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La belle affaire

Publié le par Yv

La belle affaire, Sonia Ristić, Intervalles, août 2015... 

Nadja, la quarantaine à peine entamée, mariée à Paul, deux enfants des jumeaux Marie et Jo, passe tous ses étés depuis quelques années loin des siens à donner des cours sur le cinéma dans une université du Vermont, États-Unis. Comme à chaque fois, elle coupe totalement les liens, oublie jusqu'aux prénoms de son mari et ses enfants pendant cette période, même si elle les aime profondément. Elle débutera an affair, comme on dit aux États-Unis, entre une aventure et un adultère avec Patrick, un autre professeur. C'est aussi le moment pour elle de faire le point sur sa vie, sur son enfance particulière, en Afrique, cette enfance brutalement stoppée.

Voici un roman qui me laisse une sensation bizarre : je suis à la fois sûr que j'avais en mains un livre intéressant, bien écrit, très plaisant et jamais je n'ai vraiment réussi à enter en contact avec Nadja, à la comprendre ni même à vraiment croire à sa transformation. Rien ne nous montre quels sont les ressorts qui lui font prendre conscience de sa vie ou alors, je suis passé à côté. Nadja, prénom référence à André Breton -vieux souvenir de lecture- ne m'a pas totalement convaincu. Elle est comme absente de sa vie, même si elle est omniprésente dans le roman. Elle avance sans vivre sa vie, la traverse, telle une somnambule, oublie les événements aussitôt qu'elle les a vécus aussi forts soient-ils et l'on sait que tout cela est lié à une histoire vieille de vingt-cinq ans, lorsque ses parents ont quitté avec elle précipitamment le pays d'Afrique dans lequel ils vivaient. Petit à petit, on comprend, tout s'éclairera en fin d'ouvrage. "A quinze ans, Nadja avait eu l'impression d'aller à sa propre rencontre, dans ce mélange d'excitation, de rage et d'apathie propre à l'adolescence. Puis les choses s'étaient enchaînées comme elles s'étaient enchaînées, l'excitation et la rage avaient pâli, l'apathie avait pris toute la place, d'autres avaient commencé à décider pour elle, ses parents d'abord, puis le docteur Cohen, puis Paul, et elle avait tout le temps froid, elle avait tout le temps peur, elle s'était mise à tout oublier, tout sauf ce dont on lui avait interdit de se souvenir." (p.30)

Nadja est comme un cerf-volant, elle subit les vents, suit les courants ceux que lui impose son travail d'écrivaine et de cinéaste, son fil qui la retient et la relie à la terre c'est Paul, son mari. Je m'intéresse alors au manque de réaction de Nadja, à son manque d'ancrage dans sa vie plus qu'aux raisons de son état, et le roman m'apparaît comme celui d'une femme qui tente de sortir d'une longue léthargie, d'une déprime, ou plutôt qui en sort presque malgré elle, car encore une fois, elle n'est pas actrice de cette guérison.

Courts chapitres qui donnent un peu de rythme, court roman (146 pages) qui permet de ne pas avoir de longueurs, car malgré mes réserves, je n'ai jamais ressenti de lassitude de tenir ce livre dans mes mains, je l'ai toujours repris avec plaisir lorsque je l'avais posé auparavant. L'écriture sûrement y est pour une grande partie, simple, accessible, mais aussi l'envie de savoir si enfin Nadja allait prendre sa vie en mains.

A découvrir, j'ai hâte de lire les autres articles sur ce roman, je le ferai avec attention et grand intérêt

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Corps désirable

Publié le par Yv

Corps désirable, Hubert Haddad, Zulma, 2015..... 

Cédric est le fils du richissime homme d'affaire Morice Allyn-Weberson. Il est journaliste et très engagé contre les trusts pharmaceutiques et la finance, c'est à dire tout ce que représente son père. Il publie sous un pseudonyme, Cédric Erg et est la cible de certains groupes qui voient en lui un empêcheur de faire des affaires. Cédric est très amoureux de Lorna, très belle grand reporter ; ils vivent une histoire intense, passionnelle. Un jour, il est victime d'un accident qui le laisse cloué sur un lit d'hôpital. Sa seule chance de pouvoir continuer sa vie est de se faire greffer un nouveau corps, car cette technique est presque au point, un médecin italien la maîtrise, mais pas encore sur des humains. Cédric sera donc le premier, sa tête sera greffée sur le corps d'un donneur cliniquement mort dont personne ne sait rien.

Que voilà un roman formidable, à la fois classique : une histoire d'amour, de passion et un homme qui ne veut pas perdre la femme qu'il aime et en même temps, résolument moderne : la greffe de corps et les questions éthiques, humaines et morales qu'elle pose. Pendant la première partie du roman, j'hésitais entre la fascination pour l'exploit d'une telle opération et la peur qu'elle se réalise vraiment un jour. Un véritable malaise naît de la lecture, et franchement, un livre qui bouscule, c'est excitant.

Imaginez un roman classique d'un homme qui se pose des questions sur le sens de sa vie, qui aime profondément une femme qui veut le quitter, qui est donc prêt à tout pour la garder, qui veut continuer à se battre pour ses idées ; bon, on en a lus, ils sont parfois très bien et d'autres fois moins. Maintenant, prenez tout cela -mais un bon roman déjà- et ajoutez-y cette greffe de corps et donc les questions d'identité, du désir, de la jalousie (est-ce lui, Cédric, qui fait l'amour à Lorna ou l'autre, surtout lorsqu'elle ne regarde pas son visage ?), ... Toutes ces questions sont amplifiées par cette double identité au sein d'un même individu. Est-ce le cerveau qui a la mémoire du passé ou est-ce le corps ? Les informations passent-elles nécessairement du cerveau vers le corps, en descendant donc, ou bien, peuvent-elles remonter ? Si oui, quels sont les souvenirs, les réflexes, les apprentissages ou les choses innées qui sont de Cédric ou du donneur de corps ? Finalement, le nouveau Cédric Erg est-il le même qu'avant ou un mélange entre lui et le donneur de corps ? Et qui est ce donneur ?

Autant d'interrogations auxquelles Hubert Haddad répond ou tente de répondre dans une belle langue, comme d'habitude chez lui, absolument pas alambiquée ou artificielle ; elle est magnifique, parfois poétique -le chapitre où Cédric découvre son nouveau corps (p.103/107) est d'une grande beauté- qui use de mots savants -parfois médicaux, mais point trop, l'écueil est largement franchissable- ou de mots tombés en désuétude que l'auteur réhabilite avec talent et plaisir pour le lecteur. Les chapitres sont courts, rapides, ce qui donne à cet ouvrage un rythme de roman à suspense dont il a la densité et la force de vouloir absolument le finir vite pour connaître le fin mot de l'histoire.

Dans un thème ressemblant, n'hésitez pas à vous procurer et à lire, l'excellent roman de Roque Larraquy publié chez Christophe Lucquin, La Madrivore.

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Les larmes de la girafe

Publié le par Yv

Les larmes de la girafe, Alexander McCall Smith, 10/18, 2003 (traduit par Élisabeth Kern).....

Pour sa deuxième aventure en tant que propriétaire de la première agence de détectives femmes du Botswana, l'Agence N°1 des Dames Détectives, Precious Ramotswe est cette fois-ci confrontée à une mère américaine qui veut retrouver son fils disparu depuis dix ans dans le Kalahari. Mais ce qui l'occupe le plus c'est qu'elle a accepté la demande en mariage de Mr J.L.B. Matekoni le garagiste, homme bon et généreux ; il faut donc organiser la future vie commune, tenter de supporter la femme de ménage de son futur époux et déléguer un peu de ses activités d'enquêtrice, et pour cela, elle nomme sa secrétaire Mma Makutsi au poste d'assistante-détective.

Toujours épatante cette série, elle respire la joie de vivre, la simplicité et la chaleur humaine. Les gentils restent gentils et sont récompensés et les méchants punis, mais jamais trop fort, car Mma Ramotswe ne se plaît pas à faire en sorte que la punition soit excessive. Et comme Mma Ramotswe est bonne, son futur mari l'est tout autant. Il est généreux, ses visites à l'orphelinat de Gaborone le prouvent : il répare tout ce qu'il peut gracieusement. Il est tellement bon que lorsque la directrice de l'orphelinat lui propose de s'occuper de deux enfants, une fillette en fauteuil roulant et son petit frère, il ne peut refuser, il essaie pourtant argumentant qu'il doit en parler au préalable avec Mma Ramotswe, mais à la vue des enfants, il cède. Qu'en pensera sa future épouse ? Je vous laisse le suspense, assez faible au demeurant, puisque Mma Ramotswe est aussi généreuse que le garagiste. Mais même sans suspense le livre se lit vite et très agréablement, le ressort de la peur ou de la tension n'est absolument pas celui sur lequel joue l'auteur. Non, il joue sur ses personnages, les rapports entre eux, sur le pays, les coutumes, cette fausse nonchalance que l'on pense parfois inhérente aux Africains, c'est plutôt un certain détachement des choses qui peuvent nous sembler importantes à nous, une autre conception de la vie : "Les Américains étaient très intelligents : ils envoyaient des fusées dans l'espace et inventaient des machines capables de réfléchir plus vite que n'importe quel être humain, mais toute cette intelligence les rendait aveugles. Ils ne comprenaient pas les autres peuples. Ils pensaient que tout le monde voyait les choses de la même façon qu'eux-mêmes, ce en quoi ils se trompaient. La science ne représentait qu'une partie de la vérité. Il existait également beaucoup d'autres choses qui rendaient le monde tel qu'il était, et les Américains ne les remarquaient pas toujours, bien qu'elles fussent présentes en permanence, là, sous leur nez." (p.121)

L'intuition, l'entraide, le respect d'autrui sont aux cœurs des personnages principaux, et Mma Ramotswe se désole de voir que ces principes déclinent en son pays qu'elle aime tant. Elle n'est pas naïve, elle sait à quoi s'attendre de l'évolution de la société, elle n'est pas réactionnaire ou nationaliste, elle aime son pays et aurait préféré qu'il ne subisse pas trop vite les changements dus à l'influence des pays occidentaux, États-Unis en tête. Pour elle, chaque pays, chaque continent devrait pouvoir garder ses spécificités, ses modes de vie, l'uniformisation ne lui sied point.

Ceci étant elle reste positive et c'est un des qualificatifs qui convient le mieux à cette série policière : elle est positive et optimiste. On ressort de ces lectures joyeux, avec le sourire et l'envie d'aller rencontrer Mma Ramotswe et Mr J.L.B. Matekoni et revenir -ou pas- pleins de bonnes ondes et de ressources.

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Dans les eaux du lac interdit

Publié le par Yv

Dans les eaux du lac interdit, Hamid Ismaïlov, Denoël, 2015 (traduit par Héloïse Esquié).. 

A bord d'un train qui parcourt les steppes kazakhes un voyageur voit et entend un tout jeune violoniste qui joue excellemment du Brahms tout en vendant des boulettes de lait caillé. Intrigué par sa virtuosité, le voyageur interpelle le garçon qui répond assez violemment. En effet, Yerzhan, c'est son nom, en a assez qu'on le prenne pour un garçon de dix/douze ans dont il a l'apparence : il en a vingt-sept. Le voyageur l'invite à monter dans son compartiment qu'il occupe seul avec un vieil homme endormi et à lui raconter son histoire.

En préambule au roman, il est une note ainsi rédigée : "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semi-palantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945."

Et l'on se doute alors que Yerzhan a dû grandir dans cette zone et qu'il est atteint d'un mal l'empêchant de grandir. Un Oskar Matzerath (le personnage de Günter Grass dans Le tambour) qui ne déciderait pas de garder sa taille d'enfant mais y serait contraint. Yerzhan raconte son enfance au voyageur. Une enfance dans un hameau de deux maisons, Kara-Shagan, au bord de la voie ferrée. Deux familles liées par l'amitié entre les grands-mères y vivent. Lui est le fils sans père de Kanishat devenue muette depuis son troisième mois de grossesse. Dans la maison d'en face vit un couple avec une petite fille d'un an de moins que Yerzhan, Aisulu qui deviendra très vite sa confidente puis son amoureuse avant, croient-ils, de se marier dès qu'ils en auront l'âge. Yerzhan développe très vite des dons hors norme pour l'apprentissage des langues et surtout pour la musique, la dombra d'abord, instrument local, puis le violon qu'il apprendra grâce à un Bulgare qui vit un peu plus loin et qui dit-on a été enseignant de musique.

Ce roman est bizarrement construit. En trois parties inégales. La première sur l'enfance de Yerzhan, heureuse, calme entrecoupée parfois de secousses qu'ils ne savent pas être des essais nucléaires, bien sûr les populations habitant dans la zone n'ont pas été mises au courant par les autorités ; les Russes ont un retard considérable à rattraper sur les Américains déjà détenteurs de la bombe et comme l'époque est à la guerre froide, il est mieux de s'équiper pour éviter la troisième guerre mondiale, selon les discours officiels de tous les pays. Cette première partie est lente et parfois longue, elle est centrée sur le jeune garçon et l'on ne voit que peu son originalité de vivre dans cet endroit perdu en plein cœur d'une zone d'essais nucléaires.

Arrive alors une deuxième partie dans laquelle les effets de l'exposition se font sentir sur Yerzhan qui sent bien qu'il est différent. Il sent qu'Aisulu lui échappe, le dépasse en taille. Cette partie est plus intéressante et enfin je sens que le livre va prendre son envol -on en est à peu près à la moitié- mais mes intuitions sont mauvaises puisqu'elle ne fait que 15 pages (contre 60 pour la première).

Il y a donc une troisième et dernière partie qui retombe un peu dans les travers de la première pour s'emballer sur la fin et dévoiler quelques rebondissements qui, s'ils ne sont pas imprévisibles sont les bienvenus pour finir sur une note positive.

Mitigé je suis donc sur ce roman dont j'attendais beaucoup plus, il y manque la fameuse âme slave. L'écriture que je qualifierais de journalistique n'aide pas à la compassion, à l'empathie, c'est sans doute pour cela que j'aurais aimé plus de descriptions des lieux, du contexte "explosions nucléaires". Le souffle des steppes -fut-il celui d'une explosion- est un peu court et ne parvient pas jusqu'à l'extrême ouest de l'Europe -bon, à peine, je le concède, il y a encore quelques petits kilomètres de chez moi à la côté atlantique-, il a dû, c'est bien connu, comme le nuage de Tchernobyl, s'arrêter à la frontière. Dommage... enfin, dommage pour le souffle des steppes, Tchernobyl, on s'en serait bien passé

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Rhinocéros

Publié le par Yv

Rhinocéros, Eugène Ionesco, Gallimard, 1959 (mon exemplaire, Folio, 1973).....

Une place d'une ville de province, les gens y devisent, font leurs courses, boivent un coup. Il y a là, Jean et Bérenger deux amis rarement d'accord sur quelque sujet que ce soit, l'épicier et l'épicière, le patron du café, la serveuse et la ménagère, une cliente. D'autres personnes viendront au fur et à mesure de la pièce s'ajouter : un logicien, un vieux monsieur, les collègues de bureau de Bérenger. Le vie de la place s'arrête lorsqu'un rhinocéros passe au loin en courant, puis un second quelques minutes plus tard. Ils deviennent alors le centre des conversations : jamais on n'a vu de rhinocéros dans nos contrées ; et s'agit-il de rhinocéros d'Afrique ou d'Asie ? Bicornes ou unicornes ?

Je parlais récemment de Ionesco à propos de l'absurde, mais je n'avais de lui que des vieux et vagues souvenirs... alors ni une ni deux, je suis allé dans la bibliothèque de mon garçon lui piquer Rhinocéros qu'il a étudié l'an dernier pour le bac de français, que je voulais relire en même temps que lui et que je n'avais jusque là pas pris le temps d'ouvrir. De cette pièce émerge d'abord l'humour, les dialogues sont savoureux, les personnages se répondent du tac-au-tac, un vrai jeu de ping-pong verbal. Chacun y va de son opinion, de ses arguments plus ou moins fallacieux, Bérenger paraissant le plus faible, le plus discret, celui qui n'ose pas s'affirmer, surtout devant son ami Jean à l'assurance ancrée et visible et dont les propos ne souffrent d'aucune contestation selon lui. Le logicien est là également pour asséner une pensée faite de syllogismes : "Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat." (p.46) Et puis, la fable tourne vite à un questionnement sur les régimes autoritaires, le totalitarisme. Tous ces gens qui veulent devenir des rhinocéros, suivre la masse et ne pas résister au discours ambiant populiste sont clairement les suiveurs, ceux qui deviendront les bourreaux des résistants. Ecrit en 1959, cette pièce fait sans doute référence au régime nazi et au stalinisme qui vient juste de finir (Staline est mort en 1952).

La pièce est fine, parce que sous ses dehors comiques, les discussions sans fin, elle est très sérieuse, et c'est même lorsque les dialogues deviennent les plus loufoques qu'ils sont les plus profonds, c'est là que le doute s'insinue dans le lecteur lui qui pouvait parier sur une certaine légèreté du propos : le langage très simple, basique (assez peu de mots sont utilisés, Ionesco répétant souvent les phrases et usant d'un vocabulaire très simple), le ton résolument drôle, absurde, les personnages stéréotypés à en être eux-mêmes ridicules et amusants. Ce qui est fin également, c'est le basculement imprévisible de certains d'entre eux, au détour d'une phrase, d'un mot, eux que l'on aurait pu croire sûrs d'eux, convaincus de leur forte personnalité, hop ils changent du tout au tout et versent dans l'opinion qui monte et deviennent vite des moutons... ou plutôt ici des rhinocéros qui viendront grossir les rangs du troupeau, sans réfléchir. Bérenger à l'apparente faiblesse de caractère est celui qui se révélera le plus combatif.

Bref, une très bonne idée que cette relecture estivale d'une pièce essentielle à conseiller à tous.

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Mma Ramotswe détective

Publié le par Yv

Mma Ramotswe détective, Alexander McCall Smith, 10/18 collection Grands détectives, 2003 (traduit par Élisabeth Kern).....

Precious Ramostwe a grandi au Botswana seule avec son père suite au décès de sa mère. Elle a suivi des études, s'est mariée à un trompettiste violent qu'elle a quitté. Elle est revenue vivre auprès de son père, puis, à la mort de celui-ci, avec son petit héritage elle ouvre à Gaborone, la capitale du pays, l'Agence N°1 des Dames Détectives. Elle en est la patronne et engage Mma Makutsi en tant que secrétaire. Petit à petit, les clients -d'abord des clientes- arrivent à la recherche de maris en fuite, de petits escrocs, puis sans laisser de côté ces petites histoires du quotidien Mma Ramostwe enquête sur des histoires plus lourdes, notamment la sorcellerie et les sacrifices humains qui y sont liés.

Souvent on lit un livre et ensuite on découvre avec plaisir -ou pas- son adaptation cinématographique ou télévisuelle. Une fois n'est pas coutume, j'ai découvert la série télé L'Agence N°1 des Dames Détectives sur Arte il y a quelques années et sous le charme de l'actrice principale, Jill Scott, des autres acteurs et de la série en entier, je me suis procuré les deux premiers livres d'Alexander McCall Smith. J'ai mis un peu de temps à en entamer la lecture, sans doute par peur de ne pas y retrouver ce fameux charme. Quelle erreur ! Tout y est et je peux dire que la série télé est très fidèle aux romans. C'est bourré de chaleur humaine, de bonne humeur, celle de Mma Ramotswe est communicative. On sent le soleil, la chaleur, la bonté, la bienveillance et l'écoute de cette femme, sa candeur, son éternel émerveillement devant les habitants et les paysages du Botswana : "Juste après le carrefour de Mochudi, le soleil apparut, s'élevant au-dessus des vastes plaines qui s'étirent jusqu'à Limpopo. Tout à coup, il était là, souriant à l'Afrique, ballon rouge étincelant, glissant peu à peu vers les hauteurs, se détachant sans effort pour prendre sa liberté sur l'horizon et dissiper les dernières volutes de brume matinale." (p.133) Elle fait preuve d'une joie de vivre rare : elle aime prendre son temps, boire du thé rouge avec ses amis, notamment le garagiste Mr J.L.B. Matekoni amoureux d'elle et qui veut l'épouser, mais Mma Ramotswe n'est pas prête à un second mariage après le fiasco du premier.

Et l'intrigue me demanderez-vous puisqu'il s'agit d'un agence de détectives ? Eh bien, je vous répondrai : les intrigues, puisque son agence est souvent sollicitée. A chaque fois, Mma Ramotswe trouve un truc, une astuce originale pour arriver à ses fins quitte à s'arranger avec la légalité pour ne pas mettre les gens -victimes et parfois même coupables- dans l'embarras. Et nous, de lire ses aventures avec un plaisir qui ne diminue pas de la première à la dernière page, l'auteur a su créer un personnage et une atmosphère qui font du bien au lecteur. D'ailleurs, le tome deux m'attend, je vais m'y plonger tout de suite...

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Le marque-page

Publié le par Yv

Le marque-page, Sigismund Krzyzanowski, Ed. Verdier, 1991 (traduit par Elena Rolland-Maïski et Catherine Perrel)....

Sigismund Krzyzanowski, comme l'indique son nom difficilement prononçable par un Français comme moi ne maîtrisant pas les langues slaves est un écrivain russe né en février 1887 et mort en décembre 1950. Hélène Châtelain, dans la préface, fait revivre cet auteur impublié de son vivant considéré par des écrivains russes comme un "génie négligé", notamment par Vadim Perelmouter qui a permis la publication des écrits de Krzyzanowski. C'est un écrivain de l'absurde et/ou du fantastique, entre Edgar Allan Poe et Eugène Ionesco. Les éditions Verdier ont eu l'excellente idée de le publier en plusieurs volumes, et Hervé -philosophe et co-blogueur sur les Huit Plumes- de m'en conseiller la lecture. Le marque-page regroupe des écrits de 1927 à 1939.

Six nouvelles barrées, philosophiques, bon en fait, pour Krzyzanowski, tout est prétexte à philosopher, surtout s'il s'agit de Kant.

- Le marque-page : comment de la redécouverte d'un marque-page soyeux, de qualité qui ne souffre pas de côtoyer des pages banales, le narrateur, se retrouve à écouter les histoires d'un "attrapeur de thèmes" qui invente plus vite qu'il respire des histoires folles.

- Superficine : une substance bien appliquée sur les murs d'une chambrette de 8 m2 peut en augmenter les volumes, mais attention aux conséquences.

- Dans la pupille : un homme voit dans l’œil de sa bien-aimée un petit homme. Dès qu'il ne le voit plus, il refuse de voir son amie en plein jour, jusqu'à ce que ce petit homme lui raconte sa vie et la vie dans l’œil de cette jeune femme

- La treizième catégorie de la raison : Kant a théorisé douze catégories de la raison ; et s'il en existait une supplémentaire ? Un fossoyeur voit et entend les morts qu'il enterre.

- La métaphysique articulaire : un homme répond à un questionnaire, il est le numéro 11 111 et son objectif dans la vie est de "mordre son coude", ce qui irait à l'encontre d'un proverbe russe célèbre.

- La houille jaune : la terre va mal et l'énergie fossile est manquante, toute activité va bientôt cesser. Le professeur Lekr trouve une idée originale pour créer de l'énergie : se servir de la haine humaine.

Certaines nouvelles ne sont pas exemptes de longueurs, mais chaque début d'histoire et même d'histoire dans l'histoire est un ravissement. Sigismund Krzyzanowski sait raconter et nous perdre -avec bonheur- dans les dédales de son esprit fantasque. Il sait être drôle, ironique, satirique, savant, critique de la société de l'époque, des philosophes qui s'emparent de tous les sujets, qui ont des opinions sur tout : "les philosophes qui parlent du monde aux hommes voient le monde, mais ne voient pas que, dans ce même monde et à trois pas d'eux, leur auditeur meurt tout simplement d'ennui" (p.128) Il est également ce qu'on appellerait aujourd'hui un visionnaire puisqu'il décrit une terre en pleine crise écologique (La houille jaune) à cause du profit à tout prix, une société qui marche totalement sur la tête et qui s'empare d'un phénomène de foire pour faire des affaires (La métaphysique articulaire), de nos jours, cet homme qui tente de mordre son coude serait une "star" de la télé et des émissions bas de gamme ; il parle aussi de littérature et des écrivains qui ne recherchent que la gloire : "Des écrivains de valeur ! (...) Il faudrait diviser votre premier mot en deux : écri-vains. De vains écrits sans valeur. Effectivement ce n'est pas ce qui manque."(p.29), on pourrait même croire que Sigismund Krzyzanowski connaissait le phénomène de la rentrée littéraire française : "les lourds camions littéraires de ces dernières années roulant à vide traversèrent avec fracas ma mémoire." (p.15)

Il bâtit ses histoires, parfois en partant d'un rien, juste d'une idée farfelue, comme cet homme qui veut mordre son coude, ce fossoyeur qui voit et entend les morts ou ce petit homme qui vit dans l’œil d'une femme et à chaque fois son idée monte en puissance, dérive vers des considérations philosophiques, sociétales : ses personnages sont totalement déjantés, mais ses réflexions sont intelligentes, fort bien formulées et passionnantes.

Une lecture décapante et originale, pas banal pour des écrits impubliés en leur temps et qui datent de presqu'un siècle. A découvrir absolument

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Extrasystoles

Publié le par Yv

Extrasystoles, Carole-Anne Eschenazi, Éd. Cent Mille Milliards, 2015....

Dix-sept nouvelles composent ce recueil. Courtes, elles ont toutes en commun la vie de couple, l'amour, le désamour, la haine... les relations hommes-femmes. Les nouvelles, c'est tout un art, celui de plaire en quelques pages, Carole-Anne Eschenazi y parvient largement et à ceux qui objectent que la nouvelle ne permet pas de connaître assez les personnages, je réponds que parfois, il vaut mieux, l'auteure nous dressant parfois le portrait de certains mecs absolument abjects.

Lorsque je lis un recueil de nouvelles, je pointe sur la table des matières celles qui me plaisent le plus, et là, comme parfois mais rarement, j'ai quasiment tout pointé. Le livre débute avec des histoires pas gaies du tout, sombres avec parfois un humour noir ou désespéré pour ne pas dire une certaine cruauté, et puis d'autres histoires arrivent, légères pour certaines, seulement moins graves pour d'autres. Ce sont des histoires d'amour, de sexe -mais rien de porno ni même d'érotique-, de désir, de rapports entre les hommes et les femmes faussés par la mâle dominance. Car les hommes de Carole-Anne Eschenazi sont parfois de gros machos, de gros beaufs fachos qui ne supportent pas les noirs, les Arabes, la racaille, les femmes, les homos, ... ils peuvent être de différents milieux sociaux, l'aisance financière ne faisant pas l'intelligence, la découverte et la compréhension de la différence. Mais heureusement l'auteure ne s'arrête pas à ce stéréotype, elle parle d'autres hommes, amoureux, sensibles et curieux et des femmes qui subissent souvent la loi machiste, le désir masculin, qui se vengent parfois, se battent ou partent.

J'ai passé d'excellents moments avec les personnages de CA Eschenazi, j'ai aimé détester certains d'entre eux, en plaindre d'autres et en aimer beaucoup. Ce que j'ai apprécié également, ce sont les divers niveaux d'écriture, parfois directe, crue lorsqu'elle parle de sexe notamment : "Anthony est partageur. Quand il baise une nana, il aime bien la refiler ensuite à son meilleur pote. [...] L'odeur du pognon les [les filles] enivre. Elle leur monte d'un coup aux narines tout en leur descendant le string en même temps." (p.25, Bourre et bourre et ratatam), elle a le sens de la formule, des phrases courtes, rapides qui ne laissent pas le temps de s’épancher, elles collent en cela aux pauvres -mais riches- héros de cette nouvelle qui enchaînent les conquêtes. Mais CA Eschenazi sait aussi faire des phrases plus longues, plus douces lorsqu’elle parle de l’amour mais aussi de la bonté d’un personnage, de sa curiosité pour autrui : "Quand Jeff a commencé à désaltérer la gent humaine, ceux qui venaient s’affaler à son bar pour y chercher l’apaisement capiteux, c’était essentiellement des cocus ou des travailleurs ordinaires. Les uns chialaient sur la chiennerie de la nature féminine, les autres sur les difficultés rencontrées avec tel patron, tel collègue, tel client, tel contrôle fiscal."(p.146, La vie couleur bourbon).

J’ai aimé retrouver un personnage principal d’une des nouvelles faisant une silhouette dans une autre histoire, un lien entre toutes. J’ai aimé aussi les références littéraires franchement dites à Victor Hugo, Gustave Flaubert notamment et d’autres qu’on devine par les prénoms : Léopoldine, Doriane, Emma, Milo, Jean-Jacques, … J’ai aimé le thème principal du recueil qui court tout au long d’icelui : les rapports humains, bien vus, bien décrits en des histoires courtes.

CA Eschenazi écrit sur des thèmes récurrents : l’amour, le désir, la vie de couple, le désamour, la peur et de la haine de l’autre, la montée des extrémismes, la place de la femme –je mets ce thème en dernier, mais je pourrais dire que c’est un recueil féministe.

Une très heureuse surprise que ce livre des jeunes éditions Cent Mille Milliards (1014), disponible en version papier ou en numérique, tout est très clairement expliqué sur le site de l’éditeur, très bien fait, pratique et simple. En plus, j'aime bien la couverture, aérée, blanche avec écriture violette.

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Soulages. Les papiers du musée

Publié le par Yv

Soulages. Les papiers du musée, Pierre Encrevé, Gallimard, 2014.....

Inauguré en mai 2014 en présence du président François Hollande, le musée Soulages trône en plein cœur de Rodez, près de la cathédrale, dans un quartier rénové et très agréable pour la balade. Je le sais j'y étais en juillet, en vacances. La visite du musée m'a paru indispensable. Grand bâtiment de métal et de verre, salles sombres pour voir les premières œuvres du peintre, beaucoup plus claires pour les dernières, les outrenoirs. Ce livre est d'abord une explication de la création du musée et ensuite une présentation des premières peintures de Pierre Soulages, ses encres, gouaches ou brous de noix. Il est un excellent rappel des premières salles du musée qui présentent ces papiers, et même des quelques derniers brous de noix ou gouaches réalisés fin des années 90 et début des années 2000 exposés dans les dernières salles.

Vous dire que j'ai aimé ma visite serait une litote, je me suis régalé tout du long avec une nette préférence pour les brous de noix -j'ai eu diverses occasions de travailler avec cette matière, notamment pour colorer des meubles et je comprends l'attrait du peintre pour icelle qui en plus de donner des teintes magnifiques, sent bon- et les eaux-fortes -autant les plaques de métal que les papiers- et bien sûr les grands tableaux plus connus, les outrenoirs avec les reliefs et reflets de lumière. Ce qui est formidable c'est qu'en n'utilisant qu'une seule couleur Pierre Soulages réussisse à procurer tant de plaisir et de lectures de son œuvre. Il joue des épaisseurs, parfois lavis, parfois plusieurs couches faisant relief, qui donnent de la profondeur, du mouvement, de la vie. Malgré le noir ou le brun foncé pour les brous de noix, la lumière est présente, certaines fois une luminosité exceptionnelle.

Je ne suis pas spécialiste de peinture, j'ai même du mal parfois à dire plus que "j'aime" ou "je n'aime pas", mais je sais que j'aime voir des tableaux, j'aime aller dans les musées -nous avons profité de notre courte et chaude escapade parisienne pour se mettre au frais au musée Carnavalet et admirer la collection des tableaux de la vie parisienne et aussi au musée d'art moderne du Palais de Tokyo avec son exceptionnelle collection de Dufy (La fée électricité entre autres), beaucoup de Robert Delaunay, de Van Dongen, Fernand Léger, André Derain et tellement d'autres connus et moins célèbres.

Conclusion, si vous allez à Rodez, ne manquez surtout pas le musée Soulages d'abord pour son architecture et ensuite pour les trésors qu'il recèle -il n'y a pas que du Soulages, des expositions temporaires y sont organisées. En prime, n'hésitez pas à passer par Conques, petit village aux belles pierres connu pour son abbatiale dont les vitraux ont été réalisés par Pierre Soulages. Du blanc, de la lumière et un travail qui éclaire l'intérieur de l'édifice.

PS : un grand merci à nos hôtes ruthénois, ou plus exactement salarsipontains qui se reconnaîtront et qui nous ont permis d'une part un très agréable séjour en leurs lieux et d'autre part de pouvoir garder une trace de notre passage au musée Soulages.

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