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Nature morte aux papillons

Publié le par Yv

Nature morte aux papillons, Lorenzo Cecchi, Éd. Le castor astral, 2012

Vincent est un jeune homme qui vit à Bruxelles, dans les années 70. Étudiant, il se retrouve coincé entre une famille qui lui demande de l'attention, son père étant au plus mal, et Carine sa fiancée qui l'envahit, le protège alors qu'il ne rêve que de liberté. Trop couard ou par peur de faire du mal à ses proches, il ne prend aucune décision, ne rompt pas avec Carine pour qui pourtant il n'a qu'affection, quand elle envisage le mariage. Il passe du temps avec Nedad, un artiste yougoslave à jouer aux échecs. Un jour, Suzanne entre dans sa vie. Suzanne et sa notion toute particulière de l'amour.

Voici un roman que j'ai choisi dans la liste de Dialogues Croisés au hasard, sur le thème et parce que j'aime bien faire des découvertes, et aussi parce que j'ai déjà lu un ou deux livres de cet éditeur et que j'aime bien son nom, Le Castor Astral. Que des arguments objectifs ! Je reçois à la maison (Merci Caroline) les épreuves non corrigées, et en les ouvrant, quelle ne fut pas ma surprise de voir que "Cet ouvrage de la collection "Escales des lettres" est publié sous la direction de Francis Dannemark" (p.2). Et oui, le Francis Dannemark dont j'ai adoré le dernier roman : La véritable vie amoureuse des mes amies en ce moment précis. Nous étions donc fait pour nous rencontrer. Je me suis dit que s'il dirigeait cette collection, ce livre de Lorenzo Cecchi devait être bien. Je partais donc avec un a priori positif. A priori confirmé par la lecture. Mais on est loin du roman de F. Dannemark : aucune ressemblance.

C'est un roman qui parle de la difficulté de s'engager, de trouver la bonne personne avec qui construire sa vie. Celui d'une génération sans doute déboussolée par mai 68 et la révolution sexuelle des années qui suivirent (je dis, ça parce que je l'ai lu, moi, j'étais trop petit, né en 1966 !). Ce qui est intéressant c'est que l'auteur fait de ses héros masculins des êtres faibles, en plein questionnements, pas franchement matures ni prêts à affronter la vie (mesdames, ça doit vous faire sourire qu'un homme ne réalise cet état de fait que maintenant, ce qui abonde dans le sens de l'immaturité dont je parle plus haut). C'est la femme qu'elle soit Carine, celle qui protège, celle qui materne ou qu'elle soit Suzanne, celle sur laquelle Vincent fantasme, la femme fatale, sexuée, qui est libre et qui décide de sa vie.

Vincent s'interroge tout au long du livre (ça peut parfois être un tout petit peu long sur la première partie, ça ne l'est pas sur la seconde). Ses hésitations sont argumentées, il ne prendra aucun risque : trop cérébral, le jeune homme ! Trop renfermé ; parfois, comme dans l'extrait qui suit, je me suis revu à 18/20 ans (maintenant, ça va mieux -quoique...- l'âge venant la personnalité s'affirme, mais dans une foule, je fais souvent -volontairement- "tapisserie" : 

"La foule -quelques personnes- agit sur moi comme un astringent ; je me recroqueville, m'auto-avale, me fais le plus petit possible jusqu'à ce que ma présence sorte du monde sensible. Faire partie d'un groupe, quel qu'il soit, me met mal à l'aise : je ne sais vraiment pas comment me comporter pour être "dans la ligne du parti"." (p.34/35)

Je le disais un peu plus haut, là où la première partie souffre de quelques longueurs, la seconde en est exempte. Celle-ci se déroule une petite dizaine d'années plus tard, à la trentaine. Vincent apparaît toujours désabusé : il revoit, après une longue absence, Nedad et Suzanne. Mais je ne vous en dirai pas plus, je laisse le suspense s'immiscer en vous.

Parlons de l'écriture de Lorenzo Cecchi, qui écrit en français, ce n'est pas un roman traduit. Il sait écrire de belles phrases, avec parfois des mots savants dont on devine le sens si on ne les connaît point. Il sait aussi parfois y glisser des expressions ou des vocables familiers voire grossiers qui donne à son style un côté oral, courant. J'aime beaucoup cette alternance de belles phrases et de tournures familières, ça me fait penser à du Desproges, l'humour en moins. Plus exactement, pas le même humour. Celui de L. Cecchi est celui du désespoir, sarcastique et ironique, un rien désabusé (j'aurais pu dire cela de Desproges aussi, remarquez bien), mais là où l'un est fait pour faire rire de manière efficace, l'autre est plus saupoudré, plus léger.

Pour finir par une boucle bouclée, je confirme que ma découverte (dont je parle au début de ce billet) de cet auteur par Dialogues croisés est un essai largement transformé.

 

 

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Comme au cinéma

Publié le par Yv

Comme au cinéma (Petite fable judiciaire), Hannelore Cayre, Métailié, 2012

Etienne Marsant est une star. Le grand acteur français, mais suite à un infarctus, il ne tourne plus. Il vit sur sa notoriété. Cependant, il accepte d'être le Président d'un festival de cinéma de seconde zone à Colombey-les-Deux-Églises.

Dans le même temps, à Chaumont, se tient le procès en appel d'un braqueur de banques récidiviste. Un petit voyou sympa répondant au nom improbable de Abdelkader Fournier, qui braque avec une arme en plastique. Les époux Bloyé, Jean et Anne sont ses défenseurs. Mais la partie sera rude face au juge, surnommé "le boucher de la Haute-Marne".

Tout ce monde se croisera plus ou moins rapidement au tribunal ou dans la seule auberge digne de ce nom dans cette petite ville.

Hannelore Cayre sous-titre son livre, Petite fable judiciaire. Si elle avait fait appel à moi avant, je lui aurais suggéré plutôt : Petite farce judiciaire. Mais bon, tant pis pour vous Hannelore -vous permettez que je vous appelle Hannelore ?- vous avez préféré la jouer solo sans mon avis éclairé. Néanmoins, je ne vous en veux pas. D'abord parce votre sous-titre, bien que moins bon que le mien, il va sans dire, n'est pas mal non plus, et surtout parce que votre roman est très bien. Voilà, c'est dit, c'est clair.

Je suis passé par beaucoup de phases :

- celles où j'ai ri : Jean  Bloyé est totalement désabusé, blasé. Il regarde la vie et son métier avec une ironie et une causticité permanentes. Etienne Marsant est dans le même genre, le cynisme en plus voire même la goujaterie que lui permet son statut de Star et dont il joue. Et Hannelore Cayre de filer une parfaite métaphore florale : "Il avait également semé des fleurettes dans les cœurs de ces dames. Il comptait les cultiver pendant ces quelques jours de festival avec la chaleur ou la fraîcheur qui convenait à chaque espèce afin d'en récolter la plus épanouie la dernière nuit. Tout cela, évidemment, ne tenait que du voeu pieux puisqu'il ne bandait pratiquement plus." (p.74)

- celles où je me suis insurgé, contre le racisme, l'homophobie et la xénophobie faciles et malheureusement crédibles du juge Anquetin : "Anquetin est un gros con. Pas d'une gentille connerie débonnaire... Non... D'une connerie butée, contente d'elle-même. Son esprit est un rendez-vous de banalités racistes et de préjugés épidermiques. Et si un avocat ose lui démontrer qu'une chose n'est pas comme il croit qu'elle est, il prend un air dédaigneux qui s'opiniâtre à mesure qu'il insiste." (p.65)

- celles où je ne pouvais croire la tournure ubuesque que prenait l'histoire, mais elle me faisait rire, donc ça passait.

- celles où je me suis énervé contre le parisianisme exacerbé de Anne Bloyé (Pitié, Hannelore, dites-moi que ce n'est que votre personnage et pas vous !)

- celles ou j'ai ri de nouveau

- celles où je me suis dit : (je me cite, alors, je mets mes propos en italique) "mais finalement, les réflexions de Jean sur le monde actuel, sur cette mode de faire d'un ado, Augusteen Granger -ersatz de Justin Bieber- un modèle pour des millions d'autres ados, les remarques sur la futilité de ce qu'on nous présente comme étant la culture, de ceux qu'on nous dit être les nouvelles stars, mais qui comme les étoiles filantes ne dureront que le temps de les voir s'éteindre (c'est beau, on dirait du Verlaine), la  tendance à prendre comme baromètre de la société un pré-pubère chantonnant des niaiseries qui masque les inégalités, les violences de cette même société, tout cela est assez proche de ce que je peux penser. Oh, non, Yv tu es vieux ! Désabusé, blasé, comme Jean ! Mais que nenni, je vais résister !

Voilà donc mes différents états d'esprit en lisant ce roman, qui emporte l'adhésion, très aisément, grâce également à une écriture, drôle, caustique, franche. Chez Hannelore, un chat est un chat et un con un con ! Elle mène son histoire à un rythme qui ne laisse pas de temps mort, pas de répit à ses lecteurs. Et, cerise sur le gâteau, à chaque fois qu'un nouveau personnage apparaît, on a le droit à une description détaillée, moqueuse voire méchante mais tellement jouissive. En l'espèce, la sélection des jurés pour le procès est un vrai régal. Allez, pour finir en beauté, les portraits de la sous-préfète et de son mari :

"Avec ses tailleurs rouges ou bleu roi, toujours un poil trop petits, et ses cheveux flamboyants bétonnés de laque, la sous-préfète faisait penser plutôt à une grosse poule rousse sexuellement très agressive. Elle offrait un sacré contraste avec son mari, un petit teckel gris et tremblotant [...]"

Merci Valérie.

région

 

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En route vers un avenir radieux

Publié le par Yv

En route vers un avenir radieux, Brigid Pasulka, Éd. ZdL, 2012 (traduit par Lucie Delplanque)

Pologne, 1939, la première fois qu'il voit Anielca, celui que tout le monde nomme Le Pigeon, tombe amoureux. Il n'aura de cesse de tout faire pour se trouver à ses côtés, pour se faire accepter par sa famille, jusqu'à reconstruire la maison de sa belle dans le petit village de Bourg-Perdu, loin dans les montagnes. Mais la guerre retarde ses plans, lui qui va lutter contre les Allemands.

Pologne, 1992, Beata, aussi surnommée Baba Yaga, la petite fille d'Anielca vit de petits boulots de serveuse et de dame de compagnie en plein Cracovie. Pas d'ambition, pas de goût particulier pour les études, elle vit au jour le jour, hébergée par Irena, sa tante.

Je suis un peu déçu par ce livre parce que sans doute j'en attendais beaucoup plus. Là où je voulais un roman mettant en scène des personnages dans des périodes historiques très fortes pour la Pologne notamment, je ne trouve que des histoires d'amour, de filiation sans vraiment de lien avec ce pays. Plus exactement, disons que le contexte politique, social n'apparaît pas à la hauteur de mes espérances. Il est présent, certes, mais en léger fond. Un lavis. Je m'attendais à plus dense parce que ce que j'avais lu de chez ZdL Éditions m'avait habitué à cela : Churchill à Yalta, par exemple qui est un excellent exemple de roman bien ancré dans une période historique ou Le labyrinthe de Poutine, qui n'est pas un roman mais une enquête journalistique.

Une fois passée cette relative déception, j'ai en mains un roman sympathique qui raconte en parallèle la vie de deux femmes à 50 ans d'écart : Anielca, la beauté légendaire de Bourg-Perdu et sa petite fille Beata, jeune fille en attente. Ce n'est pas vraiment mon genre de littérature, même si je dois avouer ici -au risque de détruire à tout jamais cette réputation de virilité exacerbée- que je n'ai pas passé un mauvais moment. Certains paragraphes du livre permettent quand même de se raccrocher à ce qui me manque, le contexte, notamment celui-ci, racontant comment les Polonais, à la demande de leurs dirigeants, au sortir de la guerre, affluent vers les villes pour la reconstruction du pays :

"Cet été-là, lorsque l'appel à la reconstruction fut lancé dans des villes, les Polonais se ruèrent sur les routes comme lors de la panique initiale. Cette fois, en revanche, il flottait sur cet exode comme un parfum de dernier jour d'école, l'impression de délaisser l'année écoulée encore affichée aux murs, pour sauter, la tête la première, dans une ère illimitée, toute baignée de soleil. Tous savaient bien sûr que cette liberté était temporaire. [...] Les règles et restrictions qui les guettaient demeuraient un vague fantôme debout sur l'autre rive, ricanant devant cette liesse." (p.339)

Le roman est bien ancré géographiquement, on sait qu'on est en Pologne, mais l'histoire n'est pas suffisamment originale ni ancrée politiquement, socialement, historiquement pour qu'elle emporte mon adhésion. De même, l'auteure ne joue pas assez sur les contrastes entre Anielca, jeune paysanne des années 30/40 et Beata, sa petite fille, jeune citadine des années 90. Passer de l'oppression qu'elle fût nazie ou communiste à une période de liberté où tout est envisageable aurait dû être plus évident, plus présent dans le texte.

Néanmoins, si vous êtes amateurs(trices) de romances bousculées par des événements extérieurs, de jeunes femmes et de jeunes hommes tergiversant pour s'avouer leur amour, de sagas familiales, laissez-vous tenter, vous ne devriez pas être déçu(e)s.

Merci Léa de chez Gilles Paris.

 

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Certaines n'avaient jamais vu la mer

Publié le par Yv

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka, Éd. Phébus, 2012 (traduit par Carine Chichereau)

Début du siècle dernier, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, quittent leur Japon natal pour les États-Unis. Elles vont y épouser un homme qu'elles n'ont vu qu'en photo. Un de leurs compatriotes exilés depuis plus ou moins longtemps. Ce sera une rencontre difficile, quasi impossible, surprenante, jamais anodine. Leurs vies vont radicalement changer, même si elles continueront de vivre entre Japonais, dans des quartiers nippons des petites ou grandes villes. Leurs espoirs de bonheur sont bien vite déçus : elles iront travailler dans les champs, dans des boutiques, dans des maisons de bourgeois en tant que bonnes voire dans des bordels. Enfin, travailler, le mot le plus adéquat serait trimer, sans cesse, sans repos.

Ce livre est petit mais très dense. Julie Otsuka a une manière très personnelle de raconter le parcours de ces femmes, arrivées aux États-Unis dans les années d'après la première guerre. Elle s'intéresse à elles jusqu'aux années de la guerre suivante, celle que leur pays d'adoption mène contre leur pays natal.

Plutôt que de nous parler d'une seule héroïne qui serait un peu toutes ces femmes, l'auteure écrit sur toutes en même temps. Dans un même paragraphe, elle dit toutes les possibilités, reprenant ses débuts de phrases telle une litanie :

"Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté -hérité de nos sœurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage." (p.11)

Le procédé est répété durant tout le livre et ce qui pourrait lasser voire agacer produit le phénomène inverse : le rythme est là, évident, même lorsque les phrases sont longues, on a l'impression du contraire, de phrases très courtes, accolées qui pourraient être ces femmes obligées de vivre ensemble, malgré leurs différences sociales ou culturelles. Elles vivent la même douleur de la séparation, de l'angoisse, de la peur de l'inconnu, tant l'homme qu'elles vont épouser que le pays dans lequel elles vivront désormais. L'écriture de Julie Otsuka est comme une musique répétitive de Steve Reich, par exemple, ou plus connu, le Boléro de Maurice Ravel : on se demande pourquoi, ça nous plaît, mais on est fasciné et on en redemande.

Le propos est la clef de voûte de ce roman. Il en est l'ossature, forte et puissante. Le style en est l'ornement poétique, direct, franc. Car Julie Otsuka ne cache rien de la vie des ces femmes : leur peur sur le bateau, leur arrivée au port, leur premier contact avec leurs maris, notamment sexuel, leur vie de labeur dure et sans repos, les enfants qui naissent américains, qui se détournent de leurs parents, le racisme au quotidien au moins aussi présent que le racisme anti-noirs : "Ils savaient quand ils étaient autorisés à aller nager à la piscine de la YMCA -Les lundis sont réservés aux gens de couleur- et quand ils pouvaient aller au cinéma Pantages Theater, en ville (jamais). Ils savaient qu'ils devaient toujours commencer par téléphoner au restaurant. Vous servez les Japonais ?" (p.87/88)

J'ai pris ce roman comme un reportage écrit au milieu de ces femmes : une immersion totale dans leurs vies. L'auteure a su trouver des mots et un style étonnant, particulier et très personnel. Moi qui recherche dans mes lectures, mais aussi dans les musiques que j'écoute ou dans les films que je regarde, à être surpris voire dérouté, je dois avouer que je suis comblé. A plus d'un titre. D'abord cette écriture que j'aime beaucoup, et ensuite, ces histoires que Juie Otsuka raconte et que je ne connaissais pas vraiment : je n'avais qu'une vague idée de ce qu'avait été la vie des Japonais exilés aux États-Unis pendant les années 30 à 50.

Merci beaucoup Bénédicte.

Cathe l'a lu, Canel aussi.

 

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Vertiges mortels & Le cri de l'ange

Publié le par Yv

Vertiges mortels, Neal Baer & Jonathan Greene, MA Éditions, 2012 (traduction par Pascal Aubin)

"Claire Waters est une jeune psychiatre spécialisée en médecine légale, passionnée par son métier. Hantée par un événement traumatisant de son enfance – le kidnapping de sa meilleure amie devant ses yeux à l'âge de huit ans – Claire a toujours été attirée par les patients dits incurables, ceux qui semblent n'avoir ni conscience ni peur. Elle accepte de rejoindre le programme mis en place par le célèbre docteur Paul Curtin au centre pénitencier de Rikers Island, l'une des plus grandes institutions psychiatriques des États-Unis. Dès son premier jour, et comme pour tester ses capacités, le docteur Curtin lui demande d'interroger un certain Todd Quimby afin de déterminer s'il est apte à retourner à la vie civile. Détenu à l'esprit dérangé, dont le beau visage enfantin dissimule une histoire sordide de dysfonctionnement et de mauvais traitements, Quimby réveille chez Claire quelque chose qu'elle préférerait ne pas affronter." (note de l'éditeur)

Que dire, que dire ? Si ce n'est que c'est du polar étasunien dans la forme et le fond. Rien qui ne soit original ! Tout est calibré, pesé et emballé pour plaire au plus grand nombre, comme ces séries policières télévisées qui envahissent nos écrans. Le parallèle est simple et évident puisque ce livre est vendu avec un bandeau "Par les scénaristes de la série télé New York Unité Spéciale", et qu'il est précisé en 4ème de couverture que Neal Baer "a été le premier médecin à participer à l'écriture d'une série télévisée (Urgences)". Deux séries que je ne connais point ; bon, je connais Urgences mais je ne l'ai jamais regardée -ben, oui, Madame Yv travaille dans le milieu médical et ne voulait pas avoir l'impression d'y retourner le soir après manger, et moi, je ne suis pas bien dans un bâtiment médical, déjà à la clinique pour la naissance des enfants, le personnel à cru que c'est moi qu'il devait garder. Heureusement que j'avais (et ai toujours, pratique du sport oblige, hum hum -qui tousse ?-) le ventre plat, sinon j'aurais pu craindre le pire. Par contre, je ne connais pas NYUS, l'autre série incriminée. Voyez mon inculture et surtout le fait que je ne suis pas le public pour ce genre de livres. Je l'ai commencé, puis ai passé des pages rapidement pour finalement l'abandonner et plonger dans un autre livre, de la même manière qu'il m'arrive régulièrement d'aller prendre un bon bouquin lorsque mes (grands) enfants -les petits sont au lit, bien entendu : ceux-là, c'est bien, je n'ai pas eu besoin de passer par la clinique. Ouf !- regardent une des innombrables séries policières étasuniennes qui ne m'intéressent pas. Pour être franc, il m'arrive d'en voir et même d'aimer cela. Mais bien souvent, au bout d'une dizaine d'épisodes ou de la seconde saison, je me lasse et je ne vois plus qu'un épisode au hasard d'une soirée "grosse flemme" ou "pas envie-de-faire-autre-chose" : eh oui, mesdames, même les mecs ont ce genre de soirs (sexisme primaire juste pour faire monter mon audimat, allez-y, huez-moi et faites passer le mot).

Regardant donc peu la télévision, je lis et après, je vous en fais profiter ici même. Finalement, ça a du bon ces séries qui se ressemblent toutes. Un livre à réserver aux amateurs du genre qui ne seront sûrement pas déçus.

 

 

Le cri de l'ange, C.E Lawrence, MA Éditions, 2012

"Une jeune fille est retrouvée sauvagement assassinée dans la chapelle d'un établissement scolaire réputé. Sur son corps a été gravé un verset du Notre Père. Lee Campbell – un psychologue devenu profiler – est appelé pour participer à l'enquête. En proie à ses propres démons, traumatisé par la disparition inexpliquée de sa sœur, Lee est constamment à la limite de l'effondrement. Malgré cela, il sent qu'il peut être utile et se lance à corps perdu dans cette enquête. Il fait rapidement le rapprochement avec un autre meurtre ayant eu lieu précédemment : tout porte à croire qu'il s'agirait alors d'un tueur en série. Son intuition se confirme lorsque d'autres victimes sont découvertes dans des églises, présentant le même type de traitement." (note de l'éditeur)

Dans le même genre de littérature, pour ceux qui aiment. J'aurais pu faire un copier/coller de mes lignes écrites un peu plus haut. Je vous fais grâce d'une répétition inutile. Je résume seulement : polar étasunien, avec des personnages caricaturaux. Du déjà-vu ou déjà-lu ou vice-versa. Ici c'est le profiler qui sort d'une dépression suite à la disparition de sa sœur. Pour amateurs également.

Un avantage cependant pour ces deux livres, c'est qu'ils font considérablement augmenter mon nombre de livres de la rentrée littéraire pour le challenge 1%.

challenge 1% thrillers

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Stabat Mater

Publié le par Yv

Stabat Mater, Tiziano Scarpa, Le livre de poche, 2012, Christian Bourgois, 2011 (traduit par Dominique Vittoz)

"Cecilia, la narratrice, est orpheline. Elle a été abandonnée à sa naissance et recueillie par l'hospice de la Pietà, à Venise. Chaque jour, masquée et dérobée au regard du public, Cecilia joue du violon. Dans cet univers confiné et reclus, la musique est sa seule source de joie et de réconfort, tandis que chaque nuit elle parle et écrit à cette mère inconnue dont l’absence la fait cruellement souffrir. L'année de ses seize ans, un nouveau professeur de musique vient remplacer le vieil abbé qui officiait auparavant : un jeune prêtre aux cheveux roux, Antonio Vivaldi." (4ème de couverture)

Tout petit bouquin de 153 pages sans compter les annexes, idéal pour emporter dans une poche ou un sac, mais attention, lecture pas aisée. Pas aisée, parce que c'est une suite de lettres que Cecilia envoie à sa mère-absente, et pour cause, puisqu'elle a été abandonnée dès sa naissance, dans lesquelles outre le fait de raconter sa vie à l'orphelinat, Cecilia parle avec "une tête aux cheveux de serpents" qui est la mort, déborde sur des considérations religieuses et se lamente sur sa vie, sa solitude, l'absence. "On peut dire que mon enfance n'a été qu'une longue suite de ténèbres. Je ne dis pas cela pour me plaindre ni pour vous tourmenter. C'est ainsi, voilà tout. Madame Mère, m'avez-vous jamais imaginée ? Vous êtes-vous jamais demandé comment j'ai vécu mes premières années ? Pour que votre imagination serve la vérité, il faut vous représenter une fillette qui passe ses nuits les yeux grands ouverts, dévorée d'angoisse." (p.12/13)

Ce n'est pas que je n'aie pas de compassion pour cette jeune personne (malgré mon physique d'homme dur, j'ai aussi un petit coeur. Sensible, je suis.). Non, ce qui me gêne, c'est le ton employé par l'auteur, le style résolument larmoyant et pessimiste. C'est mon côté naïf et optimiste qui prend le dessus. L'alternance des passages dont je parlais plus haut est aussi déconcertante et agaçante.

Je critique, je critique, mais ça va mieux sur la fin, sans vouloir déflorer l'histoire. Antonio Vivaldi, messieurs-dames, le grand Antonio, tel Zorro arrive (bon, là évidemment, citer Zorro, qui plus est une chanson d'Henri Salvador, on saisit mieux l'écart de culture. Salvador, Vivaldi même combat ? Pas vraiment ! Comment même oser accoler ces deux patronymes ? Je m'enfonce, je m'enfonce.) Réussira-t-il à libérer la jeune fille de ses angoisses ? La musique a-t-elle ce pouvoir ? Vous le saurez en lisant Stabat Mater, parce que moi, je ne dirai rien. Enfin, si je ne vous en ai pas dégoûtés ce que je n'espère pas, car bien sûr il en est de la littérature comme des goûts et des couleurs, à chacun la sienne et les siens.

Mes regrets aux attachés de presse Livre de poche pour ce partenariat raté.

Des avis moins négatifs chez Mango et Biblioblog.

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Le testament noir

Publié le par Yv

Le testament noir, Patrice Pélissier, Presses de la cité, 2012

Un jeune photographe parti faire des clichés sur les lieux de son enfance, découvre dans son objectif une vieille caisse abandonnée marquée d'un croix gammée. Dans le village de Saint-Ambrose, proche d'Aix en Provence, c'est l'effervescence, car flotte depuis plus de soixante ans la rumeur d'une caisse prise aux Allemands, remplie d'or. Un trésor. Bientôt, c'est une véritable ruée vers le village, d'habitude hors des sentiers des vacanciers. Puis, César Andréani, vieil homme du village, très troublé par la découverte de cette caisse, est retrouvé assassiné, un couteau dans le dos, avec roulé dans sa main, un morceau de papier portant le nom d'un policier, Victor Kobolsian. Ce Kobolsian est policer à Aix et vit des moments difficiles, sa femme est dans le coma, victime d'un accident de la route. Bien qu'il ne se connaisse aucun lien avec ce village, il est dépêché sur les lieux de la découverte et du crime.

Voilà un polar provençal rondement mené, maintenant le suspense jusqu'au bout. Souvent, j'ai des indices qui viennent au fil de mes lectures. Parfois tôt, parfois tardivement, après avoir éliminé plein de suspects, je parviens à découvrir le coupable avant la fin. Là, je me suis fait baladé. Il est vrai que Patrice Pélissier est futé, qui sait jouer avec divers narrateurs et mêler les histoires pour nous embrouiller. Pas dans la compréhension de son roman, mais dans la recherche du ou des coupables.

C'est donc un roman policier bien construit, qui débute par un prologue censé nous donner la genèse du propos, puis, qui alterne les narrateurs (le photographe, le gendarme, le flic, la journaliste, ...), incluant également des pages d'un mystérieux  journal tenu pendant les années 1937/1943 par une jeune fille et qui finit bien entendu par un épilogue. Classique et efficace ! Le suspense latent dans les premières pages, monte dans la seconde partie jusqu'à nous en faire oublier de lâcher le livre pour vaquer à des occupations plus lucratives.

Les personnages de P. Pélissier sont de forts caractères, de fortes personnalités qui s'affrontent sous la chaleur accablante ; ils prennent tour à tour l'ascendant, ne veulent rien lâcher. Point trop caricaturaux, ils ont des forces et des faiblesses. Et même si Kobolsian est sans doute, le plus stéréotypé, l'auteur préfère en jouer : "Loubeyrac avait été impressionné par Kobolsian, parfaite caricature du policier : spectre fatigué au visage rongé par les rides et les cernes. La jeune femme qui l'accompagnait semblait venir d'un autre monde si on la comparait à son collègue. Grande, au physique élancé, elle respirait la santé, malgré des traits fermés." (p.133)

Ce n'est pas un roman policier avec un contexte très fort, politique, historique ou social comme je les aime, car même si l'origine de son intrigue prend racine pendant la seconde guerre mondiale, je ne peux pas dire que celle-ci en soit vraiment le contexte. Mais, c'est un polar avec des personnages attachants, autant dans les enquêteurs que dans les suspects, dans les vies desquels on entre un petit peu, voire un peu plus pour certains. Il nous dit aussi ce que peut être la vie dans les petits villages tant dans les années 40  (c'est à dire dans des années particulières pour la Provence qui n'a été occupée qu'en 1942, alors que le nord de la France l'était déjà depuis deux ans) que de nos jours.

Après son très bon L'homme qui en voulait trop, Patrice Pélissier récidive de très belle manière. A mes yeux, un ton au-dessus du précédent, surtout parce que là, je n'ai rien à dire de négatif : les tics d'écriture un peu désagréables de L'homme qui en voulait trop ont été gommés.

Le problème pour vous, maintenant, mon cher Patrice -j'espère que vous me pardonnerez cette familiarité-, c'est que vous devez faire au moins aussi bien pour le prochain ! Attention à vous, je vous guette, parce que je ne vous lâcherai pas comme ça, maintenant que j'ai pris goût à vos histoires. Stressante cette demande de qualité, n'est-il pas ? C'est de votre faute, fallait pas m'habituer !

Merci beaucoup Laura

 

challenge 1%region.jpg thrillers

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Ça coince ! (7)

Publié le par Yv

Le descendant africain d'Arthur Rimbaud, Victor Kathémo, Éd. Myriapode, 2012

"Racho est un homme originaire de Dirédoua près de Harar en Éthiopie. Sa trisaïeule, femme Amhara d'une certaine élégance, vécut une brève idylle avec Arthur Rimbaud pendant le deuxième séjour de ce dernier à Harar. Comme Rimbaud, Racho fait état d'une veine artistique profonde. Il est sculpteur et offre une nouvelle vie aux bibelots et colifichets qu'il ramasse au Port autonome de Cototrou. Mais son art ne répondant à aucune règle académique, Racho a du mal à se faire accepter par ses pairs et à vivre de son art. Il va ainsi décider de tout laisser tomber et d'aller mener sa vie sur le continent de son illustre ancêtre dans l'espoir d'y recevoir, du fait de sa filiation, un abord princier." (extrait de la 4ème de couverture)

Difficile d'entrer dans ce roman et même d'y rester. L'écriture est déroutante, et les allers-retours entre la réalité, l'irrationalité, l'onirisme sont déconcertants. Un garçon comme moi, prosaïque, terre-à-terre a beaucoup de mal à se retrouver dans les méandres du cerveau de Victor Kathémo. Quelques passages qui racontent la traversée de Racho, sa vie, permettent de s'accrocher un peu, mais ils sont trop disséminés dans le récit pour me retenir jusqu'au bout. Néanmoins, je ne doute pas que ce bouquin puisse trouver son public, l'écriture est plaisante et originale. C'est juste un mauvais choix de ma part qui, au départ m'emballait pourtant.

 

 

Le jardin du mendiant, Michael Christie, Albin Michel, 2012 (traduit par Nathalie Bru)
"Qu'il évoque un accro au crack dialoguant avec le fantôme d'Oppenheimer ou un vieil homme qui tente de renouer avec son petit-fils devenu SDF, Michael Christie ausculte le cœur et l'âme de Vancouver, ses solitudes anonymes et modernes, avec autant d'intelligence que d'humour. Un univers urbain qui nous ressemble étrangement."(4ème de couverture)

C'est un recueil de nouvelles qui s'intéresse aux petits, aux gens que l'on croise dans la rue, parfois sans vraiment les voir. En cela, je trouve que l'idée de départ est excellente. Mais, parce qu'il y a un "mais", bien vite les histoires deviennent un peu longues (bien que ce soient des nouvelles d'environ trente pages chacune). La première part bien, cette femme seule qui ne cesse d'appeler les ambulanciers pour revoir le secouriste dont elle est tombée amoureuse, mais très vite, l'auteur tombe dans du prévisible et rien dans son écriture n'est là pour ajouter le petit plus qui ferait que j'aimerais. Cette écriture qui pourtant change un peu d'une nouvelle à l'autre, assez moderne, mais un rien en dessous ce que j'attendais. Les autres nouvelles ont un peu la même forme : une bonne idée de départ qui retombe vite.

"Un des grands espoirs de la littérature canadienne" selon l'éditeur qui, selon moi, mais bon, je ne suis qu'un simple lecteur, demande confirmation, ce qui est d'ailleurs le lots de tous les espoirs.

Désolé Aliénor, pourtant, il était bien vendu.

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Tais-toi et meurs

Publié le par Yv

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou, Éd. La Branche, 2012

Julien Makambo quitte son Congo natal et arrive en France sous un autre nom, José Montfort. Aidé par Pedro, membre du milieu africain de Paris, il va se faire une place au sein de cette société et vivre de divers petites combines plus ou moins prolifiques. Un jour, un vendredi 13, Pedro lui propose un gros coup. Coup qui le mènera en prison, là où il écrit son histoire, celle qu'Alain Mabanckou rapporte

Je classe ce bouquin dans la catégorie polar eu égard à la collection vendredi 13 de l'éditeur. Ce n'est pas à proprement parler un roman policier. Alain Mabanckou décrit le monde de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes) et le milieu africain de Paris. Celui des petites magouilles. Son (anti)héros est un pauvre garçon qui tombe dans un environnement qui le dépasse et qui l'amène à avoir des comportements répréhensibles bien que plutôt bénins. On découvre également la suspicion des uns par rapport aux autres selon leurs pays d'origine voire même selon la région s'ils sont du même pays. La solidarité africaine existe, certes, mais avec une certaine méfiance entre ethnies et nationalités. L'auteur montre aussi les appartements partagés à plusieurs, la promiscuité et la difficulté de vivre ensemble, parfois comiquement comme cette fois où Julien ramène une fille à l'appartement et que pris d'une envie pressante, il part aux toilettes et que :

"De retour dans le studio, j'ai entendu Bijou hurler de plaisir :

- Continue, chéri ! Continue, mon amour ! Ne t'arrête pas ! Défonce-moi, chéri ! Défonce-moi !

J'ai allumé la lumière. Il y avait quelqu'un sur elle. C'était Bonaventure. Bijou a vite ramassé ses affaires et s'est enfuie, tandis que Bonaventure et moi nous chamaillions sous les éclats de rire des autres colocataires, tous réveillés." (p.83)

Toute l'aventure de Julien se passe dans les quartiers de Paris dans lesquels la population d'origine africaine est nombreuse, dans les restaurants, les cafés. Alain Mabanckou excelle dans les alternances de moments graves et de moments plus drôles, comme des discussions oiseuses entre plusieurs protagonistes, ou des descriptions physiques, notamment des rois de la SAPE. C'est vrai que le costume vert diabolo-menthe de Julien, associé à une cravate et des chaussures bordeaux, doit valoir le coup d'oeil.

Et puis, plus largement, l'auteur décrit la pègre africaine et plus particulièrement, la pègre congolaise, entre les faux-papiers, les vols de chéquiers, les changements d'identité et une véritable économie parallèle -ou souterraine- de contrefaçons de marques, de billets de train, de métro. Bref, un monde qui m'est totalement inconnu sur lequel A. Mabanckou met le viseur. Un monde dans lequel un service n'est pas gratuit. Contrepartie sera demandée, mais personne ne sait encore quand ni sous quelle forme.

Il parle aussi de tous ces hommes et femmes venus d'Afrique pleins d'espoir et qui se retrouvent confrontés à la triste et dure réalité de la vie quotidienne en France : plus de travail, pas d'argent, logements insalubres, ...

Je vous le disais pas vraiment un polar, même si l'aventure qui va mener Julien en prison est suffisamment bien racontée, l'auteur sachant réserver quelques surprises et effets et les servir aux bons moments.

Encore un très bon titre de cette collection, décidément excellente et un très bon livre de Alain Mabanckou qui ne me déçoit jamais (bon, un tout petit peu sur Demain, j'aurai vingt ans, mais c'est oublié). Quels talents !

Merci Léa de chez Gilles Paris.

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