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Avec les hommes

Publié le par Yv

Avec les hommes, Mikaël Hirsch, Éd. Intervalles, 2013.....

De passage à Brest pour une signature, un écrivain retrouve un ancien ami qu'il n'a pas vu depuis vingt ans. Celui-ci semble envier l'écrivain devenu "quelqu'un" alors que lui végète dans cette ville du bout du monde. Paul Rubinstein, le Brestois, se raconte alors à son ami, ses vingt à vingt-cinq premières années de vie, entre résignation, humiliation, amertume ; de la Bretagne à Israël en passant par Paris là ou l'amour d'une femme et de la littérature le mènera.

Je retrouve avec bonheur l'écriture de Mikaël Hirsch que j'avais déjà appréciée dans Le Réprouvé et dans Les Successions. Dans son dernier roman, il reprend les thèmes de son premier, Le réprouvé : la judaïté, l'écriture et la littérature en tant qu'idéal de vie, la rencontre de deux hommes l'un admirant l'autre pour sa réussite littéraire. S'y ajoute là le mal-être d'un jeune homme brillant, Paul Rubinstein, promis à un bel avenir, mais qui peine à se faire une place dans un monde qui n'est pas le sien. Sa mère est alcoolique, il habite en cité et étudie à Normale Sup' auprès de gens de bonnes familles. Il s'amourache d'une fille, qui, mollement, lui rend la pareille, mais lorsqu'elle s'aperçoit qu'il loge en HLM, elle le quitte tout aussi mollement, sans vraiment le lui dire mais lui s'accroche. "Elle ne l'avait pas quitté par déception, regret ou incompatibilité d'humeur. Elle ne s'était pas débarrassée de lui parce qu'en lieu et place d'un amoureux transi, elle aurait préféré un homme confiant et assuré. Elle aurait sans doute pu s'accommoder de la situation et se serait alors enfoncée, comme tant d'autres, dans une vie de couple ordinaire et frustrante, mais à toutes choses, elle avait privilégié l'argent." (p.14/15) 

Mikaël Hirsch n'est pas tendre avec ses personnages, dans la première partie au moins. Pas de compassion, mais d'ailleurs pourquoi en faudrait-il ? Ni pour l'écrivain-narrateur qui recueille les confidences et qui est assez réaliste quant à sa pseudo-réussite sociale sachant et mesurant tout ce à quoi il a dû renoncer pour arriver à une petite reconnaissance. Ni pour la femme aimée qui ne peut envisager rester avec un garçon issu de la classe populaire, aussi brillant soit-il ; les pages consacrées à cette partie sont terribles, sarcastiques, ironiques et très vraies, comme lorsque Paul tente de la revoir après son calamiteux séjour de quelques mois au kibboutz en Israël, et qu'elle est restée étudier à Paris : "Elle vivait là [canal saint Martin], provisoirement, estudiantine, à la marge des quartiers véritablement populaires, comme on s'encanaillait autrefois dans les troquets apaches. Elle attendait le beau mariage qui la propulserait à nouveau vers le standing d'Haussmann, sans avoir à réclamer toujours plus à ses généreux géniteurs. Sans avoir connu la mansarde, le lavabo sur le palier et les toilettes à la turque, elle pourrait tout de même se vanter un jour d'avoir vécu la bohème, telle qu'elle la concevait, c'est à dire supportable, temporaire et délicieusement exotique, précédant l'inexorable migration vers l'ouest, comme ces baleines qui, avant de rejoindre les eaux chaudes du golfe pour mettre bas, se gavent de plancton près du pôle." (p.56/57) Ni enfin, pour Paul Rubinstein qui ne réussit pas à surmonter sa déception amoureuse et qui par dépit se jette dans les situations les plus improbables, les plus humiliantes. Sur un coup de tête, il part trois mois au kibboutz, une sorte de pèlerinage, de point sur sa judaïté, lui qui jusque là ne s'y est jamais vraiment intéressé et sur son désir de construire une œuvre littéraire. On a envie de le secouer Paul, de lui dire de se bouger plutôt que de se complaire dans son mal-être, dans sa dépression. Il est une sorte de bouc émissaire ou de punching-ball universel : tout le monde se fout de lui, le méprise. Il lui faudra tout quitter, femme aimée sans retour, études, Paris et rejoindre Brest pour tenter de revivre. 

C'est un roman sombre avec des personnages de la même teinte, qui néanmoins ne finit pas dans le noir absolu : la Bretagne en rédemption et Brest salvatrice (je vois des sourires bretons aux lèvres qui vont s'agrandir lorsque je vais dire que les descriptions de cette région sont belles -peut-être pas toujours flatteuses pour Brest- mais il me semble que M. Hirsch connaît et aime la région) ! Ce roman est un mélange pour le meilleur des deux précédents de l'auteur : les thèmes du premier avec l'excellence de l'écriture du second : une vraie réussite. La langue est belle, travaillée, sans omettre parfois, au détour d'un virgule, un langage plus direct, franc et cru pour décrire des situations chocs ou gênantes. Aucune phrase, aucun mot ne sont inutiles, tout le superflu a été ôté pour arriver à ce roman de 122 pages. J'aurais pu citer encore plus de passages pour tenter d'appâter le chaland ou dit plus élégamment, pour flatter l'intelligence du futur lecteur, mais je fais confiance à la curiosité et à l'envie de découverte.

Mikaël Hirsch est un écrivain qui se bonifie de livre en livre, sachant qu'il était déjà parti d'assez haut...

Mon premier roman de cette nouvelle rentrée littéraire, celle de 2013 !

Daniel a aimé, et Babelio a quelques avis.

 

 

 

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Parapluie et calculatrice

Publié le par Yv

Parapluie et calculatrice, Jey Are, Éd. Alternative onirique, 2013

Camille est une jeune femme, étudiante en droit, sexy, un brin futile sans doute, qui ne vit que si on la regarde et qui ne sort qu'avec un parapluie en mains. Camille est un quarantenaire, professeur de physique, timide et solitaire qui aime le foot et les soirées entre copains, toujours équipé d'une calculatrice dans une poche. Le Novafrica est un empire en guerre civile ; l'empereur écrase les rebelles sans scrupules, mettant en fuite beaucoup de Novafricains qui se réfugient en France. Nous sommes dans un futur proche, à quelques dizaines d'années de nous.

Je suis régulièrement contacté par des auteurs et je décline généralement leurs offres même si je prends le temps, en général de cliquer sur les liens qu'ils transmettent dans leurs mails pour voir leur travail. Là, je ne sais pourquoi, j'ai été tenté de lire ce court roman ; sans doute le format de 66 pages, le titre, la couverture, le nom de l'éditeur et de la collection (Collection Mauvaises Nouvelles) et le résumé. Toujours est-il que j'ai reçu et lu ce petit roman ou cette nouvelle et que j'en suis fort content. Non dénué de maladresses : "Il ne tenta pas de réfléchir au pourquoi de cet acte" (p.53), "Malgré que l'ONU sorte doucement de son immobilisme..." (p.57), de quelques petites coquilles et d'une confusion totale de la règle de la majuscule sur les noms ou adjectifs de nationalité, ce texte est néanmoins plein de charme et très prometteur. Jey Are a su créer des personnages pas caricaturaux, qui tentent de vivre dans leur époque l'une en s'exhibant, l'autre au contraire en se fondant dans le décor, des personnages attachants, plein de contradictions, parfois forts, parfois faibles qui peuvent douter en affichant une certaine assurance ou vice-versa. 

Le contexte est technologique, les écrans sont dématérialisés, les connexions rapides, mais le monde créé par Jey Are ressemble beaucoup au nôtre. Sans doute cette guerre civile au Novafrica qui rappelle étrangement celle du Rwanda ou même celle plus actuelle en Syrie. "Cela faisait maintenant plus de deux ans que l'on parlait des atrocités commises par le gouvernement de l'Empire Novafricain. Pourtant, cela ne faisait que quelques mois que les chefs d'état du monde occidental tentaient de trouver une solution à ce problème. A peine la notion d'embargo avait elle été évoquée par un ministre secondaire d'Afrique, que la Chine et la Russie, les deux pays effectuant le plus de transactions commerciales avec l'Etat novafricain, avaient menacé de poser leur droit de veto. En force, la résolution était malgré tout passée." (p.18/19)

J'aime les romans courts, celui-ci aurait même pu être un peu plus long (voire deux fois plus) pour le plaisir de rester un moment de plus avec Camille et Camille. Une nouvelle bien ficelée, bien écrite, simplement, avec parfois des ruptures de style lorsque la situation évolue ou change, des changements de rythme. Je vous l'ai dit très prometteur ! 

A petit roman, pour une fois, petit prix ; plus de renseignements sur le site de l'éditeur : alternative onirique. Merci à lui.

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Syngué sabour, Pierre de patience

Publié le par Yv

Syngué sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi, Éd. P.O.L, 2008

Afghanistan ("ou ailleurs" est-il noté en phrase liminaire), une femme s'occupe seule de son mari, allongé, qui respire encore mais n'a aucun autre signe de vie. Elle le soigne, le lave, récite les prières du Coran parce que, selon le mollah, les prières doivent sauver son mari. Petit à petit, fatiguée, elle commence à raconter à cet homme sa vie intime, ses pensées.

J'ai reculé longtemps le moment de lire ce roman pour je ne sais quelles raisons. Il m'a fait de l’œil plusieurs fois sans que je n'aille plus loin. Pareil pour le film que je n'ai pas vu alors que j'étais tenté. Puis, dans le cadre du club de lecture de la bibliothèque, pour septembre, chacun doit présenter un livre qu'il a aimé. La liste est hétérogène, j'avoue ne pas être attiré par beaucoup d'ouvrages. Lorsque l'on m'a présenté ce Syngué sabour, je l'ai pris d'abord parce qu'il me tournait autour depuis longtemps et ensuite parce que contrairement à ce que je croyais, c'est un livre peu épais. 

C'est un bouquin pas banal : cet homme couché, blessé, aux bons soins et à la merci de sa femme. Dans la vie quotidienne, c'est évidemment l'exact contraire, la femme est à la merci des besoins, désirs de l'homme fussent-ils brutaux ou violents. Cette femme qui patiemment change la perfusion, lave et protège son mari tout en lui racontant sa vie intime et secrète malgré elle.

""Mais... mais pourquoi je lui raconte tout ça ?" Accablée par ses souvenirs, elle se lève lourdement. "Je n'ai jamais voulu que quelqu'un le sache. Jamais ! même pas mes soeurs !" Contrariée, elle quitte la pièce. Ses craintes résonnent dans le couloir ! "Il me rend folle ! il me rend faible ! il me pousse à parler ! à avouer mes fautes, mes erreurs ! Il m'écoute ! il m'entend ! c'est sûr ! il cherche à m'atteindre... à me détruire !"" (p.69)

C'est évidemment un récit très lent, sans action vu de la petite pièce de la maison dans laquelle le corps de l'homme est allongé. Cette pièce est en quelque sorte la narratrice : dès que la femme ou les quelques autres intervenants, dont ses deux enfants ou le jeune combattant bègue en sortent, le lecteur ne sait plus ce qu'ils disent ou ce qu'ils font. La femme doit le raconter à son mari pour que nous le sachions. Les mouches, fourmis et araignées apparaissent et vivent dans cette chambre qui nous décrit leurs faits et gestes. Le roman, malgré cette lenteur est écrit en phrases courtes, parfois nominales censées en théorie accélérer le rythme. C'est l'écriture d'Atiq Rahimi, originale, sèche, qui va à l'essentiel qui envoûte le lecteur. Avec un autre style, l'histoire pourrait paraître longue. Or, il n'en est rien : j'ai dévoré ce bouquin de 138 pages dans sa version folio sans pouvoir m'arrêter. J'aurais pu axer ma chronique sur les confidences de la femme, sur ses conditions de vie et celles plus générales des femmes afghanes, surtout celles des combattants ; j'aurais pu parler de ces hommes qui méprisent les femmes libres parce qu'ils ne peuvent les dominer, qui préfèrent profiter des femmes soumises ou en soumettre d'autres par la violence physique, sexuelle (le combat est toujours plus aisé contre un plus faible), tout, tout y est dans ce court livre et beaucoup mieux écrit qu'ici. Si vous ne l'avez pas encore lu, faites-le.

La fin m'a un peu déçu, mais pouvait-il en être autrement ? Mais revenons au tout début, les premières phrases qui m'ont aspiré dans ce roman :

"La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d'oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d'un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras." (p.15)

Babelio recense un grand nombre de critiques assez élogieuses dans l'ensemble.

 

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Ida

Publié le par Yv

Ida, Guy Régis Jr, Éd. Vents d'ailleurs, 2013 

"J'ai enlevé le s dans Sida et ça a donné un prénom de femme : Ida. Alors, Ida comme prétexte pour écrire, décrire mon amour, ma haine, de cette presqu'île, de ce pays désenchanté, qui fut une île enchanteresse." (p.3)

Peut-être la phrase mise en exergue dans ce livre vous effraie-t-elle ? Si oui, ne vous laissez pas impressionner, tentez votre chance, vous ne serez pas déçus. Enfin, je l'espère. Car le livre de Guy Régis Jr n'est point facile : entre poésie, rêve, réalité, fantasmes. Il nous perd parfois pour mieux nous rattraper ensuite, quelques lignes plus loin. C'est un livre qui ne pourra laisser indifférent. Qui commence par 14 pages de "Ida" mis en milieu de page les uns au-dessus des autres. Puis, l'histoire de cet homme débute. Son amour de Ida mais aussi de son pays. Et sa haine. Et son dégoût de ce que les hommes ont fait de cette belle île. "Dans la baie de Port-au-Prince, face à la mer des Caraïbes, nous étions tristes Ida et moi. Avant nous y jouions à y perdre le souffle. C'est vrai que tout est différent maintenant, l'eau est boursouflée de pustules, de pestilences, de dysenterie et de diarrhées." (p.21) Il interpelle directement les politiques qui ont préféré ramasser de l'argent, placer leurs petits copains à des postes-clefs, parle de cette dame revenue des États-Unis qui veut placer son fils assistant du Chef de la Trésorerie, mais le Président refuse "Alors, la dame qui n'admet pas cette défaite, dans l'après-midi, va voir son ministre des Finances sans petite culotte, lui offre une journée de travail gracieuse. Le lendemain, l'attaché à la Trésorerie est vite remplacé par le fils de la dame." (p.33) Tout ce chapitre pourrait être drôle si l'on pouvait le lire au troisième degré, l'écriture de Guy Régis Jr pourrait même s'y prêter. Comme quoi, la comédie n'est jamais loin de la tragédie. Il constate aussi la misère, la pauvreté, toujours de manière forte : "Dans la baie de Port-au-Prince, face à la mer des Caraïbes, très tôt le ventre creux commence son chemin de croix. Dans la baie de Port-au-Prince, face à la mer des Caraïbes, aujourd'hui encore, les poissons fuient les pêcheurs. Aujourd'hui encore, le cordonnier, la marchande de rien du tout, le jeune écolier, tous ouvrent la bouche pour avaler le soleil. Dans la baie de Port-au-prince, face à la mer des Caraïbes, aujourd'hui encore, le jour reprend son habitude d'échapper à la vie." (p.20)

J'ai lu quelques auteurs haïtiens contemporains, et tous entretiennent avec leur pays un rapport entre amour et haine. Souvent l'amour des gens qui l'habitent devant leur force et leur volonté de vivre et haine de ce que d'autres, des profiteurs ont fait de ce bout d'île qui aurait pu, qui aurait dû offrir plus aux Haïtiens. Guy Régis Jr va droit au but, dit franchement mais toujours de très belle manière ce qu'il a à dire. C'est noir et rouge, poétique, direct et parfois cru. Un texte écrit pour être dit, peut-être même pour être déclamé sans emphase mais avec la force qu'il tient en lui. C'est ce que je me disais en avançant dans ma lecture, avant de lire le dossier de presse qui précise : "Guy Régis Jr est écrivain, traducteur et metteur en scène. Ses textes sont lus, montés, dans les théâtres, à l'université, dans les rues, sur les places publiques et tout autre lieu de grande audience." 

PS : texte écrit en 1999, édité initialement à New York ; c'est ici sa première édition française.

 

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L'ultime secret de Frida K.

Publié le par Yv

L'ultime secret de Frida K., Gregorio Leon, Éd. les escales, 2012 (Pocket, 2013), (traduit par Catalina Salazar)

Mexico, des sites de l'église consacrée à La Santa Muerte sont attaqués et détruits. Cette église, non reconnue par le Vatican pourrait faire de l'ombre à l'église officielle. Après chaque attaque, une jeune femme, prostituée est retrouvée morte sur une colline polluée de la ville. L'inspecteur Machuca, homme usé enquête, assez mollement, jusqu'à ce qu'arrive en ville Daniela Ackerman, enquêtrice espagnole, à la recherche d'un tableau de Frida Kahlo volé lors d'un cambriolage meurtrier. Un tableau méconnu, gardé secret, offert à Léon Trotsky par Frida Kahlo et qui attesterait de leur liaison en 1940.

On m'avait dit grand bien de ce polar mexicain et j'avais lu quelques critiques assez élogieuses. Je suis donc fort marri d'écrire ici que je me suis ennuyé. Que de longueurs ! Que de parenthèses inutiles, d'à-côtés superflus et d'histoires dans l'histoire qui embrouillent sans servir l'intrigue principale ! Ce n'est pas un polar raté, ni mauvais, mais ni "flamboyant" ni "palpitant", comme certains journaux ont pu l'écrire et les première et quatrième de couverture le reprendre. Tout au plus une lecture légère sans doute assez vite oubliée. 

Les parties les plus intéressantes sont celles qui concernent le culte religieux de la Santa Muerte (voir par exemple, ce qui est dit sur Wikipedia) et la vie à Mexico. Pour le premier, ce culte existe réellement : "Il s'agit d'un culte récent très répandu au Mexique, en particulier dans les classes populaires. On l'appelle aussi la "Vierge des oubliés", ou la "Vierge des délinquants". Elle est souvent représentée par un squelette habillé d'une robe de mariée." (p.23). Il est bien sûr rejeté par toutes les religions officielles, et au Mexique, les heurts entre partisans de l'un et croyants des autres sont fréquents et violents. Comme l'est la ville de Mexico, dans laquelle personne ne s'émeut de la disparition d'une jeune femme, une de plus, peut dire un flic ou la procureure, a fortiori si cette jeune femme est stripteaseuse et/ou prostituée. L'inspecteur Machuca qui vient de perdre sa fille de 18 ans ne l'entend pas ainsi, et malgré sa fatigue, le peu de moyens dont il dispose et le jeu pas très clair des narcotrafiquants, il tente d'éclaircir cette histoire.

Malgré cela, des bons points, la sauce ne prend pas et jamais le livre ne décolle totalement soit vers un thriller, soit vers un polar social ou sociétal, soit vers un livre déjanté. Il hésite beaucoup, longtemps pour finalement rester en surface de tous ces genres. Gregorio Leon a sans doute voulu mettre tout cela dans son roman, mais le dosage n'est pas satisfaisant. 

PS : il est beaucoup question de l'histoire de Frida Kahlo et Leon Trotsky, mais ce livre est très loin d'égaler le magnifique travail fait par Leonardo Padura dans son excellentissime L'homme qui aimait les chiens, que je ne peux que vous conseiller si vous êtes tentés par l'histoire de l'assassinat du révolutionnaire russe et une bribe de celle de Frida Kahlo. Même si vous ne l'êtes pas d'ailleurs, n'hésitez pas, vous serez conquis.

Babelio recense quelques avis.

 

polars

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Glaz

Publié le par Yv

glaz.pngVous ne connaissez pas Glaz ? Normal, c'est encore un projet. Celui de Gwenaelle : un journal numérique, gratuit et collaboratif. Mais plutôt que de m'apesantir sur des explications laborieuses, je vous laisse aller sur son site où tout est expliqué : Glazmag ! Comme c'est collaboratif, un appel à candidature est lancé. A vos plumes et bienvenue à Glaz !

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Le droit à la paresse

Publié le par Yv

Le droit à la paresse, Paul Lafargue, Éd. Mille et une nuits, 1994 (1ère édition en 1880)

Paul Lafargue est né à Cuba en 1842. Revenu en France à neuf ans, il suit des études à Bordeaux. Très vite il épouse les thèses socialistes, rencontre Engels et Marx dont il épousera la fille Laura. Il sera élu plusieurs fois, fera des séjours en prison pour ses prises de position radicales et se suicidera avec Laura en 1911. Entre temps, il aura écrit et publié Le droit à la paresse, un pamphlet à la fois véhément et ironique dans lequel il s'en prend au "droit au travail", à l'aliénation des ouvriers, à la surconsommation des bourgeois, aux capitalistes, à ce qu'on appelle aujourd'hui l'obsolescence programmée.

Quelle meilleure période pour lire ce pamphlet que les vacances ? Au moins à lire le titre, car le contenu est très revendicatif, bouillant voire violent.

"Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations ou règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture." (p.11) Voici les premières phrases de ce texte qui me ravissent, moi qui n'ai jamais aimé le travail. J'ai toujours -et je continue- bossé avec une conscience professionnelle assez développée, mais que ce fut dur d'aller au bureau ou sur mon lieu de travail pendant des années. Une épreuve dont je me serais bien passé, contrairement à beaucoup de collègues, d'amis, de gens de mon entourage qui eux ne se seraient pas vus "inactifs" de peur de perdre une forme de vie sociale. Depuis que je bosse à la maison, je peux vous dire que ma vie a changé : j'ai à la fois l'impression de ne jamais travailler et celle de ne jamais quitter le travail. Paradoxal, déroutant, mais vachement bien. Bon, je ne suis pas encore rentier, mais je ne désespère pas, quand je serai grand...

Mais revenons à ce droit à paresser. Paul Lafargue s'élève contre l'abrutissement des ouvriers, il tient pour responsables de cet amour du travail qu'ils ont, les économistes, le clergé et les moralistes, les bourgeois consommateurs et les capitalistes. "Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raison de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste." (p.23)

La théorie de Lafargue est que s'il faut travailler pour ses besoins, point n'est utile de trop bosser, il faut travailler pour gagner de quoi vivre correctement. Ci-après, la phrase clef du bouquin :

"... convaincre le prolétariat que la parole qu'on lui a inoculée est perverse, que le travail effréné auquel il s'est livré dès le commencement du siècle est le plus terrible fléau qui ait jamais frappé l'humanité, que le travail ne deviendra un condiment de plaisir de la paresse, un exercice bienfaisant à l'organisme humain, une passion utile à l'organisme social que lorsqu'il sera sagement réglementé et limité à un maximum de trois heures par jour, est une tâche ardue au-dessus de mes forces ; seuls des physiologistes, des hygiénistes, des économistes communistes pourraient l'entreprendre. Dans les pages qui vont suivre, je me bornerai à démontrer qu'étant donné les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimitée, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger à consommer les marchandises qu'ils produisent." (p.28/29)

Pour Lafargue, le travail n'est pas une valeur, n'en déplaisent à ceux qui l'érigent en tant que tel (cf les discours politiques des uns et des autres), c'est un moyen, à condition qu'il soit dosé homéopathiquement, de se faire du bien et de faire du bien à la société. Lafargue dit que la mécanisation des industries doit servir à l'homme pour se dégager du temps et profiter de la vie et de la paresse, la véritable valeur à ses yeux. Que s'il faut consommer, il ne faut pas surconsommer. Que l'obsolescence programmée n'est pas un progrès, mais juste un moyen pour les industriels de se faire plus d'argent et pour les ouvriers de travailler toujours plus.

Un pamphlet d'une cinquantaine de pages qui donne un peu d'air aux discours ambiants, qui fait même passer les 35 heures pour une mesurette à peine sociale. Utopie ? Sans doute. Quoique. Certains de nos jours parlent de décroissance, de consommer moins, de travailler pour vivre et non pas vivre pour travailler. Qui les contredira ? Pas moi !

Bonnes vacances et bonnes paresse, flemme, cagnardise, fainéantise, nonchalance, inaction, ...

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Goldstein

Publié le par Yv

Goldstein, Volker Kutscher, Éd. Seuil, 2013 (traduit par Magali Girault)

Gereon Rath, commissaire à Berlin en cette année 1931 est chargé de la surveillance d'Abraham Goldstein, citoyen états-unien fraîchement débarqué en Allemagne et soupçonné d'être un tueur à gages, venu pour attiser la guerre des gangs. Gereon ne doit le lâcher sous aucun prétexte. 

Alex et Benny, deux jeunes gens cambriolent les grands magasins en s'y laissant enfermer, en raflant les produits de valeur qu'ils refourguent à un receleur. Cette nuit-là, ils sont dénoncés et tentent de s'enfuir. Alex (Alexandra de son vrai prénom) réussit à s'enfuit, Benny s'échappe par les toits mais est rattrapé par un schupo (flic en uniforme)  qui se débarrasse de lui en le faisant tomber du toit. Alex assiste, du bas à cet assassinat. 

Des meurtres antisémites surviennent dans le même temps dans la ville, que d'aucuns attribuent très vite à Abe Goldstein, malgré la surveillance étroite dont il fait l'objet.

J'avais aimé Gereon Rath dans Le poisson mouillé. Je l'avais aimé également dans La mort muette. L'ai-je aimé dans Goldstein ? Ah, quel suspense ! Arrête Yv, tu fais languir tes nombreux lecteurs. 

Gereon a quelque peu changé. Son histoire d'amour entamée dans le premier tome avec Charlotte Ritter, jeune femme engagée qui milite pour le droit des femmes à exercer le travail qu'elles veulent, continue, a des hauts et des bas, mais tient la route et est même son moyen de se ressourcer. Même si dans cet opus, Charly -le diminutif dont use Gereon- tente de s'occuper d'Alex, la jeune cambrioleuse rétive à la moindre aide. Charly est juge stagiaire et prend de plus en plus de place et dans la vie de Gereon et dans les romans de V. Kutscher. L'auteur ne se contente pas de raconter l'enquête de son flic "héros" mais parle de tous ses collègues, personnages secondaires, certes, mais très présents. On assiste à la vie quotidienne du commissariat, de la police de Berlin, tant les flics en civil que ceux en uniformes qui se coltinent la rue au quotidien. Et les rues de Berlin en 1931 ne sont pas joyeuses. Les communistes manifestent, revendiquent. Les nazis également, ils commencent à montrer leurs vrais visages : la haine de l'autre, du juif en particulier, de l'étranger, de la différence. Lorsque ces deux groupes se rencontrent, les heurts sont très violents. C'est dans cette ambiance malsaine et cette situation prête à l'explosion que V. Kutscher nous entraîne. Cette fois-ci, il s'intéresse à la communauté juive de Berlin qui sent ou ne sent pas d'ailleurs le mauvais tournant de la société allemande : Hitler n'est pas encore ressenti comme un homme fort.

Comme dans les tomes précédents (on peut lire les enquêtes séparément), l'auteur fait la part belle au contexte historique, économique, politique. C'est un roman très fouillé tant de ces points de vue que de la partie romancée, policière : beaucoup de personnages, beaucoup de plus ou moins grandes enquêtes qui bien sûr convergeront vers une résolution finale ; tout est maîtrisé, et moi qui me perds aisément lorsque les situations ou les personnages abondent, j'ai toujours eu pied. Bon, pour faire un tantinet la fine bouche, je dois avouer que j'ai trouvé quelques longueurs, notamment dans la première partie, celle qui concerne la filature d'Abe Goldstein et dans les descriptions des trajets des uns ou des autres. Quelle importance de savoir que tel ou tel se rend dans la Fransozichestrasse ou sur la Rudolf-Wild-Platz ? Des 620 pages, on pourrait en ôter quelques unes pour alléger et le poids du livre et le temps passé à le lire, même si l'on voudrait rester encore un peu avec Gereon et Charly. Mais c'est somme toute assez secondaire, puisqu'on peut sauter quelques rues et certains passages moins marquants. 

Je pourrais user encore beaucoup de votre temps à vous dire pourquoi j'aime cette série, pourquoi vous devez la lire, si possible en débutant par le premier, mais le mieux c'est, d'une part que vous (re)lisiez -les parenthèses sont juste là pour ceux d'entre vous qui ne sont pas assidus à mes articles, mais y en a-t-il ?) mes billets concernant les deux premiers volumes, d'autre part que sous sachiez qu'un quatrième tome se passant logiquement en 1932 est paru en Allemagne en 2012 (mes piètres performances collégiennes et lycéennes en cette matière ne permettent point d'accéder à la version originale, dommage !) et que je suis d'ores et déjà très intéressé et enfin que vous lisiez les premières lignes de ce roman policier qui j'espère vous passionnera comme moi :

"Une odeur de bois, de colle et de peinture fraîche parvenait à ses narines. Seule dans l'obscurité et le silence, elle n'entendait rien d'autre que sa propre respiration et le léger tic-tac de sa montre dans la poche de son manteau. L'homme avait dû partir, mais elle attendit encore un peu et s'étira pour faire circuler le sang dans ses membres. Un mince filet de lumière se glissait par l'entrebâillement de l'armoire. Elle sortit sa montre. Vingt et une heures passées de quelques minutes. Au sixième étage, le gardien de nuit devait terminer sa ronde." (p.13)

 

polars

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Cadeau

Publié le par Yv

Comme j'ai eu une bonne idée ce jour où j'ai participé à un jeu chez Liliba ! J'ai répondu aux questions, comme d'habitude, plus par plaisir que pour gagner le gros lot. Eh bien, que croyez-vous qu'il arriva ? Je gagnai ! Et comme le tiré au sort devait recevoir un Petit Larousse illustré 2014, je l'ai réceptionné hier, feuilleté tout de suite, évidemment, mais je n'en ferai pas un résumé, la tâche me paraît trop ardue. Néanmoins, je peux affirmer ici que l'objet est beau, sûrement complet, joliment illustré avec des planches détaillées. A garder tout près pour le consulter dès que le besoin s'en fait sentir plutôt que d'ouvrir le PC.

Merci à Liliba et à Paula de chez Larousse, il me souvient d'avoir visité la maison de Claude Augé, créateur du Petit Larousse illustré, à L'Isle Jourdain dans le Gers, lors de mes vacances estivales en 2010, visite commentée par des passionnés...

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