commencé et pas terminé, mais il ne m'avait pas emballé, et pour cause, puisque je ne l'avais même pas fini. Eh, bien me croirez-vous si je vous dis : "bis repetita" ? Ouais, je fais mon fiérot, je place une locution latine. En fait, je peaufine mes langues mortes, parce que la place de pape est vacante à partir de demain, alors si des cardinaux sont tentés par ma libre pensée et mon athéisme forcené, je fais les valises, je pars avec femme(s) -non, je déconne, vous pouvez oublier le "s", enfin surtout si c'est toi qui lis, Madame Yv !- et enfants -là, y'en a bien un "s"- direction Rome. Bon, j'avoue que m'habiller en grande robe blanche ne me fait pas "triper", mais je peux faire des sacrifices vestimentaires. A bon entendeur...

Bon, ad abrupto (je vous avais prévenu, je peaufine), revenons à nos préoccupations littéraires plutôt qu'à des hypothèses totalement loufoques -quoique. J'ai ouvert ce polar à la très belle couverture, très motivé. Très vite j'ai déchanté. Ab initio, je m'ennuie et plus je persiste et plus la motivation initiale rapetisse. Je ne parviens pas à m'intéresser à cette histoire qui traîne en longueur(s), je commence donc à passer des paragraphes, puis des pages, c'est mon modus operandi dans ces moments-là. Ce qui, je dois l'avouer n'est pas bon signe. Dans les livres où l'histoire ne me ravit point totalement, je me raccroche au texte, mais là, rien de bien folichon : ni mauvais ni bon. Alea jacta est. J'abandonne. Certes, je me sens un peu seul, car j'ai lu  des billets positifs : Clara et Keisha entre autres (désolé pour ceux et celles que j'oublie). Mais, de gustubus et coloribus non disputadem. Comme je ne prétends pas détenir la vérité absolue sur ce coup et que errare humanum est, in fine, nolens volens, je veux bien dire que ce livre est un bon polar mais que j'y ai rien capté. Mais je ne partirai pas sans cette déclaration finale urbi et orbi : veni, vidi, vici ; vox populi, vox dei. Magister dixit : cogito ergo sum.

Si après tout cela, je n'ai pas le job, je n'y comprends plus rien : audaces fortuna juvat pourtant. Non mais.

Merci Carol, malgré cet échec et merci à Wikipedia et à Le français : langue de culture pour les locutions latines que je leur ai empruntées.

 

 

thrillers

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Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang-froid

Publié le par Yv

Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang-froid, Nicholas Drayson, Éd. Les deux terres, 2013 (traduit par Johan-Frédérik Hel Guedj)

Nairobi, capitale du Kenya, de nos jours, l'Asadi Club est en pleine préparation du safari annuel. M. Malik en est cette année l'organisateur. Mais l'Asadi Club, c'est aussi les soirées billard, les soirées à thèmes comme celle qui consiste à organiser un débat sur le meurtre, des dizaines d'années plus tôt de Lord Errol. Les explications de M. Patel et celles de M. Gopez divergent totalement, chacun les exposera lors de cette soirée. Mais Nairobi, cette année, c'est aussi le retour de Harry Khan, beau parleur, hâbleur et séducteur, éternel éreinteur de M. Malik. Et celui de Rose MBikwa qui fait tourner les têtes de ces deux rivaux-là.

Retour de toute l'équipe de Le pari des guetteurs de plumes africaines, ce roman très drôle, dépaysant et plaisant. Je retrouve dans ce nouveau roman ce qui faisait le charme du premier : humour, ironie, critique de la société kényane des hommes politiques corrompus, et cette sorte d'intemporalité liée au lieu et aux personnages un rien démodés, M. Malik en tête. Disons qu'il reste fidèle à certains principes d'habillement, de politesse, de bienséance qui le rendent un peu coincé, et pas vraiment dans son époque. Mais il cache bien son jeu. Cette fois-ci le safari et le futur mariage de sa fille Pétula lui prennent tout son temps. Cependant lorsque le club est menacé, il met tout en oeuvre pour le sauver. 

Comme dans le roman précédent, Nicholas Drayson fait une visite guidée du pays, de sa faune et sa flore et de ses particularités :

"Dans une métropole, trouver une place où garer votre voiture est toujours un problème. A Nairobi, le problème est aggravé par le fait que lorsque vous avez trouvé votre place de stationnement, il vous suffit de laisser votre véhicule un instant sans surveillance pour constater le déclenchement d'étranges phénomènes. Tout d'abord, les roues ont disparu. Patientez encore quelques secondes et la garniture en caoutchouc de la vitre arrière s'en détachera, comme découpée par une lame acérée, et la vitre elle-même cessera d'exister. Encore une minute supplémentaire, et tout ce que contient le véhicule d'éléments facilement transportables s'évanouira dans les airs. Quelques minutes de plus, et les portières, les sièges et les garnitures intérieures, le silencieux -voire même l'entièreté du moteur- auront tout simplement cessé d'être là." (p.252)

Néanmoins, malgré tous ces atouts, je n'ai pas pris le même plaisir à lire cette deuxième aventure de M. Malik qu'à lire la première. Plus d'effet de surprise ? Sans doute. Mais aussi des longueurs, des répétitions nombreuses, résumés inutiles de situations lues quelques pages auparavant et de très nombreux personnages. Le début est assez confus, il faut plusieurs dizaines de pages pour vraiment entrer dans le roman. Et puis, les digressions de l'auteur sont légion ; souvent drôles et incisives, mais parfois nettement moins marquantes. Ce bouquin aurait gagné en efficacité en s'appliquant un régime minceur ; quelques coupes adroites et éclairées ici ou là, et hop, plus de longueurs, et hop Yv il aurait été emballé !

Ceci étant dit, je reste sur une très belle impression, dans cette atmosphère "cosy" des salons de l'Asadi Club et dans celle feutrée de la maison de M. Malik. Le petit plus étant donné par le titre du livre et par ceux des chapitres, comportant quasiment tous des noms d'animaux, le dernier cité devenant le premier du chapitre suivant et le dernier cité dans le livre est bien sûr le même animal que le premier écrit. Une boucle bouclée. Les titres ainsi reliés pourraient former une sorte de long proverbe africain très imagé.

Si un peu de dépaysement vous tente, du soleil, de la chaleur, laissez-vous faire, en passant un peu vite quelques pages, ces effets sont garantis

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Criminels ordinaires

Publié le par Yv

Criminels ordinaires, Larry Fondation, Fayard, 2013 (traduit par Alexandre Thiltges)

Recueil de textes plus ou moins longs ou plus ou moins courts selon qu'on aime ou pas, dans la même veine que Sur les nerfs du même auteur. Larry Fondation place ses personnages dans des situations difficiles, dans des quartiers dangereux et chauds de Los Angeles. Il décrit des faits de la vie quotidienne qui tournent au tragique ou des actes moins courants comme des agressions, des vols, voire des meurtres mais qui deviennent quasi naturels dans ces quartiers. C'est un peu la version moderne de sexe, drogue and rock'n'roll qui se traduirait par sexe, drogue, rap and guns. Il suffit d'un regard parfois pour que ça tourne mal :

"Je regardais juste dans le vide, je rêvassais, si vous voulez, sans rien mater de particulier. Il ne voyait pas les choses de la même manière ; il pensait clairement que je l'observais. 

- Qu'est-ce que tu mates, là, enculé ? il m'a demandé en me foutant un coup de matraque sur la tronche." (p.78)

Parfois entre deux histoires noires, violentes une pause survient et la chance ou la bonne fortune sourit à l'un des héros. Ce ne sont pas les nouvelles les plus répandues dans le livre, mais elles donnent une note d'espoir malgré tout.

Comme dans Sur les nerfs, les textes de Larry Fondation sont courts, très courts ou un peu plus développés. Il excelle dans les versions ramassées sachant raconter des petites histoires percutantes avec des personnages à la dérive, menés par l'alcool, la drogue ou le sexe et parfois les trois en même temps. Phrases courtes qui claquent. Efficaces. Il est une expression qui dit livre-coup-de-poing qui siérait parfaitement à cette oeuvre. Les héros de Larry Fondation sont de pauvres types, des filles paumées travaillant peu ou pas ou dans des jobs peu enviables :

"C'était un boulot de merde, man. Nettoyer par terre, les chiottes, tous ces putains de bureaux de luxe, la nuit. Plus personne, pas âme qui vive. Mais de tonnes de gens comme nous ; de partout. Impossible de faire la différence entre les chefs et nous. Tout le monde se ressemblait." (p.130)

Un bouquin dur mais intéressant. Prudes et puritains s'abstenir car la violence et le sexe sont présents mais jamais gratuitement ; à chaque fois que L. Fondation décrit une scène terrible ou sexuée (voire les deux ensemble) elle est justifiée. Très actuel, sans doute très étasunien, mais croyez un non-amateur -mais point primaire- de la littérature de ce pays en particulier et sa culture en général (ah, ils en ont une ???), c'est un bouquin qui mérite un instant d'arrêt sur ses pages.

Merci Dominique.

 

 

thrillers

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Schasslamitt et autres contes palpitants

Publié le par Yv

Schasslamitt et autres contes palpitants, Bérengère Cournut, Éd. Attila, 2012 (illustrations de Donatien Mary)

Recueil de très courts textes. Dix-sept en tout étalés sur quatre-vingt-six pages. Illustrés chacun par des pochoirs. Titre énigmatique s'il en est -au moins en sa toute première partie- qu'il faut vérifier deux ou trois fois après l'avoir écrit, pour savoir si l'on n'y a pas fait une petite faute. Un oubli de "s" ou de "a" est si vite arrivé...

Ces textes ont quasiment tous en commun d'avoir en titre un simple prénom ou un surnom ou un ensemble de noms propres, sauf un : Plume toi d'là qui n'est pas celui qui m'a le plus plu. J'ai aimé :

- Léocadie : "La course de Léocadie commença un soir sur les quais, c'était en 1900." (p.15) En quelques lignes (3 pages), Bérengère Cournut résume la vie tumultueuse d'une femme, ses aventures, ses amours.

- Mélanie... ou Henriette ? : "00h00, en chiffres rouges. Il fait une chaleur confortable. Ça me pique un peu le ventre, mais si je m'ajuste, la piqûre glisse, puis s'apaise." (p.19). Attention, nouvelle à chute... inattendue.

- Gaston le hanneton : la nuit mouvementée d'un hanneton dépressif.

- Schasslamitt : à ceux qui préfèrent les chiens aux chats et inversement.

- Hortense Gemperd : ""Vraiment d'une humeur de clochard aujourd'hui !" Et la petite dame au manteau noir crache sur les clous. Piaffements d'impatience sénile sur la bande podotactile du pavé surbaissé, c'est d'un oeil mauvais  qu'elle guette l'apparition du bonhomme vert sous sa visière fêlée de plastique noir, façon ghetto urbain." (p.65)

- Miguel Perez : la vie mutique de Miguel et Dora.

- Pierre Meulière, l'enfant bourru (1896-?) : la précocité d'un enfant n'a pas que du bon. Et Bérengère Cournut boucle sa boucle.

Textes bien écrits avec parfois des formules intéressantes comme ce passage dans Hortense Gemperd parlant de "bande podotactile", des tournures de phrases plaisantes. L'auteure "écrit en état de veille paradoxale" (4ème de couverture). Une sorte d'écriture automatique où un mot en appelle un autre puis un autre donnant à la fin une histoire, entre surréalisme, onirisme, poésie. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on est en présence des nouvelles de l'année, mais indubitablement Bérengère Cournut a du talent. Son coéquipier dans cette aventure se nomme Donatien Mary et il signe les illustrations (dont la couverture), proches des textes, dans des tons gris-noir-parme, assez simples d'abord qui n'alourdissent pas le propos de l'auteure.

Un petit livre à glisser dans une poche et à lire tranquillement.

Merci Caroline de la librairie Dialogues.

dialogues croisés

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Passion simple

Publié le par Yv

Passion simple, Annie Ernaux, Gallimard, 1991

Une femme raconte sa passion pour un homme. Son désir plus fort que tout qui la fait attendre des heures un coup de téléphone, qui l'empêche de faire fonctionner un appareil électrique bruyant de peur de ne pas entendre la sonnerie. 

Tout petit récit d'Annie Ernaux qui cette fois-ci raconte sa passion pour un homme, étranger, marié qui lui accorde un peu de son temps. Elle décrit simplement, crûment, comme à son habitude, ses états, ce que cette passion transforme dans sa vie, l'attente, la peur de rater un rendez-vous, le bien-être lorsqu'il est là et la solitude dès qu'il part rejoindre sa femme. Elle dit aussi ce qui se joue sur son travail d'écrivain :

"Souvent, j'avais l'impression de vivre cette passion comme j'aurais écrit un livre : la même nécessité de réussir chaque scène, le même souci de tous les détails. Et jusqu'à la pensée que cela me serait égal de mourir après être allée au bout de cette passion -sans donner un sens précis à "au bout de"- comme je pourrais mourir après avoir fini d'écrire ceci dans quelques mois." (p.23)

Elle explique également son processus d'écriture : choix du temps (ou plutôt l'imparfait qui s'impose), pourquoi elle écrit sur cette histoire. Je trouve intéressant de pourvoir me glisser un instant dans la peau d'une femme qui attend, soumise au désir de l'homme. Non pas que je vous souhaite mesdames de connaître cet état. Bien au contraire, c'est une situation tellement étonnante pour moi. Je me suis souvent posé cette question lorsqu'on voit, dans les livres, dans les films, ces maîtresses d'hommes mariés les attendre, quémandant un peu de leur temps, comment des femmes, intelligentes, sensées, pouvaient autant renier leur personnalité pour une passion souvent sans vraiment de perspective.

Un récit direct que l'on prend comme tel. Comme souvent chez Annie Ernaux. Pas son meilleur livre. Non par le thème qu'il traite, mais par sa ressemblance avec ce qu'écrit habituellement l'auteure. Et puis, un peu court sans doute, à peine 80 pages. Pas celui qu'il me restera d'elle, mais pas anodin ni inintéressant.

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Le paradis pour demeure

Publié le par Yv

Le paradis pour demeure, Pierre d'Ovidio, Presses de la cité, 2013

Bertrand, agriculteur dans le centre de la France monte à Paris pour voir les putes. Chemin faisant, il rencontre dans les rues parisiennes une jeune SDF, Marianne. Il discute avec elle, lui paye un verre et lui propose de venir quelques temps chez lui, contre rien. Juste pour avoir une présence le soir en rentrant de ses tâches quotidiennes. Et plus si affinités...

Pas mal sur le papier, et puis finalement, rien de folichon. Cette rencontre très improbable pourrait être intéressante, mais j'ai trouvé que ça tournait en rond. Les procédés narratifs sont archi-connus : la rencontre entre deux êtres qu'absolument tout oppose, le paysan naïf et la petite jeune de la banlieue parisienne qui a déjà vu pas mal de choses moches, le billet de 50€ déchiré par Bertrand pour attirer Marianne dans sa campagne, ... L'auteur le sait, il l'écrit que tout cela a déjà été dit : "La moitié de billet ? Le procédé ne lui paraissait plus aussi convaincant. Il avait dû lire ce truc ridicule dans une histoire de mafia. Ou d'espionnage..." (p.68/69), mais il persévère tout de même. Comme pour se donner bonne conscience d'écrire des banalités, ou prendre du recul ou de la hauteur ? Ou alors une forme d'humour que je n'ai pas comprise ? 

Alors, certes, les personnages évoluent, apparaissent beaucoup plus complexes qu'ils ne pourraient le laisser penser au départ, chacun ayant sa part de mystère ou ses énormes casseroles... 

Certes encore, la lecture n'est point désagréable, Pierre d'Ovidio emprunte à différents registres de langage donnant du rythme et une certaine réalité à son récit...

Alors quoi ? Eh bien, tout ce que j'ai dit au départ fait que je n'adhère pas à ce bouquin, très visuel pourtant, les images viennent facilement à l'esprit : je m'imaginais presque un samedi soir de fatigue, devant un téléfilm un peu vieillot à l'intrigue éculée, avec des comédiens qui font ce qu'ils peuvent pour tenter de nous intéresser à leur histoire. Qui n'a pas vécu ce genre de soirée ? Pas insurmontable, presque pas désagréable. Reposante et loin d'être inoubliable.

 

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Dans la nuit brune

Publié le par Yv

Dans la nuit brune, Agnès Desarthe, Éd. L'olivier, 2010

Jérôme, quinquagénaire vit dans une ville de Province, tranquillement avec Marina sa fille. Paula, son ex-femme est partie quatre ans auparavant vivre dans le sud de la France. Lorsque Armand le petit ami de Marina se tue à moto, Jérôme ne sait plus quoi faire. Comment consoler Marina ? Comment se comporter avec Paula qui revient le temps de l'enterrement ? Comment éviter que les interrogations de ses propres origines, lui, l'enfant des bois trouvé par un couple qui l'adopta ne resurgissent ? C'est alors qu'apparaît dans sa vie Alexandre, flic retraité dont la marotte est de s'occuper des affaires de disparitions d'enfants.

Étonnant roman qui oscille entre réalité et onirisme, entre la vraie vie et le conte. Jérôme doit faire face aux obligations de la vie quotidienne : les commissions, les repas, le ménage, son travail à l'agence immobilière, mais dans le même temps, il n'est pas vraiment dans la vraie vie. Son truc à lui, c'est de se rouler dans les feuilles, de sentir les parfums de la forêt, d'être en osmose totale avec les arbres, les odeurs sylvestres. Il n'est pas équipé pour les difficultés de la vie, la moindre broutille lui est difficilement surmontable, alors un décès qui touche sa fille, c'est dire s'il ne sait plus s'il doit et comment agir. 

Agnès Desarthe construit une galerie de personnages à facettes. Chacun a son histoire, sa propre vie et sa propre inadaptation au monde réel ou supposé tel. Que l'on prenne Jérôme mais aussi Alexandre ou Rosy, l'amie de Marine, médium, ronde et pas aimée par ses parents ou encore Vilno, l'Écossaise mystérieuse que Jérôme rencontre à l'agence... Tout cela fait une sorte de conte, une histoire sur un ton à la fois comique, décalé et mélancolique. Beaucoup de tendresse, d'amour, de bons sentiments, rien que des notions surannées de nos jours dans la littérature mais qui font du bien dès lors "qu'en termes galants ces choses-là sont mises" (allez, soyons fous, je pique à Molière).

Avec des phrases très courtes ou longues, mais alors très ponctuées Agnès Desarthe donne du rythme à son récit qui pourtant n'en a pas. Rien ne se passe vraiment, il n'est pas d'événements ou de rebondissements soudains. Même si des questionnements, des besoins de réponses tenaillent Jérôme, même si des théories sont échafaudées, démenties puis avérées ou le contraire, même si Alexandre enquête, on n'est pas dans un polar ou un thriller trépidant. C'est un des paradoxes du livre si l'on ajoute ceux énoncés plus haut comme le balancement entre réalité et rêve ou conte ou celui entre la mélancolie et l'humour, puisque j'ai appris à l'école -qui a dit, il y a longtemps ?- que des phrases courtes donnaient du rythme.

"Paula frappe à la porte. Personne n'ouvre. Elle sonne. Pas de réaction. Elle donne des coups de pieds, des coups de sac, elle appelle, elle crie. C'est une nuit glacée. Le taxi a mis longtemps à trouver à cause du brouillard. Pas une lumière allumée dans ces maisons de bouseux. Vingt-trois heures trente et tout est mort déjà. Quelle plaie. Elle aurait dû prendre un hôtel à Besançon. Elle frappe, cogne et crie de nouveau. Quel con, mais quel con, pense-t-elle." (p.26)

Pour être complet, je me dois de dire que j'ai décroché un petit peu au milieu du livre (en gros entre la page 110 et la 140), lorsque Agnès Desarthe s'intéresse un peu plus à Alexandre. C'est un petit peu long. Mais, les dernières pages ont capté de nouveau toute mon attention et j'ai fini ce roman avec le même esprit que je l'avais débuté. Fâché avec Le principe de Frédelle, je renoue donc avec bonheur avec cette auteure dans le cadre du Club de lecture de la BM.

PS : trop long pour être cité ici dans son entièreté, je vous conseille le passage dans lequel au retour de Paula, lors de l'après-dîner qui fut très arrosé, Jérôme et Paula font l'amour ; Jérôme remonte alors le temps de sa vie jusqu'à la rencontre avec celle qu'il épousera : mon passage préféré du bouquin, simple, beau, émouvant.

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Délivrance

Publié le par Yv

Délivrance, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2013 (traduit par Caroline Berg)

Une bouteille à la mer. Retrouvée en Écosse. Elle atterrit sur le bureau de Carl Morck, responsable du Département V de la police de Copenhague, chargé d'enquêter sur de vieilles affaires non classées. Très vite, Carl et son équipe (Carl, Assad et Rose) comprennent que cette lettre émane d'un jeune garçon probablement enlevé avec son frère des années plus tôt au Danemark. Commence alors un travail de fourmi pour savoir qui sont les enfants enlevés et non signalés comme tels et bien sûr qui est le kidnappeur.

En ouvrant un livre de Jussi Adler-Olsen concernant cette équipe du Département V, je me demande toujours le dossier qui en sera la clef de voûte finira sa course sur le bureau de Carl Morck. Par hasard, comme dans Miséricorde ? Par "piston", comme dans Profanation ? Eh bien, ici, c'est le moyen le plus vieux, le plus élémentaire voire enfantin : une bouteille à la mer ! Un bout de papier dans une bouteille, un message écrit avec du sang, celui d'un enfant ! Et voilà que l'auteur construit son gros polar (665 pages tout de même !) et déroule son histoire, sans longueurs, sans que le lecteur à un moment ou un autre ne se sente perdu.

En débutant ma recension, je me demandais comment l'écrire. J'ai été conquis par le premier tome, enthousiaste sur le deuxième, comment serais-je pour ce troisième ? Au risque de faire des déçus, je suis encore un cran au-dessus. Rien à dire de plus que : j'adore ! Voilà, je peux remballer, et vous vous précipiter sur cette série. Là où je suis très inquiet, c'est que le cinquième tome va prochainement paraître au Danemark et que les aventures du Département V devraient compter onze volumes ! Il va falloir être très bon pour tenir le rythme et tenter de dire tout le bien des prochaines parutions (si tant est qu'elles soient bonnes, mais j'ai bon espoir) sans se répéter.

Pour Délivrance, rien ne change mais ce n'est absolument pas la même histoire. Rien ne change car on retrouve Carl, Assad et Rose et leurs rapports parfois compliqués. Carl n'est toujours pas motivé par son boulot : il ne pense qu'à faire des siestes : "Encore une histoire qui va m'empêcher de poser mes jambes sur la table et de faire la sieste, songea Carl tandis qu'il redescendait l'escalier en soupesant le carton. Quoique. Un petit roupillon d'une heure ou deux n'allait pas détériorer les relations dano-écossaises." (p.42)

Malgré tout les personnages évoluent, Assad ne dévoile toujours rien de sa vie, et Carl a des doutes quant à son passé en Syrie et même son présent au Danemark. Rose, elle se fâche et envoie Yrsa, sa jumelle la remplacer, ce qui n'est pas forcément pour faire plaisir à Carl. On se demande parfois qui de Carl, Yrsa ou Assad est le plus efficace ; si l'on reconnaît un grand patron à sa capacité de déléguer et de synthétiser alors Carl en est un ! Cossard avéré, mais bien entouré, qui plus est par deux personnes qui ne sont pas des policiers, Carl finit toujours par retrouver cette petite étincelle qui le propulse et ne le fera plus lâcher son enquête quoiqu'il lui en coûte.

Parallèlement, on suit le kidnappeur, mais aussi ses nouvelles victimes, sa femme ; beaucoup de personnages mais tout est bien classé et je ne me suis pas perdu, malgré des noms  de personnes et de lieux pas toujours faciles à retenir. Le danois n'est pas une langue facile ! L'intrigue tient la route et en haleine jusqu'au bout. Totalement maîtrisée, menée grand train sur la fin, on ne s'y ennuie pas une seule seconde. En outre, Jussi Adler-Olsen a la bonne idée de ne pas faire de ses personnages des gens aigris, blasés. Il y a beaucoup d'humour, apporté soit par des éléments totalement inattendus, comme ces mouches vertes qui volent dans le bureau et qui fascinent Carl, soit par Assad et Rose ou Yrsa. Lorsque celle-ci lui fait part du résultat de ses recherches par exemple en les racontant par le menu  et que Carl ne s'intéresse qu'au résultat :

" Carl se redressa dans son fauteuil. "Vraiment ?". Elle le fixa d'un air mutin. "Ah, on commence à se réveiller, mon petit monsieur". Elle tapota affectueusement le bras poilu de Carl. "Et on aimerait bien en savoir plus, maintenant." Il n'en croyait pas ses oreilles. Lui, qui avait participé au long de sa carrière à plusieurs centaines d'enquêtes plus compliquées les unes que les autres se retrouvait à jouer aux devinettes avec une intérimaire en collant vert pomme." (p.163)

Excellent polar qui a en son sein tout ce que j'aime : des personnages vraiment intéressants et bien décrits, de belles intrigues, de l'humour et même malgré les thèmes abordés souvent lourds, de la légèreté. Incontournable ! Indispensable ! Inévitable !

Tout plein de critiques sur Babelio.

Merci Carol

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