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L'odyssée des fous

Publié le par Yv

L'odyssée des fous, Jean-Marc Bonnel, Éd. Les presses littéraires, 2011

Recueil de 7 nouvelles qui ont toutes en commun de parler de la folie des hommes.

- Le fou : un homme quitte tout, pour aller vivre anonymement dans une bergerie en montagne. La solitude finit par lui peser, il se met à boire. Cette nouvelle est une sorte de long delirium tremens totalement poétique et surréaliste, construite comme une chanson ou un poème avec un refrain : "Mais comment en suis-je arrivé là ! Bâillonné, ligoté, enfermé, moi ... moi qui ne rêvais que de liberté !" (p.13) repris plusieurs fois avec quelques variantes, et des couplets, racontant sa vie d'avant et son délire actuel.

- Le passage : une histoire totalement loufoque et très drôle, burlesque, ubuesque, sur la manière de passer un grillage, un mur ou un nuage voire un autel. Sans aucun doute, ma nouvelle préférée que j'ai lue à haute voix dans la pièce faisant rire mon public pas forcément facile (ma femme et mes enfants ont l'habitude du haut de gamme ; ouais, je sais j'me la pète un peu !)

- Un homme heureux : un homme arrive seul dans un café et demande deux repas, un pour lui et un autre pour son amie, invisible au commun des mortels.

- Les visiteurs du soir : un bibliophile voit en même temps des écrivains en lilliputiens l'interpeller de sa bibliothèque et son couple exploser.

- La chanson du squatteur : "Docteur ! Quelqu'un est entré dans ma tête. Il a dû profiter d'un moment d'absence... et hop ! Par la porte ou par la fenêtre, Docteur, j'ai quelqu'un dans ma tête." (p.83)

- Le souffleur d'histoires : un homme qui veut écrire n'a pas d'inspiration. Il va donc voir le souffleur d'histoires, sorte de nègre pour tous les romanciers, les scénaristes, ... Mais pendant une brève altercation, le souffleur meurt. L'homme prend sa place...

- Un homme à tout faire : dernière nouvelle du livre dans laquelle tous les personnages principaux croisés dans les histoires précédentes se retrouvent en consultation. Mais qui est fou ? Qui ne l'est pas ? Et Dieu lui-même ?

JM Bonnel fait montre de beaucoup de poésie, de tendresse pour les personnages décalés, les fous, les hors-normes. On sourit beaucoup, on rit franchement parfois (surtout sur Le passage), on prend plaisir toujours à suivre les évolutions, les questionnements et les interrogations fantasques de tous.

Le petit plus ? La dernière nouvelle dans laquelle tous se retrouvent, et un pied-de-nez final réjouissant et inattendu... quoique... Ce qui fait si vous comptez bien deux petits plus.

Pour vraiment finir, cette petite phrase qui clôt le livre, juste avant les remerciements :

"Si vous croisez un jour un fou, surtout ne lui donnez pas de mes nouvelles...

Dites-lui des les acheter !" (p.145)

Une parenthèse finale pour parler du de la dernière publication de JM Bonnel (en association avec Rose-Marie Palun pour les illustrations) paru aux Presses littéraires et intitulé Instants magiques. C'est un ouvrage constitué de 20 poèmes illustrés en noir et blanc qui se détachent pour fournir 20 cartes postales. Des poèmes surréalistes, comme par exemple :

Le chat lèche, il est prince

D'ailleurs, il calèche

Et le prince pince le chat

Le chat, bon prince

Lui lèche la pince

Et le prince aime chat.

 

A découvrir.

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J'ai fait comme elle a dit

Publié le par Yv

J'ai fait comme elle a dit, Pascal Thiriet, Éd. Jigal, 2013

Pierre est vaguement agent immobilier et nettement amoureux de Sahaa, ancienne boat people, asiatique et traquée par Tom-Tom, celui pour qui elle a quitté Pierre. Elle lui a piqué un bon paquet et lui, dealer notoire, la recherche avec deux malabars en costards. Pour couronner le tout, Sahha est aussi une bio-clef, celle qui ouvre un coffre-fort qui abrite une découverte scientifique révolutionnaire. La traque débute à Paris, passe par Anvers, Zurich, Venise.

Ça commence comme ça, si après cet extrait, vous n'avez pas envie de poursuivre, je ne comprends pas :

"Comme j'avais faim, j'avais décidé de me faire un sandwich ou de manger des Tucs, ces biscuits salés et plats comme des crackers. Dans un sens, le sandwich ça cale et, si on met des bons trucs entre des tranches de bons pain, c'est bon. Les Tucs, par contre, c'est pas très bon et je ne sais pas trop pourquoi j'en ai toujours. C'est bourratif. [...] Finalement j'ai coupé la tranche de pain en deux et j'ai mis un Tuc entre les deux demi-tranches. Ça a fait un sandwich au Tuc. Franchement je ne compte pas déposer le brevet pour la recette. Il m'a fallu toute une canette de Coca pour faire descendre mon goûter." (p.5/6)

Je ne peux pas en citer plus, parce que c'est un peu long, mais le premier chapitre est excellent et met dans le bain tout de suite. Le roman est un road movie dans lequel le narrateur, Pierre, n'est pas le personnage principal. C'est Sahaa qui mène la danse. D'ailleurs, Pierre n'est que sa "dame de compagnie". Il est influençable, tombe amoureux au premier regard. Sahaa est plus organisée, moins sentimentale. Elle baise utile. Leur périple les emmènera chez des rockers français en pays flamand, les fera croiser une call-girl diplômée en astro-physique, des skinheads suisses doux, des tueurs, des fêlés, ... Une galerie haute en couleurs pourrait-on dire en usant d'une expression toute faite. Pour être complet, je ne peux pas passer outre quelques longueurs dans le mitan du bouquin, rien d'insurmontable cependant, juste des pages moins marquantes, un peu plus mornes, comme la vie à Zurich qu'elles décrivent. L'action repart très vite jusqu'à la fin.

C'est un roman dans lequel les femmes décident, jouent avec les mecs, ce n'est pas très courant. En plus, écrit par un homme. 

"Finalement, c'est Sahaa qui a parlé en premier. A Béate.

- Bon, je te le prête. Tu connais un bon hôtel par ici ?

- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu me le prêtes ? C'est ton chien ou quoi ? Et qu'est-ce qui te fait croire que j'en ai envie ?

- Non, ce n'est pas mon chien. Si c'était mon chien je te le prêterais pas. T'as pas une tête à aimer les chiens. Mais pour ton envie, t'as raison, j'en sais rien, mais Pierre, lui, il est comme malade de te vouloir. Ça je le sais. Alors disons que c'est professionnel : tu me diras demain combien tu prends pour la nuit. Tu verras, il est pas fatigant, c'est un sentimental." (p.151/152)

Et vachement bien écrit. Un style rapide, très oral, qui rappelle les polars ou romans noirs étasuniens des années 50. Je dis, ça, mais en fait, je n'ai pas beaucoup de références en la matière, juste quelques lectures à droite et à gauche ; ça m'a surtout rappelé les romans noirs de Vernon Sullivan dans l'ambiance créée et dans le style, parce que le contexte est actuel, moderne ; la technologie sans être étouffante est très présente. Et Pascal Thiriet fait preuve de beaucoup d'humour, écrit pas mal d'aphorismes, des réflexions très drôles, frappées au coin du bon sens, très imagées :

"Léo, je ne sais pas si c'est du lard ou du lard. C'est le genre homo croyant mais pas pratiquant. Il est tout en gêne et en désir, comme un bedeau. Bref, il a un truc à me dire et il va te le dire et si tout va bien, je vous rejoindrai. S'il y a un problème tu ne me verras pas et on se retrouve à l'hôtel. Tu prends ton pistolet à bouchon, les bedeaux, parfois, c'est pas clair." (p.105)

Un premier roman déjanté qu'on ne lit pas trop vite pour garder le plaisir plus longtemps.

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La dernière nuit

Publié le par Yv

La dernière nuit, Jean-Marc Bonnel, Éd. Élan sud, 2008

Un bouquiniste, par les hasards d'une amitié, se retrouve en possession d'un cahier qui, écrit en une nuit, raconte la vie de Pierre Bénazet, né monstre, rejeté de tous, sauf de sa grand mère Méman qui l'élèvera à la ferme des Broucaillou en Ariège. Il y grandit, protégé par l'amour de Méman et ignoré et haï par son grand-père. Un jour, encore enfant, il se voit dans un miroir...

Petit roman ou grande nouvelle (70 pages) emplie d'amour, de poésie, mais aussi de peur de la différence, de crainte d'autrui. C'est donc l'histoire de cet homme né monstre, fatalement coupable des turpitudes connues dans le coin aux yeux des gens dits normaux. Roman rural et ancestral qui reprend les thèmes connus de la vie à la campagne, des peurs des villageois pour l'inconnu, du repli sur soi. Dans le même temps, c'est un roman intéressant, car c'est le point de vue du monstre : ce qu'il est réellement, ce qu'il ressent, ce qu'il vit. JM Bonnel s'est glissé dans sa peau et grâce à son écriture fine et sensible, il réussit à faire vivre Pierre Bénazet. Il décrit aussi les paysages, les autres personnages joliment. Nous avons tous lu ou vu ce genre de chroniques rurales, et celle-ci est très visuelle, faisant appel à nos souvenirs.

Doucement, JM Bonnel fait monter la tension parce qu'évidemment, la vie de son héros ne sera pas facile. Il aura néanmoins quelques onces d'espoir et d'amour dans sa vie rude et quasi solitaire.

Récit à la fois dur et poétique : "Pour certains, le petit matin évoque la naissance d'un jour nouveau, pour moi, c'était la fin du voyage. Je m'apprêtai à quitter ce monde. Une brume épaisse montait lentement de la vallée. Mon âme allait se fondre dans l'humidité et disparaître dans les rues. Un frisson me parcourut, je me mis à pleurer et le visage de Méman m'apparut doucement." (p.55/56)

On sent dans l'écriture de l'auteur toute l'admiration qu'il a pour les mots et tout le plaisir qu'il prend à les tordre, les triturer, jouer avec eux, avec les sonorités, les paronymies, ...

JM Bonnel, natif de l'Ariège, après avoir été fonctionnaire de police, puis libraire spécialisé en livres anciens à Marseille, écrit des livres et un spectacle qu'il joue dans la région marseillaise. Accessoirement, il loue des studios dans cette ville et lors de nos vacances dans l'un d'eux, il nous a été permis de faire sa délicieuse connaissance.

PS : Jean-Marc Bonnel à un site : ici.

 

région

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Ne lâche pas ma main

Publié le par Yv

Ne lâche pas ma main, Michel Bussi, Presses de la cité, 2013

Île de la Réunion, Liane et Martial Bellion sont en vacances avec leur fille Josapha, surnommée Sofa. Un jour, Liane disparaît. Martial est le suspect n°1. Il devient le coupable idéal du meurtre présumé de son épouse lorsqu'il fuit, emmenant avec lui Sofa. Aja et Christos, les deux gendarmes qui s'occupent de l'affaire peinent à le retrouver. La traque débute.

Qu'il est long à commencer réellement ce roman policier ! Les 100/120 premières pages n'en finissent pas, entre guide touristique et historique de l'île de la Réunion. Déjà que j'avais très envie d'y aller avant de lire ce livre, maintenant, c'est pire. Michel Bussi raconte l'histoire de cette montagne poussée dans l'océan, les origines de ses habitants, les Zoreilles (Français métropolitain installés), les Malbars (Réunionnais non musulmans d'origine indienne), les Cafres (Réunionnais d'origine africaine), les Zarabes (Réunionnais musulmans d'origine indienne), les Touristes et les Créoles. Intéressant, moi qui aime lorsqu'un polar a du contexte, je suis servi. Mais ce qui est pas mal c'est quand l'histoire démarre.

Puis, lorsque la traque commence vraiment, les choses deviennent sérieuses et le bouquin passionnant et "inlâchable". On continue de parcourir les rues et routes de l'île, mais cette fois avec du suspense. On sent bien que l'intrigue n'est pas aussi simple que les flics le croient. Cette intrigue tient jusqu'au bout, grâce à des détails que livre de page en page, l'auteur.

Michel Bussi construit également ses personnages, il leur crée une histoire, un passé, une personnalité. Chacun son genre, la gendarme têtue et obstinée, son collègue flemmard qui aime beaucoup plus la croupe de sa compagne Imelda que le travail -peut-on le blâmer ?-, Imelda justement, qui retient tout ce qu'elle voit et entend et veut apporter son aide :

"- Ma copine de plumard. Une Cafrine, l'Intel Core, elle a cogité toute la nuit sur l'affaire. Elle aussi trouve qu'il y a quelque chose de louche là-dessous. Une sorte de logique sous-jacente.

- C'est une qualité de savoir déléguer, Christos. Elle fait dans la divination comorienne, ta copine ? Marc de café Bourbon ou entrailles de bouc ?

- Plutôt dans l'Harlan Coben. Genre divination à trois chapitres de la fin..." (p.165/166)

N'oublions pas non plus les gens qui travaillent dans les hôtels de luxe de l'île, et les touristes, ni Liane, la métropolitaine qui disparaît et Martial au passé plus trouble qu'on ne pourrait le croire de prime abord.

En conclusion, si une visite de l'île de la Réunion (un peu longue au départ, mais il est pardonné à Michel Bussi qui se rattrape très largement sur l'ensemble de son roman ; et en plus, j'ai appris plein de trucs sur son histoire et ses habitants) et une chasse à l'homme haletante vous tentent, n'hésitez plus, vous avez trouvé le livre qu'il vous faut.

Merci Marie-Jeanne

 

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Osez... 20 histoires d'amour et de sexe

Publié le par Yv

Osez... 20 histoires d'amour et de sexe, Éd. La Musardine, 2013

Recueil de nouvelles qui ont toutes en commun, comme le titre l'indique, l'amour et le sexe et la Saint Valentin. La fête des amoureux est le déclencheur de toutes ces histoires, le point de départ des ébats des uns et des autres.

Comme tout recueil de nouvelles, il est assez inégal, mais point inintéressant. Certaines sont coquines, d'autres plus franchement sexuelles, mais même si c'est le thème principal du livre, elles ont toutes un contexte qui fait -ou pas- la différence. Je ne vais pas vous jouer les vierges effarouchées et vous dire que le contexte est ce qui est le plus important des histoires : je faisais ça il y a longtemps, j'achetais la revue Newlook, uniquement pour ses reportages et bien sûr pas pour ses filles (très) dénudées (que celui -ou celle- qui n'a jamais pareillement pêché me jette un commentaire vachard...).

Prenons par exemple la première nouvelle, d'Octavie Delvaux, Ça chauffe en cuisine, les scènes de sexe ne m'ont pas plu du tout, le SM c'est pas mon truc et la bougie dans le fondement non plus ! Pour moi, la bougie, ça sert à éclairer. En plus, si elle casse, ça ne doit pas être facile à aller récupérer, quoiqu'avec la mèche... Mais la fin de la nouvelle est bien vue et donne une certaine humanité à la femme dominatrice.

- Le vol d'Icare (Frida Ebneter) : romantisme et érotisme, un peu stéréotypée, mais pas mal

- Les amours de Malaville (Anne de Bonbecque) : les tribulations plutôt joyeuses d'un couple en goguette dans la campagne française : humour en sus (si je puis m'exprimer ainsi)

- Fraises alla puttanesca (Julie Derussy) : comment une femme qui ne sait pas cuisiner sait recevoir son amant avec un dessert inédit. Léger et drôle et appétissant.

- Mon cadeau (Vincent Rieussec) : les mésaventures d'un patron de bar de nuit. L'auteur flirte là avec le roman noir dans un milieu propice aux débordements sexuels.

- A une lectrice (Julie Derussy) : je n'aime point trop le genre épistolaire, mais cette lettre est romantique, enflammée, très soft (la nouvelle la moins torride)

- Imprévu (Clarissa Rivière) : une rencontre à l'aéroport lors d'une grève de quelques jours va bouleverser Sophie et Jean. Moi, j'ai pris l'avion pour la première fois récemment, mais il n'y avait pas grève, et puis, de toutes façons, on était en famille, alors...

- Le train de nuit (Frida Ebneter) : un train, un wagon couchette, une nuit.

Voilà pour les nouvelles qui ont ma préférence. D'autres me sont plus difficiles d'accès, souvent par des scènes de sexe qui me laissent de glace. Profanation est cousue de fautes (un coup le héros se prénomme Julien, puis devient Romuald, pour ensuite préférer à nouveau Julien, puis encore Romuald.) La dernière (Daniel Nguyen) m'a totalement déprimé et fait rire (jaune) : un couple se voit pour une nuit torride. Surhomme, ou dopé ? Je n'ai pas compté leurs passages à l'acte, mais il y a de quoi me filer des complexes ! Bon, d'abord, une nuit blanche à mon âge, on récupère moins bien qu'à vingt ans. Mais une nuit blanche passée à des jeux érotiques, à des rapports divers et variés et nombreux, je frise l'attaque cardiaque et le priapisme ! Saint Viagra priez pour nous !

Finalement, une bonne surprise que ce recueil de nouvelles érotiques qui tourne autour de la Saint Valentin et de l'amour. Pimentons un peu nos lectures, mais attention ce n'est pas un guide, encore une fois, la bougie, moi, je la préfère dans un bougeoir !

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Un notaire peu ordinaire

Publié le par Yv

Un notaire peu ordinaire, Yves Ravey, Éd. Minuit, 2013

Freddy sort de prison. Il retourne voir sa cousine, Martha Rebernak qui élève seule ses deux enfants adolescents, un garçon et Clémence une fille. Martha ne veut pas voir traîner Freddy auprès de ses enfants, notamment auprès de sa fille puisqu'elle sait ce qu'il a fait à la petite Sonia 15 ans plus tôt. Clémence qui sort beaucoup depuis quelques temps, depuis qu'elle est la petite amie du fils du notaire, Maître Montussaint. 

Martha est ce que l'on appelle couramment une mère-courage, mot composé largement galvaudé par des émissions télévisuelles et un certain sens du sensationnalisme dans les médias actuels. Elle élève seule ses deux grands enfants, enchaînant des heures de ménage au collège et dans d'autres endroits. C'est d'ailleurs le notaire qui lui a permis d'obtenir ce boulot juste après le décès de son mari. Elle parcourt les petites routes de cette petite ville sur son cyclomoteur sans arrêt, entre ses heures de travail, sa présence à la maison et surtout, depuis la sortie de Freddy, sa quasi-surveillance de sa fille, rassurée néanmoins que Maître Montussaint et Paul son fils, petit ami de Clémence prennent soin d'elle, la ramènent le soir.

C'est le portrait d'une femme angoissée, partagée entre l'amour pour sa fille, son besoin de la protéger et l'envie de ne pas l'étouffer. Une femme que l'administration pénitentiaire culpabilise, lui demandant de s'occuper de Freddy :

"Je ne vous demande pas de l'héberger sous votre toit, madame Rebernak, je dis qu'on peut faire autrement... ! Vous avez bien une petite remise au fond du jardin ? Il pourrait aller et venir, sans vous déranger. Elle a stoppé net. C'est une plaisanterie ? Puis elle lui a tourné le dos, elle s'est courbée pour atteindre l'arrivée d'essence, elle a enfourché son cyclo en pédalant et lancé le moteur. Jamais son cousin n'habiterait le garage au fond du jardin. D'ailleurs, elle se demandait comment une idée aussi stupide avait pu germer dans la tête d'un éducateur." (p.35)

Avec une écriture simple, directe dans laquelle les dialogues se fondent dans le récit (pas de guillemets ni de tirets pour les remarquer, mais aucun souci pour les repérer), Yves Ravey, en à peine plus de 100 pages, réussit à créer une tension qui monte crescendo. Presqu'un polar, pour le moins un roman noir ! Prévoir une ou deux heures de liberté pour commencer et finir ce livre d'un seul tenant. Il parvient également à décrire le quotidien de cette femme qui travaille dur, à l'opposer à celui plus flamboyant du notaire qui représente la réussite sociale, la respectabilité et l'aisance financière et souvent dans les petites villes, un des notables. 

Une histoire linéaire, facile à suivre, extrêmement bien écrite qui met en scène des personnages pas si simples qu'on pourrait le penser a priori et qui a le grand mérite d'être captivante.

 

dialogues croisés

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Les mannequins ne sont pas des filles modèles

Publié le par Yv

Les mannequins ne sont pas des filles modèles, Olivier Gay, Éd. Le masque, 2013

John-Fitzgerald Dumont, plus connu dans le monde de la nuit parisienne sous le seul diminutif de Fitz, dealer-juste-ce-qu'il-faut-pour-vivre est sollicité par son ami Moussah pour rechercher sa nouvelle copine prénommée Cerise. Elle vient de disparaître alors qu'elle était la favorite d'un concours de mannequins censé lancer les carrières. Fitz, assisté de Moussah et Deborah commence timidement une enquête. Mais bientôt, il tombe sous le charme d'Aurélie une autre candidate-favorite. Puis, alors qu'il glane ici et là des renseignements, certaines menaces physiques l'amènent à reconsidérer sérieusement son engagement pour retrouver Cerise.

Revoilà Fitz et ses amis pour une nouvelle "enquête". Je mets délibérément ce mot entre guillemets car aucun des trois n'a la stature d'un détective privé ou l'étoffe d'un héros. Ils font des recherches avec les moyens du bord, trouvent ou échouent, mais à chaque fois commettent des gaffes ou partent sur des mauvaises pistes assez évidentes. On est loin des fins limiers qui flairent le tueur dès le début de leurs investigations grâce à leur instinct et qui le traquent jusqu'à l'ultime ligne du bouquin. J'avais déjà apprécié la première apparition du trio dans Les talons hauts rapprochent les filles du ciel -Olivier Gay a de l'inspiration également pour ses titres- et je renouvelle mon plaisir avec cette deuxième aventure -et sans doute pas la dernière, quelques indices laissant penser à une (ou des) suites. Chouette !.

Fitz étant un dragueur, un homme à filles, superficiel et fier de l'être, il est ravi de pouvoir assister aux répétitions du show des mannequins pour glaner des informations. Il réussit à assouvir le fantasme des hommes : être entouré d'une trentaine de filles toutes plus belles les unes que les autres. Il est dans son élément, drague, profite de la vue et des atours visibles des filles. Mais Aurélie, sa nouvelle conquête guette, de même que l'organisateur du spectacle, Nathan, qui le cerne très vite : "Sérieusement, on ne se connaît pas depuis longtemps, mais je sens qu'on va avoir l'occasion de se recroiser. Tu as l'air d'avoir un talent naturel pour attirer les emmerdes, je trouve ça fabuleux." (p.112) Voilà, c'est ça Fitz, ce talent naturel et un dilettantisme évident. Il ne fait rien à fond : ne s'engage jamais vraiment dans une relation, ne vend de la drogue que pour se payer son studio aux Champs-Élysées et pour les faux-frais, commence une enquête mais la stoppe dès les premiers obstacles, ... Un mec quoi, me diront quelques unes des filles -non, pas toutes ?- qui me lisent de temps en temps. Il est humain quoi ! Donc crédible.

Dans la forme, Olivier Gay ne change pas -il aurait tort d'ailleurs-, toujours le même ton : humour et dérision -voire même auto-dérision-, situations à peine réalistes ou pour le moins pas sérieuses dans le genre polar. Il se moque gentiment des jet-setteurs, des gens de la nuit, mais aussi des mannequins, des truands, en fait de tout le monde. Rien de bien méchant, juste une ou deux saillies : "Ma dernière histoire un peu sérieuse, ç'avait été Julie, et mes souvenirs restaient mitigés à ce sujet. Rien que d'y penser, je tendis la main pour aller caresser du doigt la cicatrice qui me mangeait le visage. Le médecin avait fait ce qu'il avait pu, mais je garderais à vie cette zébrure rageuse sur la joue droite. Moussah prétendait que ça me donnait du caractère -mais Moussah aimant aussi le look de M Pokora, je prenais ses commentaires avec un peu de recul." (p.19) Ça me rappelle certains livres de la collection jaune du masque que je lisais lorsque j'étais plus jeune, certains Exbrayat par exemple : une intrigue, des personnages sympas, de l'humour, un cocktail pas trop fort, on peut en prendre deux ou trois à la suite (donc si vous n'avez pas encore lu Les talons hauts..., n'hésitez pas, puis enchaînez avec Les mannequins...), qu'on apprécie sur le moment et dont on garde le goût en mémoire avec grand bonheur. Dès qu'il est passé au shaker de l'écrivain puis à celui de l'éditeur, j'en reprendrai bien un troisième moi !

Merci Anne

 

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PS : Ah, ah normalement, je rentre aujourd'hui, mais aurais-je le temps de me jeter sur l'ordi et de répondre à mes milliers de fans qui m'ont laissé des commentaires ? Je n'en sais rien encore....

 

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Codex Lethalis

Publié le par Yv

Codex lethalis, Pierre-Yves Tinguely, Hachette Black Moon, 2013

Jason Reeds, inspecteur à la crime de Los Angeles est appelé sur les lieux d'un massacre. Un homme à tué sa femme et sa petite fille avant apparemment de se suicider. Le cerveau de cet homme et ses globes oculaires ont bouilli. Plusieurs scènes identiques se déroulent ensuite. Le point commun entre toutes : le tueur est soudain pris d'une crise de démence meurtrière après avoir visionné une vidéo de huit secondes. Jason Reeds est alors secondé par Franklin Harris, inspecteur lui aussi et par Marc Davis, détective privé doté d'une sorte de pouvoir : il voit le danger autour des gens ou des personnes sous forme de halos plus ou moins rouges.

Thriller pas reposant du tout. Si je commence à lire pas mal de polars, j'avoue ne point trop apprécier les thrillers souvent trop rouge sang pour moi. Mais là, Pierre-Yves Tinguely, à part plusieurs scènes de tueries assez glauques nous épargne l'hémoglobine à toutes les pages. Il construit son intrigue sur des faits et sur une croyance fantastico-religieuse ou religio-fantastique, c'est comme on veut. Et ça fonctionne très bien. Ceci étant, ne nous fâchons pas, on n'est pas dans le DaVinci Code (je dis ça, mais en fait je n'en sais rien, je ne l'ai pas lu ni vu et n'en ai absolument pas l'envie !). La croyance dont il parle est celle qui "justifie" le modus operandi des meurtres, mais pas la raison d'iceux.

L'auteur ne fait pas la part belle qu'à son intrigue sur laquelle je reviendrai, mais aussi à ses personnages, même secondaires : "La soixantaine certifiée Bourbon, maigre comme un clou. De petits yeux noirs occupés par une partie de tennis imaginaire, et une bouche en lame de rasoir. Sa tignasse d'un gris jaune tentait d'échapper à l'emprise d'une casquette rouge vif, brodée à la gloire des Mets. Quelques mèches rebelles matées par la bruine lui collaient sur le front tandis que son visage glabre présentait une foule d'éruptions cutanées." (p.11/12)

Les personnages principaux sont évidemment eux-aussi décrits et on peut s'intéresser à leur vie personnelle lorsqu'ils en ont une. Il ne me paraîtrait pas inconcevable que beaucoup d'entre eux reviennent pour d'autres aventures : Jason Reeds a formé une équipe solide composée de flics, d'un détective, de spécialistes en informatique ; beaucoup de personnes très aisément identifiables sans effort pour le lecteur.

Venons-en à l'intrigue maintenant, si les motivations du tueur ne sont pas très différentes de ce qu'on peut lire ou voir par ailleurs, PY Tinguely a su les mettre en mots efficacement. La tension est là dès les premières pages et ne vous quitte plus, pire, elle augmente même jusqu'à la fin, soit  367 pages plus loin. Le contexte mystico-religio-fantastique est présent mais point trop (et tant mieux)  : "Cet ouvrage est une marche à suivre, Marc. Il permet d'invoquer sur terre des forces qui n'ont rien à y faire.[...] C'est l'ouvrage le plus rare, le plus ancien et le plus dangereux jamais conçu par l'homme. Son nom est le Codex Lethalis." (p.222/223). Mais ce qui rend ce livre captivant, c'est à la fois qu'on voit que les enquêteurs progressent, resserrent les liens autour du tueur, mais que dans le même temps, il continue à agir, et à chaque fois, on apprend de nouvelles horreurs commises par lui, de nouveaux pièges : il prévoit tout.

Malgré cette atmosphère étrange et inquiétante, quelques plaisanteries émaillent les dialogues voire même le texte comme celle-ci par exemple, mais je ne sais pas si elle est voulue ou fortuite :

"- Non, il se trompait. Il est mort après que son cerveau et ses globes oculaires ont bouilli.

Les yeux de Reeds s'arrondirent, Harris se pencha en avant.

- Quoi ? s'écrièrent-ils de conserve." (p.46)

Cette note comique (?) pour finir mon billet sur ce thriller loin de l'être -comique- lorgnant plutôt vers le fantastique, le rapide, l'efficacité voire le flippant. Un premier roman de PY Tinguely que, si vous avez la chance de l'ouvrir, vous ne pourrez plus lâcher.

Merci Inès pour cette découverte très convaincante.

 

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PS : je ne suis toujours pas rentré (enfin, si tout se passe bien), mes vacances durent... Je répondrai à vos commentaires à mon retour

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Le crâne de Boulogne

Publié le par Yv

Le crâne de Boulogne, Nicolas-Raphaël Fouque, Ravet-Anceau, 2013

Le directeur d'une fondation hospitalière de Boulogne-sur-Mer chute mortellement le soir du premier tour des élections présidentielles. Tout pourrait faire penser à un suicide, mais très vite apparaissent des éléments de malversations financières. Lorsque la politique et le financement de campagnes électorales sont évoqués, aucun doute ne subsiste quant à la mort de cet homme : un meurtre pour tenter de cacher l'affaire.

Ce polar m'a un peu surpris et dérouté, non par le fond mais par la forme. Commençons par le fond : une histoire politico-financière qui monte au plus haut de la République. Ça vous évoque quelque chose ? Nicolas-Raphaël Fouque fait un mix des différentes affaires qui ont encombré les journaux et autres médias depuis des années, pour en créer une à la mesure de son livre et de ses personnages. Clairement expliquée, on comprend aisément les rouages et les implications de chacun. Pas nouveau, malheureusement. Ce que je ne comprends pas dans ces affaires-là, c'est comment des hommes censés être des gens intelligents peuvent encore penser passer entre les mailles des filets de la justice. Comment après toutes les histoires de détournements de fonds, de trafics divers dont on nous rebat les oreilles depuis 30 ans, des hommes de pouvoir tentent encore le diable pour un peu plus de pouvoir ou d'argent ?

Bon, cet aparté clos, venons-en au fond qui m'a dérouté, mais pas désagréablement, au contraire, je trouve toujours plaisant d'être un peu bousculé dans mes lectures. L'auteur débute son histoire par une présentation de certains personnages dans une écriture nette, précise qui n'omet aucun détail, une écriture quasi chirurgicale (c'est pour être raccord avec le thème) :

"Hadrien Grandvillier invita Camille Trencavel à déjeuner. Ils restèrent dans la cafétéria. Il s'étonna toutefois qu'elle ne fût pas plus pressée de partir pour couvrir d'autres événements. La mort de Fregelsberg n'était pas la seule actualité locale même si elle devait certainement être la principale. La jeune femme lui indiqua qu'elle était en congé pour la semaine. Le décès serait couvert par le collègue avec lequel elle était arrivée. Avant d'accepter l'invitation, elle s'était isolée quelques minutes pour prévenir Clément qu'il était inutile qu'il l'attende." (p.40)

Puis, il déroule son scénario de la même manière, comme un rapport minutieux des faits : des petits chapitres très clairs, précisément situés dans le temps par rapport à la mort du directeur de la fondation. On n'est jamais perdu, que l'on soit dans le présent ou dans le passé. C'est un vrai reportage qui démonte les mécanismes de la malversation point par point et les implications des politiques : "J'ai identifié tous les gérants de la liste que tu m'as remise. Ils sont tous liés indirectement soit à Yves Wettingem, soit à l'entourage du président du conseil régional, Maximilien Acarmone. Ce n'est pas le même parti politique. C'est d'ailleurs ce qui m'inquiète. La tartine a visiblement été beurrée des deux côtés à parts égales." (p.87)

Là où il est déroutant NR Fouque, c'est que par moments, il procède totalement différemment, par ellipses, par petites touches successives, notamment lorsqu'il s'intéresse à la vie privée de ses personnages. Le lecteur doit deviner entre les lignes ce qu'il ne dit pas clairement. Un peu comme si l'éditeur (l'excellente maison Ravet-Anceau) avait omis de publier certaines pages du manuscrit. Déroutant un peu au départ parce qu'il nous a habitués à lire tous les détails au début de son roman, mais comme les habitudes sont faites pour être changées, le procédé est une excellente idée qui oblige le lecteur à faire lui même le lien entre les informations que l'auteur distille ça et là. Faire confiance à l'intelligence du lecteur, c'est un pari risqué, mais quand ça tombe sur moi, ça passe facilement (comment ça mes chevilles ? Elles vont très bien !).

Un polar de 200 pages, actuel, ancré dans la réalité, très maîtrisé (pas mal pour un premier essai de l'auteur dans ce genre), très bon quoi, comme très souvent chez Ravet-Anceau. 

Merci Agnès

 

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PS : laissez vos commentaires, je ne répondrai peut-être pas tout de suite, je suis parti quelques jours..., mais comme je suis bon, j'ai programmé quelques recensions pour ne pas vous laisser en manque.

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