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Ciel d'acier

Publié le par Yv

Ciel d'acier, Michel Moutot, Éd. Arléa, 2015....,

John LaLiberté est un Indien, un Mohawk du Canada. Il est ironworker, comme beaucoup d'Indiens, il monte les structures d'acier des gratte-ciels, il travaille en très grande hauteur, comme son père qui fit partie des équipes qui construisirent les Twins Towers. Justement, en septembre 2001, John travaille à New York et dès l'effondrement des tours, il se propose avec d'autres Mohawks d'aider à déblayer les décombres. Il travaillera 9 mois sur ce chantier.

Depuis le début du XX° siècle, les Mohawks sont réputés être d'excellents ouvriers, les meilleurs pour les constructions métalliques. Du Québec bridge qui s'écroula avant la fin de sa construction en 1907, en passant par l'érection des Twin Towers et leur effondrement, puis la construction de la Tour de la Liberté en lieu et place du World Trade Center, ce sont plus de cent ans d'histoire de la construction des États-Unis que Michel Moutot nous raconte.

Formidable roman bien qu'un peu long qui mêle l'histoire réelle des Indiens mohawks à la fiction des personnages créés par l'auteur. On suit simultanément trois chantiers, celui du Pont de Québec qui s'écroula en 1907 et qui vit s'installer la légende des Mohawks qui se jouent du vide et du vertige. Manish Rochelle est l'un deux qui tente de dénoncer la qualité de la construction et paiera cher pour cela. Puis, la construction des tour jumelles en 1968 sur lesquelles travaille Jack LaLiberté, dit Tool, qui sera le seul ouvrier mort sur ce chantier en 1970. Puis, 2001, et John LaLiberté travaille sur les décombres de ce que construisit son père, cherchant des survivants. Il faut ajouter à cela, la vie des Indiens, leurs habitudes, leurs coutumes, les vies sentimentales de Manish et de John compliquées parce qu'en dehors des codes indiens -surtout pour Manish, en 1907. Vous obtenez un roman dense, absolument captivant, le genre de livre que vous ne lâchez plus, que vous trimbalez partout avec vous, même si son volume et son poids peuvent dissuader de le mettre dans un petit sac à main (523 pages, un peu plus de 4 centimètres d'épaisseur, j'ai mesuré, c'est d'ailleurs mon seul bémol, des longueurs, des répétitions et beaucoup trop de détails techniques parfois encombrants et inutiles).

Ce qui est formidable, c'est que tout s'emboîte parfaitement dans la construction du roman, à savoir comment l'érection et l'effondrement du pont de Québec amèneront d'autres constructions dans lesquelles les Mohawks prendront une grande part, notamment les tours jumelles qui s'effondreront elles aussi. Ce serait un peu facile de dire que Michel Moutot bâtit son livre comme on construit un bâtiment, alors, évidemment, je ne le dis pas.

J'ai aimé la manière dont s'imbriquent les différentes histoires réelles et fictives donnant un évident air épique à ce roman. C'est quasiment un roman d'aventures dans lequel les Mohawks racontent leur fierté d'appartenir à un peuple de bâtisseurs, reconnu comme tel. Je suis persuadé que la fiction est un formidable moyen de faire passer des idées, des informations, et Michel Moutot ne s'en prive pas : la vie des Mohawks, l'enfer de l'effondrement des tours jumelles et celui du déblaiement qui occasionnera beaucoup de maladies voire des morts parce que les sauveteurs n'étaient pas suffisamment informés et protégés contre la pollution, les émanations des matériaux de construction pas toujours sains et la propagation des divers produits entreposés dans les sous-sols ou les étages, ... mais aussi la solidarité rapide des Etasuniens qui se mobilisent pour aider, offrir à manger, à boire, des vêtements, ou encore les malfrats qui profitent des conditions terribles pour piller.

Michel Moutot est journaliste à l'AFP, lauréat du Prix Hachette en 2001 pour sa couverture des attentats du 11 septembre 2001 ; il ose ici un roman pas facile basé sur une tragédie encore en mémoire, et finement, subtilement il réussit son pari, celui d'écrire le roman du post-11-septembre vécu par les gens ordinaires, les habitants de New York, ceux qui ont été tous les jours confrontés au vide laissé l'effondrement des tours et ceux qui ont dû continuer à vivre en ayant perdu l'un ou plusieurs des leurs, des amis, des collègues.

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L'Ouzbek muet et autres histoires clandestines

Publié le par Yv

L'Ouzbek muet et autres histoires clandestines, Luis Sepulveda, Métailié, 2015 (traduit par Bertille Hausberg)...

Luis Sepulveda place ces nouvelles dans les années 60/70 juste avant le coup d'état de Pinochet (qui ne pouvait être totalement mauvais comme disait Pierrre Desproges, car dans Pinochet, il y a hochet). Tous les personnages sont des anonymes qui vont tout tenter pour qu'Allende arrive au pouvoir et qui vont combattre l'extrême droite et la droite chilienne. Beaucoup passeront dans la clandestinité après le coup d'état, perdront la vie. Je présente ci-dessous quelques nouvelles du recueil, celles qui m'ont le plus plu.

- Le soldat Tchapaïev à Santiago du Chili : la difficulté d'organiser une action d'éclat commune aux jeunesses communistes et socialistes, surtout lorsque certains ont d'autres préoccupations comme un rendez-vous amoureux.

- L'Ouzbek muet : la vie d'un étudiant chilien à Moscou qui rêve d'aller à Prague et se retrouve à Tachkent en Ouzbékistan.

- Blue Velvet : braquer une banque, ça ne s'improvise pas. Enfin, normalement...

- Moustik : Un autre braquage, mais pour sauver l'économie chilienne menacée, mené par Moustik une jeune femme qui ne supportera pas le coup d'état de Pinochet.

- L'autre mort du Che : le récit du transport de deux condors offerts par le Chili à Cuba et la naissance d'un petit longtemps après nommé Che.

- Le déserteur : les derniers moment d'Ernesto Guevarra, dit Le Che.

Luis Sepulveda fait preuve de beaucoup d'humour, de dérision mais également d'une grande tendresse pour ses personnages, ces héros anonymes qui ont lutté contre la dictature et la force. Pour beaucoup ils sont des losers avec idéaux, qu'ils veulent atteindre ; ils y réussissent parfois mais pas toujours et presque par hasard. Il suffit d'un tout petit rien pour que la chance ou la malchance fasse capoter ou réussir une opération mal préparée pour ne pas dire improvisée. Les premières nouvelles sont drôles, à l'image de ce roman de l'auteur que j'ai adoré, L'ombre de ce que nous avons été, et les dernières se font plus dures, plus politiques.

On pourrait s'attendre à un peu plus de la part de cet auteur, je reste un peu sur ma faim, me disant qu'il y avait matière à faire des histoires plus construites, plus longues, des petits romans, c'est un peu comme s'il se contentait du minimum pour faire un livre. Et puis, je me dis dans la seconde qui suit que le minimum de Luis Sepulveda vaut très largement le maximum de certains autres écriveurs de livres, alors ça me console.

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L'étrange affaire du cadavre souriant

Publié le par Yv

L'étrange affaire du cadavre souriant, Miguel Miranda, L'Aube noire, 2014, (traduit par Vincent Gorse)...

Mario França, détective privé à Porto, est chargé d'enquêter sur la mort de Gladys Cleminson, ce cadavre qui sourit de manière étrange. La victime était l'actionnaire principale de la famille Cleminson, connue et réputée pour son excellent vin de Porto, mais aussi pour d'autres investissements lucratifs. Autant dire que sa mort suspecte perturbe la superficielle tranquillité de cette famille au-dessus de tout soupçon. Tous ont une bonne raison de se réjouir de cette disparition. Dans le même temps, Mario França se charge de retrouver l'assassin de Lopes Trotil, son ancien chef dans la clandestinité, du temps de Salazar. Il prend contact avec ses anciens camarades de combat, beaucoup de souvenirs de cette période remontent alors.

Mario França n'est pas un privé comme les autres. Sûr de ses qualités et de ses déductions qu'il juge infaillibles, il peut paraître agaçant, voire hâbleur, d'autant plus que c'est lui qui nous raconte cette histoire, à la première personne du singulier. Ça change un peu des détectives ou des flics désabusés, alcooliques ou déprimés ; Mario va plutôt bien. Sa technique est simple, il questionne, observe beaucoup, emmagasine toutes les informations qui décantent lentement dans son esprit. Les passages sur le divan défoncé de sa psy, Ophélia -qui l'y rejoint parfois-, l'aident également. Mon bémol viendrait du fait que nous aussi lecteurs, nous emmagasinons, mais sans le recours d'Ophélia, nous pouvons nous perdre dans tous les noms, j'avoue parfois n'avoir plus su si tel ou tel nom faisait partie de l'enquête sur Gladys ou sur Lopes, ce qui sera au final secondaire puisque comme convenu, les deux intrigues se rejoignent. Une autre réserve concerne quelques longueurs et répétitions inutiles, et pour être complet je précise que j'ai eu un peu de mal au début du bouquin, par sa construction : Miguel Miranda plonge son héros dans une situation que l'on ne comprend pas et arrivent ensuite, quelques lignes plus loin, les explications ; une fois le pli pris, ça va.

Pour revenir aux passages sur le divan d'Ophélia, ils aident Mario à mettre toutes ses idées en ordre et lui donnent accès à des retours en arrière sur sa vie de combattant contre la dictature de Salazar. Ce point est important car il permet d'entrer en plein cœur du mouvement qui amènera la Révolution des Œillets en 1974. Intéressant et instructif, même s'il peut paraître nécessaire de prendre des informations supplémentaires sur cette période au Portugal (bon point, c'est toujours bien un livre qui oblige à aller chercher des compléments d'information pour parfaire sa culture).

Finalement, malgré mes réserves, ce polar est bien agréable, changeant un peu les codes du héros revenu de tout. Mario França est parfois énervant dans ses certitudes mais on le suit avec plaisir et son mode de fonctionnement est original : il saisit les odeurs sur la scène de crime pour établir sa liste de suspects, il enregistre un document à peine l'a-t-il eu sous les yeux et fait preuve de plus d'intuition que de découverte de preuves matérielles. Et puis un héros n'a pas besoin d'être entièrement sympathique pour qu'on ait envie de suivre ses aventures, Mario França ne l'est pas, sans être antipathique et son assurance affichée est une façade qui cache des questionnements et des doutes que Miguel Miranda esquisse et a sûrement exploité dans ses autres romans dont il est le héros.

Ce roman a été écrit en 1998, il n'était pas le premier de l'auteur et d'autres ont suivi, notamment deux autres titres traduits et publiés chez le même éditeur : Quand les vautours approchent (écrit en 2004 et traduit en 2012) et Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel (écrit en 2011 et traduit en 2013). Les trois titres existent en collection poche

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Taziri

Publié le par Yv

Taziri, Titi Robin, Mehdi Nassouli, WorldVillage, 2015

Pour cet album Titi Robin avait demandé la participation des internautes sur une plate forme de financement participatif. Connaissant les opus précédents du musicien et l'ayant vu en concert avec un grand bonheur, j'y étais allé de ma petite obole, et en contre partie, l'album est arrivé chez moi -signé par l'auteur, siouplait.

Comme on ne change pas une équipe qui est excellente, Titi Robin est toujours entouré de Ze Luis Nascimento aux percussions et de Francis Varis à l'accordéon ; cette fois-ci s'ajoute au trio Mehdi Nassouli, un musicien marocain qui joue du guembri (instrument à cordes pincées) et pose sa belle voix sur les compositions de Titi Robin. L'ensemble est magique, à écouter pas trop fort pour apprécier tout en douceur ou au contraire à mettre très fort pour bouger, ce qui arrivera immanquablement sur certains morceaux -même moi qui suis proche du bâton sur une piste de danse, j'arrive à bouger, à gesticuler plus que danser sur certains morceaux (Flamenhijaz ou Rih Ljanoub pour n'en prendre que deux -sur le premier titre, il y a un lien pour l'écouter)

De la musique que j'adore, c'est beau, c'est joyeux, elle se partage et en l'écoutant on ne peut que rire ou sourire tous ensemble, elle puise ses racines dans le blues méditerranéen, dans le métissage et le mélange des cultures comme sait si bien le faire Titi Robin. D'ailleurs, pour finir, je vous mets en lien le site de l'artiste, ici, et je finis en le citant :

"Taziri est un blues méditerranéen, tendant un pont musical entre les rives nord et sud de notre mer commune. Taziri renoue avec ces racines qui nous lient. Aux clivages qui voudraient nous diviser, Taziri est fondamentalement rebelle. Signifiant en berbère le clair de lune, Taziri est là pour éclairer nos nuits."

Un album à la fois différent et ressemblant aux précédents de Titi Robin, ceux qui le connaissent ne seront pas dépaysés et seront ravis de découvrir de nouveaux morceaux avec d'autres influences et donc encore plus de mélange et ceux qui ne connaissent pas encore le musicien se réjouiront avec Taziri, un album joyeux et très beau.

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Les Amazoniques

Publié le par Yv

Les Amazoniques, Boris Dokmak, Éd. Ring, 2015.....

Kourou, 2014, une femme fait son jogging et se retrouve subitement nez à nez avec un Indien qui s'effondre devant elle. C'était le dernier des Arumgaranis. Bizarrement, son corps fait exploser tous les compteurs Geiger, complètement radioactif.

1967, le lieutenant Saint-Mars, détesté par sa hiérarchie est envoyé en Guyane à la recherche du professeur Loiseau accusé d'avoir tué un Américain du nom de McHenry. Ce flic, ex-barbouze, pourtant habitué aux situations difficiles, ex-de l'Indochine, de l'Algérie se retrouve bien vite esseulé dans une petite ville Santa Margarita, humide, chaude, inhospitalière. Puis, il doit s'enfoncer dans la jungle, suivre le fleuve Rio pour approcher le campement du professeur Loiseau qu'on dit vivre avec les Arumgaranis réputés violents et anthropophages.

Magnifique roman ! Et je pèse mes mots. Quel pied j'ai pris à suivre le lieutenant Saint-Mars, dit SM, dit La Marquise, dans ses recherches et dans sa découverte de mondes totalement inconnus de lui -et de moi. Le voyage de SM m'a instantanément fait penser au voyage de Ferdinand Bardamu (dans Voyage au bout de la nuit, entre l'Afrique et New York) ou celui de Willard dans Apocalypse Now : poisseux, violent, chaud, humide, insupportable, peuplé de bestioles toutes plus piquantes ou mordantes les unes que les autres, pour certains des souvenirs que j'ai de ces deux chefs d'œuvres eux aussi, partiels sûrement, je devrais les relire ou les revisionner.

Le roman de Saint-Mars débute doucement, une arrestation un brin musclée d'un pervers avec le bras long suffira pour l'envoyer enquêter à Cayenne. Ensuite, prise de contact avec la Guyane, questions qui restent sans réponse, difficulté de préparer son excursion sur le Rio car une équipée américaine a réservé tout le matériel et les hommes disponibles, tout cela prend du temps. Même lorsqu'il a enfin trouvé le bateau et ses maigres équipage et équipement, la croisière sur le Rio est lente, semée d'embuches, mais jamais on ne s'ennuie, au contraire. Quelle ambiance, la tension est palpable, la peur, l'angoisse itou.

Le style et l'histoire sont envoûtants, fascinants et rien n'arrête le lecteur dans sa soif de tourner les pages. SM s'en prend plein la figure -et ailleurs-, mais on ne s'en plaint pas, il n'est ni sympathique ni antipathique, il fait son boulot sans se poser de questions, il torture si besoin, a recours à des méthodes discutables comme ses opposants. Boris Dokmak nous apprend plein de trucs sur l'Amazonie, sur la vie difficile, sur l'esclavagisme, sur l'exploitation des populations locales par les exploitants du caoutchouc, sur l'extinction des tribus et notamment celle des Arumgaranis. Basé sur une histoire vraie : les Américains qui mènent des expériences médicales et pseudo-scientifiques sur tout un peuple d'Amazonie, l'exterminant -selon les éditeurs, ils ne reconnaissent toujours pas aujourd'hui avoir leurs pratiques sur ce peuple d'Amazonie .

Un roman foisonnant entre aventures, policier, ethnographie, espionnage, thriller absolument bluffant qui m'a scotché de bout en bout et me laissera, sûr, des images au moins aussi fortes que les deux œuvres auxquelles je faisais allusion au départ de mon billet. Une belle langue qui emprunte à plusieurs registres, des onomatopées pour décrire des cris, des bruits, Boris Dokmak fait preuve d'une plume très personnelle qui me ravit et transporte son lecteur en plein cœur de son récit : on sent les odeurs, l'humidité, pas la douleur mais pas loin...

Conseil d'ami : courez chez votre libraire, vous ne devez pas le rater.

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Les dessous (en dentelle) de l'Élysée, Saison 1 L'intégrale

Publié le par Yv

Les dessous (en dentelle) de l'Élysée, Le retour du Vieux, Thiébault de Saint-Amand, Éd. La Bourdonnaye, 2015...,

Le Vieux est réélu Président de la République après une interruption pour passage par la case prison pendant cinq ans. Dès sa réélection, il inaugure la VIème République. Entouré du secrétaire général de l'Élysée Stanislas Lefion et de la responsable de la communication du même lieu Alyson de Foye, il a fait racheter la dette par la Chine et l'Emir Hadj-De-Mille du Kat-Khar, Mimir de son petit nom est aussi le compagnon des coucheries du Vieux. Car il faut bien le dire, ce qui l'intéresse vraiment ce sont les femmes, si possible avec un tour de poitrine avantageux.

Les éditions de La Bourdonnaye, dans leur collection Pulp, publient de petits textes s'inspirant des pulp magazines étasuniens du XXème siècle ou encore des feuilletons français du siècle précédent dans lesquels Alexandre Dumas ou Eugène Sue entre autres s'illustrèrent. Cette intégrale de la saison 1 contient six épisodes courts, un peu comme une saison de série télévisée en DVD.

Si vous cherchez de la finesse, de l'élégance, de la délicatesse, du chic, du raffinement ou encore du savoir-vivre -oui, j'ai fait le dictionnaire des synonymes-, passez votre chemin... Non, dans cette série, on serait plutôt dans la gaudriole, la gauloiserie, la paillardise, la plaisanterie -finalement c'est simple le dictionnaire de synonymes sur Internet.

Le Vieux est un savant mélange des présidents passés et actuel et sans doute futurs -pour notre grand malheur-, mais aussi des candidats recalés, des hommes politiques qu'on voit et qu'on entend depuis longtemps et qui ne changent pas de discours. Il est malhonnête, obsédé sexuel, escroc, use de cet espèce de langage argotique et populiste mais aussi du charabia auquel on ne comprend rien, et pour cause il est totalement vide de sens. Alors, ça ne vous rappelle pas quelques uns de nos représentants ? Allez un effort, le trait est grossi bien sûr, mais il est assez amusant de tenter de retrouver à quelle situation Thiébault de Saint-Amand fait allusion : la Corona cachée, la chanteuse qui veut se faire épouser, la princesse séduite, Richelieuse la fille cachée, ...

Avant tout cette série est drôle, le choix des noms des protagonistes est déjà tout un programme (à prononcer à voix haute, c'est mieux) : Alphonse Danley-Mur, Erwan Touffry le Premier ministre surnommé Onetwo, Alyson De Foye, Éléonore Zetel-Ay-Khôron, ..., argotique, légère, décalée, obsédée. On la lit comme on peut lire un bon San Antonio, le lien est évident sans qu'il soit question de comparaison.

Un peu de fraîcheur dans ce monde politique et dans nos lectures, et bien sûr la note finale, comme précisée en fin de chaque épisode : "Toute ressemblance avec des personnages ou des faits ayant existé serait encore bien en deçà de la réalité politique. Ce sont des filous, mais ils vous font rire ? Alors, réélisez-les !"

Chez La Bourdonnaye, le livre papier existe, mais aussi les formats numériques à de tous petits prix.

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Substance

Publié le par Yv

Substance, Philippe Kleinmann, Sigolène Vinson, Le masque, 2015....,

Cush Dibbeth, policier à Paris et Benjamin Chopski, chirurgien à Lariboisière rentrent d'un voyage en Bolivie qui leur a permis de décompresser et d'admirer une éclipse dans l'Altiplano. Retour bien mal choisi, car Paris est inondée par une nouvelle drogue, la neige, qui remplace avantageusement la cocaïne traditionnelle car de meilleure qualité et moins chère. Distribuée par le clan Zemmour cette neige rend furieux le cartel mexicain qui distribue la cocaïne habituelle. Celui-ci vient à Paris pour régler ses comptes à sa manière : fusillades et mitraillages. Lariboisière est bientôt débordé. Dans le même temps, un étrange médecin enlève des SDF ou des prostituées pour faire des expériences médicales folles. Passant par hasard sur les lieux d'une fusillade, il prend en charge Zemmour un des caïds de la drogue parisienne. La police et l'hôpital sont au bord de la rupture.

Cush Dibbeth et Benjamin Chopski ont déjà sévi dans le très bon Bistouri blues, ici chroniqué. En ce jour, je me fais un plaisir de parler de leur deuxième aventure. Ce roman happe le lecteur dès le départ et ne le lâche plus au long des 443 pages. L'enquête est complexe et Cush Dibbeth en parle mieux que moi : "On bosse, je t'assure, fit Cush en s'asseyant. Le problème, c'est que l'enquête part dans tous les sens. Nous sommes en même temps sur des règlements de comptes entre dealers et la disparition de Zemmour, de putes et de clochards." (p.119) Rien à ajouter si ce n'est que la disparition de Zemmour ne concerne pas le prénommé Éric, ce qui est fort dommage, il nous ferait des vacances à en prendre de longues, très longues voire interminables (et dans interminables, il y a inter, bien sûr). Pouf, pouf. Revenons à notre enquête, Cush patauge et on le comprend on n'aimerait pas être à sa place, nous lecteurs qui en savons bien plus que lui, étant à la fois dans le clan Zemmour, dans la tête du chirurgien fou, dans celle de Benjamin et au cœur de l'enquête des flics.

P Kleinmann et S Vinson en mettant en scène un cartel mexicain ne font pas dans la demi-mesure ni dans la légèreté. La guerre pour le règne sur la drogue et les putes est sans merci, jusqu'à ce que mort et perte du clan rival s'en suivent ; ça défouraille à la moindre provocation, ça fait dans la délivrance de pruneaux et sans ordonnance même lorsque le lieu choisi est l'hôpital public. La violence est mise en scène, exagérée et elle fait rire ou sourire -en espérant que de telles scènes ne deviennent pas réalité dans les rues parisiennes.

Comme dans Bistouri blues, il est encore beaucoup question de médecine, ce qui peut rendre le livre encore plus glaçant, pour les trouillards comme moi qui, dès que l'on parle de piqure ou d'opérations, pâlissent. Les deux auteurs en profitent pour défendre la notion de service public de la santé mise à mal par les différentes politiques successives, ils rendent hommage aux personnels divers et à leurs grandes capacités et réactivité.

Un roman très maîtrisé qui ouvre pas mal de portes (il serait trop long ici de parler de Flore la sœur des caïds parisiens, de la GunInc une compagnie d'assurance très particulière, de Mme Georges une anatomopathologiste séduisante, d'Aurore la nouvelle recrue de l'équipe de Cush, du jazz, Chet Baker en particulier écouté tout au long du livre par divers intervenants, ...) et n'oublie pas de toutes les refermer en fin de volume de sorte que l'on ne reste pas avec une question sur une situation ou un personnage même secondaire oublié au fil des pages. Les courts chapitres s'enchaînent, alternant les points de vue rendant la lecture très agréable et rapide, on en oublie la grosseur du volume parce le marque-page se déplace très vite en son sein. Pas toujours très moral, mais je ne serai pas le premier à blâmer untel ou untel de faire des choix audacieux et difficiles. Une très belle réussite que cette série, vivement la suite..

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La dernière page

Publié le par Yv

La dernière page, Gazmend Kapllani, Éd. Intervalles, 2015 (traduit par Françoise Bienfait et Jérôme Giovendo).....

Melsi vit en Grèce. La quarantaine, journaliste et écrivain, il doit se rendre en Albanie son pays de naissance, car son père qui y vit toujours vient de mourir. Pour compliquer les choses, celui-ci est mort en Chine et Melsi doit faire rapatrier le corps, ce qui demandera 22 jours. Le temps pour Melsi de trier les affaires de son père, d'y faire des découvertes étonnantes comme ce roman inachevé et donc jamais publié sur la vie des Grecs juifs qui ont fui le pays pendant la guerre et se sont installés en Albanie. Léon est l'un deux, il combattra auprès de Enver Hodja le futur dictateur stalinien.

Mise en garde : ce roman est absolument passionnant. Pour qui, comme moi, ne connaît que très peu -c'est un euphémisme- l'histoire de la Grèce et de l'Albanie, c'est une découverte et un contexte de roman très fort. Habilement, Gazmend Kapllani nous parle d'abord de la Grèce actuelle, qui tend vers la xénophobie, la peur de l'étranger (ce qui, évidemment n'arrivera jamais chez nous, en France, le FN est totalement dédiabolisé, son chef historique viré, ses membres voire même ses candidats n'ont jamais eu de dérapages racistes... tout cela bien sûr si l'on écoute les médias...). La Grèce de la crise économique récente qui dure et qui fait le jeu des opportunistes, poujadistes et populistes de tout poil. Il parle ensuite beaucoup de l'Albanie, de celle d'il y a 70 ans, lorsqu'elle accueillait sur son sol des migrants fuyant les nazis. Puis ensuite, c'est la dictature de Hodja, pendant quarante ans. Et sous une dictature stalinienne, il ne faut pas bouger une oreille, le moindre écart est sanctionné.

Melsi découvre dans le roman de son père ce qu'il croit être la vie de sa famille, les secrets bien gardés sur les origines, la vie difficile sous la dictature même si au départ, grâce à une connaissance bien placée, ses grand-père et père trouvent un travail qu'ils aiment. Pendant ces trois semaines en Albanie, il a aussi le temps de faire le point sur sa vie ; la quarantaine, il papillonne entre deux femmes, hésite à s'engager, vient de se voir refuser sa demande de nationalité grecque, veut quitter ce pays mais ne sait pas où aller et avec qui, ... Il est en plein doutes, questionnements.

Ce court roman de 160 pages commence doucement, surtout ne pas se laisser décontenancer par le début qui peut sembler un peu mou mais qui colle parfaitement à l'état d'esprit de Melsi à ce moment, la suite est excellente, notamment à partir du moment où Melsi ouvre le manuscrit de son père. Extrêmement plaisant à lire, parce que bien écrit et bien traduit, l'auteur remerciant en des termes chaleureux F. Bienfait et J.Giovendo "qui ne sont pas seulement les traducteurs remarquables de ce livre, mais sont devenus (ses) alter ego littéraires." (p.157). J'aurais pu citer une foultitude de passages, tous aussi intéressants les uns que les autres, mais longs, parce que difficiles à couper pour que le sel de l'écriture de Gazmend Kapllani saute aux yeux. Je me contenterai du début, les toutes premières phrase pour vous mettre en appétit :

"A l'instar de certaines amours, certains pays sont une aberration : ils n'auraient jamais dû exister. Être né et avoir vécu dans un tel pays procure un désenchantement assez proche de ce que l'on éprouve quand on a gâché sa vie avec une personne qui n'était pas la bonne." Melsi était content de sa trouvaille. Craignant de l'oublier, il retrouva un peu d'énergie pour sortir son carnet et y consigner ces phrases, moitié en grec, moitié en albanais." (p.9)

Les éditions Intervalles m'ont rarement déçu, jusqu'ici j'y avais surtout lu des auteurs français, je découvre avec bonheur le rayon auteur étranger.

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Tout ce qui m'est arrivé après ma mort

Publié le par Yv

Tout ce qui m'est arrivé après ma mort, Ricardo Adolfo, Métailié, 2015 (traduit par Élodie Dupau)..,

Un homme, perdu dans une ville, une île plus précisément dont il ne comprend pas la langue vernaculaire. Il est perdu, incapable de retrouver le chemin jusqu'à son logement. Il est là avec Clara sa femme et leur fils, tout jeune. Et une grande valise à roulettes vide, qu'ils viennent d'acheter. Une affaire selon Clara.

Que voilà une histoire déroutante. Séduisante par bien des aspects et qui me laisse un goût mitigé. Beaucoup de retours en arrière la rendent compliquée à suivre, elle le serait déjà sans doute sans iceux, tellement le narrateur divague, digresse, angoisse, frise la paranoïa.

Quelques passages excellents ponctuent les pages et permettent de tenir la lecture, de ne pas l'abandonner. Le roman accuse des longueurs, des répétitions, il est barré, décalé, "... un Portugais qui écrit des livres comme Almodovar fait des films." est-il écrit en 4ème de couverture (Néon, Allemagne), j'aurais dû me méfier, je n'aime pas Almodovar, je ne comprends rien à son cinéma...

Décousu, dur à suivre, ce roman réserve de bonnes surprises néanmoins, comme cette description positive d'un logement petit et sans doute un peu salubre : "C'était un lieu magique, là où on vivait. Chaque coin avait sa propre vie : le frigo nain s'ouvrait depuis le lit, qui avait une sortie directe sur l'extérieur, la commode se changeait en table à manger, le socle de la télévision faisait aussi chaise, le fil électrique servait pour la lumière, étendre le linge et accrocher les dessins du petit, la table de chevet devenait plan de travail pour préparer les repas, le tapis de la cuisine donnait sur la chambre et le salon, le miroir faisait cadre dès qu'on s'y regardait, l'étagère de l'épicerie accueillait les produits de toilette, les verres, les assiettes et les couverts.Il ne manquait rien." (p.29)

A lire sur un thème proche, un roman culte en Hongrie et très bien, testé sur ce blog : Épépé, de Frenc Karinthy

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