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Collisions

Publié le par Yv

Collisions, Emma Dayou, Ed. de l'Aube, 2014...,

Une femme assassinée, nue, crucifiée dans un abribus de Lille, ainsi débute l'enquête de Claire jeune femme flic. Elle fait équipe avec des hommes de divers horizons. Pour sa première vraie enquête, Claire ne peut se tromper, elle veut prouver aux autres et à elle-même que sa jeunesse et sa féminité, malgré la violence et la bestialité du meurtrier, l'aideront à résoudre le mystère. Sa méthode d'interrogatoire est faite de compréhension, de temps de silence qui laissent les témoins et les suspects se détendre et se confier plus facilement. 

Une bonne surprise que ce roman policier féministe. Enfin, j'écris féministe parce que Claire est une jeune femme qui veut prouver aux hommes qu'elle est autant capable qu'eux et parce que Emma Dayou s'exprime sur les violences faites aux femmes, rappelle quelques chiffres terribles : "Dans leur pays censé être un des plus civilisés, une femme sur dix avait été ou serait victime d'un viol." (p.66) Il n'est pas revendicatif, mais énonce des vérités. Le féminisme n'est pas le sujet principal, il est un contexte qui se prolonge tout au long du roman ; il faut bien remarquer que l'un des suspects est un immonde personnage machiste égoïste. Féministe aussi parce que les personnages les plus beaux sont des femmes qui ne sont pas des chiennes de garde, mais des femmes qui cherchent l'appui d'autrui, homme ou femme, pour avancer, pour vivre simplement dans une société rapide qui ne laisse pas le temps aux timides ou aux angoissé(e)s de tisser des relations à leur rythme.

Ce n'est pas un polar qui révolutionne le genre, non, il en reprend les codes, les grandes lignes principales, les stéréotypes pourrait-on dire. Mais, Emma Dayou fait cela proprement, et surtout, elle s'intéresse aux personnages. Pas de descriptions sanglantes, pas de stress dû à des pages insupportables. L'auteure crée d'abord une équipe d'enquêteurs. Claire est légèrement mise en avant, mais son jeune collègue Florian, as de l'informatique est assez présent ainsi que Jan et Ilès, les deux flics plus âgés, à l'ancienne qui ne comprennent pas les nouvelles technologies. On pourrait résumer succinctement : "elle est la tête, ils sont les jambes". L'équipe est hétéroclite, chacun a sa méthode, mais tous se respectent, même si des vannes peuvent parfois blesser -superficiellement- l'un ou l'autre. Charlie Delroy, le commandant veille à ce que son équipe reste soudée et diverse, donc complémentaire, chacun apportant son vécu, sa vision de l'affaire. C'est pour moi un très bon point dans ce polar, et je verrais bien cette équipe poursuivre ses aventures dans d'autres livres.

Emma Dayou ne se contente pas de mettre en place une belle équipe, elle crée également toute une galerie de suspects, des coupables potentiels. Dès les premières pages, je me suis dit que si Paul Heursault était le coupable c'était vraiment trop téléphoné, trop prévisible, et puis, en avançant, chacun des témoins pouvait avoir commis ce meurtre -et l'éventuelle culpabilité dudit Paul Heursault n'était plus dès lors prévisible, parce que d'autres suspects arrivaient-, alors je me suis piqué au jeu de la devinette : qui est le tueur ?  Et j'avoue que je n'en savais rien avant qu'Emma Dayou ne le révèle. Sur ce coup, elle m'a surpris tant sur le nom du tueur que sur sa manière de le livrer au lecteur. De la seconde de déception ressentie en lisant ce passage, je suis passé à un sifflement admiratif quant à son usage un peu détourné des codes du polar.

Une belle surprise donc que ce roman policier, qui en plus, d'être vraiment bien ficelé, fait la part belle aux personnages, et tout cela sans se perdre dans des considérations inutiles ou longues : 220 pages, longueur idéale !

 

polars 2015

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Ça coince ! (26)

Publié le par Yv

Vivre, Milena Jesenska, Ed. Cambourakis, 2014 (traduit par Claudia Ancelot)..,

Milena Jesenska est née à Prague en 1896 et morte à Ravensbrück en mai 1944. Elle fut journaliste, traductrice de Kafka, femme assez libre, mariée et divorcée, convertie au communisme, résistante dès l'invasion de la Tchécoslovaquie par les nazis. Les textes publiés ici sont des articles parus dans divers journaux entre 1919 et 1939. Une partie bibliographie clôt le recueil. 

La première chose qui frappe c'est la modernité de la langue, sa limpidité ; je ne sais pas quelle est la part de la traduction dans cet aspect ; traduite dès 1950, la modernité ne serait peut-être pas aussi présente aujourd'hui. Les articles sont parfois légers, sur la mode, sur la vie enjouée à Vienne malgré la difficulté d'y vivre à l'époque ; dans la postface il est expliqué qu'en 1918, suite à la chute des Habsbourg, l'Autriche est réduite, au bord du gouffre, et malgré cela Vienne continuait à vivre comme si de rien n'était. On sent d'ailleurs chez Milena Jesenska une certaine légèreté teintée de profondeur. D'autres articles sont plus profonds, plus sérieux. Le recueil recense une palette assez large de l'auteure. Intéressant pour la connaître un peu mieux. Néanmoins, malgré tout cela, je ne me suis jamais vraiment senti captivé par les sujets. Il me manque pas mal de repères chronologiques et géopolitiques. Une date juste après le titre de l'article eut été la bienvenue. La biographie en début de volume ou alors des dates importantes en fin de volume, juste pour qu'on se repère plus aisément. 

Un échec sans en être totalement un puisqu'il m'a permis de connaître Milena Jesenska.

 

 

L'ombre des chats, Arni Thorarinsson, Métailié, 2014 (traduit par Eric Boury)..

Einar, journaliste à Reykjavik assiste au mariage de Katrin et Saga, deux femmes de ses amies. La fête est gâchée lorsqu'un paquet est ouvert, sordide, de très mauvais goût. Puis l'une des mariées meurt, un suicide de prime abord...

De cette série avec Einar, j'ai aimé Le septième fils, moins L'ange du matin. Ce que je reprochais à ce dernier, je pourrais le réécrire quasiment mot pour mot pour L'ombre des chats. Une action longue à démarrer, des considérations politiques qui m'échappent, des dialogues nombreux et peu pertinents, bref je m'ennuie. C'est une série qui peut avoir ses adeptes, d'ailleurs mon amie Véronique en parle bien sur Les huit plumes, je vous laisse donc avec elle pour une note positive.

 

polars 2015

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Mauvais garçon

Publié le par Yv

Mauvais garçon, Laurent Bettoni, Ed. Don Quichotte, 2014.... 

Thomas, 23 ans, vit en cité HLM. Il est le meilleur de sa promo, diplômé en sociologie et philosophie politique, mais ne trouve pas d'emploi, à chaque fois, un fils de famille bien implantée lui ravit le poste même lorsque ses compétences sont moindres. Pour survivre, Thomas deale de l'herbe. Suite à un énième refus de la part d'un employeur pour lequel il était stagiaire depuis trois mois, le jeune homme revoit son ancien professeur, médiatique, reconnu, qui lui propose de "gérer Ideo, un site d'opinion qu'il dirige anonymement sur le Darknet..." (4ème de couverture) 

Une petite précision liminaire s'impose pour les ignares comme moi qui ne savent pas ce qu'est le Darknet. C'est un réseau à part de l'Internet, dans lequel on entre par cooptation, sur invitation. Les adresses IP sont codées, les noms sont des pseudonymes et il n'est pas aisé de remonter aux sources. C'est un réseau qui accueille le pire et le meilleur : des sites hébergeant des activités illégales (pédophilie, vente d'armes, de drogues, ...) mais aussi des sites dissidents notamment dans les pays dans lesquels le droit d'expression n'est pas respecté (Reporter Sans Frontière forme les journalistes à ne pas laisser de trace sur le Darknet). Dans ses remerciements Laurent Bettoni précise qu'avant une discussion anodine avec son fils, il n'en connaissait rien non plus. 

Après son Artus Bayard et les maîtres du temps, Laurent Bettoni part dans une direction plus noire, franchement sombre. Ce Mauvais garçon est une descente dans les arcanes du Web et une descente absolument pas programmée pour Thomas pourtant, sur le papier promis à un bel avenir. Toutes les idées que l'on peut avoir sur les gens des cités y sont, ce qu'on pourrait penser être des clichés surtout lorsqu'on n'y vit pas ou n'y a jamais vécu, mais L. Bettoni amène ça assez subtilement. La drogue, le deal, les filles chahutées (c'est un euphémisme), le racisme, le chômage, les difficultés de sortir de ce milieu à cause de l'ostracisme régulier dont souffrent les habitants, la peur des parents que leurs enfants tournent mal, la peur des enfants lorsqu'ils aspirent à autre chose que la zone, la honte qu'ils peuvent avoir de leurs parents au chômage ou qui vivent d'allocations diverses, ... Thomas souffre de tout cela et entrevoit un rayon d'espoir lorsque son ex-prof fait appel à lui. Il prendra conscience du pouvoir des mots et des idées, de la force d'icelles lorsqu'elles sont bien présentées. Moi-même au début, je me suis fait prendre, je me disais que le Darknet pouvait véhiculer des pistes de réflexion intéressantes, et puis, très vite, j'ai déchanté, mais je vous laisse découvrir tout cela.

Laurent Bettoni plonge son Candide dans un panier de crabes, celui de la politique et des accointances que certains partis et hommes politiques entretiennent avec des sociétés ou des hommes pas très recommandables, mais ils ont de l'argent. Je ne veux pas dire ici ce que l'on peut entendre au café du commerce, le fameux "tous pourris", je veux croire que beaucoup d'élus sont honnêtes et œuvrent -ou tentent d'œuvrer- pour le bien de tous, néanmoins certains d'entre eux et pas des moindres traînent des batteries de casseroles, ceux sans doute à qui le livre est adressé : "Aux politiciens de tous bords qui confondent tactique politicienne et conscience politique, de manière à ne servir que leur intérêt personnel et jamais celui du peuple." (p.7) Les propos tenus dans le forum Ideo font froid dans le dos, mais dans la vraie vie (In Real Life = IRL, comme je devrais dire parlant de l'Internet), la parole se libère et de plus en plus, dans les médias, dans les conversations, de tels mots sont entendus, le racisme quotidien, la peur et la haine de l'autre, le repli sur soi et sous son drapeau. Sous couvert d'un relatif anonymat l'Internet est le réceptacle de propos parfois franchement dégueulasses. On insulte, on dénigre... Beurk !

Le roman de Laurent Bettoni est noir, direct ; une fois entamé, on ne peut le refermer que fini. Une excellente idée que de mêler la vraie vie à une vie plus souterraine, celle du Darknet. On pourrait se consoler en se disant que c'est de l'anticipation ou de la fiction, mais je crains que cette histoire ne recèle quelques grosses parts de vérités et que les claques politiques ne se multiplient.

 

 

polars 2015

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Eux autres, de Goarem-Treuz

Publié le par Yv

Eux autres, de Goarem-Treuz, Hervé Jaouen, Presses de la cité, 2014..... 

Gwaz-Ru et Tréphine, nés respectivement en 1900 et 1901 se sont installés à Goarem-Treuz, dans la campagne quimpéroise dans les années trente. On a suivi leurs péripéties dans Gwaz-Ru jusqu'en 1944. Ce second tome reprend les mêmes et repart pour de nouvelles aventures avec eux de 1944 à nos jours. Gwaz-Ru et Tréphine ont eu sept enfants, certains resteront à la ferme, d'autres partiront parfois pour construire autre chose, parfois pour se détruire. Ce sont les vies des enfants qui nous intéressent ici, sans oublier les grognements et les bougonnements de Gwaz-Ru et la bienveillance de Tréphine. 

Si j'avais eu quelques réserves sur Gwaz-Ru, elles se sont toutes envolées avec ce second tome (que l'on peut lire indépendamment du premier ; Hervé Jaouen a eu l'excellente idée d'un prologue qui resitue son histoire dans l'époque et les lieux, qui résume son premier roman). Pourquoi aucune réticence de ma part ? Parce qu'encore une fois l'écriture d'Hervé Jaouen me transporte, lisez par exemple le portrait que fait Gwaz-Ru de deux de ses enfants, pas tendre, très dur même, mais tellement jouissif à lire : "Maurice et Julienne n'avaient jamais inspiré à Gwaz-Ru la fierté de les avoir fabriqués. Son sang de rebelle ne coulait pas dans leurs veines. Ces deux-là, déplorait-il étaient de la race des moutons à tondre. [...] Ces deux nikun (= Personnes quelconques, sans caractère, [note bas de page]) rallieraient, adultes, l'immense armée des automates dont on se demande ce qu'ils sont venus foutre sur terre sinon alimenter la chaîne économique, de l'industrie du biberon à la culture des chrysanthèmes, l'une des sources de profit de Goarem-Treuz, nécrophilait Gwaz-Ru. Ces gens-là n'étaient que de simples unités de production décérébrées qui progressaient vers l'avenir en avalant un présent sans sel et en pondant les étrons parfaitement moulés de l'uniformité." (p.37) La suite du portrait de Maurice est délicieuse, une sorte de poésie argotique, populaire ; du langage imagé dont Gwaz-Ru use et abuse pour mon plus grand bonheur. Il a des fulgurances, des phrases qui n'appellent aucun commentaire superflu, des sentences définitives, des prédictions sombres qui s'avèrent quelques années plus tard. Anticlérical, bouffeur de curés et des gens de droite, un caractère en acier trempé il s'accommode mal des demi-mesures et des gens qui hésitent. Un personnage absolument génial qui par sa stature et son caractère fait de l'ombre aux autres, même si dans le lot de ses enfants certains oseront le défier et pas que sur ses vieux jours ; et Tréphine, comme beaucoup des femmes de l'époque est discrète mais œuvre en coulisse pour le bien-être de tous, absolument pas effacée. 

Chaque enfant aura un destin écrit dans le roman, des pages qui lui sont consacrées. Cette grande famille éclatera plusieurs fois, se retrouvera puis éclatera de nouveau, pas forcément de la même manière ; certains qui se sont perdus de vue se retrouveront, d'autres s'éloigneront, d'autres encore ne vivront que pour l'héritage qu'ils soupçonnent. A travers cette famille, Hervé Jaouen brosse un portrait de l'époque, de la fin de la guerre au début du XXI° siècle. Le changement est en marche, le modernisme débarque jusque dans les campagnes les plus reculées malgré parfois la résistance des anciens, Gwaz-Ru n'est pas enclin à dépenser pour installer l'eau courante, l'électricité. La campagne change, la ville avance et Goarem-Treuz, jusque là loin du centre de Quimper se retrouvera bien vite la proche banlieue. C'est toute l'histoire de la seconde moitié du siècle dernier que raconte l'auteur. Inévitablement, je pense à mes grands-parents, nés en début de siècle voire à la fin du XIX° qui l'ont vécue en direct. Ce n'était pas Quimper, mais la Bretagne du sud, entre le sud de l'Ille-et-Vilaine et le nord de la Loire-Inférieure comme on disait à l'époque pour mes grands-parents paternels et le Pays de Retz pour mes grands-parents maternels ; et les récits de mes parents me reviennent en mémoire... 

D'habitude, je ne lis pas les romans du genre saga, je ne m'y retrouve pas, mais il y a les sagas et les sagas d'Hervé Jaouen, qui à l'instar de celle-ci, sont tout simplement formidables.

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La crème était presque parfaite

Publié le par Yv

La crème était presque parfaite, Noël Balen et Vanessa Barrot, Fayard, 2014...., 

Laure Grenadier, journaliste culinaire et son photographe Paco arrivent en Normandie. Leur premier repas dans un restaurant connu pour sa sauce à la crème unique se finit en une hécatombe. Des convives s'écroulent, victimes d'une intoxication ou d'un empoisonnement. Au moins deux morts et d'autres entre la vie et la mort. La gendarmerie est sur les dents, Laure entre deux dégustations glane des informations pour tenter de disculper son ami restaurateur et son producteur de crème normande.

Des retrouvailles très appétissantes avec Laure et Paco, après une première rencontre dans Petits meurtres à l'étouffée  qui se déroulait dans la région lyonnaise. Cette fois-ci, c'est la Normandie, ses spécialités culinaires, son terroir et ses paysages qui sont à l'honneur. Pommes à toutes les sauces, solides ou liquides et crème bien sûr, puisque le poison est en icelle. Les amateurs de polars rapides et sanglants seront déçus, on est plutôt dans une série qui allie terroir et meurtre(s) en même temps que la littérature, puisqu'un tenancier de maison d'hôtes souhaite ouvrir un restaurant qui ne servirait que des plats issus de l'œuvre de Marcel Proust ; je ne suis pas spécialiste de l'écrivain qui séjournait régulièrement en Normandie, mais certains passages cités ont l'air de véritables recettes de cuisine : "Faites-moi au moins l'honneur de goûter à mes spécialités proustiennes... Cette semaine, je compte sur toi pour me donner ton avis : c'est très important et tu m'aideras à finaliser ma carte. J'ai préparé un bœuf mode en gelée, tel qu'il est évoqué dans Le Temps retrouvé et A l'ombre des jeunes filles en fleurs. C'était un des plats préférés du grand Marcel... Servez-vous !" (p.27/28)

Le ressort de bouquin n'est pas dans un suspense intenable ou dans des coulées d'hémoglobine. Non, il est dans la découverte de la région et dans la description des gens qui l'habitent et qui sont véritablement habités par leur passion du bon. Il est aussi dans le travail de journalisme, dans le souci de mettre en valeur tant par la photo que par les textes les producteurs et restaurateurs rencontrés. Et c'est lors de ces rencontres que Laure tend l'oreille et recueille des informations, des rumeurs, des bribes de conversations. Laure n'enquête donc pas vraiment, elle accumule et à un moment ou un autre, une hypothèse naît. Elle peut alors s'en ouvrir au capitaine de gendarmerie Cadour. Reste alors à trouver à qui profite le crime. Sur ce coup-ci, Laure a bénéficié de l'aide précieuse d'Amandine sa fille-adolescente et de Daphné, une collaboratrice du magazine venues passer le week-end en Normandie. 

Un roman très plaisant, léger, qui met le lecteur en joie, le fait rire ou sourire, qui se lit aisément, d'un seul coup puisqu'on n'a pas envie de le poser, à rapprocher bien sûr de la série Le sang de la vigne (dont Noël Balen est également le co-auteur). Une série aux couvertures très reconnaissables, sobres et parfaites et aux titres évocateurs tant pour la cuisine que pour le polar. Vivement la suite, normalement, Un cadavre en toque.

Suspense très sympathique pour Claude

 

polars 2015

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Fannie et Freddie

Publié le par Yv

Fannie et Freddie, Marcus Malte, Zulma, 2014..., 

Fannie, dite Minerve parce que son buste entier pivote lorsqu'elle répond à quelqu'un, pour compenser la perte de vision due à un œil de verre, est en chasse. Elle se rend dans un parking, se gare face à un coupé Mercedes, joue la femme en difficulté devant une roue crevée. Lorsque le propriétaire du coupé s'avance elle lui demande de l'aide et lorsqu'il se penche, le shoke avec poing électrique de 900 000 volts et l'installe dans le coffre de sa vieille Toyota. 

Un huis-clos sur fond de vengeance. La tension monte crescendo, pour nous lecteur, parce qu'on ne connaît pas le motif de l'enlèvement ni les relations entre Fannie et Freddie, l'homme agressé. Ce n'est que petit à petit que Fannie s'explique, que Freddie (ne) comprend (pas) les raisons de son geste.

Une nouvelle ou un court roman d'à peine 90 pages qui se déroule aux Etats-Unis, dans une ville sinistrée par la fermeture de l'aciérie locale. Pourtant cette usine et les gens qui y ont travaillé ont construit le pays, oubliés maintenant, victimes pour beaucoup du capitalisme outrancier et de la spéculation. "Elle dit : Je te parle de ceux qui ont l'argent et le pouvoir. Les tout-puissants. Les tout-permis. Ceux qui ont atteint les sommets de ce qu'on appelle la réussite. Ceux qui sont au-dessus de tout. Mais comment. Comment ils ont fait pour arriver là-haut, si haut ?... En écrasant les autres. C’est comme ça qu'ils font. Ils les piétinent. Ils leur marchent sur la tête, ils leur passent sur le corps. Et les cadavres s'accumulent sous eux. Des tas et des tas, sur lesquels ils continuent de grimper. Grimper, grimper, grimper. Tu peux être sûr que plus ils s'approchent du ciel, plus ils ont de morts sous leurs godasses." (p.59/60) Un roman noir social, en plein dans l'actualité de la crise et de la vie difficile pour les plus pauvres qui continuent à s'appauvrir alors que les riches n’ont jamais été aussi riches. Un roman rapide, aux phrases courtes qui va à l'essentiel sans oublier les personnages, fictifs mais sans doute très réels pas dans leur jusqu'au-boutisme, mais dans leurs difficultés à surmonter l'échec d'une vie ou au contraire dans leur manque d'empathie envers les plus faibles voire même leur mépris.

Ce roman est suivi d'une nouvelle d'une soixantaine de pages, intitulée Ceux qui construisent les bateaux ne le prennent pas. Les deux textes se répondent, ont un contexte similaire, même si ce dernier se déroule à La Seyne-sur-Mer, ville natale de Marcus Malte. La Seyne-sur-Mer était connue pour ses chantiers navals abandonnés depuis des années. Depuis, cette ville populaire -c'est rare dans le coin- des bords de la Méditerranée a du mal à se reconstruire. Le souvenir des chantiers est très vivace, on y travaillait de père en fils ; les fils d'aujourd'hui sont au chômage. C'est là que travaille Ingmar Perhsson, flic, qui depuis vingt-sept ans cherche à comprendre la mort de son seul ami, Paul, tué d'un coup de P 38, à l'âge de 14 ans. Il déambule en ville, tente de comprendre et de s'occuper pour que son mal-être ne le submerge pas. Un texte dans la lignée du précédent avec un héros de polar type, blasé, mal dans sa peau, solitaire. 

Dans ces deux textes, Marcus Malte nous balade dans des villes ouvrières à la reconstruction ardue qui laissera beaucoup de gens sur le côté. Pas gai, bien sûr, mais franchement bien vu, et l'écriture de l'auteur nous emmène jusqu'au bout de ses deux histoires sans qu'on ait vu passer le temps.

Et Oncle Paul, Noukette qu'en pensent-ils ?

 

rentrée 2014

polars 2015

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L'homme à la bulle de savon

Publié le par Yv

L'homme à la bulle de savon, Sylvie Matton, Ed. Don Quichotte, 2014...,

Patrick découvre le tableau de Rembrandt, L'enfant à la bulle de savon, à treize ans au musée de Draguignan. C'est pour lui une véritable rencontre et cet enfant peint deviendra le confident du jeune garçon malheureux dans une famille qui subit l'alcoolisme et la violence du père. Quinze ans plus tard, il décide de le voler, à la faveur de la fête du 13 juillet 1999. Puis il le garde chez lui, en prend soin, lui parle, se confie. Quinze années plus tard encore, en mars 2014, Patrick décide de rendre le tableau  qui lui a apporté tout ce qu'il pouvait. 

Ce roman n'en est pas un puisque c'est une histoire vraie dont on a beaucoup parlé dans le sud-est de la France, région dans laquelle toute cette histoire s'est déroulée mais que personnellement je découvre grâce à ce livre. Sylvie Matton ne pouvait que s'en emparer tant elle est elle-même imprégnée de Rembrandt, elle a écrit Moi, la putain de Rembrandt en 1998 et était l'épouse de Charles Matton, réalisateur -entre autres- du film Rembrandt, sorti tout juste quelques semaines après le vol du tableau (elle a cosigné le scénario).

Livre construit en deux parties, la première de l'enfance jusqu'au vol et la seconde du vol jusqu'à la restitution programmée du tableau. La première partie s'étend sur Patrick, le voleur et sa famille. Père violent, deux sœurs plus âgées, une mère battue. Patrick est un solitaire qui peut s'enfermer de lui-même dans un placard pour ne pas entendre ni voir la violence dans la maison. Le père est ancien combattant de la guerre d'Algérie, ancien de l'OAS qui n'hésite pas à décrire les tortures auxquelles il a participé. Alcoolique, les seuls moments de tranquillité des siens sont quand il est au travail ou quand il s'endort après une cuite de plus. Aussi lorsque sa mère l'emmène au musée de Draguignan, Patrick se sent attiré par le petit tableau de Rembrandt ; il entre dans le tableau autant que l'inverse Cet enfant avec la bulle deviendra son confident, une sorte d'ami imaginaire qui sera présent souvent sur son épaule. Sylvie Matton insiste sur la difficile relation père/fils, sur les dialogues entre Patrick et l'Enfant. Quand son père mourra, Patrick malgré tout ressentira un vide profond qui lui fera franchir le pas du vol.

La seconde partie est la paranoïa qui s'installe chez Patrick puisqu'il doit conserver un tableau de maître chez lui, mais dans le même temps, il s'épanouit, fait du sport s'extériorise, se marie et alors la paranoïa augmente puisqu'il doit cacher à sa femme l'existence du tableau ainsi qu'à son fils qui naîtra quelques temps plus tard.

L'écriture de Sylvie Matton est plaisante, limpide, très documentée sur la vie de Rembrandt et de son voleur. Elle n'est néanmoins pas exempte de quelques longueurs et il faut s'habituer à d'incessants allers-retours entre la vie présente de Patrick, son passé et le parallèle (assez judicieux) avec la vie du peintre dans la première partie. La seconde partie est davantage axée sur les effets de la possession d'une telle toile chez soi, sur le présent de la vie du voleur. La fin de la première partie m'a un peu perdu, mais le début de la seconde m'a retrouvé enthousiaste, plus intéressé par cet aspect de l'histoire de Patrick avec le tableau. C'est mieux ainsi, au moins, je reste sur une belle impression.

 

rentrée 2014  

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Snapshots-Nouvelles voix du Caine Prize

Publié le par Yv

Snapshots-Nouvelles voix du Caine Prize, Collectif, Zulma, 2014 (traduction de Sika Fakambi)...,

Le Caine Prize est créé en 1999 et récompense chaque année une œuvre de création littéraire africaine ; il est le Prix le plus important du continent. Ce recueil présente des candidats au fameux Prix et des lauréats, avec dans l'ordre d'apparition : Noviolet Bulawayo zimbabwéenne, Constance Myburgh qui vit en Afrique du Sud, Chinelo Okparanta et Tope Follarin Nigérian ou d'origine nigériane, Olufemi Terry né en Sierra Leone, Rotimi Babatunde, né à Lagos. 

Recueil de nouvelles donc qui met en avant la variété de la littérature africaine et qui est un bon moyen de la découvrir si on ne la connaît pas.

- Snapshots de Noviolet Bulawayo : un récit à la deuxième personne de la vie d'une petite fille zimbabwéenne, qui obéit sagement à sa mère et à son père. L'inflation terrible que subit le pays met, du jour au lendemain, les gens les plus pauvres dans une précarité encore pire. C'est une belle histoire, pas forcément gaie, mais pleine d'inventions langagières qui donnent un ton léger même lorsque l'auteure critique sévèrement la société de son pays, lorsqu'elle raconte le décalage entre les élites et le peuple, ou la difficulté d'être une fille -qui n'accède pas aux études contrairement aux garçons même si elle en a les capacités et pas son frère- ou une femme -qui subitement peut tout perdre, mari, maison, enfants : "A la télé, le beau monsieur blanc avec ses cheveux de femme (celui qui n'arrive pas à dire Zimbabwe et dit à la place Zeembaymbey) vient tout le temps et dit, Pays du tire-moonde, le Zeembaymbey é contraiiin d'aaadopteer démesuuur drahs-tique à faim de main tenir emplasson pouvouaar, é c'est si toi hein... deuveuront copéré. Tu l'écoutes et tu te demandes, c'est quoi au juste le pouvouaar ? Ce serait pas avec ça qu'on frappe les gens ? Et c'est quoi le tire-moonde ? Ca existe quelque part, le pousse moonde ?" (p.16) 

- Hunter Emmanuel de Constance Myburgh : Hunter Emmanuel est un ex-flic qui vit de petits boulots. Ce matin-là, il est bucheron lorsqu'il découvre, dans un arbre une jambe de femme. Il fera en sorte de retrouver celle à qui elle appartient pour comprendre comment sa jambe s'est retrouvée retenue aux branches. Hunter Emmanuel est un enquêteur classique, fatigué, blasé, seul mais opiniâtre, à la sauce africaine. Une nouvelle policière originale et plaisante qui met le doigt sur des dysfonctionnements de la société : déforestation, pauvreté qui oblige à des actes insensés.

- America de Chinelo Okparanta : une jeune femme rêve d'Amérique. Elle veut rejoindre son amie déjà émigrée pour faire des études sur l'environnement et revenir pratiquer au Nigeria, pour notamment empêcher les marées noires à répétition dues au pétrole exploité sans souci de la nature, mais dans un souci de bénéfices maximum. Belle nouvelle qui, encore une fois parle de la difficulté de vivre dans une société toujours régie par les traditions et les croyances : difficile de vivre son homosexualité au Nigéria : "Les unités mobiles de la police étaient à l'affût de ce genre de choses -des hommes avec des hommes ou des femmes avec des femmes. Et les condamnations étaient sévères. Prison, amende, lapidation ou fouet, ça dépendait de l'endroit où on se trouvait au Nigéria quand on se faisait prendre. Et à tous les coups, ça faisait les gros titres. L'humiliation publique." (p.82)

- Miracle de Tope Follarin : une nouvelle plus légère qui se déroule au Texas (l'auteur y a grandi) sur les prédicateurs, les faiseurs de miracles, la religion vue comme un pilier de la vie. Le tout est de croire pour que le miracle existe. Plus légère, la chute (les trois ultimes mots) est très drôle, mais elle peut donner à réfléchir sur le sens de la croyance et sur l'acceptation de l'autre.

- Jours de baston de Olufemi Terry : on suit un jeune garçon spécialiste des combats à un ou deux bâtons, à un contre un, un contre deux ou deux contre deux. Une nouvelle violente tant par sa description des combats que par le sort des enfants des rues qui, pour se nourrir fouillent les décharges ou volent. La violence est leur quotidien, ils l'érigent en maître étalon du respect qu'ils portent à autrui ou qu'autrui leur porte. Une écriture puissante et forte, efficace. 

- La république de Bombay de Rotimi Babatunde : Sergent de Couleur Bombay revient dans sa ville natale du Nigéria après avoir combattu sur le Front Oublié de Birmanie ; intégré dans l'armée anglaise, il a fait partie des offensives qu'icelle a menés contre les Japonais qui marchaient vers l'Inde, sur le territoire birman, en 1945. Sergent de Couleur Bombay qui tient son nom de sa participation au conflit s'installe dans l'ancienne prison de sa ville et y fonde la République de Bombay dont il sera l'unique Président, citoyen, votant. Une nouvelle réjouissante avec un personnage haut en couleurs qui me fait furieusement penser à un roman que j'ai lu et qui traitait du même sujet, mais dont j'ai oublié le titre. Pas grave, c'est une nouvelle qui, tout en parlant de sujets sérieux, sait être légère et parfois drôle.

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Ça coince ! (25)

Publié le par Yv

Identique, Scott Turow, Lattès, 2014 (traduit par Antoine Chainas).

"Après avoir passé vingt-cinq ans en prison pour le meurtre de son ancienne petite amie, Cass Gianis est enfin libéré. Entre-temps, son jumeau Paul est devenu une brillante personnalité politique. Mais le frère de la victime reste convaincu que tout n'a pas été révélé au grand jour dans cette affaire et charge une ex-enquêtrice du FBI de découvrir enfin la vérité." (4ème de couverture)

Mais qu'est-ce qui m'a pris de prendre ce bouquin ? Le résumé sans doute, l'éditeur et le traducteur dont j'aime bien les romans ? Dès le début, je me suis perdu dans les noms des personnages, les liens entre eux (et pourtant ils sont clairement indiqués en première page, à la manière d'une pièce de théâtre pour les plus importants d'entre eux). Oui, mais non content de créer plein de personnages principaux, l'auteur en ajoute d'autres et à chaque fois les introduit avec des détails sur leur vie. C'est souvent inutile, fastidieux et long, très long. Il rajoute ainsi une foultitude de faits  qui ne concernent pas l'enquête, qui au contraire l'alourdissent et me font perdre le fil. Dès les premières pages, j'ai passé des paragraphes, alors je ne me sentais pas d'en lire presque 400... Allez, je ferme sans regrets. 

 

 

 

 

L'oubli, Frederika Amalia Finkelstein, Gallimard l'Arpenteur, 2014.

Une jeune femme qui n'a pas connu la guerre, bien ancrée dans son époque veut oublier la Shoah, mot qui l'agace et qu'elle entend prononcer souvent dans sa famille. Et pourtant tant de choses la ramènent à cette époque, l'histoire de sa famille d'abord.

Livre découvert grâce au club de lecture de la librairie Lise&moi. Je n'ai rien compris à ce bouquin. Je ne sais absolument pas où l'auteure veut nous emmener, ni ce qu'elle veut démonter. Confusion et incompréhension furent les mots-clefs de mon impression de lecture. Je ne saurais en dire plus parce que je manque d'arguments, ayant abandonné avant la fin ce livre totalement abstrus. Langage moderne, fille dans son époque, je dois être trop vieux...

 

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