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L'intégrale illustrée

Publié le par Yv

L'intégrale illustrée, Edgar Allan Poe, Éd. Archipoche, Collection La bibliothèque des classiques, 2015.....

Ouvrage qui regroupe les romans : Aventures d'Arthur Gordon Pym, Le journal de Julius Rodman, les contes et nouvelles : Histoires extraordinaires, Contes inédits, Histoires grotesques et sérieuses, le théâtre : Politien, l'essai : Eurêka et la poésie d'Edgar Allan Poe. 780 pages d'un gros et beau volume, traduit par Charles Baudelaire, Emile Hennequin, William Little Hughes, Félis Rabbe, Stéphane Mallarmé, Gabriel Mourey. Illustré par Harry Clarke, Arthur McDormick et Gustave Doré

Autant vous le dire tout de suite, je vous parle ici d'un livre que je n'ai pas encore fini. Mais je sais qu'il est bien puisque Edgar Allan Poe, c'est bien, c'est même encore mieux que bien. Qui ne connaît pas au moins de lui les Histoires extraordinaires : La lettre volée, Le scarabée d'or, m>Double assassinat dans la rue Morgue ? Je les ai lues, adolescent, en même temps que je m'empiffrais de séries Les six compagnons, ou des romans de Jules Verne, et que je commençais tout juste à lire les romans de Victor Hugo, Les Misérables mon premier Hugo. Mais autant, j'ai arrêté la série française avec six copains, autant j'ai continué à lire et relire Jules Verne, Victor Hugo et Edgar Allan Poe.

On ne présente plus Edgar Allan Poe, écrivain américain du 19° siècle (1809/1849), célèbre pour ses contes et ses Histoires extraordinaires, les plus marquantes pour moi furent Double assassinat dans la rue Morgue et Le scarabée d'or . On dit souvent de lui qu'il est le précurseur du roman policier, de la science fiction ou de l'anticipation. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais il est sans doute celui que j'ai lu en premier dans quasiment tous ces genres, et celui qui m'a donné envie de continuer à lire de l'aventure. D'ailleurs les meilleurs ne s'y sont pas trompés puisque Charles Baudelaire le traduisit ainsi que Stéphane Mallarmé pour la poésie.

C'est un livre que je ne vais pas dévorer en entier, je vais piquer dedans, une histoire entre deux autres lectures, je ne vous cacherai pas qu'à peine reçu, je l'ai déjà commencé -et c'est toujours aussi excellent- et qu'il traîne dans un endroit où je peux le reprendre rapidement, à la maison, car ses dimensions m'empêchent de l'emporter en dehors. C'est un ouvrage fait pour rester dans une bibliothèque : belle couverture, tranche supérieure dorée, feuilles fines et écriture dense. Enfin, quand je dis "rester", non, pas exactement, il doit en être sorti pour le montrer, le lire et le faire lire. Vade retro les bouquins qu'on expose sans jamais les ouvrir !

Une belle idée cadeau pour les amateurs de lectures ou l'énigme, le mystère et l'intrigue ont la part belle. En plus, il ne coûte que 32€

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L'intranquille

Publié le par Yv

L'intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, Gérard Garouste (Avec Judith Perrignon), L'iconoclaste, 2009 (Livre de poche, 2011).....

Gérard Garouste est peintre, né en 1946, d'une mère effacée et d'un père marchand de meubles, antisémite, qui hait l'humanité et qui n'a pas hésité a récupérer les biens des juifs pendant la guerre. Sa méthode d'éducation est basée sur la peur. Même pour son fils devenu jeune homme qui a mis du temps à échapper à son emprise. A peine libéré, à vingt-huit ans, Gérard Garouste fait une crise de délire et est hospitalisé. D'autres crises et d'autres internements suivront. Gérard est bi-polaire. La rencontre avec Élisabeth, juive, la naissance de ses garçons, l'amitié indéfectible de quelques hommes rencontrés en pension, la recherche d'une spiritualité, la peinture à travers laquelle il est enfin reconnu, rien n'empêchera ces crises de délire.

C'est Aifelle qui m'a suggéré cette lecture dans un commentaire sur mon article concernant le livre de l'un des amis poches de Gérard Garouste, l'un des fameux pensionnaires, Jean-Michel Ribes, Mille et un morceaux. Merci beaucoup, car c'est une lecture forte, que j'ai alourdie de notes, de phrases ou paragraphes soulignés. Le tout début par exemple : "Quand Isabelle, la dame qui s'occupait de lui, m'a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15 avenue de Bellevue. Il était dans son lit, la tête posée sur les mains, il semblait dormir tranquillement, en accord avec lui-même. Mais il était mort et j'étais soulagé." (p.11) Plus loin, Gérard Garouste parle un peu de ses ascendants et des secrets de famille qui plombent les générations suivantes. Son père, né en 1919 héritier des magasins de meubles Garouste et fils qui profitera de la guerre : "Il n'avait pas pu faire héros. Alors il avait fait salaud. Son éducation de bon catholique l'y préparait. Il appartenait à un monde d'illusions et de certitudes, où les Juifs avaient une sale réputation." (p.25)

Gérard Garouste revient sur son enfance, la peur qu'inspirait son père, sa haine des juifs et sa misanthropie de manière générale. Son sauvetage, il le doit à plusieurs causes : la peinture, l'amour d'Élisabeth qui deviendra sa femme et les livres. Pas n'importe lesquels : La divine comédie de Dante, puis plus tard le Talmud et la Torah. Il apprend l'hébreu, discute avec des rabbins : "Et sans le voir je dérivais doucement vers ce monde juif obscur et malin, dont on m'avait appris à me méfier." (p.75) Beaucoup de pages sur l'antisémitisme de son père et sur son apprentissage de ce que sont les juifs jusqu'à en presque épouser la religion, comme pour contrebalancer la haine du père.

Le livre est aussi une belle réflexion sur la peinture, la création, l'argent qui entoure l'art et sur Picasso qui "a cassé le jouet... Il avait cannibalisé, brisé la peinture, ses modèles, ses paysages, et construit une œuvre unique... Il a rendu classique tout ce qui viendrait après lui. Il est la peinture et son aboutissement. Que faire après lui ? Et Marcel Duchamp qui venait de mourir ? On était en 1968, et nul n'a voulu voir, alors, que la révolution de l'art était terminée, Duchamp en était le point final. Il avait renoncé à la peinture, décrété l'objet comme œuvre et l'artiste celui qui regarde. Il avait joué avec notre mémoire, notre culture, notre rétine et avait poussé si loin le défi, que tout avait été fait et défait." (p.61/62)

Et puis la folie, les crises de délire fortes, la maladie qui effraie son entourage, ses fils particulièrement : "Selon les époques, les mots me concernant ont changé : on m'a dit maniaco-dépressif ou bipolaire... Un siècle plus tôt, on aurait juste dit fou. Je veux bien." (p.88) Les séjours à Sainte-Anne, la camisole chimique, les retours et les rechutes...

Une histoire poignante, sincère et directe, pas de détours, de paraphrases pour expliquer ceci ou cela, le récit est brut, franc, ce qui explique aussi sa relative et bienvenue brièveté (156 pages en poche). Une vie pas commune, pas particulièrement joyeuse, mais pas écrite pour faire pleurer ou pour s'apitoyer, sans doute pour donner quelques explications aux toiles du peintre, car toute sa vie est dans sa peinture ainsi qu'il l'écrit.

Un texte dense et bouleversant des titres et sous-titre jusqu'à la fin, sans doute comme les toiles du peintre que j'avoue ne pas bien connaître, seulement par mes recherches sur Internet.

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Comment va la douleur ?

Publié le par Yv

Comment va la douleur ?, Pascal Garnier, Zulma,2006 (réédition 2015).....

Simon, tueur à gages vieillissant et malade se retrouve un peu par hasard à Vals-les-Bains. Il y rencontre Bernard, un jeune homme qui vient y voir Anaïs sa mère qui végète dans sa boutique qui, malgré diverses destinations n'a jamais marché. Elle est désormais le lieu de vie d'Anaïs qui survit grâce à la présence du rhum Négrita. Simon engage Bernard pour deux jours en tant que chauffeur, un ultime contrat à honorer au Cap d'Agde. Entre eux se nouent des liens improbables et commence le voyage dans le sud de la France, très différent de ce qu'imaginait Simon pour son dernier déplacement.

Quelle belle idée de rééditer les romans de Pascal Garnier, spécialiste du roman noir français, décédé en 2010. J'en ai lu pas mal, pas tous chroniqués ici, car lus avant la création du blog. Néanmoins, vous pouvez relire -avec indulgence, je démarrais- mes billets : Les haut du bas, Lune captive dans un œil mort, Le grand loin. A chaque fois que je lis un roman de Pascal Garnier ou que j'en relis un, comme Comment va la douleur ? que je relis ici, je me dis : "Ah, c'est celui-ci que je préfère". Donc pour cet article, c'est Comment va la douleur ? que je préfère jusqu'à ce que je relise un roman de l'auteur.

Pascal Garnier aime se faire rencontrer des personnages a priori totalement opposés. Qui aurait pu croire que Simon, vieux tueur à gages fatigué, malade, usé et blasé rencontrerait un jeune homme gai et positif et qu'ils s'entendraient ? Et la rencontre avec Fiona la jeune maman célibataire et son bébé Violette ? Et celle de Rose, la femme qui rêve de rencontrer l'homme de sa vie à l'âge de la retraite ? A partir de personnages banals (bon, je vous l'accorde, le tueur à gages ce n'est pas courant), l'écrivain bâtit une histoire noire réjouissante avec un grain de sable qui dévie les plans des uns et des autres. Anaïs, la mère de Bernard apporte la touche d'humour, de légèreté ; sa description ainsi que celles de ses multiples activités et de ses multiples déconfitures dans son pas-de-porte vaut le détour. Elle a également des réparties savoureuses :

"-J'aime bien être fatiguée, ça me repose...

- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Comme d'habitude, une bonne sieste avant d'aller me coucher." (p.31/32)

Le ton est caustique, l'écriture oscille entre belles phrases bien travaillées pour les descriptions et dialogues au vocabulaire courant voire familier, un régal. Pascal Garnier parle de la vie, de la mort, de l'amour, de la difficulté à trouver sa place dans la société. Son roman est avant tout humain comme les autres, basé sur les rencontres, les interactions entre des gens pas censés se parler. Certains y trouvent leur compte dès le départ, comme Bernard, pour d'autres c'est un peu plus long, mais chacun malgré tout pourra retirer du positif d'avoir pris du temps pour connaître celui ou celle qui lui est opposé. Comme quoi, j'ai l'air d'insister au fil de mes articles, mais tout est toujours dans la rencontre, dans la connaissance d'autrui aussi différent de nous soit-il et je dirais même plus, le plus différent de nous il est, le plus on s'enrichit.

Je ne sais pas si Zulma va republier l'ensemble des romans de Pascal Garnier, mais ce serait une excellente idée, relire Comment va la douleur ? m'a fait un bien fou. Je relirais bien les tout premiers que j'avais bien aimés, L'A26 entre autres m'avait laissé un très bon souvenir.

PS : il a été tiré de ce roman un téléfilm avec Bernard Le Coq en Simon. Je l'avais vu et trouvé pas mal du tout.

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Travers de routes

Publié le par Yv

Travers de routes, L'humanitaire cahin-caha, Damien Personnaz, Éd. Rémanence, 2014....

Damien Personnaz est un journaliste et écrivain franco-suisse. Jeune homme, il s'est aventuré sur des terres lointaines et en perpétuel conflit : le Tibet, l'Afrique du Sud de l'apartheid (en 1980) et le Pakistan. Puis, quelques années plus tard, il décide de travailler pour une organisation humanitaire, il sera celui qui va sur les lieux des guerres, des génocides et rendra compte de l'urgence des aides des ONG. Rwanda, Liberia, Érythrée, Angola, Kurdistan turc seront ces destinations dangereuses. Reprenant ses notes, des photos, ses carnets de l'époque -les voyages se déroulent de 1978 à 1996-, Damien Personnaz écrit ce qu'il appelle "la face cachée" des articles rédigés pour son employeur.

Il appelle cela "la face cachée", car pour témoigner de ce qu'il voyait sur le terrain, il lui était interdit de se répandre. Il fallait faire pleurer, parler des enfants qui meurent, des femmes violées, mais point trop et surtout ne pas dire la misère, les vols, les violences qui avaient cours dans les camps de réfugiés, la puanteur, les comportements des victimes : "... elles sont parfois passées maitres dans l'art de geindre ou de manipuler les bons sentiments ou la mauvaise conscience de ceux qui sont censés leur porter secours. La surenchère joue aussi son rôle : on est moins enclin à aider une victime qui se tait qu'une victime qui se lamente haut et fort. Par ailleurs, un opprimé peut passer rapidement dans le camp des bourreaux. Constat qui dérange mais constat quand même. Il faut aider, bien sûr, mais n'être pas dupe." (p.15)

Là, il n'hésite pas, il raconte ce qu'il a vu et ça commence par l'Afrique du Sud et sa première "trahison" pour sauver sa peau et surtout celle du chauffeur noir qui l'a aidé. Puis le Tibet ou plutôt les Tibétains en exil en Inde à McLeod Ganj, et tout de suite les images nous viennent à l'esprit, l'Himalaya, les temples, les lamas, ... Mais la première chose qui frappe Damien Personnaz, c'est la saleté, la vermine dans les lits, les Occidentaux défoncés, ... Ensuite, vivre avec eux c'est apprendre à les connaître et repartir avec une évidence : "les Tibétains sont chaleureux, souriants, hospitaliers et souvent moqueurs." citation tirée d'une encyclopédie trouvée là-haut.

Puis viendront les zones de guerre, là où la misère, la peur, les violences sont terribles. Certaines descriptions sont pires que les images que l'on peut voir à la télévision. Et dans ces territoires saccagés, parmi ces populations décimées, apeurées, pauvres à un point qu'on n'imagine même pas, Damien Personnaz se questionne sur son utilité : "Je vois, capte, digère leur désespoir. On attend de moi de le régurgiter aux conférences de presse, à des journalistes de salon installés au siège de l'ONU, de leur donner des mots comme "urgence absolue", "détresse poignante de ceux qui ont tout perdu", "cauchemar humanitaire", etc. Eux voudront des faits, des chiffres, je dispose de quelques faits, je croule sous le poids des phrases essayant en vain de transcrire l'enfer. Il s'agit d'alerter les médias en décrivant l'urgence. Il s'agit également de rassurer les potentiels donateurs : l'organisation sait ce qu'elle fait et leur argent sera correctement utilisé. L'un n'empêche pas l'autre mais la frontière entre l'exclamation et le ton diplomatique reste ténue. Je mesure le poids de mon impuissance et l'inutilité de ma petite personne." (p.126/127)

Un bouquin à rapprocher de celui de Tiziano Terzani, Lettres contre la guerre. Là où T. Terzani parle de spiritualité et de recherche de la paix, Damien Personnaz montre ce qu'il a vu : l'horreur parfois, la peur souvent, la misère, les gens qui s'entretuent, des mères prêtes à donner leurs enfants pour qu'ils aient une chance de s'en sortir sans devenir des enfants-soldats. Il n'explique pas, il constate, même si parfois il remonte aux sources du conflit pour qu'on puisse mieux comprendre. J'ai lu ce recueil avec le sentiment bizarre de me sentir nanti, bien au chaud sur mon canapé, et dans le même temps impuissant à faire quoi que ce soit pour lutter contre ces fléaux. Tellement impuissant que ces guerres durent encore et toujours, qu'elles se déplacent de quelques kilomètres. C'est la raison des conflits qui change, il y a vingt ou trente ans, il était question de territoires, d'ethnies qui ne pouvaient plus se supporter. Aujourd'hui, on parle plus de religion, mais les combattants sont les mêmes et les victimes également.

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Oh putain, la haine...

Publié le par Yv

Oh putain, la haine... Ça y est moi aussi je l'ai... Mais pas contre tout le monde et n'importe qui. Contre vous qui avez voté FN et vous qui êtes encartés dans ce parti. Contre, vous aussi, qui n'êtes pas allés voter et qui par votre absence remarquée permettent des scores inouïs. Putain, réveillez-vous. Vous voulez quoi ? Haïr toute votre vie votre voisin parce qu'il est noir ou arabe, voire pire arabe et barbu, peut-être même musulman ? C'est tellement plus facile de se sentir victime... Au moins on se sent vivre. Ne vous voilez pas la face le FN n'est pas mieux que les autres partis, malgré ce qu'il veut faire croire : il a aussi ses mis en examen, ses élus qui prennent les indemnités de députés européens et qui ne siègent jamais au Parlement. Et que croyez-vous qu'ils feront une fois élus ? Mais ils vont se gaver et vomir sur vous, sur cette "bande de cons" qui les a mis au pouvoir et une fois de plus vous l'aurez dans l'oignon, mais cette fois-ci vous aurez une compensation, ce seront de bons Français, bien de chez nous, pure race qui vous enfileront, ça vous fera sans doute aussi mal, mais à force on doit s'habituer...

Vulgaire moi ? Peut-être, mais pas plus que vous...

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Les cerfs

Publié le par Yv

Les cerfs, Veronika Mabardi, Alexandra Duprez, Éd. Esperluette, 2014...,

Blanche, sept ans, ne parle plus. Depuis le décès de sa mère. Son père ne sait plus quoi faire. Il la confie à Annie, une institutrice qui vit près de la forêt. Blanche se sent bien dans cette maison avec Annie. Mais elle ne parle toujours pas. Puis, vient Monamour, l'ami d'Annie, scieur de bois. Blanche se rapproche de lui, surtout lorsqu'il retrouve son prénom, Ian. Ian sent le bois, la forêt, la terre. Blanche aime ces odeurs. Elle aime aller dans la forêt, parler aux animaux, cerfs et renards. Ian aime Annie qui aime Ian. Blanche aime Annie et Ian et son père et son frère. Mais les peurs des uns et des autres freinent leurs élans, leurs engagements.

Veronika Mabardi écrit les textes et Alexandra Duprez les illustre en noir et blanc, avec des traits, des points, des fils... j'avoue avoir eu du mal à les intégrer à ma lecture, à en comprendre le sens dans ce texte-ci. Les éditions Esperluette sont belges. pour les plus ignares d'entre vous, l'esperluette, c'est cela : &. Ah, ah, merci Yv de m'avoir appris un mot, mais merci surtout aux-dites éditions.

Bon, revenons à nos... cerfs. Très beau texte, poétique, elliptique, il faudra que le lecteur fasse le lien entre tous les paragraphes ou devine entre les lignes les non-dits, les sous-entendus, ce qui est une technique d'écriture qui en général me plaît bien, chaque lecteur mettant ses propres images sur ce qu'il lit. L'écriture est simple, on est entre l'histoire qu'on raconte et le conte. Un récit initiatique, comme Le Petit Prince ; je cite ce célèbre livre, car un renard qui réfléchit est très présent aussi dans Les cerfs.

C'est une lecture agréable, je n'en ferai pas un coup de cœur comme Zazy qui m'a prêté l'ouvrage, j'y ai senti des longueurs. Mais j'y ai lu de belles images, des très belles pages sur la nature, sur les rapports entre ces trois personnages. Une histoire qui se situe entre L'odeur du minotaure de Marion Richez et Les trois lumières de Claire Keegan, deux très beaux textes, très différents l'un de l'autre et qui se rejoignent grâce ce pont entre eux qu'est Les cerfs.

Ainsi débute ce roman :

"Blanche ne parle pas, c'est ce qu'ils disent. Ils ont tout essayé. Même quand on dit son nom, elle ne répond pas, comme si ce n'était plus son nom. Il faut la laisser c'est difficile. Ils le disent tous les deux, le père et le frère, l'un après l'autre et parfois en même temps. Pour Blanche, surtout, c'est difficile. Pour elle, qu'on ne s'occupe pas d'eux, ils se débrouilleront. Eux sont sortis du choc, mais elle, Blanche, y est restée. Le docteur a dit pétrifiée par le choc. Une pierre. Eux, ce n'est pas ça qu'ils voient, pas une pierre, non. Elle a cessé de répondre, c'est tout." (p.7)

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Quel pétrin !

Publié le par Yv

Quel pétrin !, Céline Barré, Éd. de la Commune (auto-édition), 2015...,

Tresville-sur-Mer, une petite ville tranquille du Cotentin attend la déviation qui permettra à ses habitants de souffler un peu. Mais l'envoyé du Président de France -un despote élu- précise que cette déviation se mérite et que le village devra faire de gros efforts d'attractivité, notamment en rénovant et embellissant sa chambre d'hôte tenue par le noble du coin Théodore de la Morne, son magasin principal géré par Gérard Bourdon et la boulangerie de Jérôme et Jocelyne Lamaseau. C'est Jocelyne qui est chargée de coordonner tous les travaux. Elle a trois mois pour réussir le pari de changer Tresville-sur-Mer de bourg rural sans charme à une localité qui attirera les touristes.

Céline Barré est abonnée à mon blog, si si il y en a... Après quelques compliments de sa part -et non, je ne suis pas insensible- j'ai cédé à sa proposition de lire son roman. Je le fais peu, mais lorsque je le fais, je suis assez rarement déçu -cf. David Guinard et Laurence Labbé. Cette fois ne déroge pas à la règle, j'ai apprécié la lecture de Quel pétrin ! malgré quelques réserves très personnelles. Histoire de finir sur les bonnes notes, je vais débuter par les moins bonnes : quelques longueurs dans les digressions, dans les exagérations censées préparer à la chute humoristique, rien de très gênant, il suffit de les passer un peu plus vite ; deux ou trois fins de chapitre telles que je les déteste qui annoncent les futurs rebondissements : "Elle ne tarderait pas à constater que la venue du jeune Killian allait s'accompagner de multiples agacements. Petits et grands déboires iraient se succédant pour finir dans une apothéose d'incompétence crasse." (p.40)

Passés ces reproches, me voici plongé dans un cloche-merle français bien agréable, léger, enlevé et drôle. Ce qu'il y a de bath dans cette histoire, c'est que certains rebondissements sont prévisibles et même souhaitables et d'autres totalement inattendus et donc particulièrement réjouissants. Céline Barré construit son village autour de personnalités fortes, Jocelyne tout particulièrement, qui prendra la tête de la rébellion. De ces stéréotypes, elle en fait des personnages à la fois attachants et agaçants. Je l'aime bien ce village, mais je ne suis pas sûr d'avoir envie d'y vivre. Tout ce qu'on peut espérer et craindre s'y déroule, sauf le meurtre, on n'est pas dans un polar : l'envie, la jalousie, la peur, l'amour, l'adultère, la fainéantise, le dégoût, ... Et c'est bien normal puisqu'il est constitué de gens tellement différents, entre les prolétaires, le maire qui ne pense qu'à son musée du cochon, Jocelyne et Jérôme qui la quarantaine passée commencent à réaliser qu'il n'y a peut-être pas que la boulangerie dans la vie, les de la Morne pas habitués à travailler et qui vont devoir trouver un moyen de remettre leur maison aux normes, la bimbo-vendeuse en boulangerie qui met le feu aux caleçons des hommes, les Roms qui vont s'installer un moment en s'attirant tous les regards emplis de peur et de détestation, le jeune de banlieue, ...

Une histoire rondement menée et élégamment écrite qui se lit de bout en bout avec grand plaisir et envie de connaître le dénouement. L'auteure joue avec les mots, leurs sens et doubles-sens, j'aurais même souhaité qu'elle en jouât encore un peu plus. Pour finir, un extrait que j'aime particulièrement -justement parce que là, elle est allée au bout de l'exercice-, pour la figure de style utilisée, un zeugma si je ne me trompe :

"Théodore, enseveli sous la honte, n'était pas sorti depuis l'annonce du triste et à peine croyable accord que son épouse avait conclu. Comment faire face à tous ceux qui le penseraient complice, et comment leur expliquer qu'aux Embruns il portait son titre nobiliaire, les paniers du marché, Marie-Cécile aux nues quand elle terminait une broderie, les plats jusqu'à la table du dîner, les valises lorsqu'ils voyageaient. Mais la culotte jamais !" (p.107)

Suite est prévue. Je prends avec plaisir.

Céline Barré est visible sur son blog et sur facebook. Livre en vente sur Amazon.

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Au-delà de 125 palmiers

Publié le par Yv

Au-delà de 125 palmiers, Pauline Desnuelles, Éd. de la Rémanence, 2015.....

Alma se retrouve seule avec son jeune fils Léopold lorsque Paul, son mari part pour une mission scientifique de plusieurs mois au Pôle Sud. Elle décide de passer ces moments dans la villa de ses vacances d'enfant au bord de la Méditerranée. Elle change son rythme, ses habitudes, se détend, reprend conscience de son corps et de son identité. Elle fait la connaissance de son voisin d'en face, un vieil écrivain, et de son fils Gaspard revenu quelques jours de Barcelone où il vit désormais.

Court texte, premier roman à la fois simple et beau. L'histoire d'Alma n'est pas originale, mais la manière d'en parler l'est. Des dialogues entre Alma est Léopold auquel la lie un amour fusionnel, entre Alma et Gaspard ou Althus, le vieil écrivain. Des histoires pour enfants qu'Alma raconte à Léopold, le soir. Des rêves également. Tout cela donne à ce roman une jolie musique, entre jazz et classique, une liste de lecture (pour ne pas user de l'anglicisme play-list) calme, reposante et mélodieuse.

Sa vie personnelle ne prend pas le chemin espéré, son couple est en plein questionnement et l'éloignement de Paul en est une conséquence. Aussi, Alma a-t-elle besoin de faire le point, seule. Ce séjour est la bonne occasion. Alma redécouvre le plaisir d'être courtisée, de nager, de faire de la planche à voile, de prendre du temps pour elle, pour Léopold et pour réfléchir à son avenir. Ce roman se passe sur quelques mois, il fait la part belle à la sensualité redécouverte, à la réflexion, à cet amour très fort entre mère et fils, aux plaisirs simples de la vie. Un beau texte, à l'écriture simple, épurée, sensible qui va au plus direct et au plus profond des personnages et des lecteurs. Pauline Desnuelles ne gomme ni les faiblesses de ses personnages ni leurs forces, ils sont humains, on pourrait les rencontrer dans nos vies de tous les jours, d'ailleurs peut-être les avons-nous déjà rencontrés ? Ou peut-être sont ils une partie de nous-mêmes, j'ai trouvé en Alma pas mal de points communs avec moi-même ? C'est un beau personnage -je ne dis pas cela pour la ressemblance que j'évoque- de femme. Ce lent roman n'était a priori pas ma tasse de thé, je l'ai choisi à cause de la beauté du titre (expliqué dans l'ouvrage), et franchement je m'y suis plu tout de suite et jusqu'au bout.

Je découvre avec Au-delà de 125 palmiers, les éditions de la Rémanence, basées à Vénissieux. Nul doute que j'en reparlerai très bientôt.

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Les filles oubliées

Publié le par Yv

Les filles oubliées, Sara Blaedel, Éd. Terra Nova, 2015 (traduit par Martine Desoille)...

Le corps d'une femme défigurée est retrouvé dans une forêt du Danemark, près du lac d'Avnso. Louise Rick vient de prendre la direction du Département des Personnes Disparues. Elle hérite de cette enquête puisque le corps retrouvé n'est pas identifié. Aidée par Eik, un flic porté sur la bouteille, elle réussit à retrouver une vieille dame qui reconnaît la victime mais qui soutient qu'elle est morte, enfant, trente ans auparavant. Elle se prénommait Lisemette et était pensionnaire d'un hôpital psychiatrique. Elle avait également une sœur jumelle.

Pas mal de similitudes avec le Département V de Jussi Adler-Olsen, un service dédié aux vieilles affaires non closes, des flics peu motivés pris par leurs vies personnelles, il me semble même me souvenir d'un épisode de cette série traitant d'un sujet proche : des jeunes filles abandonnées dans des centres glauques ; ou alors c'était un autre écrivain danois, je ne sais plus, mais j'ai déjà lu un polar là-dessus. Malgré tout, je dois dire que j'ai bien aimé cette lecture, assez tranquille au départ, il faut attendre les toutes dernières pages pour bien sentir toute l'horreur de l'histoire. Ce n'est donc pas un thriller qui prend aux tripes dès le début et sans vous lâcher vous dégoûte un peu par les descriptions des victimes ou des actes violents, le sang qui coule ou les interventions paranoïaques ou psycho-sociopathes du tueur en série. Non, le rythme est plutôt calme, les investigations sont menées à tous petits pas. Il faut dire que Louise enquête dans la petite ville de son enfance et qu'elle n'y a pas que de bons souvenirs, un certain Ole Thomsen y a fait régner une loi personnelle et brutale lorsqu'ils étaient au collège et l'ombre de ses exactions rode encore. Louise y a aussi vécu un deuil, celui d'un petit ami dont elle a eu du mal à se remettre, une des raisons pour lesquelles elle a quitté la ville. Elle vit avec son fils adoptif, Jonas, adolescent et apprécie l'amitié avec un vieux voisin qui les chouchoute, Melvin. A quarante ans, sa vie sentimentale est dans un creux, alors que sa meilleure amie, Camilla file le parfait amour avec un riche héritier qu'elle va épouser. Voilà, tout n'est donc pas pour le mieux, surtout que cette enquête fait remonter des souvenirs qu'elle voulait enfouir une bonne fois pour toutes.

Tous ces ingrédients mélangés font passer un très bon moment. Franchement, je pourrais largement me laisser tenter par la suite, puisque Louise est une héroïne récurrente et que ce roman n'est pas le premier ni le dernier de la série ; peut-être aurait-il été plus judicieux de commencer par le numéro 1 d'ailleurs ?

Présentation minimaliste, sobre, aérée, ce roman de 317 pages n'est jamais long ou ennuyeux. En poche, avec des caractères plus petits et une mise en page plus resserrée, allez, je vous le fais à 250 pages, très abordable quoi, la bonne longueur.

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