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Une lame si douce

Publié le par Yv

Une lame si douce, Jochen Jung, Métailié, 2014 (traduit par Françoise Toraille)..,

Ute, à la veille de ses cinquante ans, accompagne sa fille Ruth à l'hôpital où elle doit faire une mammographie suite à la découverte d'une grosseur. Comme souvent les deux femmes se disputent et Ute décide d'attendre Ruth dans la voiture. C'est alors qu'un homme s'approche de la voiture et en voulant lui parler, Ute se coince la main dans la portière. L'homme l'accompagne aux urgences se faire soigner. Ute n'est pas insensible à cet inconnu et l'invite le lendemain à sa soirée d'anniversaire à laquelle sont aussi invités Peter l'homme qui partage sa vie en ce moment et Ruth sa fille. 

Voilà un court roman qui me laisse dubitatif. Le fait de parler d'une femme de cinquante ans qui vit librement son célibat (Peter est son amant du moment, mais ils ne vivent pas ensemble) et sa vie sexuelle est plutôt original, elles ne sont pas légion en littérature ou cinéma contrairement aux femmes plus jeunes. Souvent, il faut bien le dire, c'est l'homme qui se pose des questions à cet âge-là dans les romans où les films. De ce point de vue, le roman est réussi et le choix de la narratrice bon. L'histoire est crédible, réaliste, chacun de nous pourrait croiser l'un des personnages ou tous au coin de la rue sans vraiment y faire attention. Ute, Ruth ou les hommes qui les accompagnent le temps de ces 117 pages pourraient même être des personnes de notre entourage, des voisin(e)s, des ami(e)s, des connaissances, ... Ce roman pourrait se sous-titrer "Quarante-huit heures de la vie d'une femme". Pendant ce laps de temps, Ute va se poser un tas de questions, sur sa relation avec sa fille, sur son attachement à Peter, sur sa relation naissante avec cet inconnu : lequel des deux choisir ? Et d'ailleurs est-il obligatoire de choisir ? La solution, si tant est qu'il y en ait une viendra sans doute lors de ce dîner d'anniversaire, lorsque tous dégustent des huîtres et boivent beaucoup. 

Ce qui me laisse hésitant, dubitatif (le mot de ralliement des éjaculateurs précoces précisait Pierre Desproges) comme je disais plus haut, c'est la manière de raconter cette histoire. Les phrases sont longues, parfois tortueuses, "à rallonge" qui ralentissent le rythme déjà pas trépidant (mais le genre ne supporterait pas non plus une histoire à deux cents à l'heure) et gâchent un peu le plaisir. Malgré sa petite taille, le roman souffre de répétitions, de redondances, mais peut-être est-ce pour mieux coller aux interrogations de Ute qui reviennent sans cesse, qui ne la quittent pas de ces deux journées ? 

Néanmoins, on sent que l'auteur a de la tendresse pour cette femme et pour ceux qui l'entourent. Pour Ruth qui vit ces jours avec l'angoisse d'une mauvaise nouvelle suite à sa mammographie. Pour Peter qui sent bien que Ute qu'il aime peut lui échapper. Pour l'inconnu (qui en fait se prénomme Achim), veuf depuis peu. J'avoue avoir eu un peu de mal à m'attacher à eux, à compatir, je n'ai pas passé un mauvais moment, non, loin de là, mais ce roman ne restera pas comme l'un de ceux qui m'ont marqué. Il débute ainsi :

""Mais l'amour, qu'en sais-tu vraiment ?" avait rétorqué sa fille, voix haut perchée se brisant par instants, faisant de ses doigts agiles passer par deux fois l'élastique autour de sa queue de cheval blonde. Juste après, debout dans la clarté, près de la fenêtre de la cuisine, elle avait repris sa tasse, l'air absent, renversant quelques gouttes de café récupérées par la soucoupe qu’elle tenait en équilibre sur sa main gauche." (p.11)

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Là où la lumière se pose

Publié le par Yv

Là où la lumière se pose, Véronique Biefnot, Héloïse d'Ormesson, 2014.....

Après son périple en Bolivie et ses expériences de transes chamaniques, Naëlle va bien. Elle vit paisiblement à Bruxelles avec Simon qui tente de retrouver la complicité qu'il avait avec Lucas son fils parti étudier en Angleterre. Naëlle est cependant toujours hantée par les images qu'elle a vues lors de ses transes, notamment celle d'une grotte, raison pour laquelle elle se met à explorer toutes celles qui sont dans son environnement assez proche. Lors d'une descente spéléologique rien ne se passe comme prévu, Simon souffrant de claustrophobie. A la suite de cette mésaventure, Naëlle décide de retrouver sa sœur qui a vécu les mêmes horreurs qu'elle dans l'enfance et dont elle a été séparée depuis l'âge de huit ans. 

Chose promise, chose accomplie, j'ai lu la suite de Les murmures de la terre et j'en parle. A la fois très différent et très proche, ce dernier tome des aventures de Naëlle se lit avec le même entrain, la même joie et la même envie de continuer un peu avec les personnages. On quitte la Bolivie pour revenir en Belgique, on quitte les transes chamaniques (quoique...) pour se retrouver dans des délires sectaires, mais on reste avec les personnages, leur fêlures, leurs difficultés, leurs amours, ...  

Cet opus commence avec une Naëlle plus apaisée, plus calme, mais malgré cela aucun temps mort : autour de l'intrigue principale se greffent des péripéties diverses plus ou moins liées qui donnent un rythme rapide et plaisant tant au lecteur qu'aux divers participants, tel Simon : "Depuis qu'il connaissait Naëlle, ses convictions avaient volé en éclats. Un monde infiniment plus subtil avait remplacé l'univers prévisible où il évoluait jusque là. Le confort matériel auquel il s'était attaché pour combler les manques vertigineux de son existence n'avait plus, aujourd'hui, la même importance. Cette femme à nulle autre pareille avait bouleversé sa vie." (p.116) Il faut bien que je dise aussi, point sur lequel je n'ai sans doute pas assez insisté dans mon article sur le tome précédent que ce thriller est aussi un roman d'amour, un "thriller amoureux" comme il est écrit en quatrième de couverture, c'est même la clef de voûte de la trilogie, l'amour que Simon et Naëlle se portent et qui les fera surmonter des épreuves assez incroyables et très déstabilisantes. Je retrouve dans les romans de Véronique Biefnot la joie de vivre, le bonheur que l'on peut trouver dans les livres de Francis Dannemark, certes moins franchement, plus diffus mais toujours là en fond ; ce n'est pas une coïncidence lorsque l'on sait que Simon et Naëlle se retrouveront brièvement au château d'Emiliana di Castelcampo, la comtesse excentrique et terriblement attachante du roman de F. Dannemark, Aux Anges (et que Simon et Naëlle ont également fait un bref passage dans ledit roman Aux Anges). Le roman est plein de ces relations que nous entretenons quotidiennement, plein de ces questionnements. Certes, il y a aussi l'intrigue qui file sur les trois livres, le personnage de Naëlle qui n'est pas banal et qui, après un début calme se retrouve assez vite dans des situations plus mouvementées, toujours en proie à ses interrogations à ses peurs et ses démons, à ses diverses personnalités. 

Le tout est diablement bien mené, l'écriture est toujours aussi limpide, fluide, les chapitres courts et alternant les points de vue ne négligeant personne, car même si Naëlle est le rôle principal, les seconds rôles ont de belles places dans ce livre, certains un peu moins que dans le précédent, comme Céline et Grégoire, les amis de Simon, d'autres plus comme Lucas, le fils de Simon ou Nicolas, l'étrange et grand chat de Naëlle (quand je vois la pauvre Dédenne qui dort paisiblement sur le fauteuil et que je lis les exploits de Nicolas, je suis rêveur... et jaloux).

Bref, une série qui se clôt en beauté, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c'est de la commencer dès le premier épisode (même si chacun peut se lire indépendamment), Comme des larmes sous la pluie (existe en poche).

 

polars

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Les murmures de la terre

Publié le par Yv

Les murmures de la terre, Véronique Biefnot, Livre de poche, 2014 (Héloïse d'Ormesson, 2012)....,

Naëlle est une belle jeune femme hantée par des cauchemars, amnésique sur les douze premières années de sa vie, assez mal en point psychologiquement. Son compagnon, le célèbre écrivain Simon Bersic lui propose de faire un trekking méditatif en Bolivie pour tenter de faire la paix avec elle-même. Peu enthousiaste, elle part tout de même, aligne les kilomètres avec un groupe dont elle s'isole petit à petit. A la fin du séjour, Naëlle disparaît ; craignant le pire Simon s'envole pour la Bolivie pour la retrouver. 

Ce roman est le deuxième d'une trilogie qui commence avec Comme des larmes sous la pluie -que je n'ai pas lu- et qui finit avec Là où la lumière se pose -dont je parlerai très bientôt, puisque je viens d'en entamer la lecture. Une trilogie qu'on peut suivre de bout en bout, ou bien prendre en cours comme moi ou n'en lire qu'un seul sur les trois, chaque opus étant relié et indépendant. Vendu en quatrième de couverture comme un "thriller amoureux", je me demandais bien dans quoi je m'étais embarqué -je dois dire que la dédicace enthousiaste de l'auteure et la joie (dans le tome suivant) de retrouver brièvement les personnages du dernier roman de Francis Dannemark, Aux Anges (j'en parlerai plus dans mon prochain billet) ont été les deux gouttes d'eau qui ont mis le feu aux poudres (???) et je me suis donc lancé. Et bien m'en a pris, parce que j'ai beaucoup aimé, ne me suis pas ennuyé une seule fois au cours des 499 pages, et ai même, à peine posé le livre, pris le suivant pour rester encore un peu de temps avec Naëlle et Simon. 

C'est tout le cheminement de Naëlle qui est intéressant, ses rencontres avec les guérisseurs locaux et les chamans ; Véronique Biefnot s'est sûrement beaucoup documenté parce que certaines pages sont très détaillées sur la manière de guérir avec les plantes, sur le moyen de parvenir à des transes en ingurgitant tel ou tel mélange. On est avec Naëlle en pleine nature avec des Boliviens qui y ont toujours vécu et qui veulent transmettre leurs connaissances à leurs descendants au grand dam des multinationales qui déboisent et voudraient profiter de ces connaissances pour faire un maximum de profit : "Ici, la transmission du savoir se fait oralement, les Indiens n'ont donc aucun moyen de prouver la paternité de leurs formules. Combien de plantes, de graines, de lianes n'ont-elles pas été ainsi pillées au patrimoine de ces pays et exploitées par des firmes étrangères ?" (p. 442/443). Les paysans du coin que décrit l'auteure ont une approche de la vie très différente de la nôtre, consumériste, ils pratiquent l'échange ou le service sans demande de retour, une simplicité que nous avons un peu oubliée : "Nous, dans les villages, nous ne fonctionnons pas comme vous dans les villes : ce n'est pas l'argent qui nous intéresse... Si je soigne quelqu'un, si je lui rends service, alors il sait qu'il me doit quelque chose... Sa conscience lui parle et il m'offre quelque chose d'autre en retour pour me remercier, c'est ainsi que nous fonctionnons, nous les Indiens. Les Blancs poussent les villageois à la monoculture, à l'utilisation d'engrais, ils les incitent à brûler la forêt inutilement. Avec cette logique de la terre brûlée, le peuple perd son âme et tue sa terre." (p.446/447) C'est toute une culture et dans le monde entier de nombreuses traditions, de nombreuses cultures qui disparaissent au profit d'une uniformisation voulue par l'argent et le profit. L'auteure ne fait pas un manifeste pour sauver les Indiens de Bolivie, leurs croyances, leur savoir-faire, mais ce sont les pages qui ont le plus résonné en moi. Tous les passages relatifs à la vie locale, aux coutumes, aux esprits, au chamanisme et à l'histoire de la Bolivie sont instructifs et passionnants. En plus, Véronique Biefnot avance par petites touches dans le personnage de Naëlle, nous faisant découvrir petit à petit ses souffrances du passé, la complexité de sa personnalité, c'est ça qui est le fil rouge du roman, ce qui en donne le sel et qui provoque l'attrait et l'envie de savoir. Les séances de transes sont bien écrites, on avance avec avidité ; ce que vit Naëlle est écrit en italique et ce sont des scènes convaincantes qui font avancer dans son personnage. La mise en page sert aussi à plusieurs reprises le contenu du texte, faisant une forme d'oiseau lorsque Naëlle voit dans un condor un messager personnel et particulier.

Ce qui donne le rythme aussi, c'est la construction du bouquin : de courts chapitres alternant les points de vue : Naëlle, Simon, Lucas le fils de Simon, Grégoire ou Céline un couple ami de Simon dont on peut se demander parfois ce qu'ils font là, mais j'imagine qu'ils étaient plus impliqués dans le premier tome de la série et qu'ils le seront plus dans le troisième et que dès lors, Véronique Biefnot ne voulait pas perdre le fil avec eux. Une écriture simple, rapide, efficace, sans effet de style, mais très agréable, fluide et limpide.

 J'ai une foultitude de compliments à faire à ce roman qui vraiment m'a tenu de bout en bout grâce aux situations, grâce à toutes les informations sur le pays et le chamanisme et grâce aux personnages vraiment bien travaillés, j'aurais pu en rajouter des caisses et des caisses, mais je préfère vous laisser découvrir, quant à moi, je retourne avec Naëlle et le reste de l'équipe pour le troisième tome de cette trilogie. J’espère qu'il sera de même niveau, la barre est assez haute !

Véronique Biefnot est une auteure belge qui signe avec cette trilogie ses premiers romans, très prometteurs.

 

polars

 

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Salon de beauté

Publié le par Yv

Salon de beauté, Mario Bellatin, Ed. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Christophe Lucquin).....

Un travesti qui a créé un salon de beauté qui marche très bien, le transforme quelques années plus tard en un mouroir pour personnes atteintes d'un mal étrange et incurable. A la demande de leurs familles, de leurs proches, à  leur demande propre, les malades viennent finir leurs jours ici. 

Salon de beauté est initialement paru chez Stock en 2000 et a été finaliste du Prix Médicis étranger, Christophe Lucquin le présente dans une version révisée par l'auteur et dans une nouvelle traduction faite par les soins de l'éditeur. C'est un beau travail, un beau texte, littérairement irréprochable -tant le texte originel j'imagine car je ne parle pas espagnol que la traduction, mais il me semble impossible de faire d'un mauvais texte une traduction excellente littérairement parlant-, court (75 pages) et intense. Ce qui est curieux c'est que l'on sort de ce texte avec l'idée qu'il était plus long, Mario Bellatin aborde pas mal de points, comme la création du salon de beauté, sa décoration avec de grands aquariums et les débuts et la progression du narrateur dans l'art d'élever des poissons (ces passages me rappellent une nouvelle tirée du recueil Les furies de Boras, d'Anders Fager, publié chez Mirobole, qui s'intitule Trois semaines de bonheur) et bien sûr l'arrivée des malades, les soins qu'il leur apporte, la malveillance et la peur des voisins, le désir de "récupération" de son activité par les institutions religieuses (à propos de ce dernier point, une phrase a résonné en moi immédiatement, la troisième de l'extrait suivant : "Pas comme les sœurs de la Charité qui dès qu'elles ont appris notre existence ont voulu nous aider dans nos tâches et prier pour nous. Ici personne n'accomplit aucun sacerdoce. Le travail qu'on y fait obéit à un sens plus humain, plus pratique et réel." (p. 60/61) J'aime beaucoup et adhère à cette dernière phrase qui place l'humain au-dessus de la religion et précise que les valeurs religieuses sont d'abord et avant tout des valeurs humaines que les églises ont voulu préempter.

La maladie n'est jamais nommée, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit du sida qui fait toujours des ravages, dès lors, on se doute que le texte ne sera pas léger au contraire de ce que pourrait laisser penser le titre du livre qui, effectivement évoque une certaine superficialité, un certain culte du corps et de la beauté, alors que le narrateur et le lecteur se confrontent directement à la mort et au dépérissement des corps, la réalité la plus tangible qui soit ! 

Rien n'est en trop dans ce roman, les passages sur les aquariums et les poissons qu'on pourrait juger plus légers parlent également de la mort, des corps sans vie dont il faut bien se débarrasser, le parallèle est saisissant. On peut parfois reprocher à des textes courts de l'être un peu trop, mais ce n'est pas le cas ici, car Mario Bellatin va à l'essentiel, et comme je le disais plus haut on a l'impression d'avoir lu un roman plus gros ; de fait, la densité d'un roman n'est pas forcément directement liée au nombre de pages. J'aurais pu citer moult extraits, mais je me suis vite aperçu que j'aurais voulu citer le texte dans son intégralité, je vais donc plus modestement, vous laisser avec les premières phrases qui sont aussi reproduites en quatrième de couverture :

"Il y a quelques années, mon intérêt pour les aquariums me conduisit à décorer mon salon de beauté avec des poissons de différentes couleurs. Maintenant que le salon est converti en un mouroir où vont terminer leurs jours ceux qui n'ont aucun autre endroit pour le faire, il m'est très difficile de constater que les poissons ont peu à peu disparu." (p.7)

Que le thème général ne vous refroidisse pas, ce roman est d'une beauté rare.

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Le sceptre de Dieu

Publié le par Yv

Le sceptre de Dieu, André Journo, Fayard, 2014..,

"Menahem Yanovski, le Grand Rabbin de New York, savait qu'il risquait sa vie. Quelques mois plus tôt, assis à son bureau, il avait rédigé une lettre énigmatique pour indiquer à sa petite-fille Tamara comment retrouver un mystérieux objet : le sceptre de Dieu. Adam puis Moïse avaient reçu cette arme absolue, capable de détruire Sodome et Gomorrhe, d'ouvrir les flots de la mer Rouge et de déclencher les dix plaies d'Egypte. Si jamais ce bâton sacré tombait dans les mains des fanatiques lancés à sa recherche, la planète serait en danger mortel. Prise dans une course contre la montre, Tamara doit déjouer les plans de ses adversaires et percer le secret des énigmes laissées pas son grand-père. Sa vie ne tient qu'à un fil. Services secrets américains, terroristes islamistes et chrétiens ultras, tous se livrent un combat sans pitié pour retrouver le sceptre." (4ème de couverture)

 

Un midi, on sonne à ma porte. C'est la charmante préposée aux colis de La Poste qui me remet contre signature un paquet contenant un livre. Je signe, toujours ravi de recevoir ce genre de cadeau. J'ouvre, et je vois ce titre et cette première et lorsque je tourne l'ouvrage, cette quatrième de couverture. Arrgh ! Tout ce que je déteste, un titre et un résumé ésotérico-mystico-religio-thrillers. Le livre me brûle les mains, je le pose, le jette même sur ma table de salon, une bobine de câble électrique récupérée que j'ai poncée pour enlever les aspérités cirée pour lui donner la teinte souhaitée et vernie incolore, des roulettes dessous, et hop, le tour est joué, une table originale. Le soir, en racontant mes péripéties à Mme Yv, non sans oublier bien sûr d'avoir écouté les siennes, je lui montre le livre et elle me dit : "laisse-le moi, je vais le lire, j'aime bien moi." Re-arrgh, ma femme aime donc ce que je déteste ? Cruelle désillusion ! Déception ultime ! Cause de divorce ! Non, en fait, je déconne, nous le savons tous les deux depuis longtemps. Bon, néanmoins, je lui laisse le livre en mains, et, compte tenu d'un emploi du temps un peu allégé, elle le lit en un temps record, mais comme elle est timide, elle me donne ses impressions que je vais tenter en toute impartialité (je vais prendre sur moi) de vous rendre ci-après.

Bon d'abord, ce roman n'est pas ésotérique, disons, qu'on est dans le religieux, les fanatiques de tout genre recherchent l'arme suprême pour imposer aux autres leur sens de la religion, de leurs croyances. Le contexte est très actuel, géopolitique, très documenté sans doute, mais tout cela me passe un peu au-dessus, je ne suis pas vraiment amatrice des romans qui mettent en scène de la pure fiction avec des faits réels, je me perds, je ne sais plus ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas. Yv aime ça, mais bon, lui, il est bizarre. Certaines réparties sont sans doute tirées de vrais discours, comme celle-ci mise dans la bouche d'un pasteur, au moins le début : "Jour après jour des voix s'élèvent contre la décadence et l'immoralité, incarnées par ces horreurs que sont l'avortement, le divorce, la promotion des minorités de toutes sortes. Et l'heure viendra pour notre cher Obama ; ce dictateur communiste, ce musulman, ce sang-mêlé [...] Or, lorsqu'on assiste à ce qui se passe en ce moment dans le monde, ces dérives socialo-communistes, ces légitimations de mariages gays, ces pseudos-révoltes arabes, on comprend que le temps nous est compté. La Main de Justice nous permettra de triompher plus rapidement et définitivement" (p.78)

Tamara doit résoudre des énigmes basées sur les écrits religieux, ce qui m'a bien plu. Le rythme est rapide, on ne s'ennuie pas, mais tout est très calibré sur le modèle des thrillers ou des films d'action étasuniens : les héros sont blessés, ils courent sans arrêt, se prennent des coups dont un dixième nous laisserait à l'hôpital pour au moins quinze jours, puis la nuit arrivée, tout va mieux il la passe entière à faire l'amour ; des surhommes et surfemmes ! 

En résumé, j'ai passé un moment plutôt agréable, récréatif, ce thriller ne me fera pas faire de cauchemars, mais comme disait je-ne-sais-plus-comment-elle-s'appelle, dans une pub ancienne pour un produit ménager : "Je ne ferais pas ça tous les jours !"

 

polars

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Ça coince ! (22)

Publié le par Yv

Le Roi Lézard, Dominique Sylvain, Éd. Points, 2013 (Éd. Viviane Hamy, 2012).,

"Louise Morvan, gouailleuse détective, a une obsession : venger son oncle Julian Eden abattu il y a vingt ans. Insaisissable, il côtoyait une faune interlope d'artistes, dont le fameux Roi Lézard, Jim Morrison himself ! Avec Serge Clémenti, commissaire à la poursuite du "killer des quais", Louise enquête dans un Paris psychédélique et déjanté. On ne réveille pas impunément les démons du passé..." (4ème de couverture)

J'ouvre le roman, je commence, je ne comprends pas grand chose, j'ai l'impression de rentrer par effraction dans une histoire qui s'est commencée sans moi et qu'on ne m'en raconte pas le début, c'est désagréable, je ne saisis pas des allusions, des remarques, des détails ; les personnages arrivent comme un cheveu sur la soupe, comme si je me devais de les connaître avant même d'ouvrir le livre, mais moi, c'est mon premier Dominique Sylvain ! alors, je tente de continuer ma progression au sein de cet univers brouillon et ouaté, mais rien n'y fait, l'apparition de l'héroïne Louise ne me fait aucun effet, je ne comprends pas ce qu'elle fait ici, pourquoi on parle de son oncle (sauf à avoir lu la quatrième de couverture, mais enfin, une quatrième n'est pas censée être une aide à la compréhension du roman, n'est-il pas ? Si ?), alors je m'agace, je pose le livre, le reprends un peu plus tard, démotivé, relis quelques pages qui ne me font pas changer d'avis (ah ces Bretons à la tête dure !), le repose, le reprends plus tard une ultime tentative histoire de ne pas avoir de regrets et finis par l'abandonner au coin d'une table au profit d'un autre qui me siéra davantage.

 

 

L'Ange de charbon, Dominique Batraville, Zulma, 2014..,

"Tout commence par le tonnerre et l'engloutissement, le grand tremblement de gorge de Monsieur Richter. Face à ce nouvel esprit vodou, M'Badjo Baldini -nègre errant d'origine italienne- parvient à tenir la dragée haute à l'apocalypse." (4ème de couverture)

Si le texte est beau, il m'apparaît parfois totalement abstrus. Entre poésie, lamentation, explication, prières, incantations, assertions. L'Ange de charbon, c'est M'Badjo : "Depuis mon enfance, à cause de mon teint noir profond et ma peau très lisse, parents et proches m'appellent "Italien peau d'ange de charbon". Ils étaient parvenus, bon gré mal gré à faire mon éducation." (p.13). Je m'en veux un peu d'être passé à côté de ce roman, parce que j'en ai aimé l'écriture, mais sans en comprendre toujours la signification, il me manque beaucoup de références bibliques, religieuses car Dominique Batraville se rapporte très souvent à la Bible et aux évangiles et j'avoue que je suis assez loin de tout cela et que les souvenirs de mon éducation religieuse sont enfouis très profondément ; cette lecture nécessite aussi des connaissances d'Haïti que je ne possède pas. Je m'en veux également parce que je suis rarement déçu par une publication Zulma et parce que, encore une fois, la couverture est magnifique ! Mais bon, tant pis, ce texte parlera à d'autres qu'à moi.

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Sexe, mensonges et banlieues chaudes

Publié le par Yv

Sexe, mensonges et banlieues chaudes, Marie Minelli, Éd. La musardine, 2014...

Sara est une riche jeune femme, fiancée à Amaury de Saint-Sauveur, elle travaille à la fondation de sa future belle-mère et ne vit qu'avec des gens du même monde qu'elle, dans le carré Neuilly, Auteuil, Pereire, Passy (Nappy pour les connaisseurs). Mais contrairement à ses amies, Sara s'ennuie et ne se trouve pas à sa place. Elle veut être indépendante et ne rien devoir à ses origines. Anonymement, elle postule à un casting pour France Télévisions se faisant passer pour une Marocaine vivant à Saint-Denis. Lors de ce casting, elle croise Djalil, banlieusard. 

Prendre ce roman érotico-romantique pour ce qu'il est et pas plus, un agréable passe-temps entre deux lectures plus conséquentes. Marie Minelli mélange les genres, roman sur les différences sociales, la comédie romantique, l'érotisme pour faire un livre léger, qui se lit très vite, un peu osé, juste ce qu'il faut pour des lecteurs comme moi qui aiment s'encanailler mais pas le porno. On est un peu dans l'histoire de la pauvre petite fille riche qui ne se reconnaît plus dans son monde tellement éloigné de la réalité et qui ne rêve que d'une vie simple, sans argent, en banlieue ; il est bien connu qu'on rêve toujours de ce qu'on n'a pas qu'on idéalise totalement. Sous la plume de Marie Minelli, la banlieue deviendrait presque sexy et Saint-Denis la nouvelle ville à habiter de toute urgence au détriment de Neuilly ! Pourquoi pas, après tout, le livre est résolument à contre-courant des réalités ? Renseignements pris, il semblerait que Marie Minelli puise dans sa vie pour raconter celle de Sara, l'auteure tient d'ailleurs un blog : les filles bien n'avalent pas, ce qui fait peur, car si effectivement la vie des gens riches est telle qu'elle la décrit, je préfère rester où je suis (de toute manière, je n'avais pas vraiment envie d'évoluer dans ce monde). 

Pour ce qui est de la comédie romantique, on est en plein dedans, l'amour entre Sara et Djalil, deux personnes opposées comme rarement deux êtres le sont qui vont se chercher, se repousser, s'éviter. Tous les codes sont là, présents, les clichés, les poncifs également, agrémentés de quelques scènes de sexe torrides. Pas mal de dérision et d'humour, d'ironie également, de critiques à peine voilées du monde dans lequel évolue Sara : "Pour les treize ans de Salomé, elle a loué Hélène Ségara, et le jour de ses dix-huit ans, Céline Dion est venue chanter une chanson. Ce qui nous enseigne deux choses : 1/Céline Dion est à vendre ; 2/on peut être richissime et avoir des goûts musicaux de merde."(p.136/137) J'aime assez l'idée qu'on puisse dire que ces deux dames sont des chanteuses de merde (Enfin ! Céline, c'est comme Johnny, faut pas y toucher, alors que bon quand même c'est pas la panacée musicale, isn't it ?) ; j'aime aussi une idée très drôle qu'a l'auteure de faire crier à Amaury, le fiancé de Sara "Vive la France", au moment de son extase sexuelle. La description générale dudit Amaury est assez plaisante également. Une tendresse pour les personnages souvent totalement pris dans les carcans de leurs milieux et de leur éducation et qui sans un effort immense n'en sortiront pas -Marie Minelli, parlant de ce qu'elle connaît le plus insiste sur les nappy (je rappelle à ceux qui ne suivent pas nappy = Neuilly Auteuil Pereire Passy) plus que sur les banlieusards qui mettent sans doute plus de force à sortir de leur condition, mais il est plus compréhensible de vouloir se sortir de la misère que de la richesse. 

Quitte à passer pour le dernier des blaireaux, je me dois de dire ici qu'il y a plein de notions, de termes, de noms, que je n'ai pas captés : nappy, il m'a fallu chercher l'information, l'Amex black m'était totalement inconnue et des noms et des marques dont je n'ai jamais entendu parler..., la jet-set connais pas, les people pas mon truc, les soirées VIP loin de mes préoccupations. 

Bon arrivant à ce stade de mon billet, je m'aperçois que je suis très critique, assez négatif, alors que globalement, je me suis plutôt amusé : j'ai pris cette histoire au second degré, évacué les poncifs par des sourires, apprécié les scènes chaudes et me suis réjoui du changement de vie de Sara même s'il est très improbable. Prenez donc ce bouquin comme je l'ai pris, si vous recherchez un guide sur la vie en banlieue, ce n'est pas ce roman qu'il vous faut, si vous souhaitez un livre léger, une comédie romantique, un agréable passe-temps, vous ne devriez pas être déçus. 

Je signe là, avec ce roman, mon millième article sur le blog, qui depuis bientôt six ans, modestement recense mes lectures (et autres parfois). Merci à vous qui passez de temps en temps ou souvent, qui laissez ou non un commentaire, n'hésitez pas, je ne croule pas dessous, passez et repassez et faites passer...

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Traîne-savane

Publié le par Yv

Traîne-savane, Guillaume Jan, Ed. Intervalles, 2014.....

Guillaume Jan est un baroudeur, du genre qui a traîné ses guêtres un peu partout dans le monde. Cette fois-ci, avec Belange, la femme qu'il aime, ils décident de prendre le Chemin des murmures, pour aller de Kinshasa à Oshwé, chez les Pygmées, à pieds. Un périple de plus de cent kilomètres dans la jungle, un peu à la manière de David Livingstone cent cinquante ans plus tôt. Ce médecin-missionnaire tombé totalement en admiration des Africains au point de ne plus vouloir rentrer en Ecosse et d'avoir oublié sa propre famille. 

Ce livre est assez atypique dans ma bibliothèque, ce n'est pas mon genre de lectures a priori. Mais, comme je n'ai jamais été déçu par les éditions Intervalles, je l'ai commencé avec envie sans vraiment savoir de quoi il retournait puisque je ne lis pas ou peu les quatrièmes de couverture. Et bien m'en a pris, car ce livre de voyageur, de baroudeur disais-je plus haut est passionnant. Il alterne les chapitres : un coup un sur Guillaume Jan et Belange qui marchent sur le Chemin des murmures à la rencontre des Pygmées, un coup sur la vie et les marches de Livingstone. Les deux en parallèle, toute comparaison gardée.

De Livingstone, je connaissais le nom, point l'œuvre. "Livingstone n'est pas un tocard, mais il n'est pas non plus le héros qu'on croyait." (p.281). Certains de ses biographes ont voulu en faire un personnage mythique voué à sa mission d'évangéliser les Africains et à celle de découvrir des passages sur les fleuves congolais. Or il n'a converti qu'un seul homme qui s'est empressé de revenir très vite à ses croyances et s'il a beaucoup marché, il a peu découvert. Par contre, à l'inverse de beaucoup d'explorateurs, il a découvert les hommes et les femmes de ce continent, il les a d'abord respectés (dans les années 1850/1870, la traite négrière est encore très active, notamment menée par les Portugais et les Arabes et lui s'est à de nombreuses reprises élevé contre cette pratique très fructueuse) et les a aimés. Guillaume Jan le compare à Don Quichotte, d'ailleurs beaucoup de chapitres commencent avec une phrase de Cervantès en exergue, un chevalier qui se bat contre rien de concret, qui tente beaucoup sans vraiment réussir. Il fut beaucoup malade souffrant terriblement mais jamais il ne renonça voulant prouver au monde qu'il n'avait pas tort de croire aux hommes de ce pays et qu'on pouvait travailler avec eux (l'Angleterre colonisera d'ailleurs une partie de ce continent après la mort de Livingstone). Les chapitres consacrés à Livingstone sont de très belles pages, une mini-biographie d'un homme à (re)découvrir pour ce qu'il fut réellement et non pas pour l'image qu'il eut après son décès, la plume alerte à la fois critique et respectueuse, un rien moqueuse et admirative de Guillaume Jan rend ces passages très vivants et passionnants.

Les autres chapitres sont consacrés à la marche de Guillaume et Belange (et Joël leur guide qui les accompagnera plus qu'il ne les guidera vraiment ne connaissant pas plus le chemin qu'eux). Ces chapitres sont l'occasion pour l'auteur de faire le point sur la vie au Congo, ce pays au sous-sol riche qui fut exploité (hommes et biens) par Léopold II roi des Belges qui en fit sa propriété personnelle, puis par ses divers gouvernants qui s'enrichirent personnellement au détriment des Congolais qui eux s'appauvrirent. Depuis que les premiers Européens se sont aventurés sur ce continent au XVème siècle, ils n'ont eu de cesse d'en profiter : "Au début, ce sont des navigateurs portugais. Ils installent un comptoir sur le littoral, apportent des étoffes et quelques missionnaires, repartent avec de l'ivoire, de l'huile de palme, du café et, tant qu'à faire, quelques dizaines d'esclaves ou quelques centaines." (p.129) Le Congo d'aujourd'hui ne réussit pas à sortir de la misère, sa capitale est pauvre, les Kinois (les habitants de Kinshasa) vivent dans des bidonvilles : "Elle [Belange] pouvait m'héberger dans la cour des miracles où elle logeait, près du marché central : treize appentis où s'entassent une centaine de personnes, des veuves de guerre, des fonctionnaires licenciés, des vendeurs de marijuana, des filles-mères et des familles de dix. Avec un seul robinet pour abreuver toute cette palanquée. Les kulunas, c'est-à-dire les voyous du quartier, y terminent parfois leur nuit, ils dorment quelques heures sur le ciment sale avant de se revigorer avec un joint et quelques gorgées d'alcool de maïs. Le fatras de cabanes est rebaptisé Maman Yemo, du nom de l'hôpital le plus insalubre de Kinshasa, où l'on a plus de chance d'attraper une infection mortelle que de ressortir guéri. Ici, les maladies se faufilent dans la crasse, prévient Belange. Quand elle va faire sa toilette, entre trois murs de parpaings branlants, elle ajoute des gouttes de crésyl dans son seau d'eau, en espérant que ça suffira pour tuer les microbes." (p.43/44), ils ne survivent que grâce à des combines, des ventes assez incroyables ainsi Belange a pu investir dans un congélateur, et elle vend de la glace en petites portions, un autre loue des chaises, ... Le constat de Guillaume Jan est terrible, fait peur et s'il dit bien que la faute originelle est la nôtre à nous Européens, il précise également que les potentats locaux en ont profité également et qu'il ne faudrait sans doute pas grand chose pour que le pays reparte. Ces chapitres sont aussi l'occasion pour l'auteur-marcheur d'un voyage initiatique, au lieu de passer de l'enfant à l'adulte, il passe du solitaire qui aime arpenter les pays, à l'homme amoureux qui envisage la vie à deux qui se voit sans difficulté partager son existence avec Belange, qui partage avec Livingstone la fascination pour le pays de celle-ci et pour ses habitants. Comme pour les chapitres consacrés au médecin-missionnaire, l'écriture de Guillaume Jan rend vivante son aventure et instructif mais pas didactique son constat sur la vie au Congo.

Encore un beau texte chez Intervalles.

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Une ombre au tableau

Publié le par Yv

Une ombre au tableau, Joseph Hone, Éd. BakerStreet, 2014 (traduit par Françoise Jaouën)...,

Ben Contini est artiste-peintre à Dublin. Le jour de l'enterrement de sa mère, lors de la réception qui suit, une femme entre dans la maison, elle ressemble trait pour trait à Katie, son ex-petite amie qui vient de se suicider. Troublé, Ben l'est encore plus lorsque cette femme, Elsa, l'approche et lui apprend qu'elle a un message de la part de son père et que leurs deux familles sont liées. Plus tard, en fouillant le grenier, Ben y trouve un nu, vraisemblablement peint par Modigliani, puis dans un tiroir secret d'un meuble de son père mort depuis des années, une liste de tableaux et d'objets d'art dérobés par les nazis pendant la guerre. Tableau en main, Ben et Elsa partent sur les traces d'icelui et de la fameuse liste : Paris, l'Allemagne, l'Italie. 

Joseph Hone est un écrivain irlandais, né en 1937, plutôt spécialisé dans le genre espionnage. Il est connu -pas par moi- également pour avoir travaillé dans le cinéma, le théâtre. A plus de 70 ans, il signe un roman efficace qui lentement et sûrement installe les personnages, l'intrigue et les lieux. Je ne saurais pas vraiment le qualifier entre thriller, roman policier, roman noir ou roman d'aventures, c'est sans doute un mélange de tous ces genres.

J'ai été séduit dès le départ, par l'irruption d'Elsa dans la maison de Ben. Et la suite ne m'a pas déçu. Les personnages sont bien travaillés, fouillés et les relations entre eux également. Ben, peintre, plutôt spécialisé dans le nu ne vit que pour les femmes, ce n'est pas un dragueur fini qui cherche l'aventure d'un soir, non, il veut trouver celle qu'il dessinera et qu'il aimera. Il pensait que Katie était celle-là, il l'a beaucoup dessinée et aimée. Elsa, le double de Katie le trouble, d'autant plus qu'elle ne montre pas vraiment d'attirance pour lui. Leur relation est subtile, même si Joseph Hone joue un peu avec les standards de la comédie romantique dans laquelle les deux héros ne se supportent pas mais finissent dans le même lit. On sent, on espère presque que ce sera le cas pour eux, mais la question du lien entre leurs deux familles est présente qui brouille les cartes. Ce lien, c'est la spoliation nazie, le trafic d'œuvres d'art auquel leurs pères semblent mêlés : le père d'Elsa, autrichien, fut soldat pour l'armée d'Hitler, celui de Ben, juif, fut envoyé à Auschwitz. Quel lien pouvait-il bien exister entre eux, si tant est qu'il y ait un lien ? Intrigue très bien menée qui jusqu'à son dénouement réserve des surprises. Chaque intervenant est à un moment ou un autre soupçonnable de trafic d'œuvres d'art : Harry, l'ami de Ben, marchand d'art est-il si innocent que cela ? L'aide-t-il par amitié ou en vue d'un généreux profit ? Et les moins soupçonnables ont parfois des choses à se reprocher. Ce n'est pas un roman instructif, il n'apprendra rien au lecteur un minimum informé sur la spoliation nazie, mais son auteur place admirablement ses personnages dans cette période trouble et sait admirablement jouer avec les névroses et le mal-être des descendants des spoliateurs ou supposés tels.

Ce qui est bien aussi, c'est que l'auteur nous oblige à prendre notre temps, à chaque fois que Ben et Elsa passent dans une ville, Joseph Hone la décrit, ainsi Paris, Carrare, Pise, ou Munich. L'histoire, certes, l'intrigue, bien sûr, mais il n'oublie pas les paysages, les lieux et les divers intervenants qui ont droit à quelques lignes de description plus ou moins valorisantes. Le rythme du livre est parfois rapide, mais pas trépidant, et si une scène a mérité une débauche d'énergie, une suivante nous permettra de nous remettre en visitant un café ou en lisant une recette préparée par Elsa ; par exemple, après une course assez longue dans les rues parisiennes pour échapper à divers poursuivants, Ben et Elsa trouvent refuge dans une péniche qu'ils louent et s'enfuient ... à 7 kilomètres à l'heure, et ce pendant une semaine !

Le ton général du roman est entre le tragique pour les thèmes qu'il aborde et le léger (comme cette fuite en péniche). Très bien écrit (et donc très bien traduit), je me suis régalé de certains portraits: "McCartney était le notaire de ma mère, et à présent son seul exécuteur testamentaire. Il avançait en âge, septuagénaire, mais restait un homme imposant, qui aimait se mettre en avant ; visage rougeaud, ancien pilier de rugby dans l'équipe d'Irlande. Il arborait habituellement une veste de tweed pied-de-poule, parfois un gilet écarlate. Tenues voyantes, fort en gueule. Ce jour-là, il était plus sobrement vêtu. Je l'avais toujours trouvé antipathique. Manières onctueuses, fourbes." (p.12) Un polar à découvrir, qui sait se faire plus qu'un polar, car même lorsque l'intrigue est finie, l'auteur continue son roman continue une quarantaine de pages, s'intéressant -comme il l'a fait tout du long- à ses personnages, il ne les lâche pas comme ça d'un claquement de doigts, ils continuent à vivre même après leurs aventures. On ne se remet pas aisément de deux mois d'enquêtes, de fuite, d'affrontements en tous genres, de découvertes et de révélations, Ben et Elsa ont sûrement changé c'est aussi cela que veut montre Joseph Hone.

 

 

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