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Harmonicas et chiens fous

Publié le par Yv

Harmonicas et chiens fous, Marc Villard, Éd. Cohen&Cohen, 2015....

"En France et en Belgique, des hommes et des femmes marqués par le rock, survivent, unis par la rébellion. Marc Villard confronte ces ex-fans des sixties à la violence du quotidien dans des nouvelles noires, tendues, percutantes. Ces dix histoires courtes peuvent aussi être considérées comme des singles de deux minutes balancés pas des guitares saturées" (4ème de couverture)

Marc Villard est un orfèvre en matière de nouvelles. Il excelle aussi dans le domaine du roman noir, du polar. Il réunit ses deux dons -et je ne le limite pas seulement à ces deux-là, mais ici, ce sont ceux qui m'intéressent- dans ce recueil de dix histoires. Il met en scène des gens simples, des amateurs de rock, de blues. Il raconte une tranche de leur vie où tout peut arriver, le meilleur comme le pire, un rien peut faire basculer une vie du mauvais côté du fil du rasoir. Certaines histoires sont noires, sans espoir, d'autres en laissent un, même si on sait que les gens dont parle Marc Villard sont en rupture de la société et qu'il leur sera difficile de vivre dans la marge, parce que la société rejette ce qu'elle appelle les marginaux. Ils sont boxeurs, chanteurs, zonards ou en activité professionnelle, dans des soucis familiaux, des peines de cœur, des moments charnières de leur vie où le choix que chacun fait habituellement leur est confisqué pour cause d'événement, d'accident ou d'incident qui décideront pour eux.

Leur vie se confronte parfois en une seule phrase au monde des autres : "Installés à une table du restaurant d'en face, un couple endimanché observe Brigitte se débattre dans l'ambulance et convient, pour finir, qu'ils regarderont en soirée La Ferme Célébrités."(p.53), et là, on s'identifie tout de suite à Brigitte plutôt qu'aux amateurs de débilités télévisuelles. Avec une économie de mots, Marc Villard va à l'essentiel, mais on cerne assez vite ses personnages dans leurs difficultés et leurs complexités. Ils sont amers, blasés, mélancoliques, non dénués d'humour -noir, évidemment- : "Elle sait plein de choses, Brigitte. Par exemple que les hommes quand ils vont mourir ont peur comme des petits enfants, que les psychanalystes se masturbent très rapidement, que la CIA a assassiné Stevie Ray Vaughan et Michael Jackson, qu'il faut toujours dire du mal des Américains, eux ils savent pourquoi." (p.52)

Même si j'ai cité deux passages d'une même nouvelle, je ne peux en départager aucune, elles sont toutes très bien. Parfois dites "à chute", parfois non, elles montrent l'étendue du talent de Marc Villard dans ce domaine. Si vous n'aimez pas les nouvelles mais que vous voulez appréhender le genre avec un écrivain reconnu qui saura vous les faire apprécier, n'hésitez pas.

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Hôtel international

Publié le par Yv

Hôtel international, Rachel Vanier, Intervalles, 2015...

Le père de Madeleine, dépressif depuis de très nombreuses années -il est quasiment né dépressif- se suicide. Totalement désemparée, perdue, la jeune femme quitte Paris, ses amis, sa famille pour Phnom-Penh, la capitale du Cambodge. Là-bas, elle se lie avec des expatriés, des Français, des Allemands. C'est alors le refuge dans les soirées alcoolisées, les rencontres brèves et sans but précis. Madeleine, toujours soutenue par des mails de ses amis restés en France, et par les gens qu'elle rencontre au Cambodge, Arthur en particulier, créateur de mode qui lui propose de travailler pour lui, tente de surmonter la mort de son père.

Il existe sans doute deux lectures de ce roman. D'abord, l'indulgente, celle qui le prend comme une chronique sur la vie des expatriés qui ne se mêlent pas aux autochtones, qui ne vivent qu'au rythme des mojitos ou vodka-pomme qu'ils ingurgitent et qui, finalement, en rentrant dans leurs pays se souviendront des bars, du climat, des touristes qui viennent pour les très jeunes prostituées, mais absolument pas d'avoir rencontré de vrais Cambodgiens. Cet angle de vue permet de se satisfaire d'une légèreté, d'un survol des thèmes abordés. Ensuite, il y a l'autre lecture, celle qui revenait régulièrement hanter mon esprit tout au long de ma lecture, sans doute plus exigeante qui cherche du fond à la fuite de Madeleine : on voit les mêmes personnages évoluer dans un monde qui est le leur, totalement étranger aux gens qui les entourent. Une espèce de jeunesse dorée qui vit bien et n'a absolument rien à faire des gens qui composent ce pays. S'intéresser à leurs conditions de vie, ou les respecter est bien loin de leurs préoccupations, ils ne les voient que comme des chauffeurs de tuk-tuk, des mendiants, des parasites. Pris dans ce sens, c'est un roman très fille-parisienne qui se retrouve dans la jungle, totalement inadaptée, qui ne pense qu'à picoler, baiser -avec des expatriés-, encore picoler et surtout... picoler. Je n'ai rien contre sur le principe, je trouve même qu'une jeune femme qui écrit cela, c'est assez réjouissant, ça change l'angle de vue de ce genre de récits souvent écrits par des mecs. Mais dans le même temps, je me dis, à quoi bon ? Quel est l'intérêt d'aller si loin si ce n'est pour changer de regard, de manière de vivre ? Et puis à quoi aura servi ce voyage puisque quelques mois plus tard, Madeleine sera de nouveau en France, dans le même milieu un rien frivole et en proie aux mêmes questions existentielles sur la manière de s'habiller pour revoir son ex... ?

J'avoue que je suis frustré, Rachel Vanier survole les sujets importants du Cambodge : les effets des la dictature, la pauvreté, la prostitution de mineures, le travail pénible faiblement payé, à peine a-t-on la remarque d'un jeune Cambodgien qui travaille dans une usine textile qui répond à la remarque de Rachel : "Ah, ça doit être dur. (...) Oui, parfois ils me prennent toute mon énergie, mon esprit, mon âme." (p.168). Elle survole même la question de son roman : comment se remettre de la mort d'un proche si tant est que cela soit possible, ou comment vivre sans le disparu ? Ce qui me gêne, c'est que je ne sais pas si j'ai à faire à un roman léger sur la vie difficile d'une jeune femme aisée, écrit par une femme pour les femmes, qui de temps en temps glisserait des phrases sérieuses pour donner du corps au récit ou si je lis un roman plus sérieux qui veut aborder des thèmes forts et importants en y glissant des morceaux de délire alcoolisés et d'humour. Je crains que l'auteure n'ait pas su elle-même se départager ; son livre, hybride, me déçoit pour ces raisons .

Mais, ce qui sauve ce roman et qui fait que je suis allé jusqu'à sa dernière ligne, c'est l'écriture de Rachel Vanier, vive, moderne, précise, minutieuse, franche et directe lorsqu'il le faut, comme lorsqu'elle parle d'un certain cinéma étasunien : "Un mec, un peu nul, met en place des plans machiavéliques pour se vider les couilles, sur les précieux conseils de ses meilleurs amis les gros blaireaux. Il passe par un chemin semé d’embûches -comme éjaculer dans son pantalon, se faire surprendre par les voisins en train de se masturber dans la cuisine, ou avoir une méga-chiasse pendant un rendez-vous galant. Mais à la fin il finit toujours par obtenir ce qu'il veut : baiser la bonnasse avec de gros seins." (p.204) Je vous rassure, il y des pages moins vulgaires -mais je dois reconnaître que je partage l'avis de Madeleine et que traiter un cinéma vulgaire avec des mots vulgaires, ça fait du bien. Lorsque Madeleine parle de la relation avec son père, tout dépressif qu'il soit, cette complicité qu'ils ont, on comprend que le manque sera terrible, un trou qui ne se remplira jamais.

Pour conclure, un ressenti très mitigé pour moi, j'aurais aimé plus de profondeur dans les situations, les personnages, le contexte, plutôt que ce mélange raté de livre profond et de roman très léger, pour ne pas dire inutile. Rachel Vanier montre néanmoins un talent évident pour l'écriture que je retrouverai avec plaisir dans des romans plus construits, plus profonds.

D'autres avis, moins durs chez Fattorius, et sur Babelio.

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Les temps sauvages

Publié le par Yv

Les temps sauvages, Ian Manook, Albin Michel, 2015.....

Lorsque le corps d'un cavalier sur son cheval est retrouvé en pleine steppe mongole recouvert d'un femelle yack éventrée, le tout complètement gelé par les températures particulièrement glaciales de l'hiver, c'est Oyun, la policière coéquipière de Yeruldelgger qui se charge de faire les constatations. Lui est appelé à un autre endroit tout aussi froid parce que le corps d'un homme a été vu coincé dans la montagne. Yeruldelgger s'apprête à organiser l'équipe qui viendra chercher le corps, lorsqu'il est interpellé par la police des polices. On le soupçonne du meurtre de Colette, une prostituée qu'il connaît. Ramené sans ménagement à Oulan Bator, il décide d'enquêter sur ce meurtre, laissant son équipe se débrouiller des corps retrouvés gelés dans la steppe. Il ne sait pas encore que cette histoire le mènera loin, très loin et qu'il devra faire appel à ses instincts les plus bas pour tenter de la résoudre.

Pour le premier tome, sobrement intitulé Yeruldelgger, j'avais écrit en gros caractères un message du genre : "Lâchez vos livres et prenez immédiatement la direction de la Mongolie !" Pour le second tome, je vais tenter plus original : "Lâchez vos livres et prenez immédiatement la direction de la Mongolie !". Deuxième tome tout aussi bon que le premier, très différent et finalement assez ressemblant. Je m'explique. Ressemblant, parce qu'on est dans les mêmes lieux : Oulan Bator la Mongolie moderne, terriblement polluée, ville dans laquelle respirer est synonyme de s'empoisonner et les grands espaces blancs pour cause d'hiver dans lesquels vivent les nomades selon les rites des anciens mais avec des moyens modernes (portables, téléviseurs, Internet, ...). Ressemblant également parce que les personnages reviennent : Yeruldelgger bien sûr avec son sale caractère, son côté blasé, désespéré ; Solongo la médecin légiste, sa compagne : Oyun sa coéquipière qui se remet doucement de la violente agression du tome précédent (un an auparavant) ; Batulga le jeune garçon des rues ; Saraa la fille de Yeruldelgger.

Différent parce que pendant une très longue parenthèse, Yeruldelgger laisse la place d'abord à Oyun, puis à Zarzavadjian, un flic français qui enquête du côté du Havre sur des trafics divers et se retrouve mêlé à l'intrigue mongole. Zarza, c'est un peu le Yeruldelgger français, il ne s'embarrasse pas trop des procédures, se joue des autres flics et suit son intuition. Pendant ce long moment, les paysages changent et les coutumes itou. Lorsque Ian Manook fait évoluer les flics mongols, il décrit leurs lieux de vie, les paysages, les us, les spécialités culinaires très différentes des nôtres (mouton, thé salé, mouton, thé au beurre rance, lait de dzum -femelle yack-, lait de jument). La Mongolie est un pays qui m'attire... sauf pour sa cuisine qui m'effraie un peu. Lorsqu'il fait bouger Zarza avec un journaliste normand, on a le droit aux spécialités du coin avec beaucoup de crème, de beurre, de pommes, enfin que des bonnes choses... je me dis que je devrais visiter la Mongolie avec des spécialités normandes...

Très bien vues ces plongées "totales" dans les pays que Ian Manook nous fait visiter. On peut aussi rajouter le contexte géo-politique, historique qui donne du corps à un roman noir déjà bien charpenté. Fort bien documenté et maîtrisé ce livre est instructif et divertissant.

Ce que j'aime aussi, ce sont ses personnages, bien décrits, forts et faibles, humains quoi. Ils font des bêtises qu'ils paient comptant en général, se mettent dans des situations périlleuses desquelles il se sortent péniblement, souvent aidés par des collègues, des hasards ou des loups (très belles pages sur ces animaux, un côté chamane, un peu irrationnel, qui m'a bluffé et emballé). Et puis cette violence omniprésente, c'est un vrai coup dans la figure. Le premier tome l'était déjà, celui-ci encore plus il me semble. Yeruldelgger est colère. Un polar qui déménage, qui semble partir un peu dans tous les sens et qui revient toujours à l'intrigue principale et à ses personnages. Pour contrer cette violence, quelques passages drôles, comme cette parodie mongole des Tontons flingueurs dont je vous livre un très court extrait : "Je vais te montrer qui c'est, Rebroff ! Aux quatre coins de la toundra qu'on va te retrouver, congelé par petits bouts, façon glace pilée. Moi quand on cherche le brassage, je cogne plus : je slap shot, je drop le puck, je pète la rondelle !" (p.294) Bien d'autres passages sont écrits plus légèrement mettant en scène par exemple un gangster intellectuellement limité qui veut faire de la psychologie, on en oublie presque qu'il est en train de tuer un homme.

Je ne sais pas si Yeruldelgger reviendra pour une troisième aventure ou s'il s'arrêtera sur cette seconde épopée. S'il ne tenait qu'à mon désir de lecteur, il reviendrait bien sûr avec une enÔrme envie et un plaisir tout aussi gros. S'il raccrochait là, je serais déçu. Franchement. Avec tous mes compliments, s'il ne revient pas...

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Les nymphes sourient aussi parfois

Publié le par Yv

Les nymphes sourient aussi parfois, Ana Clavel, Christophe Lucquin, 2015 (traduit par Lydia Amokrane)...,

Ada est l'héroïne de ce conte ou de cette fable. Une nymphe qui vit dans un monde mythologique, entourée de faunes, d'archanges, de déesses. Ada s'éveille à la sensualité, à la découverte de son corps et du plaisir qu'elle peut en tirer seule ou avec un partenaire. Chaque expérience la révèle à elle-même et la fait progresser sur la connaissance d'elle-même et des autres.

Roman très perturbant. Non pas que je sois prude et que l'évocation du sexe m'effarouche ou que je souffre d'éreutophobie à la moindre phrase parlant d'onanisme ou de pratiques sexuelles diverses. Non, ce qui est dérangeant, c'est qu'Ada est, au début du roman, une très jeune fille, et qu'elle parle très directement de son rapport de séduction aux hommes. Ça peut mettre mal à l'aise. Bien sûr les enfants ont une sexualité, mais je ne me suis pas senti très bien au début du livre. Un vieux reste sans doute de mon éducation chrétienne dont je ne me suis pas totalement débarrassé. Les thèmes de prédilection d'Ana Clavel sont le corps et le désir, comme j'avais pu le constater avec un roman précédent : Les violettes sont les fleurs du désir. Elle reste donc en plein cœur de ses préoccupations.

Mêmes thèmes, même auteure et même constat pour moi. J'avoue être passé sans doute à côté d'une partie du texte. C'est très beau, on lit de belles pages, les fleurs sont très présentes : les violettes, les orchidées et bien d'autres, le sexe itou. Les odeurs des unes et de l'autre sont également décrites, elles peuvent se rapprocher. Je me suis demandé si j'étais dans un roman ou dans un long poème. Une sorte de fable poétique et érotique. L'écriture est belle, sensuelle, féminine, qui s'attarde sur les sensations d'Ada, ses sentiments, son désir, son souhait de vivre des expériences pour enrichir son corps et son esprit.

Le langage est direct et en même temps très imagé, érotique et pas du tout porno ; Ana Clavel use de mots francs mais les nimbe d'une légère brume pour les rendre plus désirables. J'écrivais un peu plus haut que j'étais sans doute passé à côté de ce conte, mais je dois reconnaître que c'est un texte captivant, envoûtant qui ne m'a pas laissé indifférent -ce qui est une excellente chose quand on parle littérature- et que je n'ai pas pu abandonner avant la fin -ce qui est un bon signe, parce que si le texte ne me plaît pas, je ne me force pas.

A découvrir, ce roman dans sa belle livrée blanche et bleue

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Un homme de peu

Publié le par Yv

Un homme de peu, Elisabeth Alexandrova-Zorina, Éd. L'aube, 2015 (traduit par Christine Mestre)....

Savel Férosse, le bien mal-nommé, habite avec femme et fille dans une petite ville du grand nord russe, proche de la Finlande. Cette ville qui vit grâce à une usine, est gouvernée par un maire, un député et un chef de la police véreux, aux ordres du truand local surnommé La Tombe. Ce La Tombe vit de la prostitution, de la drogue et du racket. Lorsqu'un jour, Savel Férosse voit sa fille aux mains des voyous, prête à monter dans la voiture du député amateur de jeunes femmes, il s'interpose. La Tombe, surpris et railleur le défie en lui mettant une arme en main. Savel le tue. Dès lors, il doit s'enfuir. Sa cavale le mènera dans la décharge, dans la forêt avec les Samis. Un véritable périple pour cet homme de peu.

Une très belle surprise que ce roman russe, écrit par une jeune femme (née en 1984) qui connaît bien la région qu'elle décrit puisqu'elle y a grandi. La péninsule de Kola, au-delà du cercle polaire a été abandonnée après la chute du mur, elle est désormais une région polluée par l'enfouissement de déchets radioactifs.

Qui aime les romans d'aventures avec des personnages fous, décalés, des rebondissements, sans oublier une vision de la Russie actuelle sera ravi. Même si parfois quelques longueurs ou quelques répétitions de figure de style envahissent le texte, l'ensemble se lit avec plaisir et gourmandise.

La critique de la Russie actuelle est inscrite dans ce roman, tant dans la pauvreté voire le dénuement de certains, la difficulté à vivre dans un pays corrompu dans lequel l'argent que détiennent seulement quelques uns fait loi que dans la corruption, la concussion. La peur règne, entretenue par les mafieux, les truands : "On voyait tant de choses chaque jour au poste de police qu'on pouvait en perdre la vue mais seuls les murs avaient des oreilles ; les conversations sur la pègre se tenaient dans des bureaux sales et enfumés et le soir, quand le poste se vidait, la vieille femme de ménage les balayait avec la poussière si bien qu'elle savait tout ce qui se tramait dans la ville. Quant aux policiers, ils oubliaient ce qu'ils entendaient en moins de temps qu'il ne leur fallait pour remplir les procès-verbaux." (p.108)

"Tout est pourri au royaume de Poutine" pourrait-on paraphraser. C'est un peu vrai si on lit ce roman, mais pas tout à fait, car Elisabeth Alexandra-Zorina trouve les mots pour parler de la forêt, des Samis qui y vivent, de la nature, de Férosse qui est un homme simple et bon, naïf et foncièrement honnête. Elle oppose ces deux mondes, celui de la Russie traditionnelle, celle qui fait perdurer l'âme russe et celle qui s'est occidentalisée, qui a laissé le meilleur du progrès aux mains de quelques uns qui en abusent sans partager et qui manipulent les plus petits : "Il disait que les gens croyaient plus à la télé qu'à leurs propres yeux ; le voilà, qu'il disait, le miracle de la technique !" (p.193)

Un roman salué en quatrième de couverture par Bernard Werber "avec un univers d'une originalité typiquement russe." et par Zakhar Prilepine, agitateur politique notoire en Russie et écrivain : "Voici un roman social original et brillant sur la Russie actuelle, écrit dans une prose puissante par une jeune femme pleine de talent."

Avis partagé à 100%, j'ai juste un peu développé pour remplir les lignes du blog. Je le redis en conclusion : très belle surprise que cet excellent roman entre roman social, roman noir et roman d'aventures.

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Môaaa Sarkozy

Publié le par Yv

Môaaa Sarkozy, Wiaz, La Différence, 2015....

D'octobre 2002 à janvier 2015, Wiaz dessine l'actualité du futur, puis du présent puis de l'ex-Président. De sa nomination au poste de Ministre de l'Intérieur à son élection à la tête de l'UMP en passant par sa victoire de 2007 et sa défaite de 2012. 150 illustrations, mordantes, caustiques, drôles, désespérantes, sarcastiques, critiques, ... et je pourrais ajouter plein d'adjectifs en "ique"... Pour rappel en 2002, Jacques Chirac est Président et Jean-Pierre Raffarin Premier Ministre.

Ce livre, ce sont les dessins que Wiaz a publié dans Le Nouvel Observateur pendant cette période. C'est assez drôle de le lire maintenant, parce qu'on voit la caricature de Nicolas Sarkozy tremper dans les affaires, écouter les Le Pen pour leur piquer leurs idées, marcher au pas des États-Unis de George Bush, réintégrer l'OTAN en costume de serveur, filer le parfait amour avec Carla, être à la botte des Chinois et d'Angela Merkel et même de W. Poutine, ... Il est comparé plusieurs fois à Joe Dalton, le "petit homme excité" (dixit un Indien qui lit des signaux de fumée). Ses rapports avec son Premier Ministre sont bien vus : sur un dessin, il écrase F. Fillon en posant innocemment la question : "Quelqu'un a vu Fillon ??" (juin 2007) et ce dernier lui répond quelques pages plus loin ((septembre 2007) : "La rentrée de Sarkozy... AH BON ?? Parce qu'il était parti ??"

Wiaz le dessine en "bonne" -chacun jugera de l'usage de ce terme- compagnie : B. Hortefeux, F. Fillon, L Ferry, Carla, G. Bush, A. Merkel, Kadhafi, D. de Villepin, J. Chirac, .... C'est un humour vache qui fait mal à rebours lorsqu'on voit tout ce qu'on a avalé et subi de la part de cet homme qui veut nous refaire le coup dans deux ans (et là, je suis correct, parce que je voulais écrire un truc plus vulgaire du genre "qui veut nous la remettre profond dans deux ans", mais comme je suis un garçon poli et bien élevé, je ne l'écris pas). Quand je pense que certains veulent son retour, ça me laisse pantois. C'est de l'aveuglement ou bien du masochisme ou bien les deux, une nouvelle maladie -ou perversité- la maso-cécité.

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Lien de sang

Publié le par Yv

Lien de sang, Françoise Samsoën, Ravet-Anceau, 2014...,

Valentin, le bébé d'Isabelle et Philippe Derault a disparu. Il est retrouvé quelque temps plus tard, mutilé, mort sur l'autel d'une église de Dunkerque. La mise en scène fait penser à des satanistes, piste que vont suivre le commissaire Pollaert et son équipe dont l'obtus Nicolas Mercier. Puis, c'est au tour d'Emmanuelle, la fille de Philippe Derault, née d'un premier mariage, âgée de vingt-cinq ans d'être découverte, baignant dans son sang. Pollaert, aidé d'une jeune profileuse, Zélie, dirige son enquête sur la piste d'une vengeance familiale.

Roman assez étrange qui mélange une atmosphère fin 19° /début 20° siècles avec cette famille de riches bourgeois vivant dans une belle maison, servie par des "gens" à son service, pour certains depuis leur plus jeune âge et des flics modernes avec des ordinateurs et une profileuse. On est entre un roman à la Agatha Christie avec ses ambiances sages et surannées et des flics aux méthodes modernes. Tout le long de ma lecture, je n'ai pas me départir d'une sensation de déjà vu ou déjà lu ; je suis sûr d'avoir rencontré le même genre d'histoire au cours de ma longue vie de lecteur, mais ni le nom de l'auteur ni le titre de l'oeuvre ne me reviennent en souvenir. C'est rageant ! Le départ est un peu confus avec plein de personnages, tant dans la famille du bébé retrouvé mort que dans les policiers, qui interviennent : je me perds. Puis, petit à petit, tout rentre dans l'ordre, et l'on est capable de replacer tel ou tel selon son appartenance et ses liens familiaux ou autre. L'enquête est dirigée par le commissaire Pollaert, mais d'autres y mettent leur grain de sel : Zélie la profileuse, Laura la fille du commissaire, Régis ami du commissaire, professeur et passionné des histoires des grandes familles locales. Tout cela donne du dynamisme au récit et y ajoute côté très humain : chaque intervenant est vraiment présent, joue avec les amitiés, les inimitiés. Toutes les pistes sont suivies, les satanistes, l'accident, les demandes de rançon. Les vies de tous les suspects sont disséquées, analysées, et c'est d'ailleurs ainsi que les flics trouveront la solution.

Ecriture classique, propre, sans chichi et sans défaut. Ce roman est bien agréable, l'auteure sachant distiller des indices ça et là, et même lorsqu'on devine le nom du coupable, on se questionne sur les raisons qui l'ont poussé à agir ainsi, les réponses arriveront en toute fin d'ouvrage, assez originales, je dois dire. Quelques maladresses cependant dans les conclusions de fin de chapitres, en plein milieu d'une action : "Elle allait porter le breuvage à ses lèvres quand un cri perçant figea son geste." ou par une phrase censée laisser le suspense en suspens (jolie celle-là) : "S'il avait su lire l'avenir dans les astres, Pierre n'aurait certainement pas été aussi enthousiaste." Et puis, un dénouement rapide, trop rapide (une seule petite page) qui ne répond pas à toutes les questions, une peu comme si l'auteure avait voulu se débarrasser d'une fin qu'elle ne savait pas comment mener. Malgré tout, c'est un bon polar, comme très souvent dans cette maison d'édition.

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Bouche cousue

Publié le par Yv

Bouche cousue, Mazarine Pingeot, Julliard, 2005....

Mazarine Pingeot, fille de François Mitterrand, longtemps cachée aux yeux du public, a trente ans lorsqu'elle écrit ce livre. Elle désire un enfant, et c'est à ce futur enfant qu'elle s'adresse, lui racontant ce qu'est son héritage tant du côté de sa grand-mère discrète que de son grand-père connu, aimé autant que détesté. Mazarine a dû vivre avec les deux côtés de son père : l'homme politique et le papa aimant.

J'ai découvert Mazarine Pingeot assez tardivement avec Les invasions quotidiennes. Oh, bien sûr comme quasiment tous les Français, je la connaissais de nom voire de visage avant même de savoir ce qu'elle avait écrit, avant même de savoir qu'elle écrivait. Les remarques à l'époque de la révélation de son existence par Paris Match, puis celles qui ont suivi l'enterrement de François Mitterrand m'apparurent alors déplacées pour beaucoup d'entre elles voire injurieuses. J'avais -et j'ai toujours- une admiration pour cet homme, son parcours sinueux mais oh combien romanesque. Notre dernier grand Président (en mettant dans la balance les choses faites et les non-faites), depuis, on se trimballe quand même quelques brèles... et les deux derniers sont vraiment au-delà de toute espérance dans le domaine de l'incompétence. Bon, bref, revenons à Mazarine qui écrit à son futur enfant. Passé la gymnastique intellectuelle pour bien intégrer que le "tu" du livre est ce futur bébé, eh bien, je dois dire que j'ai aimé ce récit. Elle raconte son père et non pas l'homme politique qu'il était, d'ailleurs, petite, elle peine à le reconnaître lorsqu'il passe à la télé. Des souvenirs éparpillés, des soirées de jeux, des sorties au restaurant -à l'époque un président pouvait sortir avec une femme autre que la sienne et même une enfant sans qu'on glose sur sa sécurité et sur sa vie privée, je ne suis pas certain que notre époque ait beaucoup évolué, on régresse... Les moments que Mazarine passent avec son père sont les mêmes que ceux de beaucoup d'enfants, on en oublie parfois de qui il est question. Elle raconte son enfance, son adolescence, ses années de vie protégées des médias.

Puis d'un coup c'est le grand changement, des photos sur Paris Match et c'est l'emballement. Puis quelques temps après c'est le décès de François Mitterrand et Mazarine -on peut se passer de citer son nom de famille tellement son prénom est "identifiable"- tentera de relier ce qu'elle sait de son père en tant que tel et ce qu'elle connaît et/ou apprend de François Mitterrand-homme politique-Président de la République. Elle dit aussi tout ce qu'elle aurait aimé réaliser et montrer à son père. Par exemple, il ne connaîtra jamais ses enfants, un des regrets que je peux partager avec elle -mon papa militait au PS et admirait le sien-, mais aussi plein de choses de la vie qui continue sans eux.

J'ai une préférence pour la première partie, celle des souvenirs, la seconde contient plus de questionnements, légitimes certes, mais qui me parlent moins. Écriture accessible, assez légère malgré le thème, c'est un récit à découvrir pour qui ne connaît pas encore l'œuvre de Mazarine Pingeot.

Voir ou revoir pour prolonger, le très bon film de Robert Guédiguian avec Michel Bouquet, Le promeneur du Champ de Mars.

Babelio recense des avis divers

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La divine chanson

Publié le par Yv

La divine chanson, Abdourahman A. Waberi, Zulma, 2015....

Le narrateur est un chat. Un vieux chat roux, prénommé Paris. Il en est à sa septième et ultime vie lorsqu'il devient le compagnon de Sammy Kamau-Williams, un musicien afro-américain, né d'un père footballeur et d'une mère bibliothécaire. Sammy est un enfant précoce, particulièrement sociable qui fera une irruption très remarquée dans le monde de la musique avec le titre suivant : The révolution will not be televised, en 1971. Il a alors 22 ans. Sa vie ensuite ne sera pas une suite tranquille de disques et concerts. On ne peut aux États-Unis contester, protester et revendiquer sans s'attirer des ennuis.

Ce roman est une libre inspiration de la vie de Gil Scott-Heron, un des musiciens noirs les plus importants des ces dernières années. Il a emprunté au jazz au blues, a planté les premières graines du rap et du slam, et pourtant, comme beaucoup, je ne le connaissais pas. Enfin, ça c'est ce que je pensais avant d'ouvrir le livre et de faire des recherches sur Gil Scott-Heron. Et là, je découvre que je connais au moins deux titres : The bottle et Me and the devil. Et ces deux titres sont tellement excellents que je vais continuer à découvrir l'œuvre de cet homme.

Le roman est malicieusement construit. Le narrateur, ce vieux chat roux est un raconteur d'histoire hors pair qui n'oublie pas de raconter ses propres mésaventures, qui ressemblent à celles de beaucoup d'Etats-uniens pauvres. Très attaché à Sammy, il le suit partout : "Un jour, après une course-poursuite mémorable, à bout de souffle, il m'a confié que je suis sa lune. Je lui ai rétorqué qu'il est mon soleil. Nous avons éclaté de rire. Un rire franc et massif, sous les yeux des passants ahuris. (...) Je peux vous garantir que pas une fois je ne l'ai quitté d'une semelle car le soleil n'est rien sans la lune, et la lune rien sans le soleil". (p.31) Parfois, il s'éloigne de son soleil pour raconter ses aïeux : le père Reginald Kamau, Jamaïcain débarqué aux Etats-Unis, qui deviendra joueur de football, sera le premier joueur noir à évoluer en Écosse, puis finira sa carrière sportive au Brésil. Les pages consacrées au Brésil et à l'Afrique qui y a laissé son empreinte surtout dans certaines régions sont sublimes : poétiques, musicales, sensuelles, ... Il parlera aussi un peu de la mère de Sammy et beaucoup de Lily, sa grand-mère, celle qui l'a élevé les douze premières années de sa vie, cette femme née en Afrique et arrivée en Amérique, qui fut de toutes les campagnes menées par les noirs américains pour les droits civiques. Des pages aussi sur l'esclavage, pour bien redire que les noirs n'ont pas demandé à être envoyés en Europe ou en Amérique.

Mais bien sûr le livre s'attarde sur Sammy Kamau-Williams, nous donne envie de (re)découvrir sa musique. Sans faire une biographie complète, détaillée et linéaire, il insiste sur des points importants, des concerts mémorables, des morceaux qui ont marqué l'histoire de la musique, des descentes aux enfers, des passages à vide, de sa voix profonde, et toujours cette lumière qui émane de Gil Scott-Heron et qui illumine le roman. Normal me direz-vous pour un soleil.

Pour écouter Gil Scott-Heron, n'hésitez pas, j'ai mis des liens sur les titres des chansons.

D'autres avis : Babelio, Gangoueus

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