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L'alphabet du polar

Publié le par Yv

L'alphabet du polar, Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, José Correa, Éd. In8, 2014.....

Vingt-six lettres dans l'alphabet. Vingt-six courtes histoires, également réparties entre les deux écrivains JB Pouy et M. Villard et illustrées par J. Correa. Les mots ? Amphétamines. Balance. Copropriétaires. Daïquiri. Évasion. Flic. Gériatrie. Hold-up. Immigrés. Jivaro. Kafka. Lame. Maniaque. Nibards. Outing. Panique. Quéquette. Rafle. Satanique. Taxi. Uchronie. Vivisection. Warhol. Xylophone. Yakusa. Zone.

Beau livre, format 17x24 illustré dans des tons noirs, gris, blancs et ce qu'on nomme aujourd'hui taupe. Dessins qui tournent évidemment autour du polar mais aussi autour du jazz, notamment pour Hold-up et Xylophone, parmi mes préférés avec Flic, Outing, Uchronie, Warhol et Yakusa. José Correa s'est approprié chaque histoire : une histoire/un dessin qui colle parfaitement, qui en quelques traits la résume, affirme l'ambiance ou y met le point final. J'aime beaucoup. Les illustrations et la mise en page, sur papier blanc ou sur des variations du "taupe", donnent à cet ouvrage un aspect beau livre, de ceux que l'on lit, que l'on a plaisir à montrer -à prêter un peu moins.

Les deux auteurs, JB Pouy et Marc Villard sont des spécialistes ès polar. Encore une fois, ils montrent que l'atmosphère polar est dans la vie quotidienne, qu'il n'y a pas besoin de créer des personnages hors normes pour écrire des nouvelles ou des romans policiers. Une assemblée de copropriétaires, quelques mots doux échangés, et le petit truc qui fait que ça part en vrille. La nuit, la ville, le métro, le club de jazz sont des contextes évidents pour le genre, mais la maison de retraite (pour l'excellent nouvelle Gériatrie), le zoo peuvent l'être aussi. La preuve ici. 

Des vingt-six nouvelles, aucune n'est à jeter, à chaque fois, la chute fait mouche, même si parfois on peut s'en douter, elle arrive pile au bon moment. Les auteurs savent être légers, drôles, inattendus, sombres, noirs, tristes, moqueurs, ironiques, tendres, parfois plusieurs qualificatifs en même temps. En deux-trois pages, ils réussissent à planter un décor, des personnages crédibles et faire naître des images fortement inspirées des dessins de J. Correa mais il est vrai qu'ils excellent tous deux dans les nouvelles -et dans le romans aussi bien sûr. Ils abordent beaucoup de thèmes : l'immigration, la vieillesse mais non pas la renonciation à la vie, la prostitution, la vengeance, la violence gratuite, la mort, la musique, ... De ces vingt-six histoires, une m'a particulièrement plu -c'est vraiment pour citer un extrait, pour vous allécher, vous mes lecteurs (si si, il paraît qu'il y en a), car les vingt-cinq autres sont excellentes itou- ; ce n'est pas la plus poignante, ni la plus noire, c'est probablement la plus légère, qui m'a touché notamment par son style -signée JB Pouy-, Outing :

"Les de Bournion-Gallibert formaient une belle et digne famille respectée de tous et du moins admirée par les plus passéistes et réactionnaires de leurs amis et connaissances. [...] Cela dit chez les de Bournion-Gallibert, tout n'était pas nimbé de rose. Pour l'anniversaire de la grand-mère, qui allait fêter ses nonante, tout le monde serait réuni, y compris le cadet absent qui avait prévenu qu'il serait là, et bien là, et un peu là, et qu'il en profiterait pour faire à tous une révélation qui mettrait en péril le bel équilibre familial, voire qui saperait durablement les certitudes de ce beau monde béat." (p.89/90)

Voilà, je vous laisse avec cette digne famille vendéenne que l'auteur se plaît à égratigner. J'espère que vous irez à sa rencontre et à celle de tous les personnages de JB Pouy, M. Villard et J. Correa. A lire ou à offrir aux amateurs de polar ou non -c'est une belle entrée dans le genre pour ceux qui hésitent à ouvrir un roman-, aux petits lecteurs qui pourront lire à leur rythme et aux autres qui pourront le dévorer et le redévorer.

Claude en parle aussi.

 

 

polars 2015

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Un voyage à Arras

Publié le par Yv

Un voyage à Arras, Vie et mort d'Isaac Rosenberg, Shaun Levin, Éd. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Etienne Gomez)...

Isaac Rosenberg était peintre, poète, juif et pauvre. Il vivait à Londres, à cheval entre le dix-neuvième et le vingtième siècle (1890/1918). Ses aspirations artistiques furent contrariées par les nécessités de la vie. Il partit faire la guerre en France et mourut dans la Somme le 1er avril 1918. Peu connu, on s'accorde à dire que ses croquis et ses poèmes sont "considérés comme ce que l'Angleterre a produit de plus singulier et de plus visionnaire de toute la Première Guerre mondiale." (4ème de couverture)

Ce livre édité par Christophe Lucquin est le regroupement de deux textes de l’auteur écrits en 2008 et parus à Londres. Le premier intitulé Esquisses est assez hermétique. J'ai eu du mal à y entrer, parce que je n'ai pas les connaissances suffisantes et nécessaires de la communauté juive-anglaise du début du XX° siècle. Malgré de très -trop ?- nombreuses notes de fin de volume, très détaillées, je ne réussis pas à tout retenir et je passe du découragement à lire un passage abscons au plaisir de me ressaisir dans un autre. Beaucoup d'allers-retours dans le temps, beaucoup d'intervenants. Moi, qui ne suis pas amateur de la biographie, et qui donc aime bien lorsque l'auteur explose le genre (lisez Baudelaire de Felipe Polleri chez le même éditeur), j'avoue que là, j'ai rêvé d'une biographie linéaire, qui aurait suivi l'artiste de sa naissance à sa mort. 

La seconde partie, intitulée Méditation, est plus courte et me sied nettement plus. Shaun Levin arrive en France pour visiter la tombe d'Isaac Rosenberg et au même moment il apprend que son ami rompt avec lui. Les deux histoires se répondent : celle tragique d'Isaac Rosenberg dans ses derniers jours dans les tranchées de la Somme et celle de Shaun, seul, dans un pays dont il ne parle pas la langue et qu'il ne connaît pas, encore plus seul depuis qu'il sait que son couple n'est plus. Je ne suis pas fan des récits dans lesquels l'auteur intervient sans cesse -sauf si je sais dès le départ que c'est le genre-, mais là, Shaun Levin le fait très bien, sobrement. Il parvient, tout en nuances à faire un parallèle entre Isaac et lui. Tout en poésie, en douceur. Ah que j'aurais préféré cette seconde partie plus longue et cette première plus courte ! Dans Méditation, l'auteur explique également la raison pour laquelle il a entrepris des recherches sur Isaac Rosenberg. Cette partie du livre est vraiment très belle, elle peut justifier à elle seule la lecture de Un voyage à Arras et ceci d'autant plus que j'écris sur Esquisses est très personnel, ce n'est que mon impression et d'autres y trouveront leur compte, sans doute plus cultivés que moi. 

Toujours est-il que c'est encore un texte qui ne laisse pas indifférent, comme toujours chez cet éditeur que j'aime beaucoup. En plus, j'aime également ses maquettes : papier et couverture blanche avec un point bleu, qui varie en fonction du contenu du livre ; ici, ce point bleu devient un casque : simple, efficace.

 

 

rentrée 2014

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Les contes de mémé lubrique

Publié le par Yv

Les contes de mémé lubrique, Etienne Liebig, La Musardine, 2014....

Etienne Liebig est connu pour ses pastiches érotiques de polars ou de textes de la littérature française, comme les Exercices de style de Raymond Queneau. Cette fois-ci ce sont les contes de notre enfance qu'il revisite avec un angle de vue très adulte et très différent de celui qu'on connaît. Quoique... 

J'entends déjà ici quelques uns crier au scandale et dire que c'est honteux de pervertir de belles histoires comme celles-ci, que décidément on ne respecte plus rien. Alors à ceux-ci, je veux dire, que d'abord, ils ne sont pas obligés de le lire et qu'ensuite, il n'y a rien de plus sexuel que les contes de fées. Il me souvient d'un temps ou j'étais au lycée, en première, et, nous étudiions les contes de fées à présenter à l'oral du bac de français. Jeune homme naïf -bon, c'était un autre temps, nous étions au mitan des années 1980- j'appris avec stupeur que selon certaines études, ces petites histoires de princes et de princesses étaient en fait très sexuées. Je ne vous fais pas la liste des points passés au crible de cette étude, mais un m'a marqué : lorsque le Prince pour délivrer La Belle au Bois-Dormant tourne la clef dans la serrure, eh bien, me croiriez-vous si je vous dis que la clef symbolise le sexe mâle et la serrure son pendant -quoique là, je crois que rien n'est pendant- femelle ? Depuis, je n'ouvre plus ma porte de la même façon...

Pouf, pouf, revenons à nos contes lubriques ; ah que j'ai ri en lisant sous la plume d'Étienne Liebig, des versions chaudes de ces histoires que l'on lit aux enfants. Rien que les titres sont déjà tout un programme : Aladdin et la crampe merveilleuse, Le Petit Chas peu rond rouge -je vous laisse le plaisir de l'explication de ce nom-, Barbe-Bleue et Bite en Bois, pour n'en citer que trois parmi les treize. Le livre commence par Aladdin, car bien sûr la lampe et son génie sont propices à de multiples demandes, et finit par Ali-Baba et les Quarante branleuses, car le "sésame ouvre-toi" n'est pas dénué de désirs divers surtout lorsque la cachette s'ouvre sur des milliers de godemichés de toutes tailles et toutes matières...

Pour apprécier cette lecture, il vaut mieux lire un ou deux contes, puis prendre un autre livre et en relire un ou deux un autre jour. Ou alors, un le soir avant de s'endormir, mais attention aux effets secondaires, notamment sur l'absence de désir... de dormir. 

Ce qui est bien c'est qu'Etienne Liebig, bien qu'il insère dans les histoires des idées, des situations originales, garde le style conte, l'écriture ou les tournures de phrases désuètes, les décors et tout ce qui fait que l'on sait qu'on est dans tel ou tel conte : La Belle au bois dormant, mais au cul bien réveillé, ou Cendrillon, la pouffe à deux ovaires

C'est léger, drôle et pour une fois dans une lecture érotique, l'auteur fait preuve d'invention dans le vocabulaire, on est plus dans Frédéric Dard que dans un roman pornographique "classique". Je ne peux ici citer toutes les expressions qui m'ont ravi, mais le verbe "gougnotter" en fait partie et tant mieux, car il est fort souvent usité. Un recueil pour se détendre, qui, bien sûr ne doit pas être mis entre de petites mains -ne le confondez pas avec le livre des vrais contes, vous risqueriez des questions embarrassantes.

 

rentrée 2014

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Encore des nouilles

Publié le par Yv

Encore des nouilles, Pierre Desproges, Ed. Les échappés, 2014.....

En 1984, et pour une saison, parfois au grand dam de ses lecteurs bourgeois de Province et d'ailleurs, Pierre Desproges écrivit une chronique culinaire dans Cuisine et vins de France. Ce sont ces chroniques qui sont ici illustrées par Cabu, Catherine, Charb, Luz, Riss, Tignous et Wolinski, et éditées par les éditions Les échappées, autrement dit, Charlie Hebdo auquel collabora également le susdit accusé Desproges ! 

Bon, alors, l'autre jour, je vais à ma librairie préférée pour commander Les chiens de l'aube et un livre d'Isabelle Filliozat -Il me cherche, version 6/11 ans, pour ne rien vous cacher-, je baguenaude autour des tables, je regarde les présentoirs, et lorsque la cliente précédente a fini je m'avance près de la caisse discuter un peu avec la libraire et passer ma commande. Ceci fait, je me retourne, et, mais qu'est-ce donc ? Un livre de Pierre Desproges ? Que je n'ai pas ? Mon sang de fan desprogien ne fait pas deux ni trois mais un seul tour et je m'empare dudit bouquin, que je paye évidemment avant de quitter les lieux pour savourer la plume de l'auteur.

On a beau dire, un livre, c'est quand même mieux qu'un e-book, comme un bon cassoulet, c'est mieux qu'une boîte. Là, j'aurais pu mettre un point d'exclamation, mais j'hésite lorsque je lis ce que pensait P. Desproges de cette ponctuation :"C'est pourquoi je fous tout à coup des points d'exclamation partout alors que, généralement, j'évite ce genre de ponctuation facile dont le dessin bital et monocouille ne peut que heurter la pudeur." (p.77) D'abord celui-ci il sent bon -pas le dessin monocouille hein, non le livre bien sûr-, comme certaines BD, ça doit être dû aux dessins, et puis sentir bon quand on parle de bouffe, c'est mieux, ça met en appétit. Ensuite, le bouquin est beau, la couverture, mais aussi la tranche -toujours la bouffe-, car entre chaque chronique est insérée une citation de P. Desproges imprimée sur feuilles de couleurs différentes, donc quand on regarde la tranche du livre, on y voit un arc-en-ciel. Et enfin, j'aurais la possibilité de le mettre dans ma bibliothèque, de le reprendre quand je veux, de le montrer même avec ses dessins drôles qui illustrent parfaitement les textes et de lire à voix haute des extraits pour faire rire la galerie, car nul doute qu'elle rira la galerie, sinon, eh bien elle ne reviendra pas, c'est pas que je sois autoritaire, mais ne pas aimer Pierre Desproges quand même, ça ne se fait pas. Pas chez moi.

Desproges a dit des horreurs, des trucs qu'on ne pourrait plus dire aujourd'hui, sur tout le monde, on le taxerait aujourd'hui d'antisémite, de raciste, de sexiste ou phallocrate voire carrément de misanthrope, de mec de droite, de mec de gauche tant il aimait taper sur les un(e)s et sur les autres, d'anti cancer, d'anti connerie, d'anti tout en fait, mais il était d'abord quelqu'un qui aimait et respectait la langue française, prêt à tout pour un bon mot, une belle tournure : "Aussi incongrue qu'une rosée des sables à Verkhoïansk, cette morne pluie de Nord tombait aussi sur le port d'Ibiza. Après des mois de soleil blanc, emportant aux égouts le sable salé dont la fine poussière enrobait les figuiers. A la terrasse du Mar y Sol où la jeunesse dorée d'argent, dorée de peau, s'encamomille au crépuscule, trois Scandinaves longues de cuisses grelottaient sidérées, chair-de-poulées de fesses dans la ficelle à cul qui tient lieu d'uniforme sous ces climats dépouillés. Et de vent, point." (p. 23/24) 

Peut-être pas récent comme humour, mais pas daté ! Et comme je le disais récemment (ici), je préfère taper dans les vieux pots pour rire un bon coup.

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L'été des meurtriers

Publié le par Yv

L'été des meurtriers, Oliver Bottini, L'Aube, 2014 (traduit par Didier Debord)...

Louise Boni, commissaire à Fribourg revient au travail après une interruption de quatre mois pour soigner son alcoolisme. En fait, elle a passé ce temps dans un temple bouddhiste en France dans lequel elle avait enquêté sur des disparitions d'enfants (voir Meurtre sous le signe du zen). A peine revenue, un incendie ravage une grange et la cave remplie d'armes dessous la grange explose provoquant la mort d'un pompier. La piste que suit le groupe d'enquêteurs auquel Louise est intégrée est celle d'un trafic d'armes ; elle les mènera en Serbie et au Béloutchistan, sur les traces de la guerre en ex-Yougoslavie et sur celles des terroristes actuels.

J'avais aimé la première aventure de Louise Boni, Meurtre sous le signe du zen. Je retrouve une grande partie des ingrédients qui m'ont plu. Cette fois-ci Louise revient sobre, mais elle lutte quotidiennement contre l'envie de boire, c'est un combat difficile surtout lorsque les conditions de travail sont dures. Elle a perdu ses quelques kilos en trop. Elle doit aussi faire le point sur sa vie amoureuse : doit-elle et peut-elle garder son amant de minuit, un jeune homme ? Doit-elle et peut-elle faire le premier pas vers Richard Landen rencontré dans le premier tome, marié  à une Japonaise rentrée dans son pays ? J'ai l'impression que certains personnages qui étaient dans le roman précédent reviennent dans celui-ci sans vraiment d'explication, je ne me rends pas compte si c'est gênant ou pas puisque j'ai lu les deux, dans le premier l'impression d'entrer dans une vie déjà commencée, sans vraiment qu'on m'explique ne m'avait pas embêté, j'imagine que ceux qui commenceront par L'été des meurtriers auront la même sensation. 

Par contre, je me suis embrouillé dans les sigles des différents intervenants dans l'enquête : la police locale, la police judiciaire, la police fédérale, les différents services, en plus Oliver Bottini après les avoir nommés une fois ne les cite plus que par leurs sigles : un glossaire en fin ou en début de volume eut été une excellente idée, je m'y serais référé plus d'une fois. On dit l'administration française compliquée, son homologue allemande n'a pas l'air plus claire. 

Cette fois-ci le contexte est la guerre en ex-Yougoslavie et l'armement des extrémistes pakistanais et du Béloutchistan. C'est parfois un peu abscons, très difficile de suivre le cheminement de l'auteur malgré des explications : "Des conflits éclataient régulièrement entre le gouvernement et les partis, les tribus, les régions islamistes. La présence au Béloutchistan et un peu partout d'agents secrets américains à la recherche de talibans et de membres d'Al-Qaïda n'arrangeait pas les choses. Les Jinnah étaient respectueux de la tradition. Pas des extrémistes, mais des fondamentalistes." (p. 250). Il y a aussi pas mal de passages longs, très évitables, répétitifs : franchement, ce bouquin qui fait presque 450 pages aurait pu être réduit nettement, et là il eut été parfait. 

Pour toutes ces raisons, j'ai moins aimé cette seconde aventure de Louise. Néanmoins, je conseille de se pencher sur son cas, car le personnage est intéressant. Oliver Bottini l'a rendue attachante, fragile et forte, ancrée dans son époque, une femme qui ne revendique pas d'être l'égale d'un homme mais qui l'est de fait parce qu'elle le prouve tous les jours, qui a du mal à faire face à ses démons, alcool, relations amoureuses, familiales, amicales. Faites comme moi, lisez Meurtre sous le signe du zen, puis L'été des meurtriers (en passant quelques pages, tant pis), car je sens que Louise n'a pas dit son dernier mot et qu'Oliver Bottini a encore lui aussi des choses à dire ou à écrire sur la société contemporaine. Pourvu qu'il soit plus synthétique.

 

 

polars 2015

rentrée 2014

 

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Quand les anges tombent

Publié le par Yv

Quand les anges tombent, Jacques-Olivier Bosco, Jigal, 2014....

Un avion s'écrase sur la prison d'Eiffenseim en Alsace ne faisant aucun rescapé parmi les passagers et causant la mort de gardiens et de prisonniers. Parmi eux, Vigo Vasquez, condamné à la perpétuité pour le meurtre d'enfants. Du moins croit-on qu'il est mort, car les enlèvements très ciblés de cinq enfants, ceux de Rollin l'ancien directeur de la police devenu préfet-adjoint, de Lauterbach le commissaire ayant arrêté Vasquez, de Vittali le témoin l'ayant reconnu, de Tranchant le juge pendant le procès et de Nathalie Ruiz l'ex-avocate de Vasquez, font naître des soupçons dans les esprits de tous. Lorsque le préfet Rollin réunit tous les parents et leur dit que Vigo Vasquez n'est pas mort dans le crash et que c'est lui qui a enlevé leurs enfants, et qu'il ne les libérera que contre l'abandon des charges sur ces infanticides, chacun se remet en question sur sa participation à l'arrestation et se demande si les erreurs -voire plus- commises à ce moment-là ne resurgissent pas aujourd'hui.

Je suis un peu sec à l'heure d'écrire mon article, parce que dans la rapidité de l'action, je n'ai noté aucune page, aucun extrait à citer, qui souvent m'aident à me structurer. Je n'ai pas eu le temps. Car même moins rapide, ce roman de JOB est du style de ceux qu'on ne lâche pas, diablement efficace.

Un polar de Jacques-Olivier Bosco (JOB) c'est d'abord du rythme (cf. Le CraméAimer et laisser mourirLoupo). Mais cette fois-ci, le rythme s'il est toujours présent est moins haletant, le romancier prends plus son temps pour installer une histoire, des personnages, un scénario. Ça va très vite au départ, très vite à la fin, et entre les deux, chaque protagoniste a droit à un traitement de faveur. JOB alterne les points de vue. Chaque chapitre est la vision d'un parent, d'un enfant, d'un gangster sur l'affaire en cours mais aussi sur les événements qui les ont amenés jusqu'à celle-ci. Beaucoup d'intervenants, mais chacun est bien identifié et aucun risque de se perdre entre eux ; moi qui ai du mal avec les romans aux multiples personnages, ce ne fut pas le cas ici, et même cette profusion sert le récit, permet d'en apprendre un peu plus par divers canaux. Chaque personnage bénéficie d'une description physique et psychique, même les moins exposés. Ils viennent de tous horizons, ont eu des parcours chaotiques ou de privilégiés. L'enfance et l'éducation qu'on a reçue sont primordiales pour notre vie d'adulte. Le ressort de l'enfance malheureuse est souvent exploité dans les romans ou les films policiers, pour faire de tel ou tel personnage un monstre. JOB parle aussi des enfants maltraités et des conséquences sur leurs vies d'adultes, sans pour autant que l'on excuse leurs comportements ; ce sont des explications, des circonstances atténuantes qui peuvent éclairer un comportement, des pulsions. Mais il a aussi l'intelligence de mettre en face des adultes de bonne éducation, qui par leur agissements, leur ambition, leur égoïsme font autant de mal aux autres. Pas de manichéisme donc, un peu de stéréotypes, mais il en faut pour forger des personnages puissants, des traits de caractère forts.

Si ce roman est moins rapide que les autres du même auteur, il n'en reste pas moins que l'action est bien présente, souvent violente. Pas de chichi, JOB ne fait pas dans le délicat et le thé servi à 17h avec le petit doigt en l'air. Ça crashe, ça explose, ça canarde, ça frappe. Mais rien n'est gratuit, ce n'est pas de la violence pour le plaisir de la décrire, d'ailleurs les amateurs d'hémoglobine seront déçus, car elle ne dégouline pas des pages. Moi, je suis ravi, parce que je n'aime pas le rouge sang à toutes les pages. Ces actes brutaux servent le propos de l'auteur et sont indissociables de ses personnages que l'on n'imagine pas agir d'une autre manière. Mais il y a aussi l'autre violence, celle plus sourde de l'indifférence, du mépris et de l'égoïsme allié à l'ambition qui font autant de mal que les coups. La férocité de ceux qui ont le pouvoir et l'argent envers ceux qui n'ont rien ou si peu. 

Pour conclure, voici un excellent polar de JOB qui montre qu'il sait bâtir des histoires et des personnages forts, que son créneau n'est pas seulement les récits rapides dans lesquels le rythme prime. En le baissant un petit peu, il laisse voir un réel talent pour forger des personnages et les relations entre eux pour construire leurs histoires qui les amènent à commettre parfois l'irréparable ou à tenter de sauver ce qui peut l'être encore. Et tout cela en gardant un tempo qui fait que l'on est bien incapable de fermer le livre avant sa toute fin, ce qui reste quand même une très grande qualité de JOB.

 

 

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Les chiens de l'aube

Publié le par Yv

Les chiens de l'aube, Anne-Catherine Blanc, D'un Noir si Bleu, 2014.....

Hip Hop est un vieil homme à tout faire dans un bordel miteux d'une ville d'Amérique du sud. Une sorte de Quasimodo, nettoyeur de chiottes, esclave de la Mama, "la Mère Sup'" de l'établissement.  Hip Hop est aussi un fin observateur de la vie des pensionnaires, des tensions, de la volonté de la Mafalda pute vieillissante de prendre le pouvoir grâce à l'appui d'un homme haut placé. La Mama est dans les préparatifs de la Faena, jeune fille convoitée par un autre homme très puissant, qui lui a été vendue comme vierge, denrée rare et chère dans ce pays, cette dictature. 

Certains d'entre vous passent me lire depuis longtemps -enfin j'espère-, ils n'ont donc pas pu éviter mes billets concernant les livres précédents d'Anne-Catherine Blanc : L'astronome aveugleMoana bluesLes passagers de l'archipel, les autres qui me lisent épisodiquement ou les visiteurs occasionnels, je vous invite à lire mes articles précédents et à vous pencher sur tous les ouvrages de l'auteure. J'avais été emballé, enthousiaste pour ne pas dire dithyrambique. Alors pourquoi changer lorsque l'auteure publie un nouveau livre et qu'il est excellent ? AC Blanc est une styliste hors paire. Quelle langue mes amis, quelle langue ! Riche. Métissée de mots de différents niveaux de langage. Unique, tiens, le tout début : "Chez nous, les rues de la nuit appartiennent aux furtifs, aux baveux, aux électriques. Elles appartiennent aux chats pelés qui bondissent des poubelles, crachoteurs d'injures chuintantes, griffes et dents jaillies du fourreau pour défendre la pauvre arête ou la tripaille fétide qui alimentera en eux jusqu'au lendemain la petite braise de vie, étique et obstinée. Elles appartiennent aux ligues de chiens galeux, mangés de tiques, mais forts de leur nombre : masse protéiforme et grondante, capable d'attaquer l'ivrogne branlant ou de faire reculer le jouisseur clandestin filant à son plaisir, feutré, circonspect, concentré dans son effort pour noyer l'ombre qui le talonne dans l'ombre caressante des murs, un ton plus noire." (p.7) Poétique : "La Faena a un petit sexe humide et souriant, un petit coquillage rose corail, niché dans sa pelote d'algues douces. La Faena a des yeux d'obsidienne, des lacs volcaniques sans mémoire dans un visage de lave épuré, mais rigide, infiniment lointain, comme ignorant de sa propre histoire." (p.26) En plus de la beauté du texte, j'ai dû recourir avec bonheur une petite dizaine de fois au dictionnaire pour des mots rares, désuets ou recherchés ("mascaret", "purotins", "camard", ...) qui ne sont pas là pour épater la galerie, mais pour ajouter du plaisir de lecture.

Mais ce roman n'est pas qu'un exercice de style et s'il ne s'y passe pas beaucoup d'action pendant les deux cents premières pages il n'est est pas moins passionnant. Hip Hop observe les filles, les autres employés (barman et videur), dresse les portraits des personnalités les plus marquantes, leurs rapports, les jeux de pouvoir, de violence. Il passe inaperçu, fait partie des meubles et peut donc écouter et entendre et suit quasiment tout ce qui se passe dans la maison. Et lorsqu'il ne sait pas, il enquête, notamment pour savoir qui est le protecteur de la Mafalda la Prieure qui voudrait être cheffe et l'identité de l'amateur de jeune vierge qui menace la tranquillité des lieux. Car la Faena n'est plus vierge et la Mama fait tout pour le faire croire, si l'homme puissant qui la désire l'apprend, le pire peut arriver à l’établissement et à ceux qui l'occupent.

AC Blanc décrit également la vie sordide, la pauvreté dans une dictature qui enrichit les plus riches et appauvrit les plus pauvres. Ce qu'iceux sont obligés de faire pour survivre, le plus souvent la prostitution d'eux-mêmes et de leurs propres enfants (d'où l'absence de jeunes femmes vierges) : un chapitre est consacré à la manière dont la Mama a construit sa notoriété en exploitant cette misère avant d'en arriver à ce bordel miteux. Même si le roman est un quasi huis-clos, l'extérieur est présent dans les odeurs, les bruits, les chiens de l'aube qui fouillent les poubelles, les chats errants, le vent est là aussi, très présent, le vent purificateur, celui qui nettoie les odeurs et en rapporte d'autres.

Osez prendre le risque de lire un roman dont on ne parle pas dans les médias, un livre qui vous fera découvrir une plume sensible, précise, magnifique et des personnages forts qui résonneront longtemps en vous. Un coup de cœur pour moi !

Un autre avis, très enthousiaste également : Emmanuelle Caminade

 

 

 

rentrée 2014

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Le carnaval des animaux

Publié le par Yv

Le carnaval des animaux, Camille Saint-Saëns, Eric-Emmanuel Schmitt, Pascale Bordet, Albin Michel, 2014.....

Eric-Emmanuel Schmitt livre là sa version du carnaval des animaux, pas la musique, non, il garde l'oeuvre de Camille Saint-Saëns, mais écrit un texte, en vers, ceux qui existaient avant ne collaient pas assez à la musique selon l'auteur. Camille ne se trouve pas beau et ne plaît pas aux femmes. Un soir, il s'endort plein de bonnes résolutions pour remédier à cet état de fait et rêve. Trois superbes femmes apparaissent et comme un défi, lui demandent de leur rapporter des animaux. Camille préfère les faire vivre par sa musique. C'est alors un déluge de notes qui s'abat sur les trois femmes, subjuguées. 

Au travers de cette histoire Eric-Emmanuel Schmitt insiste sur la création de la musique, explique des détails qui auraient pu échapper au profane que je suis et dans son texte léger et drôle pointe tout son amour de la musique en général et de ce carnaval en particulier que nous sommes nombreux à avoir écouté enfants. Son long poème est rythmé, quelques jeux de mots avec les noms des femmes, des tournures de phrases comiques, tout est fait pour plaire au plus grand nombre, comme la musique écrite par Saint-Saëns. Quelques airs me sont revenus en mémoire, d'autres pas. Certains animaux, tels le coucou, le coq ou l'âne sont quasiment immédiatement reconnaissables, d'autre moins, mais la musique est belle et le texte entraînant ou vice-versa. A ce stade, je dois une petite précision : un CD est offert avec le livre, le texte est lu par Anne Roumanoff, bon, ce n'est pas ma voix féminine préférée, mais on peut, en sélectionnant n'écouter que la musique, ce que j'ai finalement fait. La musique est "jouée par Pascal Amoyel et ses amis musiciens".

Le livre est richement illustré d'aquarelles de Pascale Bordet, vives, colorées, dynamiques, drôles, belles.

Pour résumer, un beau livre-CD à écouter et faire écouter aux grands et aux petits.

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Allemagne, Allemagne !

Publié le par Yv

Allemagne, Allemagne ! Felipe Polleri, Éd. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Christophe Lucquin).....

Un Anglais fou, mort depuis plusieurs années, réincarnation de Christopher Marlowe ou de William Shakespeare voire des deux, raconte sa vie, sa participation à la seconde guerre mondiale en tant que membre du contre-espionnage de sa Majesté.

Un Allemand en état psychique proche du précédent prend le relais : fils de Josef Mengele, il raconte comment cet héritage est lourd et pourquoi il a dû tuer son père. 

Felipe Polleri est fou -je crois que son traducteur et éditeur l'est tout autant, d'abord pour s'être lancé dans l'aventure de l'édition (à ce propos, pour survivre, il lance un appel à contribution sur la plate-forme Kisskissbankbank, il serait fort dommage qu'il disparaisse), ensuite pour choisir des textes originaux et décalés et enfin pour traduire Felipe Polleri de l'espagnol (Uruguay). Pas fou dangereux, enfin, je ne crois pas, non, il écrit des livres : L'ange gardien de MontevideoBaudelaire. Ces deux derniers dont j'ai parlé ici même ne sont pas exempts de cette folie, tant celle de l'auteur que celle de ses héros. Allemagne, Allemagne ! est encore pire, si je puis m'exprimer ainsi. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris. Ou plutôt, je suis sûr de n'avoir pas tout compris. Mais ce n'est pas grave, le plaisir de lecture n'est finalement pas dans le sens de ce qu'on lit mais dans les sons, les mots, la poésie, la violence, la folie, ...

Felipe Polleri procède par images, par allusions, des noms glanés ici ou là nous aiguillent sur notre lecture -à condition de posséder un dictionnaire ou d'aller visiter Wikipédia ou tout autre site d'informations. Beaucoup de références au docteur Prinzhorn, psychiatre allemand et historien d'art, qui a notamment observé les dessins et œuvres de fous ; il en a tiré un ouvrage qui a enthousiasmé Paul Klee et les surréalistes. Fort heureusement pour lui, il est mort en 1933 avant que les nazis lui fassent des misères puisque son travail faisait parte de ce qu'ils appelaient l'art dégénéré. Abondamment cité, il soigne les différents narrateurs de ce livre, il peut être aussi considéré comme l'inspirateur -ou le psychiatre ?- de l'auteur, tellement son écriture pourrait se retrouver qualifier de surréaliste ou d'automatique. F Polleri fait appel aux Fantômes, aux Martiens aux Krak : "Les humains s'étaient croisés, des millénaires plus tôt, avec les insectes, pour créer les Krak qui, comme tous les maîtres, avaient violé durant des générations les adolescentes martiennes. Le Fantôme, débarqué par erreur sur la terre quand il avait cinq ou six ans, nous avait confondus avec les Krak, et en nous tuant, ne faisait rien de plus que de venger sa mère." (p.47)

En tant qu'Uruguayen, il ne fait pas l'impasse sur les nazis venus se réfugier dans son pays et plus largement en Amérique du Sud (cf. SS in Uruguay, de Serge Gainsbourg, dans son excellent album Rock around the bunker, que j'ai eu en tête après cette simple phrase, page 166 : "Il y a des nazis en Uruguay")

Les trois narrateurs, Christopher, Parsifal et Antoine sont fous, pour diverses raisons : "En parlant d'autre chose, ce sont peut-être les coups que papa m'a donnés au cerveau dans le plus tendre des âges qui m'ont rendu fou. Des connexions se sont sûrement brouillées, et j'ai dû en créer d'autres pour continuer à fonctionner..." (p.56/57), un autre a subi une opération, très jeune dans laquelle les chirurgiens ont "extirpé l'euphorie de vivre" et "installé la timidité dans un bloc opératoire clandestin et oxydé", une sorte de résultat des expérimentations de J. Mengele.

Difficile pour moi d'en dire plus sur ce livre totalement décalé, que malgré ma relative -ou totale- incompréhension, je n'ai pas pu abandonner avant la fin (même si pour être totalement honnête, la troisième partie m'a moins plu), captivé et fasciné que j'étais par le pouvoir de Felipe Polleri à faire naître des sensations, à toucher son lecteur. Un bouquin unique. Un très beau travail de traduction, de correction (Edith Noublanche) et de mise en page (maquette : Marylin Cayrac). Que les éditions Christophe Lucquin vivent, elles le méritent parce qu'elles nous font découvrir des textes que l'on ne lirait pas autrement. 

 

rentrée 2014

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