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La recluse du Destel

Publié le par Yv

La recluse du Destel, Martine Alix Coppier, Presses de la cité, 2014..,

Lorsqu'en décembre 1734, Marie une jeune fille de 18 ans, arrive dans les gorges d'Ollioules et monte dans les grottes du Destel pour y vivre, les gens du village voisin se demandent bien ce qu'elle doit expier et si elle survivra. Dix ans plus tard, elle y est toujours, ermite qui mendie de la nourriture à la sortie de l'église. Elle est là pour se punir de ses fautes que l'on apprend par flashbacks.

Une lecture en demi-teinte pour moi. D'un côté un résumé plutôt intéressant et de l'autre un début lent voire long. Roman découpé en quatre parties déséquilibrées au nom des quatre saisons, le printemps et l'été sont celles où les jours sont les plus longs certes, mais pas que les jours, les pages aussi. Si les paysages sont admirables et beaucoup décrits, on n'en sait pas vraiment plus sur ce qui a pu amener Marie à vivre en ermite, ni même sur ses tourments, ses questionnements ou sur ses conditions de vie. On se contente de visiter la région, de faire connaissance avec les personnes du village voisin de la grotte, avec celles auprès de qui Marie a vécu dix ans auparavant. Et puis, l'automne arrive, une chasse à la louve est organisée dans le Destel, Marie la protège fait rater la battue et d'un coup, enfin, elle commence à se livrer et re-enfin, on comprend ce qui l'a fait basculer dans cette vie misérable et solitaire. C'est vraiment à partir de la page 145 que le roman prend de l'épaisseur et les personnages itou. Rien n'est révolutionnaire, ni l'histoire ni son développement ni son dénouement, et les personnages sont un peu négligés au profit des lieux et des divers apports historiques, ce qui fait qu'on a du mal à s'attacher à eux et que Marie ne récolte pas toute la sympathie qu'elle devrait. On est loin de l'étude de mœurs à laquelle on pouvait s'attendre, néanmoins, les deux dernières parties sauvent l'ensemble du livre qui partait bien mal.

L'écriture de Martine Alix Coppier est agréable, très documentée sur l'époque (sauf peut-être pour les allumettes -celles qui produisent une flamme- qui n'apparaîtront que 60 ans plus tard, à moins qu'on ne parle de celles qu'on enflammait avec un briquet à amadou avant de s'en servir pour allumer une lampe qui elles existaient, mais alors la phrase p.14 n'est pas claire : "Avec des gestes fébriles, elle attrapa la lampe et la boîte d'allumettes, enflamma la mèche et se redressa."), c'est d'ailleurs l'écriture qui m'a retenu d'abandonner ma lecture, il est assez rare que je tienne 145 pages si rien ne me plaît...

Mes propos confirment donc ce que j'écrivais au départ, à savoir une lecture en demi teinte, qui a des qualités et c'est sur cette note positive que je finis mon article. Faites-vous votre idée...

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Le Boss de Boulogne

Publié le par Yv

Le Boss de Boulogne, Johann Zarca, Ed. Don Quichotte, 2014...,

Le Boss monte tranquille son taff de dealer d'herbe. Il sort de la cité, s'installe au bois de Boulogne et devient le dealer officiel des transsexuel(le)s, des prostitué(e)s, enfin de tous les travailleurs du sexe. Son bizness explose, il crée une bande la BDB-Crew qui règne en maître sur toutes les drogues du bois. Justice sommaire, surveillance du territoire, échapper aux flics est le quotidien des nuits de BDB-Crew. Une nuit, Paola, un trans brésilien se fait massacrer. Paola, c'était une star du bois et une bonne cliente du Boss ; puis c'est au tour de Noy, trans thaïlandais de se faire assassiner : les flics grouillent à la recherche du tueur, ce n'est pas bon pour les affaires du Boss qui met son équipe à la surveillance du bois et à la recherche de tous les suspects potentiels.

Ce roman est une confession du Boss, et le moins que je puisse dire c'est que c'est une expérience assez éloignée de mes lectures habituelles. La langue du Boss est mâtinée de français, de verlan, d'argot, de grossièreté, de langage manouche et rebeu : un mélange qui peut dérouter. Je n'en ai sans doute pas capté toutes les subtilités, mais le pli pris, le rythme est là, implacable qui rend accro jusqu'au bout. Si vous avez déjà lu San-Antonio, vous ne serez pas totalement dépaysé : on ne comprend pas tous les mots individuellement, mais l'ensemble de la phrase est imagé certes,  mais très clair. La comparaison s'arrête ici, car le texte de J. Zarca est plus trash, direct et ancré dans la réalité. Je ne connais pas le bois de Boulogne, mais j'imagine assez bien que les descriptions que J. Zarca en fait sont proches de ce qui s'y passe vraiment. "Le bois de Boubou. La cour des vices. Le deuxième Brésil. Le terre-terre des chlagues. Le coupe-gorge aussi. Glauque. Hardcore. Trash. Tout le monde connaît le bois de Boulogne ou en a déjà entendu parler. Sans sa nuit, le Bois n'est rien. Sans sa nuit, on n'en parlerait pas. Vite fait du jardin d'Acclimatation, et encore. " (p.43) 

La nuit, le Bois est évidemment le lieu de travail de prostitué(e)s, transsexuel(le)s, le lieu vers lequel converge une population hétéroclite : entre des bourges qui viennent se payer un moment inavouable avec des michetons, des drogués qui viennent chercher leur came, des hommes en manque de sexe qui, en lâchant vingt ou trente euros repartent plus légers, ... C'est aussi un endroit où certains ne tapinent que pour se payer leur drogue, de véritables épaves parfois : "Lafiotte, je ne sais pas trop si c'est un trav mal déguisé ou une fofolle, mais je me demande quel foulek peut vouloir taper dedans. Lafiotte, il taille des pipes sans capote pour cinq roros. Il se sape en keum mais il a des veuches hyper-longs qui lui tombent dans le dos et une démarche de racli. Archi-maigre, l'épave se maquille comme une meuf alors qu'il lui reste de la stachemou. Et puis surtout, Lafiotte est crade. Il schlingue à mort." (p.38/39)

C'est forcément un lieu violent, ultra-violent notamment pour celui qui veut garder son bizness qui lui rapporte un max. Car forcément d'autres veulent une part du gâteau, des manouches en particulier avec lesquels les relations vont être expéditives et musclées. La haine et la violence montent crescendo. Et puis, les flics aussi qui patrouillent et enquêtent pour trouver le tueur des trans rendent le marché du Boss moins florissant et plus violent : n'importe qui peut leur balancer des infos sur le trafic du Bois : "Une autre truc me casse les corones quand je réfléchis. C'est le chef des bakeux, l'inspecteur lieutenant commissaire Philippe mes couilles. C'est à moi qu'il est venu parler. Il me connaît et sait que je dirige ce biz. Je me demande si une poucave ne traînerait pas dans le secteur. Ca craint. Il me faut un calibre."(p.53) On se demande même où va s'arrêter cette montée de violence, certaines scènes sont assez terribles à lire, franchement trash, mais je suis sans doute un garçon trop sensible.

Je ne lirai pas ce genre de roman tous les jours, ce n'est pas vraiment mon truc, mais je me dois de dire que j'ai beaucoup aimé l'écriture de Johann Zarca, cette plongée dans un monde sordide qui m'est totalement étranger, celui de la nuit, de la prostitution, des transsexuelles, de la drogue... ça bouscule mes habitudes de lecture et j'adore qu'on vienne les déranger.  Si vous voulez vous faire une petite idée encore plus précise avant de vous lancer dans cette lecture que je vous recommande, sachez que l'auteur a un blog : Le mec de l'underground.

 

polars

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Un bouquet de coquelicots

Publié le par Yv

Un bouquet de coquelicots, Marianne Sluszny, Ed. La différence, 2014...,

Recueil de nouvelles qui ont un fil conducteur : elles parlent toutes de personnages qui ont vécu pendant la guerre 14/18 en Belgique, différents protagonistes qui racontent leur guerre, leurs souffrances et leur vie d'avant et parfois d'après.

Toutes les nouvelles débutent quasiment par la même phrase : "Je suis né en ...", puis ensuite, l'auteure raconte la vie d'avant le conflit, parfois facile, parfois plus ardue, puis les années de guerre qui a broyé toute une génération. Chaque personnage des nouvelles de Marianne Sluszny est représentatif d'une couche de la population belge. A part la nouvelle intitulée De Profundis, toutes portent en titre le prénom du personnage principal.

De Profundis : une lettre à ceux qui fêteront leurs vingt ans en 2014 écrite de l'au-delà par un soldat, une sorte de "résumé" de ce conflit par celui qui le symbolise encore.

Roger : issu de la bourgeoisie catholique bruxelloise, Roger est musicien. Depuis 1909, une loi a "aboli le système de la conscription, basé sur le tirage au sort et la possibilité pour un fils de nanti d'échanger son "mauvais numéro" contre un "bon" moyennant compensation financière pour le trouffion qui irait au service et au casse-pipe à sa place" (p.32) Roger part donc à la guerre et découvre d'abord la mixité sociale puis les horreurs des champs de bataille : "La tranchée... C'est là que je fis connaissance des poux, des rats, des odeurs nauséabondes, des urines et étrons entassés dans un seau."(p.38)

Echo : Le plus jeune du lot, né en 1912, raconte sa vision de ce conflit : une nouvelle un peu plus légère, plus anecdotique sans doute, mais qui éclaire un pan assez méconnu de la guerre.

Jeannette : Jeannette est jeune mariée lorsque son mari part à la guerre. Les temps sont longs et durs, il est difficile de se nourrir, de se chauffer dans les villes et villages occupés. Jeannette ne voit qu'une solution : vendre son corps à ceux qui ont les moyens de le payer : les Allemands.

Frans : Frans est flamand, sa tête farcie des désirs d'indépendance de son pays. Il part au conflit et s'aperçoit que ce qu'on lui a raconté sur la lutte des classes entre Flamands et Wallons n'est qu'une bêtise. Une nouvelle sur la difficulté de la Belgique à faire une seule communauté, difficulté qui date quasiment de la création de ce pays et qui perdure au fil des ans

Albert : Albert est congolais, de l'ancienne colonie belge, de l'ancienne propriété personnelle du roi Léopold II. Arrivé en Belgique en 1911, il s'engage pour tenter de vivre mieux. Il écrit sa lettre en 1934 alors qu'il vit ses derniers jours, souffrant "depuis près de vingt ans de tuberculose pulmonaire, [qu'il a] dû contracter en 1915 ou 1916" (p.92) Albert sera fait prisonnier, sera l'objet de brimades particulières du fait de sa couleur, sera interné en camp de prisonniers. En sortira, malade, construira sa vie se mariera et aura des enfants.

Cécile : Cécile est une jeune fille de la bourgeoisie belge, qui, contre l'avis de ses parents décide de devenir infirmière. En plein milieu de ses études, la guerre commence. Elle ira soigner les blessés, les gueules cassées, tombera amoureuse, et ces années de dévouement décideront de ce que sera le reste de sa vie.

L'écriture de toutes ces nouvelles est classique assez distanciée, presque clinique ; elle décrit des faits et laisse peu de place aux sentiments, aux tourments, sauf pour Albert où là, on est en plein dans le ressenti de cet homme. C'est une méthode d'écriture qui permet de cerner au mieux les parcours de chacun, les choix ou non-choix qui ont amené les personnages en plein conflit et de généraliser leurs cas à toutes les couches de la société belge de l'époque (et sans doute encore plus largement). Ce qui au départ peut paraître déroutant sert plutôt le propos en ne le polluant pas par des questionnements intempestifs et pas indispensables. Néanmoins, Marianne Sluszny laisse la part belle à ses personnages, elle les fait évoluer et cette évolution nous permet de faire le tour du conflit de différents points de vue.

Pour finir, le titre est dérivé d'un poème de John Mc Crae, lieutenant-colonel de l'armée canadienne, cité en exergue.

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Les blondes et papa

Publié le par Yv

Les blondes et papa, Charles Exbrayat, Le masque poche, 2014 (Librairie des Champs-Élysées, 1961)....

Ianto Morgan, gallois, veuf, vit avec sa fille de douze ans Buddug. Devant les femmes blondes, il perd tous ses moyens et est capable de faire des bêtises. C'est un homme discret, un brin naïf qui ne peut tenir tête à Buddug, une fillette étrangement raisonnable, qui mène la maison, qui est fiancée à Caradog d'un an son aîné, garçon au tempérament identique, raisonnable qui vit seul avec sa maman, Meredid Price, brune, veuve elle aussi et secrètement amoureuse de Ianto. Lorsque ce dernier part à Cardiff pour retrouver une jeune femme, il dit à Buddug que c'est pour affaires. Mais lorsqu'il est accusé du meurtre du mari de cette femme, blonde, Buddug et Caradog ne se démontent pas : ils demandent à la tante de Caradog, Sioned de les héberger et des les aider à faire la lumière sur cette histoire. 

Un retour dans l'adolescence et mes jeunes années d'adulte pendant lesquelles je lisais du Charles Exbrayat à tour de bras et que j'avais un peu délaissé dernièrement. Quelle erreur ! Quel plaisir de redécouvrir tout son talent d'écrivain alliant belle plume, humour et suspense. Pour le suspense, c'est vrai que depuis on a lu plus vif, mais si le dénouement n'est pas une véritable surprise (on peut même le deviner dès le début), les chemins empruntés par les policiers et par le trio Buddug-Caradog-Sioned sont sinueux et on les suit avec le même plaisir que les chemins buissonniers. Chez Exbrayat, on déteste les raccourcis. Pour la belle plume, je pourrais vous citer un tas de superbes phrases, bien tournées, longues, avec imparfaits du subjonctif, des phrases qui sentent bon la langue aimée et maîtrisée, des personnages qui se voussoient, qui ne s'insultent pas, qui restent toujours courtois, enfin, au moins jusqu'à l'apparition de Tante Sioneg. Justement, venons-en aux personnages, tous hauts-en-couleurs, Sioneg en tête qui est celle qui marque le plus ce roman : "Miss Sioned Price [...] touchait à la cinquantaine. Elle ne s'était jamais mariée -au temps où cela lui eût été possible- estimant que le mariage se révélait incompatible avec cette passion de la liberté qu'elle portait en elle. Au surplus, il se serait avéré délicat de lui dénicher un époux assorti, Sioned mesurant près de six pieds [1,80m]. Parfaitement adaptée au célibat, elle vivait heureuse dans l'appartement hérité de ses parents à Glynn Street, se gavant de pâtisserie et passant tout le temps que lui laissait son métier de dactylographe à domicile, à regarder la télévision. Le résultat de ces deux activités annexes faisait que Sioned atteignait le poids respectable de deux cent dix-sept livres [98 kg] et connaissait par cœur le pedigree et les aventures sentimentales des artistes du petit écran." (p.89) Ce sont les interactions entre les différents protagonistes et leurs comportements d'Anglo-saxons flegmatiques et courtois qui font la drôlerie du récit ainsi que le décalage produit par les deux enfants qui raisonnent comme des adultes, mieux qu'eux, même. Ajoutez à cela des situations cocasses, comme l'arrestation de Tante Sioned dans un théâtre de Cardiff (p.192) qui tient tête à plusieurs policiers les envoyant valdinguer sur les genoux de vieilles filles offusquées et vous aurez une ambiance joyeuse et une envie de ne pas quitter cette lecture rafraîchissante. 

En plus de cette qualité, Charles Exbrayat décrit bien ses personnages qui ne sont jamais mauvais (même pas le ou les coupables sauf sur la toute fin) ; ils sont un peu stéréotypés évidemment, le rural rustique, le flic éternellement amoureux (mais jamais de la même femme) et qui ne veut pas s'engager, la femme amoureuse en secret qui n'ose dévoiler ses sentiments, mais ils sont tous tellement charmants que tout passe simplement et dans la bonne humeur. Les hommes ne sont pas très glorieux, les femmes s'en tirent beaucoup mieux, que ce soit Sioned ou même la sage-femme brièvement aperçue, ou encore la fiancée éphémère du policier et bien sûr Buddug la fillette. 

Une excellente idée que de rééditer les romans d'Exbrayat : il en a écrit beaucoup et malgré l'insistance de mes jeunes années, je ne les ai point tous lus.

 

polars

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Les voleurs de cerveaux

Publié le par Yv

Les voleurs de cerveaux, Cyrille Launais, Ed. Sixto, 2013.....

Luc Renard est livreur pour la librairie Bouquain à la fin des années 50. Au volant de sa 2CV fourgonnette, il sillonne les rues de Nantes pour son travail. En arrivant chez M. Derval, client habituel, Luc le retrouve mort, un trou dans la tête. A peine a-t-il remarqué cela que Luc est assommé et laissé sur place. Lorsqu'il se réveille, les policiers sont présents. Il est entendu, relâché et ne peut s'empêcher de mener sa propre enquête avec Jeanne sa cousine. Bien mal leur en prend.

Que voilà une belle bande dessinée : couverture souple et néanmoins superbe, très réussie de mon point de vue, 100 pages si l'on excepte le dossier final intitulé Etudes graphiques, une mise en page soignée, un magnifique dessin en noir et blanc, travaillé un peu comme de la photo sur certaines cases, avec différents plans : le premier est net et le second flou, comme lorsque l'on fait le point sur une seule personne. Le dessin est très réaliste, les personnages sont très identifiables, ils ont des "gueules", un peu comme dans les films de Lautner ou dans les BD de Tardi. Les paysages sont eux aussi réalistes, identiques à ce qu'était Nantes à l'époque (d'après ce que j'en ai vu puisqu'évidemment, je n'étais point encore dans cette belle ville ni même né) ; des quartiers sont encore reconnaissables, d'autres moins, je me repère aux bâtiments qui eux sont restés. Le texte est basique, assez simple, très symbolique de l'époque entre argot et dialogues d'Audiard (les références n'y sont d'ailleurs pas cachées) et tant mieux, car il permet de rester ancré dans la réalité alors que l'intrigue flirte avec l'irréel, le surnaturel avec grand bonheur.

Un excellent moment passé en compagnie de toute cette bande, du même ordre que lorsque vous visionnez un bon vieux film de gangsters français des mêmes années : humour, parodie, langage fleuri et tronches indescriptibles, voitures oubliées, vitesse folles (au moins du 72 km/heure !), pas de prise de tête, d'intellectualisation du ou des propos, pavés des rues de Nantes, clin d'œil à la presse locale et à la star incontestée de Nantes, Anne de Bretagne (sa seule existence en son château, en cette ville prouve à elle seule son appartenance à la Bretagne ; je dis ça bien sûr juste pour attiser la querelle récurrente en nos rues nantaises) et qui est morte il y a tout juste 500 ans (le 09 janvier 1514)

Pour de plus amples informations, n'hésitez pas à aller visiter le site des éditions Sixto, collection CasaNostra (en cliquant sur le nom) spécialisée dans le genre BD polar qui se déroule dans le centre des villes. En plus, vous aurez un interviouve de l'auteur Cyrille Launais. La lecture de cet album valant mieux qu'un long discours (surtout d'un de mes discours), je vous laisse le découvrir par vous-même, ce qu'évidemment, vous ne manquerez pas de faire.

 

polars

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Dossier 64

Publié le par Yv

Dossier 64, Jussi Adler-Olsen, Albin Michel, 2014 (traduction Caroline Berg).....

Le département V de Copenhague est une petite unité dirigée par Carl Morck assisté d'une secrétaire schizophrène Rose et d'un drôle de personnage qui dit s'appeler Hafez El-Assad. Cette unité est spécialisée dans la réouverture de vieilles affaires non résolues. Celle qui va occuper les trois acolytes concerne la disparition de plusieurs personnes en 1987. Dans le même temps, Carl semble mis en cause dans deux histoires, une très vieille concernant la mort de son oncle et une plus récente, la fusillade qui a causé la mort d'un de ses ex-équipiers, la tétraplégie d'un autre (dont il s'occupe) et sa propre blessure à la tête qui lui a valu sa mise au placard dans le Département V.

Quatrième volet des enquêtes du Département V, toujours aussi bon, je ne vous le cache pas. Nous sommes nombreux à avoir aimé les trois précédents tomes (MiséricordeProfanation et Délivrance), nous devrions être au moins autant à apprécier ce roman-ci. A ce propos et sans encore savoir ce qu'elles en ont pensé, ce livre fut l'objet d'une lecture commune avec mes éminentes copines de la blogosphère Lystig, Liliba et Hélène.

Cette fois-ci encore le trio fonctionne admirablement et de la même manière : Rose déterre un dossier qu'elle s'empresse de rendre attirant à Carl, Assad lui étant tout acquis. Carl est un flemmard dont l'instinct de flic, dès lors qu'il est réveillé ne s'endort plus qu'à l'ultime seconde de la résolution de l'énigme. Le travail de Rose et d'Assad est donc de lui présenter un dossier "clef en main" : ils sont les petites mains qui cherchent, furètent dans les archives pour appâter leur chef. Rose est toujours sur le fil, entre ses différentes personnalités qui ne demandent qu'une raison pour s'intervertir. Assad, toujours mystérieux sur ses origines est collant, ne lâche rien et n'en fait qu'à sa tête. Carl, plus flegmatique est très pris par sa vie privée, entre sa future ex-femme qui veut partager leurs biens, son beau-fils qui ne fait rien, son ex-équipier cloué sur un lit médicalisé dans son salon et Mona son ex-psychologue devenue sa maîtresse.

Pour cette affaire, Jussi Adler-Olsen nous plonge dans le Danemark de l'extrémisme : le parti de l'extrême droite est en passe d'avoir des représentants au Parlement et son chef Curt Wald qui a tout fait pour que son parti arrive un jour au pouvoir est en première ligne. J. Adler-Olsen démonte les rouages de ce parti, fondé sur ce que la société danoise refuse de voir en face et sur ce dont elle ne peut s'enorgueillir : l'eugénisme mis en pratique au début du siècle dernier, lorsque des femmes jugées de mauvaise vie était enfermées dans l'île de Sprogø, surveillées, maltraitées voire stérilisées pour ne pas que leur progéniture gangrène la vie des honnêtes gens de l'époque. "Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu'on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l'on mettait à l'isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l'une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu'elle accepte d'abord d'être stérilisée. Stérilisée de force ! On leur enlevait tout, Carl ! Excision et hystérectomie !" (p.187). J. Adler-Olsen construit une histoire dure, parfois insupportable d'intolérance et de violence tant physique que psychologique. Un contexte très fort, malheureusement réel. J. Adler-Olsen ne prend pas de gants et met ses compatriotes face à leur passé et leur présent (face à la montée des extrémistes). Dans le même temps, il sait se faire plus léger lorsqu'il parle des relations entre ses trois protagonistes (il y a notamment deux pages hilarantes d'une théorie implacable de Rose sur l'utilité pour les hommes de remonter la cuvette des toilettes pour uriner et de la rabaisser, une fois leur affaire faite), ou lorsqu'il décrit les rapports entre Carl et Mona, la femme qu'il aime :

"- On s'en fiche", dit-elle en l'attirant contre elle avec tant de volupté que le sang de Carl se mit à bouillir. "Je crois que tu es mûr pour une petite séance de gymnastique sous la couette", lui susurra-t-elle en glissant une main là où les petits garçons en bonne santé se tripotent à longueur journée." (p.317)

Une quatrième enquête très convaincante de 604 pages jamais ennuyeuses, au contraire (ce qui est pour moi un gage de grande qualité) qui se hisse très largement à la hauteur de Délivrance, le tome précédent que je trouvais le plus abouti. Mais jusqu'où ira-t-il ce Jussi Adler-Olsen, si à chaque épisode que je lis je le trouve encore meilleur que le précédent, et sachant que d'autres sont prévus, pour ma plus grande joie ?

 

 

polars

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Faire l'aventure

Publié le par Yv

Faire l'aventure, Fabienne Kanor, Lattès, 2014...,

Biram est un jeune homme qui vit à Mbour, ville balnéaire proche de Dakar, cette ville qui au début du Paris-Dakar voyait les participants finir la course sur sa plage. Biram vit chez sa tante, enchaîne les petits boulots. Il veut faire l'aventure, partir, s'exiler en Europe, mais les récits de ceux qui en sont revenus, pas toujours glorieusement ne sont pas encourageants. 

Marème est une belle jeune Dakaroise qui vient vivre à Mbour le temps que son lycée est en grève. Elle a des manières d'adolescente de la grande ville qui peuvent agacer mais qui fascinent Biram. Elle rêve elle aussi d'un destin à la mesure de ses rêves, hors du Sénégal.

Fabienne Kanor mélange adroitement les genres dans son roman : odyssée de ceux qui s'exilent pour trouver mieux ailleurs, roman initiatique du passage à l'âge adulte et roman d'un amour contrarié, mal engagé entre la jeune citadine bêcheuse et le jeune homme pas très sûr de lui. On commence avec ces deux jeunes gens à l'âge où l'on pense beaucoup à soi, où tout reste à faire pour se construire un avenir et une personnalité. Ils sont en devenir, des ados mal dans leurs peaux : "Oh, ce n'était pas la colère du jeune homme [Biram] qui l'alertait, mais plutôt ce truc visqueux et vénéneux qu'il sentait poindre derrière, et que les gens éduqués appellent mélancolie." (p.135) Puis ils feront leurs routes pas comme ils l'escomptaient, feront des rencontres qui leur permettront de vivre, survivre de toucher du doigt leur rêve. Biram sera "modou-modou", vendeur à la sauvette, d'abord à Tenerife, ce qui sera l'occasion pour Fabienne Kanor de nous décrire le touriste de base sarcastiquement, le passage est un peu long, et c'est fort dommage, car je vous l'aurais bien cité en entier, je me contenterai du début : "Occupée à beurrer des sandwiches à la mortadelle, la femme, une bagatelle d'un mètre soixante à peine, bêlait aux oreilles de son mari. Elle rouspétait, pour commencer, contre cette chambre d'hôtel qu'ils occupaient depuis une semaine avec vue sur la moitié d'un parking et où l'on entendait les cris des voisins. [...] Il n'y avait pas plus plouc que les clients de l'Agua Mar. Plage, bar-tabac et supermarché, c'est tout ce qu'ils connaissaient, en dehors de leur chambre." (p.142/143)

En quatre parties, F. Kanor fait grandir ses personnages pour les emmener vers un âge adulte, vers des désillusions et des déceptions, mais aussi vers des espérances. Son roman est mélancolique, pas déprimant, parce que malgré tout, reste un ou des espoirs, ne serait-ce que celui de la vie qui continue et qui peut apporter son lot de belles surprises : il reste que lorsqu'on passe une partie de sa vie en tant qu'exilé sans papier, on ne peut pas dire que la bonne humeur, l'allégresse règnent en maîtresses. Biram et Marème sont des personnages auxquels j'ai eu un peu de mal à m'attacher ; malgré toute mon attention, je n'ai pas toujours ressenti pour eux toute l'empathie (et non pas de la pitié) que j'aurais voulu, sans doute parce qu'ils ne sont pas éminemment sympathiques, plus occupés à s'en sortir qu'à essayer de s'attirer les bonnes grâces ou des amis. Malgré cela et malgré des longueurs dans ce roman, je le conseillerais très volontiers, d'abord parce que je crois que les personnages, les situations évolueront dans chaque lecteur quelques temps après l'avoir fini et ensuite parce que l'écriture de Fabienne Kanor est vraiment très plaisante : des néologismes, des "africanismes" (ça se dit ça ?), des belles phrases propres à faire naître des images nettes, un langage simple et direct qui épouse parfaitement les caractères de Biram et Marème. Une écriture comme je les aime, inventive, originale et pleine de trouvailles.

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Tag blogueur convivial

Publié le par Yv

Aïe, mais qu'est-ce qui m'a pris ce matin d'aller lire le blog d'Hélène ? Me voilà avec un Tag auquel je me dois de répondre : 

 

1- Lorsque tu apprendras que tu as été tagué, la gigue tu devras danser et arborer le logo dudit Tag sur ton blog

logo-tag.jpg

J'arbore volontiers, mais pour ce qui est de danser la gigue ou de danser tout court, imaginez un bâton, un vrai bien droit et vous voyez sans peine mes capacités à me trémousser sur n'importe quelle musique que ce soit... alors la gigue...

 

2- Pour remercier celle qui t'a désigné, un petit texte tu rédigeras

Commençons alors par le début, Hélène, je te remercie vivement de m'avoir désigné. Ensuite, j'aimerais qu'ensemble nous décortiquions ce mot de convivialité par syllabes, un choix arbitraire que j'assume. Alors :

- "Con" : bon, ben comment dire ? Euh, chacun en a sa propre définition, n'est-il pas ? (et on oublie la connotation sexuelle SVP, que diable, c'est un blog sérieux ici)

- "Vi" : la vie quoi (et si je puis me permettre de réitérer ma parenthèse précédente)

- "Vial" : la vie quoi. Une répétition dans un mot, pas mal

- "Ité" : en latin : "partez"

Voilà, vous savez tout, la convivialité, c'est de laisser partir les cons qui ne comprennent rien à la vie ni à la vie. Simple. Evident. Un brin redondant sans doute.

 

3- Choisir 10 internautes réactifs tu devras

Eh bien, chers amis j'ai le bonheur de choisir ceux qui seront les plus réactifs ici même : laissez un commentaire et hop, vous êtes choisis. 

 

4- Faire ce Tag une seule fois tu pourras.

Ouf !

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Le dico flingueur des Tontons et des Barbouzes

Publié le par Yv

Le dico flingueur des Tontons et des Barbouzes, Stéphane Germain et Gega, Hugo et Cie, 2013

Vous connaissez Les tontons Flingueurs qui ont fêté leurs cinquante ans en 2013. Vous connaissez aussi sans doute Les Barbouzes qui fêtent les leurs cette année. Mais les connaissez-vous réellement ? Citeriez-vous les noms du réalisateur, du dialoguiste (super facile), des scénaristes, des acteurs et actrices ? Saviez-vous que la co-production du premier était allemande et qu'elle avait imposé le nom de certains acteurs, dont Sabine Sinjen qui joue Patricia ? Que nombre d'erreurs, d'approximations ou d'incohérences émaillent ces films devenus incontournables ? Stéphane Germain sait tout cela en bon spécialiste d'Audiard et des films de l'époque. En plus il s'est adjoint les dessins de Gega, superbes caricatures en noir et blanc des différents intervenants des deux films. 

J'ai eu la chance de recevoir à Noël, le coffret DVD de ces deux films de Georges Lautner, dialogués par Michel Audiard et co-scénarisés par Albert Simonin dans lesquels le trio principal d'acteurs est présent : Lino Ventura, Francis Blanche et Bernard Blier. Lorsque j'ai vu qu'il existait un livre aussi beau et aussi complet que celui-ci sur mon cadeau de Noël, je n'ai pas pu résister... Je n'ai pas encore eu le temps de revoir Les Barbouzes (Les Tontons sont repassés récemment à la télévision), mais après la lecture de ce bouquin, je peux vous dire que j'en ai très envie et que je le regarderai avec un œil un peu plus aiguisé sans pour autant bouder mon plaisir. Car avant tout, ce livre est un hommage aux films et à tous ceux qui y ont participé. Et l'on découvre que contrairement à ce que l'on entend partout, la langue d'Audiard n'est point argotique mais au contraire plutôt châtiée, notamment la fameuse scène de la cuisine imposée par Lautner à Audiard qui n'y croyait pas : "Toute la scène ne repose que sur un vocabulaire raffiné et des tournures de phrases que les parents d'aujourd'hui rêveraient de voir manier par leurs enfants. Dans cette cuisine, la force d'Audiard réside dans sa capacité à mélanger les niveaux de langage et à faire se télescoper les bonnes manières et le mot leste -ce dernier employé à dose homéopathique prend alors toute sa force, et sa drôlerie. C'est une de ses marques de fabrique. "Et c'est pourquoi je me permets d'intimer l'ordre à certains salisseurs de mémoire de fermer leur claque-merde." [...] La détonation obtenue grâce à ce cocktail de langage châtié et de vocabulaire plus relâché constituera une de ses figures de style préférées, et les exemples abondent : "L'homme de la Pampa, parfois rude reste toujours courtois, mais la vérité m'oblige à te le dire : ton Antoine commence à me les briser menu."" (p.11) 

Construit en deux grandes parties, une pour chaque film avec des items qui se recoupent évidemment, ceux consacrés aux divers participants communs, acteurs, dialoguiste, scénariste, ce beau livre est à conserver près des DVD, histoire de se cultiver et de briller en société lorsque le sujet arrive sur les films cités. On peut aussi le lire juste pour le plaisir de retrouver des anecdotes sur le cinéma de l'époque, comme la querelle entre la nouvelle vague et les anciens comme Audiard ou Lautner, sur les acteurs comme B. Blier, L. Ventura, F. Blanche ou Mireille Darc ; dans tous les cas de figure, on se marre bien, ce qui est une excellente nouvelle et une très bonne thérapie contre le blues ambiant.

 

polars

 

rentrée 2013

 

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