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Baudelaire

Publié le par Yv

Baudelaire, Felipe Polleri, Ed. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Christophe Lucquin)....

Un auteur totalement barré raconte son dernier livre consacré à la vie de Baudelaire, voit des corrélations entre leurs deux vies, des points communs qui le troublent, lui qui n'a pas forcément besoin d'être troublé. Une sorte de double biographie, celle du poète et celle du narrateur-écrivain qui se croisent et se mêlent. 

Pas très facile d'entrer dans ce livre sans code, sans connaître un peu la vie de Charles Baudelaire. J'avoue humblement que je ne la connaissais point et que, après une bonne quarantaine de pages, j'ai décidé de faire une recherche et que j'ai trouvé plein d'éléments qui ont aidé à ma compréhension : les multiples déménagements du poète pour fuir les créanciers, le remariage de sa mère avec un militaire suite au décès de son père, la syphilis qu'il a contractée avec une prostituée et qui l'a tué ; j'avais évidemment, quand même, je ne suis pas inculte à ce point, dans un coin de mon esprit l'expression "poète maudit" qui collait parfaitement à Baudelaire, mais je ne savais pas à quel point ni les détails de sa vie de galère. Avant que vous ne lisiez ce roman, je vous conseille donc de collecter quelques éléments de la vie de Baudelaire, qui en plus, miracle de la littérature, pourront vous resservir en société. Ah que c'est beau un livre qui instruit !

Le texte n'est pas simple, les premières pages sont totalement surréalistes -du terme qui a donné le mouvement surréaliste-, on peut se demander parfois si on est pas dans une écriture automatique, dans des exercices de style, un mot en appelant un autre, pour les sonorités, le rythme : j'ai eu l'impression -sur quelques pages- de lire des mots que je comprends tous séparément, mais qui, mis ensemble donnent un sens énigmatique à la phrase. C'est une sensation étrange et loin d'être désagréable que de se laisser porter par les mots, juste pour le plaisir de les lire ; ça me rappelle mes lectures des surréalistes du temps où j'étais étudiant, dont Au château d'Argol de Julien Gracq, ou encore mes lectures de poésies, moi qui ait un peu de mal avec le genre. De là à dire que le texte de Felipe Polleri est poétique, il y a un pas, que je franchis volontiers. "Les proches ont commencé à arriver et à se rassembler autour du cercueil ou du gâteau ou peu importe ce que c'était ; des femmes avec leurs petits et des bougies blanches, des hommes avec des nœuds noirs accrochés au revers de leur veste. Ils lui ont coupé la tête, dit La Voix. Un homme est sorti de la resplendeur de la cuisine et s'est mis à gratter les ongles du petit avec un couteau ; j'imagine qu'il lui en a extrait dix petits violons microscopiques. En outre, je suppose que l'homme était un ange. Le téléphone m'a réveillé."(p.15/16) Il y a aussi, plutôt sur la deuxième partie du livre, une sorte de refrain, de leitmotiv, repris dans toutes les pages les quatre mots suivants : "a-t-il dit", qui mettent en scène l'écrivain dans la narration de son livre sur Baudelaire ; ça peut gêner, ça m'a gêné un peu au début, et puis, ça donne un rythme, ça place le narrateur dans sa position de biographe décalé à la fois dans le réel et dans le fictionnel. 

La couleur verte est très présente, j'avoue ne pas avoir compris pourquoi, mais peu importe : "La dernière fois, a-t-il dit, je me suis perdu et je me suis retrouvé à midi dans la lumière verte. Lumière de parc. Un parc vert d'eau, a-t-il dit. Ce qui était sidérant, a-t-il dit, au-delà du fait que ce soit le printemps, c'était l'herbe qui était couverte de pièges à rats." (p.46) Le noir est là aussi, plus compréhensible parce que couramment associé à la mort ou la maladie.

Un texte de 126 pages qui demande soit de l'attention soit de se laisser porter ou les deux tour à tour, formidablement traduit (par Christophe Lucquin) et mis en pages, dans la livrée désormais connue de l'éditeur, blanche et bleue, sobre et classe. J'avais déjà lu de Felipe Polleri, L'ange gardien de Montevideo, un autre livre pas très évident, mais très original et diablement bon.

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La palette de l'ange

Publié le par Yv

La palette de l'ange, Catherine Bessonart, Ed. de L'aube, 2014..,

Le commissaire Chrétien Bompard à la fin d'une enquête se promène en forêt d'Orléans lorsque qu'il voit un ado qui se balance au bout d'une corde. Il tente de le sauver, mais il est assommé. Puis la vie et le travail reprennent, et le commissaire est confronté à un meurtrier qui utilise d'étranges et magnifiques couteaux. Assisté des lieutenants Grenelle et Machnel, Bompard tente de comprendre ce qui lie les victimes. 

Nouveau flic, deuxième tome des aventures de Chrétien Bompard -Et si Notre-Dame la nuit... a déjà été publié-, ne signifie pas forcément inventivité et originalité. Je n'ai rien de particulier à reprocher à Bompard et son équipe, mais rien ne m'a vraiment enthousiasmé non plus. J'ai lu cette enquête sans vibrer, sans ressentir les affres du suspense ni celles du livre qu'on ne peut pas lâcher. Non au contraire, j'ai même reposé plusieurs fois l'ouvrage pour vaquer à mes occupations d'homme de maison : préparer le repas, enfourner un gâteau, faire une lessive puis l'étendre, passer l'aspirateur, enfin, tout ce qu'on fait lorsqu'on est à la maison, je l'ai repris entre chaque tâche (ou corvée) ménagère  ; je dois même ici faire une confession terrible, lors de ma dernière préhension du roman pour les ultimes pages, j'ai mis quelques secondes à me remettre dedans et anecdote terrible lorsqu'on lit un polar, certains détails qui n'en étaient plus m'étaient totalement sortis de l'esprit si tant est qu'ils y soient entrés, par exemple, un journal intime d'un suspect dont je ne me souvenais plus que le commissaire l'avait trouvé et lu ou encore un nom de suspect totalement oublié. Gênant, n'est-il pas ? Ouh la, avec tout ça j'aurais pu oublier mon gâteau dans le four, mais heureusement, il sonne (le four, pas le gâteau) pour me prévenir de la fin de cuisson.

En fait, il y a dans ce bouquin un truc, je ne saurais dire quoi précisément, qui gêne ma progression. C'est impalpable, totalement subjectif. Peut-être la méthode de Bompard de faire des sortes de brainstorming desquels ressortent des évidences ? De partir de suppositions et d'en faire des faits quasi avérés ? De procéder exactement comme je le fais maintenant, par questions, censées apportées des réponses rapides ? J'ajoute à cela des dialogues parfois inutiles qui n'apportent rien :

"-Oh, pardon, Commissaire, je ne vous avais pas reconnu

- Ça m'arrive à moi aussi parfois, quand je croise mon reflet dans une glace." (p.103)

C. Bessonart n'a pas besoin de faire dans la blague pas drôle, dans la répartie de bas niveau, car dans son écriture, elle place des jeux de mots, des références et des touches humoristiques bienvenues. Globalement d'ailleurs, le texte est de bonne qualité, il se lit agréablement, c'est la raison première qui m'a tenu jusqu'au bout du roman, sans cela je  crois que j'aurais abandonné avant la fin.

Histoire de tempérer un peu ma déception, je me dois de dire que l'auteure a plutôt bonne presse, Et si Notre-Dame la nuit...a reçu le Prix Polar du meilleur roman francophone de Cognac en 2013 et sur Babelio, La palette de l'ange a un très bon accueil, quais unanime ; encore une fois, je fais un peu le mouton noir, mais c'est pas grave, j'ai l'habitude.

 

polars

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Chemins de transhumances

Publié le par Yv

Chemins de transhumances, Histoire des bêtes et bergers du voyage, Anne-Marie Brisebarre, Ed. Delachaux et Niestlé, 2013.....

"Ces dernières décennies, le pastoralisme transhumant a su évoluer tout en conservant des savoir-faire ancestraux. Formés dans des écoles, de jeunes bergers et bergères d'alpages y acquièrent de nouvelles fonctions, celles de producteurs de biodiversité et de "jardiniers du paysage". Un livre sur l'histoire et la vie des bergers du voyage d'hier et d'aujourd'hui." (4ème de couverture) 

Il y a quelques années, en été, en vacances en Ariège, pas très loin de Les Cabanes, nous avons eu l'occasion, histoire de se mettre en jambes et dans l'ambiance, de commencer nos balades par une petite randonnée pédagogique, empruntant les chemins de transhumance et organisée par Philippe Lacube. Extrêmement intéressante et conviviale ce fut un des bons moments de ces vacances. Un peu plus tard, alors juré du Prix littéraire France Télévision, je fis la connaissance d'une bergère des Pyrénées franche et très encline à parler de son métier. Voilà deux rencontres qui expliquent peut-être le choix de ce beau livre sur la transhumance.

"Transhumer" vient de "l'espagnol trashumar, forgé à partir du latin trans, "à travers", et humus, "terre", et signifie "aller au-delà de la terre d'origine, évoquant à la fois le départ de la contrée où vivent habituellement les troupeaux et la traversée d'une région de transition pour en rejoindre une autre, écologiquement différente." (p. 14) Ce terme apparu tardivement dans notre langue désigne cependant une tradition très ancienne. Je ne vais pas vous faire l'historique ni vous raconter par le menu ce qu'est la transhumance, Anne-Marie Brisebarre le fait très bien, le livre est très complet et à la portée de tous, c'est un formidable moyen d'en connaître un peu plus sur la vie des bergers et de ceux qui les entourent, de découvrir ou revoir les lieux qu'ils fréquentent et de voir tous les à-côtés du travail : les colliers pour les ovins ou bovins, les sonnailles (ou cloches) très différentes en fonction de leur rôle, la tonte des moutons, la fabrication des fromages, les fêtes de village, ...

Un très beau livre bourré de photos et d'illustrations diverses qui parle de toutes les transhumances, celles des moutons, des chèvres, des vaches mais aussi celle des chevaux et celle des abeilles, qu'on a beaucoup moins en tête ; il parle aussi du rôle de l'homme et de sa relation aux animaux et n'oublie pas le plus fidèle allié du berger, son chien !

Si le sujet vous plaît, s'il vous attire ou si vous connaissez quelqu'un qui aime la montagne, les animaux et leur mode d'élevage, ce livre est l'objet idéal, exhaustif, instructif et magnifique. Un beau cadeau. Un livre à laisser à portée de main pour le feuilleter.

L'auteure est ethnologue et membre du laboratoire d'Anthropologie du Collège de France, spécialiste des rapports entre les sociétés humaines et leurs animaux domestiques

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Jeux et énigmes pour les grands

Publié le par Yv

Cahier de vacances pour adultes, Chiflet et Cie, 2014

Des exercices, des jeux, des énigmes sur tous les thèmes, français, maths, SVT, anglais, espagnol, allemand, italien ; de la culture générale, de la littérature, du sport, de l'histoire, de la géographie, du code de la route, ... Il y en a pour tous les goûts, pour tous les esprits, les droits, les tordus, les qui-aiment-les-défis, les-qui-aiment-rire, même les-qui-aiment-la-mauvaise-foi. S'il y a longtemps que vous avez quitté l'école, les premiers exercices seront un peu durs, rouillés que vous êtes, et puis, le cerveau se réhabitue (pour peu qu'il ait un jour eu l'habitude) à travailler, à tourner les mots et les chiffres dans tous les sens. Un cahier qui se pose sur une table, en accès libre pour tous, le mieux étant de partager et de faire les jeux à plusieurs. Les solutions sont en fin de volume, parfois... déroutantes, drôles mais toujours vérifiées et vérifiables.

 

 

Enigmes, 200 jeux pour aiguiser votre esprit, Ed. La Martinière, 2014

Vous aimez les énigmes où à partir de quelques phrases d'indices, vous pouvez savoir qui a mangé quoi et à quel prix ? Qui a gagné la course et sur quelle voiture ? Eh bien ce livre est pour vous, rendez-vous compte, 200 énigmes juste pour le plaisir ! C'est le genre de truc qui prend bien la tête mais dont ne peut décrocher, Mademoiselle ma fille m'a même dit, juste avant de prendre le livre et de résoudre une énigme qu'elle n'aimait pas cela, et je la soupçonne même d'avoir l'idée de le reprendre bientôt pour en résoudre une autre. Mais attention, la bataille sera rude, Madame Yv a déjà pris une option sur l'ensemble...

Comme le bouquin précédent, le mieux c'est de le laisser en évidence pour toute personne de passage qui a quelques minutes à tuer et qui veut s'occuper en faisant travailler ses méninges. J'aime bien, ça me rappelle les moments où l'on jouait en famille aux jeux de Ouest-France, les jeux de Rophi, alors on les fait à voix haute dans le salon et qui sait répond, voire même qui ne sait pas dit une bêtise, ça fait rire, et passer de bons moments. Alors marrons-nous, marrez-vous, attention cependant, risque d'addiction pour les deux ouvrages.

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Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse

Publié le par Yv

Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse, Michaël Uras, Christophe Lucquin, 2014.....

Chroniques de l'enfance de Jacques, le narrateur, fils d'un ouvrier sarde et d'une femme de ménage française qui n'aime rien tant que les vacances en Sardaigne dans la famille du père, de la vie dans une HLM du nord de la France, entre un père autoritaire aux vieux principes et une mère aimante et effacée, puis de l'adolescence et la découverte des filles, de l'amour.

"Chronique, comme ces instants dérobés à l'oubli. Un fait, un geste, un mot entendu, prononcé, déformé en somme, pêché dans la tourbe de l'existence. Il me fallait un jour me coller à tout ça. Parce que ça "colle". Et même quand on ne veut plus y penser, ces souvenirs sont cramponnés à nous comme des alpinistes à une falaise. Seuls." (p.8) Chroniques tour à tour mélancoliques, nostalgiques, drôles, légères ou moins et même parfois tout cela en même temps. Je ne sais pas si nous sommes de la même génération avec M. Uras, mais j'ai revécu pas mal de choses : la vie en HLM, le père qui choisit le programme de l'unique télé et qui, au bout de trente minutes s'endort et si l'on veut changer de chaîne, il se réveille et râle --"Une fois de plus, il dormait avant vingt et une heures. Il était un grand spécialiste des débuts de films, le roi de la situation initiale." (p.29)-, la chambre partagée avec deux frères, les départs en vacances (même si pour nous ce n'était pas la Sardaigne), la peur du retard sans doute héritée de mon père qui prévoyait toujours large plus une éventuelle roue crevée sur la route, plus les arrêts, plus les ralentissements, plus... "J'ai malheureusement hérité de cette peur du retard, elle m'obsède quand bien même je ne pars pas en vacances. Peur quotidienne qui me fait penser qu'au soir de ma mort, j'aurai passé une bonne partie de mon existence à attendre qu'une porte s'ouvre, qu'un train entre en gare, qu'un avion se pose, que ma femme raccroche enfin le téléphone afin que nous puissions aller au cinéma." (p.19) J'aurais presque pu me revoir, emprunté, adolescent (pléonasme ?), ne me sentant pas à ma place, pas très à l'aise avec les filles, ... Donc autant vous dire que je me suis régalé avec cette lecture entre tendresse, nostalgie et humour délicat ou parfois un peu plus vache. J'ai compati et rigolé à la description de la journée d'intégration au collège lorsque Jacques est assis à côté de Volcan, "fiché, connu, pour sa générosité urinaire" (p. 26) ou lorsqu'il décrit la professeure d'allemand : "Malgré nos lourds antécédents historiques, je me résolus à écouter la charmante mademoiselle Ludwig dispenser son savoir. Je m'étonnai de la voix fluette, digne des téléphones roses les plus coquins, s'évacuant de ce corps dessiné pour le football américain. Elle était l'incarnation de ce que les littérateurs et autres techniciens de la langue appellent oxymore, l'alliance de contraires." (p. 24/25)

Je cite, je cite des extraits à tire larigot il va falloir que je me calme, je suis tellement enthousiaste que je pourrais en citer encore plein, comme ceux qui concernent les visites de Mélanie la femme de Jacques chez le gynécologue, ou comment il se voit changer de statut dans les yeux de Mélanie lorsqu'elle est enceinte, "futur père irréprochable" (p.153), ou l'enfance de son père, la rencontre de ses parents, ...

J'avais beaucoup aimé Chercher Proust (qui est sorti en poche), je retrouve dans ces chroniques tout ce qui m'y a plu. L'écriture de Michaël Uras est travaillée, très belle, un vrai plaisir de lire ses phrases, ses mots qui s'enchaînent dans un ton globalement positif contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre et même s'il n'y est question que de souvenirs, de nostalgie ou de mélancolie, l'ambiance est enlevée, pas légère, Michaël Uras traite joyeusement de sujets pas toujours gais et prend le temps de s'arrêter plus gravement sur ce que lèguent les pères à leurs fils : "La possibilité de n'être pas son père existe-t-elle vraiment pour un fils ?" (p.218) En fait, je crois que j'aime beaucoup l'écriture de l'auteur parce que c'est celle que j'aurais aimé avoir si j'avais eu le talent d'écrire des romans ; aucun regret, juste un constat, c'est pareil pour des films qu'on aime parce que c'est comme ça qu'on aimerait filmer sa vie ou ses envies...

J'ai même appris une règle d'orthographe dans ce roman, moi prompt à dénoncer la faute, la coquille, et qui, malgré des relectures en laisse dans mes articles, j'ai bien failli en noter une doublement commise : "tous les samedis matin à la bibliothèque..." (p.11/12), "Tous ses mercredis après-midi étaient consacrés à ses créations..." (p.66) ; Mais que nenni, ce que je pensais être une faute est en fait une règle de français, on doit lire "tous les samedis "au" matin" et "tous ses mercredis "dans" l'après-midi", donc point de "s" final à matin et après-midi ; merci à Edith Noublanche, la correctrice de l'éditeur.

Pour finir, n'hésitez pas, je vous parle souvent de l'excellence des publications de Christophe Lucquin qui ne m'a jamais déçu, et pourtant, je commence à bien connaître son catalogue, si vous aimez la littérature, la vraie, Michaël Uras est fait pour vous !

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Une lame si douce

Publié le par Yv

Une lame si douce, Jochen Jung, Métailié, 2014 (traduit par Françoise Toraille)..,

Ute, à la veille de ses cinquante ans, accompagne sa fille Ruth à l'hôpital où elle doit faire une mammographie suite à la découverte d'une grosseur. Comme souvent les deux femmes se disputent et Ute décide d'attendre Ruth dans la voiture. C'est alors qu'un homme s'approche de la voiture et en voulant lui parler, Ute se coince la main dans la portière. L'homme l'accompagne aux urgences se faire soigner. Ute n'est pas insensible à cet inconnu et l'invite le lendemain à sa soirée d'anniversaire à laquelle sont aussi invités Peter l'homme qui partage sa vie en ce moment et Ruth sa fille. 

Voilà un court roman qui me laisse dubitatif. Le fait de parler d'une femme de cinquante ans qui vit librement son célibat (Peter est son amant du moment, mais ils ne vivent pas ensemble) et sa vie sexuelle est plutôt original, elles ne sont pas légion en littérature ou cinéma contrairement aux femmes plus jeunes. Souvent, il faut bien le dire, c'est l'homme qui se pose des questions à cet âge-là dans les romans où les films. De ce point de vue, le roman est réussi et le choix de la narratrice bon. L'histoire est crédible, réaliste, chacun de nous pourrait croiser l'un des personnages ou tous au coin de la rue sans vraiment y faire attention. Ute, Ruth ou les hommes qui les accompagnent le temps de ces 117 pages pourraient même être des personnes de notre entourage, des voisin(e)s, des ami(e)s, des connaissances, ... Ce roman pourrait se sous-titrer "Quarante-huit heures de la vie d'une femme". Pendant ce laps de temps, Ute va se poser un tas de questions, sur sa relation avec sa fille, sur son attachement à Peter, sur sa relation naissante avec cet inconnu : lequel des deux choisir ? Et d'ailleurs est-il obligatoire de choisir ? La solution, si tant est qu'il y en ait une viendra sans doute lors de ce dîner d'anniversaire, lorsque tous dégustent des huîtres et boivent beaucoup. 

Ce qui me laisse hésitant, dubitatif (le mot de ralliement des éjaculateurs précoces précisait Pierre Desproges) comme je disais plus haut, c'est la manière de raconter cette histoire. Les phrases sont longues, parfois tortueuses, "à rallonge" qui ralentissent le rythme déjà pas trépidant (mais le genre ne supporterait pas non plus une histoire à deux cents à l'heure) et gâchent un peu le plaisir. Malgré sa petite taille, le roman souffre de répétitions, de redondances, mais peut-être est-ce pour mieux coller aux interrogations de Ute qui reviennent sans cesse, qui ne la quittent pas de ces deux journées ? 

Néanmoins, on sent que l'auteur a de la tendresse pour cette femme et pour ceux qui l'entourent. Pour Ruth qui vit ces jours avec l'angoisse d'une mauvaise nouvelle suite à sa mammographie. Pour Peter qui sent bien que Ute qu'il aime peut lui échapper. Pour l'inconnu (qui en fait se prénomme Achim), veuf depuis peu. J'avoue avoir eu un peu de mal à m'attacher à eux, à compatir, je n'ai pas passé un mauvais moment, non, loin de là, mais ce roman ne restera pas comme l'un de ceux qui m'ont marqué. Il débute ainsi :

""Mais l'amour, qu'en sais-tu vraiment ?" avait rétorqué sa fille, voix haut perchée se brisant par instants, faisant de ses doigts agiles passer par deux fois l'élastique autour de sa queue de cheval blonde. Juste après, debout dans la clarté, près de la fenêtre de la cuisine, elle avait repris sa tasse, l'air absent, renversant quelques gouttes de café récupérées par la soucoupe qu’elle tenait en équilibre sur sa main gauche." (p.11)

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Là où la lumière se pose

Publié le par Yv

Là où la lumière se pose, Véronique Biefnot, Héloïse d'Ormesson, 2014.....

Après son périple en Bolivie et ses expériences de transes chamaniques, Naëlle va bien. Elle vit paisiblement à Bruxelles avec Simon qui tente de retrouver la complicité qu'il avait avec Lucas son fils parti étudier en Angleterre. Naëlle est cependant toujours hantée par les images qu'elle a vues lors de ses transes, notamment celle d'une grotte, raison pour laquelle elle se met à explorer toutes celles qui sont dans son environnement assez proche. Lors d'une descente spéléologique rien ne se passe comme prévu, Simon souffrant de claustrophobie. A la suite de cette mésaventure, Naëlle décide de retrouver sa sœur qui a vécu les mêmes horreurs qu'elle dans l'enfance et dont elle a été séparée depuis l'âge de huit ans. 

Chose promise, chose accomplie, j'ai lu la suite de Les murmures de la terre et j'en parle. A la fois très différent et très proche, ce dernier tome des aventures de Naëlle se lit avec le même entrain, la même joie et la même envie de continuer un peu avec les personnages. On quitte la Bolivie pour revenir en Belgique, on quitte les transes chamaniques (quoique...) pour se retrouver dans des délires sectaires, mais on reste avec les personnages, leur fêlures, leurs difficultés, leurs amours, ...  

Cet opus commence avec une Naëlle plus apaisée, plus calme, mais malgré cela aucun temps mort : autour de l'intrigue principale se greffent des péripéties diverses plus ou moins liées qui donnent un rythme rapide et plaisant tant au lecteur qu'aux divers participants, tel Simon : "Depuis qu'il connaissait Naëlle, ses convictions avaient volé en éclats. Un monde infiniment plus subtil avait remplacé l'univers prévisible où il évoluait jusque là. Le confort matériel auquel il s'était attaché pour combler les manques vertigineux de son existence n'avait plus, aujourd'hui, la même importance. Cette femme à nulle autre pareille avait bouleversé sa vie." (p.116) Il faut bien que je dise aussi, point sur lequel je n'ai sans doute pas assez insisté dans mon article sur le tome précédent que ce thriller est aussi un roman d'amour, un "thriller amoureux" comme il est écrit en quatrième de couverture, c'est même la clef de voûte de la trilogie, l'amour que Simon et Naëlle se portent et qui les fera surmonter des épreuves assez incroyables et très déstabilisantes. Je retrouve dans les romans de Véronique Biefnot la joie de vivre, le bonheur que l'on peut trouver dans les livres de Francis Dannemark, certes moins franchement, plus diffus mais toujours là en fond ; ce n'est pas une coïncidence lorsque l'on sait que Simon et Naëlle se retrouveront brièvement au château d'Emiliana di Castelcampo, la comtesse excentrique et terriblement attachante du roman de F. Dannemark, Aux Anges (et que Simon et Naëlle ont également fait un bref passage dans ledit roman Aux Anges). Le roman est plein de ces relations que nous entretenons quotidiennement, plein de ces questionnements. Certes, il y a aussi l'intrigue qui file sur les trois livres, le personnage de Naëlle qui n'est pas banal et qui, après un début calme se retrouve assez vite dans des situations plus mouvementées, toujours en proie à ses interrogations à ses peurs et ses démons, à ses diverses personnalités. 

Le tout est diablement bien mené, l'écriture est toujours aussi limpide, fluide, les chapitres courts et alternant les points de vue ne négligeant personne, car même si Naëlle est le rôle principal, les seconds rôles ont de belles places dans ce livre, certains un peu moins que dans le précédent, comme Céline et Grégoire, les amis de Simon, d'autres plus comme Lucas, le fils de Simon ou Nicolas, l'étrange et grand chat de Naëlle (quand je vois la pauvre Dédenne qui dort paisiblement sur le fauteuil et que je lis les exploits de Nicolas, je suis rêveur... et jaloux).

Bref, une série qui se clôt en beauté, le meilleur conseil que je puisse vous donner, c'est de la commencer dès le premier épisode (même si chacun peut se lire indépendamment), Comme des larmes sous la pluie (existe en poche).

 

polars

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Les murmures de la terre

Publié le par Yv

Les murmures de la terre, Véronique Biefnot, Livre de poche, 2014 (Héloïse d'Ormesson, 2012)....,

Naëlle est une belle jeune femme hantée par des cauchemars, amnésique sur les douze premières années de sa vie, assez mal en point psychologiquement. Son compagnon, le célèbre écrivain Simon Bersic lui propose de faire un trekking méditatif en Bolivie pour tenter de faire la paix avec elle-même. Peu enthousiaste, elle part tout de même, aligne les kilomètres avec un groupe dont elle s'isole petit à petit. A la fin du séjour, Naëlle disparaît ; craignant le pire Simon s'envole pour la Bolivie pour la retrouver. 

Ce roman est le deuxième d'une trilogie qui commence avec Comme des larmes sous la pluie -que je n'ai pas lu- et qui finit avec Là où la lumière se pose -dont je parlerai très bientôt, puisque je viens d'en entamer la lecture. Une trilogie qu'on peut suivre de bout en bout, ou bien prendre en cours comme moi ou n'en lire qu'un seul sur les trois, chaque opus étant relié et indépendant. Vendu en quatrième de couverture comme un "thriller amoureux", je me demandais bien dans quoi je m'étais embarqué -je dois dire que la dédicace enthousiaste de l'auteure et la joie (dans le tome suivant) de retrouver brièvement les personnages du dernier roman de Francis Dannemark, Aux Anges (j'en parlerai plus dans mon prochain billet) ont été les deux gouttes d'eau qui ont mis le feu aux poudres (???) et je me suis donc lancé. Et bien m'en a pris, parce que j'ai beaucoup aimé, ne me suis pas ennuyé une seule fois au cours des 499 pages, et ai même, à peine posé le livre, pris le suivant pour rester encore un peu de temps avec Naëlle et Simon. 

C'est tout le cheminement de Naëlle qui est intéressant, ses rencontres avec les guérisseurs locaux et les chamans ; Véronique Biefnot s'est sûrement beaucoup documenté parce que certaines pages sont très détaillées sur la manière de guérir avec les plantes, sur le moyen de parvenir à des transes en ingurgitant tel ou tel mélange. On est avec Naëlle en pleine nature avec des Boliviens qui y ont toujours vécu et qui veulent transmettre leurs connaissances à leurs descendants au grand dam des multinationales qui déboisent et voudraient profiter de ces connaissances pour faire un maximum de profit : "Ici, la transmission du savoir se fait oralement, les Indiens n'ont donc aucun moyen de prouver la paternité de leurs formules. Combien de plantes, de graines, de lianes n'ont-elles pas été ainsi pillées au patrimoine de ces pays et exploitées par des firmes étrangères ?" (p. 442/443). Les paysans du coin que décrit l'auteure ont une approche de la vie très différente de la nôtre, consumériste, ils pratiquent l'échange ou le service sans demande de retour, une simplicité que nous avons un peu oubliée : "Nous, dans les villages, nous ne fonctionnons pas comme vous dans les villes : ce n'est pas l'argent qui nous intéresse... Si je soigne quelqu'un, si je lui rends service, alors il sait qu'il me doit quelque chose... Sa conscience lui parle et il m'offre quelque chose d'autre en retour pour me remercier, c'est ainsi que nous fonctionnons, nous les Indiens. Les Blancs poussent les villageois à la monoculture, à l'utilisation d'engrais, ils les incitent à brûler la forêt inutilement. Avec cette logique de la terre brûlée, le peuple perd son âme et tue sa terre." (p.446/447) C'est toute une culture et dans le monde entier de nombreuses traditions, de nombreuses cultures qui disparaissent au profit d'une uniformisation voulue par l'argent et le profit. L'auteure ne fait pas un manifeste pour sauver les Indiens de Bolivie, leurs croyances, leur savoir-faire, mais ce sont les pages qui ont le plus résonné en moi. Tous les passages relatifs à la vie locale, aux coutumes, aux esprits, au chamanisme et à l'histoire de la Bolivie sont instructifs et passionnants. En plus, Véronique Biefnot avance par petites touches dans le personnage de Naëlle, nous faisant découvrir petit à petit ses souffrances du passé, la complexité de sa personnalité, c'est ça qui est le fil rouge du roman, ce qui en donne le sel et qui provoque l'attrait et l'envie de savoir. Les séances de transes sont bien écrites, on avance avec avidité ; ce que vit Naëlle est écrit en italique et ce sont des scènes convaincantes qui font avancer dans son personnage. La mise en page sert aussi à plusieurs reprises le contenu du texte, faisant une forme d'oiseau lorsque Naëlle voit dans un condor un messager personnel et particulier.

Ce qui donne le rythme aussi, c'est la construction du bouquin : de courts chapitres alternant les points de vue : Naëlle, Simon, Lucas le fils de Simon, Grégoire ou Céline un couple ami de Simon dont on peut se demander parfois ce qu'ils font là, mais j'imagine qu'ils étaient plus impliqués dans le premier tome de la série et qu'ils le seront plus dans le troisième et que dès lors, Véronique Biefnot ne voulait pas perdre le fil avec eux. Une écriture simple, rapide, efficace, sans effet de style, mais très agréable, fluide et limpide.

 J'ai une foultitude de compliments à faire à ce roman qui vraiment m'a tenu de bout en bout grâce aux situations, grâce à toutes les informations sur le pays et le chamanisme et grâce aux personnages vraiment bien travaillés, j'aurais pu en rajouter des caisses et des caisses, mais je préfère vous laisser découvrir, quant à moi, je retourne avec Naëlle et le reste de l'équipe pour le troisième tome de cette trilogie. J’espère qu'il sera de même niveau, la barre est assez haute !

Véronique Biefnot est une auteure belge qui signe avec cette trilogie ses premiers romans, très prometteurs.

 

polars

 

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Salon de beauté

Publié le par Yv

Salon de beauté, Mario Bellatin, Ed. Christophe Lucquin, 2014 (traduit par Christophe Lucquin).....

Un travesti qui a créé un salon de beauté qui marche très bien, le transforme quelques années plus tard en un mouroir pour personnes atteintes d'un mal étrange et incurable. A la demande de leurs familles, de leurs proches, à  leur demande propre, les malades viennent finir leurs jours ici. 

Salon de beauté est initialement paru chez Stock en 2000 et a été finaliste du Prix Médicis étranger, Christophe Lucquin le présente dans une version révisée par l'auteur et dans une nouvelle traduction faite par les soins de l'éditeur. C'est un beau travail, un beau texte, littérairement irréprochable -tant le texte originel j'imagine car je ne parle pas espagnol que la traduction, mais il me semble impossible de faire d'un mauvais texte une traduction excellente littérairement parlant-, court (75 pages) et intense. Ce qui est curieux c'est que l'on sort de ce texte avec l'idée qu'il était plus long, Mario Bellatin aborde pas mal de points, comme la création du salon de beauté, sa décoration avec de grands aquariums et les débuts et la progression du narrateur dans l'art d'élever des poissons (ces passages me rappellent une nouvelle tirée du recueil Les furies de Boras, d'Anders Fager, publié chez Mirobole, qui s'intitule Trois semaines de bonheur) et bien sûr l'arrivée des malades, les soins qu'il leur apporte, la malveillance et la peur des voisins, le désir de "récupération" de son activité par les institutions religieuses (à propos de ce dernier point, une phrase a résonné en moi immédiatement, la troisième de l'extrait suivant : "Pas comme les sœurs de la Charité qui dès qu'elles ont appris notre existence ont voulu nous aider dans nos tâches et prier pour nous. Ici personne n'accomplit aucun sacerdoce. Le travail qu'on y fait obéit à un sens plus humain, plus pratique et réel." (p. 60/61) J'aime beaucoup et adhère à cette dernière phrase qui place l'humain au-dessus de la religion et précise que les valeurs religieuses sont d'abord et avant tout des valeurs humaines que les églises ont voulu préempter.

La maladie n'est jamais nommée, on peut raisonnablement penser qu'il s'agit du sida qui fait toujours des ravages, dès lors, on se doute que le texte ne sera pas léger au contraire de ce que pourrait laisser penser le titre du livre qui, effectivement évoque une certaine superficialité, un certain culte du corps et de la beauté, alors que le narrateur et le lecteur se confrontent directement à la mort et au dépérissement des corps, la réalité la plus tangible qui soit ! 

Rien n'est en trop dans ce roman, les passages sur les aquariums et les poissons qu'on pourrait juger plus légers parlent également de la mort, des corps sans vie dont il faut bien se débarrasser, le parallèle est saisissant. On peut parfois reprocher à des textes courts de l'être un peu trop, mais ce n'est pas le cas ici, car Mario Bellatin va à l'essentiel, et comme je le disais plus haut on a l'impression d'avoir lu un roman plus gros ; de fait, la densité d'un roman n'est pas forcément directement liée au nombre de pages. J'aurais pu citer moult extraits, mais je me suis vite aperçu que j'aurais voulu citer le texte dans son intégralité, je vais donc plus modestement, vous laisser avec les premières phrases qui sont aussi reproduites en quatrième de couverture :

"Il y a quelques années, mon intérêt pour les aquariums me conduisit à décorer mon salon de beauté avec des poissons de différentes couleurs. Maintenant que le salon est converti en un mouroir où vont terminer leurs jours ceux qui n'ont aucun autre endroit pour le faire, il m'est très difficile de constater que les poissons ont peu à peu disparu." (p.7)

Que le thème général ne vous refroidisse pas, ce roman est d'une beauté rare.

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