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Kyrielle blues

Publié le par Yv

Kyrielle blues, Véronique Biefnot et Francis Dannemark, Castor Astral, 2016....

Nina, quarantenaire bordelaise se rend à Hazebrouk, chez un notaire pour la lecture du testament de son père, Teddy, un pianiste de jazz réputé, qui s'est retiré depuis quelques années dans cette ville du Nord, dans la maison de ses parents. Arrivée là-bas, c'est Antoine de Laval, quarantenaire lui-aussi qui la reçoit, un ami de Teddy chez qui Antoine prenait des cours de piano. Le testament qui débute par une énumération d'une kyrielle -d'où le titre- d'objets révèle aussi des surprises qui vont chambouler Nina et Antoine.

Véronique Biefnot et Francis Dannemark s'unissent une nouvelle fois pour écrire un roman. Pour leur dernier, La route des coquelicots, j'avais émis quelques réserves, cette fois-ci je serai plus positif. Les deux auteurs savent construire de belles histoires avec des bons sentiments sans qu'elles soient gnangnan -j'hésitais à user de ce mot qui me semblait très connoté et je suis rassuré, même JK Huysmans l'a utilisé (dans Marthe, histoire d'une fille), ouf l'honneur est sauf (merci wiktionnaire).

Ils mettent en scène deux personnages seuls et inhibés qui inconsciemment rêvent d'une autre vie, ce sera pour eux une transformation que de se confronter à la réalité, aux secrets de famille bien enfouis, à un monde totalement différent du leur. On présente rarement dans les romans des notaires férus et dingues de jazz, d'autant plus qu'Antoine s'est docilement et doucement coulé dans les traces de son père, notaire lui-aussi. Disons que c'est une profession qui ne fait pas rêver. Amateur mais non connaisseur de jazz j'avoue avoir envie d'écouter tous les titres évoqués par le duo d'auteurs (il faut que je trouve la play-list du roman), ils rythment le livre, c'est comme du jazz, donc, pas survolté mais drôlement bien, un truc qui se lit -ou s'écoute- en cherchant la surprise ou tout simplement en se laissant porter... C'est ce que j'ai fait et je ne m'en plains pas, l'intrigue n'est pas hyper originale, on peut même deviner les liens qui se dessinent entre tous les personnages -mais on est ravi de les voir se lier ainsi, différemment on serait déçu-, mais ils sont tellement sympathiques et le tout baigne dans une ambiance tellement belle et saine qu'il est difficile de faire la fine bouche. Un peu de poésie : "Kyrielle... Mon père adorait ce mot. Un jour, mon fils lui a demandé ce que ça signifiait. Il lui a raconté que c'était le prénom d'une jeune elfe très jolie qui vivait au fond du jardin, dans le tronc creux d'un vieil arbre, et dont il était amoureux quand il avait son âge..." (p.61/62), de la tendresse pour tous les protagonistes qui la méritent sûrement, de la bonne musique,... Le tout est très joliment mis en valeur par les illustrations de Véronique Biefnot, noires et bleues, de différents bleus profonds, très belles, elles apportent indéniablement un plus à l'ouvrage.

L'été est là, et vous n'avez pas envie de vous plomber avec un bouquin lourd, n'hésitez pas, Kyrielle blues est là...

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Ça coince ! (33)

Publié le par Yv

La grande panne, Hadrien Klent, Le tripode, 2016..

"Une explosion dans une mine de graphite italienne provoque l'apparition d'un immense nuage qui menace de s'enflammer au contact des lignes à haute tension. Pour éviter la catastrophe, une coupure électrique générale est décidée dans toute l'Italie, plongeant le pays dans le chaos. Le nuage se déplace vers le nord, et la France décide à son tour de procéder à un black-out sur son propre réseau. Le gouvernement part s'installer sur l'île de Sein, en Bretagne, pour superviser la panne qui s'annonce." (4ème de couverture)

Très bien sur le papier, je suis très tenté, mais je déchante vite, pour diverses raisons. D'abord, le texte est très dialogué, trop à mon goût, d'autant plus que ces paroles échangées n'ont rien d'exceptionnel et tournent même à vide, n'apportant rien à l'histoire, l'alourdissant même par des formules un peu faciles et légères. Ensuite, il y a beaucoup de personnages qui déboulent tous en même temps, trop pour mon petit cerveau étriqué, et même la liste du début de roman, pour utile qu'elle soit, ne m'aide pas plus que cela. Enfin, la mise en place des la situation, des différents lieux et des différentes histoires est longue,très longue. Je m'embrouille et je m'ennuie. Je passe mon tour.

Pour être complet je dois dire que j'ai lu quelques articles sur ce roman, plus positifs que le mien, certains même, ceux de Keisha et de Gwen m'ont incité à la découverte...

De force, Karine Giebel, Belfond, 2016.,

Un soir, promenant son chien, Maud, la fille du professeur Reynier, patron d'une clinique sur les hauteurs de Nice est agressée. De peu, elle échappe au viol, grâce à Luc un joggeur qui court dans le coin et qui met en fuite l'agresseur. Luc est garde du corps, ça tombe bien, le père de Maud l'engage pour protéger sa fille car elle a reçu des menaces, et à travers elle, lui bien sûr, l'homme à la belle situation, très en vue. Luc accepte et se rapproche ainsi de Maud qui ne le laisse pas insensible, et vice-versa.

J'ai lu pas mal d'articles sur les romans de Karine Giebel, tous assez élogieux, je m'attendais donc à découvrir un polar efficace et, si ce n'est original au moins captivant. Las, je tombe sur un ouvrage empli de clichés, de stéréotypes et dès la page 50 on sait qui a fait le coup et pourquoi -et encore, je dis page 50, mais je suis un peu lent... Je vous le dis ? Non, non n'insistez pas, on ne sait jamais, certains pourraient aimer et me reprocher d'avoir dévoiler le pot-aux-roses.

Personnages caricaturaux, situations déjà vues ou lues. Absolument rien d'original, ni dans le fond ni dans la forme. 515 pages de pures banalités, il faut s'accrocher un peu, moi, perso, ça me gave dès que j'ai trouvé la solution, alors, franchement, hors de question de me fader la totalité de l'ouvrage. Je lis vite, en diagonale, pour arriver à la solution, qui oh miracle est totalement différente de ce que j'avais pensé... Euh, en fait non, c'est tout comme j'avais prévu. Déception de bout en bout !

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La fractale des raviolis

Publié le par Yv

La fractale des raviolis, Pierre Raufast, Alma, 2014 (Folio, 2015)....,

Lorsque cette femme surprend son mari Marc avec une autre femme, elle décide tout simplement de mettre fin à leurs dix années de mariage en le tuant. En l'empoisonnant avec un plat que sa mère réussissait parfaitement et que jusqu'ici la belle-fille avait toujours refusé de faire : des raviolis. Plus facile à dire qu'à réaliser. Cette tentative est alors le début d'une série d'histoires toutes plus folles les unes que les autres qui ont toutes un rapport entre elles, ténu parfois.

"Les fractales sont définies de manière paradoxale, à l'image des poupées russes qui renferment une figurine identique à l'échelle près : « les objets fractals peuvent être envisagés comme des structures gigognes en tout point – et pas seulement en un certain nombre de points, les attracteurs de la structure gigogne classique. Cette conception hologigogne (gigogne en tout point) des fractales implique cette définition tautologique : un objet fractal est un objet dont chaque élément est aussi un objet fractal" (merci Wikipédia qui cite également Philippe Boulanger et Alain Cohen, dans leur fabuleux livre -non, je déconne, je ne l'ai pas lu-, Le trésor des paradoxes.

Voilà, c'est la seule notion un peu compliquée que vous aurez concernant ce livre, le reste n'est que pur plaisir, même si je comprends bien que le plaisir puisse aussi être associé à la complexité des mathématiques... pour certains esprits déviants -bon, désolé, les matheux, je n'ai pas pu m'empêcher. Fractale parce que le livre est construit ainsi, des histoires qui se suivent, se parlent et sont liées entre elles ; dès qu'on en finit une, une autre débute d'un détail, d'une phrase de la précédente. Réjouissance et sourire à tous les étages. Les histoires s'enchaînent, on peut perdre un peu le fil entre elles toutes, mais ce n'est pas bien grave, on finit toujours par retomber sur ses pieds . Ce qui est évident c'est que Pierre Raufast est d'une inventivité folle et ne s'interdit aucun genre de littérature, on flirte avec la SF, le fantastique, le polar, les angoisses de la page blanche d'un écrivain, ...

La lecture commence sous les meilleurs auspices, en effet, qui pourrait résister à ces premières phrases ?

""Je suis désolé, ma chérie, je l'ai sautée par inadvertance."

Je comprends qu'un homme puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation, par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non.(...)

Definition d'"inadvertance" : défaut accidentel d'attention, manque d'application (à quelque chose que l'on fait).

Faut-il le dire ? Quand j'ouvris cette porte, ce que je vis n'avait rien d'un manque d'application. (...) En tout cas, le porc qui vit à mes côtés ne m'a pas sautée avec autant d'inadvertance depuis longtemps..."(p.14/15)

Pas moi, et je continuai donc ma découverte de ce livre tant vu sur les blogs (Babelio recense pas mal de chroniques), et la surprise et l'excitation de la lecture et de la découverte des inventions de l'auteur ne se tarissant pas j'arrivai à la fin dans le même état qu'au début : ravi et enchanté. Un livre anti-coup de blues, anti-morosité même s'il n'est pas à proprement parler comique, il fait sourire, mais c'est surtout cette succession d'idées folles et de personnages farfelus qui fait de l'effet.

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Une année dans la vie d'une femme

Publié le par Yv

Une année dans la vie d'une femme, Guillemette de La Borie, Presses de la cité, 2016...,

Les Blondes, c'est un groupe de quatre femmes (Aliénor, Tiên, Marion et Stéphanie) qui se connaissent depuis vingt ans, depuis que leurs enfants ont fréquenté la même classe de maternelle. Très différentes, elles se sont néanmoins lié d'une amitié forte et se retrouvent, une fois par mois, dans un restaurant du quartier, toujours le même, toujours le même menu. Elles parlent d'elles de leurs vies, de leurs amours, de leurs souhaits, ... Mais jamais elles ne cherchent à en savoir plus que ce que l'intéressée veut bien dévoiler. Aliénor, décide dans cette année, de s'occuper de la maison de ses parents dans le Périgord, Campniac, qui se dégrade. Dans le même temps, elle apprend qu'elle souffre d'une maladie rare, génétique.

Un roman écrit par une femme dans lequel les personnages principaux sont des femmes n'est pas forcément réservé aux femmes. La preuve, je l'ai lu et j'ai plutôt bien aimé. Sans doute parce que j'avais eu un avis identique sur un autre livre de Guillemette de La Borie (La vérité pour héritage), l'éditeur m'a envoyé celui-ci avec une dédicace de l'auteure. Sympathique attention qui m'a fait ouvrir Une année dans la vie d'une femme, ce que je peux l'avouer ici, je n'aurais sûrement pas fait en librairie, ce n'est a priori pas mon genre de lecture favori. N'allez pas croire qu'une simple dédicace suffise à me corrompre, non, il en faut beaucoup plus, des chèques, du chocolat, du bon vin, ...oui, ça ça peut fonctionner, je suis vénal... Non disons que lorsque je vois arriver un livre avec dédicace et qu'en plus j'ai déjà lu et apprécié un roman de l'auteur, eh bien je jette un œil, je commence tranquillement le roman. Parfois, ça ne suffit pas, et ledit roman me tombe des mains. Parfois, je continue, ce que je fis là. Parce que ce roman est très agréable, Guillemette de La Borie a une plume plaisante qui nous emmène tout au long de son histoire. Elle crée des femmes proches de la réalité, des femmes aux vies très différentes : Aliénor, la Parisienne-bourgeoise et Tiên, l'ex-boat-people qui tient une quincaillerie qui périclite avec son mari, Marion la mère célibataire aux amours compliquées et Stéphanie la mère de famille épanouie. Elles sont sympathiques, le livre aurait pu parodier un titre célèbre et se nommer Le cœur des femmes.

Guillemette de La Borie aime les histoires de famille, les vieilles pierres, c'était déjà le cas dans l'autre roman que j'ai lu d'elle. Elle aime aussi les secrets de famille : on sent bien qu'il y en a un là aussi, on peut même deviner à quelques indices à quoi il peut ressembler, et bizarrement, même en ayant quasiment la solution en tête, eh bien, je me suis fait avoir et lorsque le secret fut révélé j'en fus surpris -ce qui, je dois bien le dire a rabaissé un peu mon côté fanfaron qui devine la fin des polars avant les autres, qui sait qui est le meurtrier avant les enquêteurs, si si, ça m'arrive d'être un peu comme ça.

Une belle et heureuse lecture donc -même si j'avoue avoir sauté des pages qui me semblaient un peu superflue.

A emporter sur la plage ou ailleurs.

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Le charme des après-midi sans fin

Publié le par Yv

Le charme des après-midi sans fin, Dany Laferrière, Zulma, 2016.....

Publié en 1997 à Montréal, ce sont les souvenirs d'enfance de Dany Laferrière qui replonge dans le Haïti des années 60. Après L'odeur du café, Le charme des après-midi sans fin est plutôt le temps de l'adolescence de Vieux Os - le jeune homme narrateur, double de l'auteur- et de ses copains Frantz et Rico. Les filles sont présentes, Vava celle dont Vieux Os est amoureux depuis longtemps et dont la timidité l'empêche de l'approcher, pire il se sauve quand il la voit ou tombe dans les pommes..., mais aussi sa cousine Didi, Fifi, Edna, ... Mais Haïti dans ces années-là c'est aussi un gouvernement qui n'hésite pas à recourir à la force et la tranquillité de Petit-Goâve, la ville dans laquelle Vieux Os grandit avec sa grand mère Da en sera perturbée.

Je retrouve avec plaisir Dany Laferrière et ses souvenirs d'enfance à Petit-Goâve. L'odeur du café m'avait emballé, pareil pour Le charme des après-midi sans fin, qui en plus d'être un titre très beau est à mon avis idéalement trouvé. Imaginez un après-midi au soleil, l'envie de ne rien faire, juste de profiter, du jardin, d'un bon livre, du calme, ... chacun mettant ici ce qu'il désire ; et puis que cet instant ne s'arrête pas, qu'il dure, qu'il dure... Eh bien c'est cela ce livre, le charme des ces petits moments que l'on savoure, un peu égoïstement. Dany Laferrière est plus partageur puisque c'est grâce à ses souvenirs que l'on se trouve très bien. Des anecdotes qui parfois rencontrent l'histoire de son pays. Vieux Os est assez insouciant sauf en ce qui concerne Vava qu'il ne peut ni ne sait aborder, se trouvant inintéressant. Tout garçon un peu timide sait combien c'est difficile d'aborder une belle jeune fille qui lui plaît, craignant de se prendre un râteau ou une honte terrible, une de celles dont on ne se remet que difficilement et qui rend encore plus ardue l'histoire suivante... C'est en grandissant qu'il s'apercevra que finalement, la fille ne le trouvait pas si nul et qu'elle aurait bien aimé un rapprochement...

Mais ce roman est aussi une grande déclaration d'amour à Da la grand-mère qui a élevé Vieux Os et qui est le personnage le plus important à ses yeux et pour quasiment tous les habitants de Petit-Goâve. Beaucoup passent boire un café chez elle -le meilleur à des kilomètres à la ronde-, sur la galerie du 88 de la rue Lamarre. Elle sait ainsi presque tout ce qui se passe dans la ville sans bouger de chez elle, et comme en plus elle est fine et intelligente, le reste, elle le devine.

Encore une fois, je suis sous le charme de l'ambiance, de l'atmosphère décrites par le romancier. Il a le sens de la formule, de la tournure de la phrase qui fait sourire :"Les mères croient que Tony est un bon garçon parce qu'il a un visage d'ange et des "manières exquises", comme dit madame Jérémie, la mère de Charline, celle qui a les plus gros seins de l'école des Sœurs. Alors que ce type est un véritable tueur. Tony ne fait jamais de cadeau. La première fois qu'il rencontre une fille, il l'emmène à coup sûr à la cabane. Mais c'est Frantz, la terreur des mères. Alors que le problème de Frantz, c'est qu'elles veulent toutes l'emmener à la cabane. Ah, les mères !" (p.39/40) Ou bien encore cette phrase, proverbe ou aphorisme, en tous cas très imagée et compréhensible : "Il pleut à boire debout" (p.74)

Quelle belle idée de Zulma de rééditer ces deux romans en poche, à lire à la suite, c'est mieux sans doute : L'odeur du café et Le charme des après-midi sans fin.

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Revues de luxe pour tous

Publié le par Yv

IntranQu'îllités N°4, Boîte noire des imaginaires, Revue littéraire et artistique, Ed. Passagers des vents. Sous la direction de James Noël et Pascale Monnin

Signatures prestigieuses : Dany Laferrière, Michel Onfray, Arthur H, Hubert Haddad, René Depestre, Jorge Luis Borges, Makenzy Orcel, ... et énormément d'autres -vraiment désolé pour tous ceux que je n'ai pas cités, mais vous êtes de nombreux participants, j'ai aimé vos textes aussi, même ceux qui sont assez loin de moi, je les ai trouvés beaux, poétiques- pour de courts textes rangés en chapitres au titres évocateurs :

- Manifeste pour un nouveau monde

- Le monde des lettres

- Pile ou face

- De la poésie avant toute chose

- Tous les vents du monde

- Déclic.

Deux cent quatre-vingts pages de réflexion, de rêves, de beauté des mots et des phrases : "Et l'exil du temps est plus impitoyable que celui de l'espace. Mon enfance me manque plus cruellement que mon pays." Dany Laferrière. Mais aussi beaucoup de photos d'œuvres, des toiles, des installations, des photos. Tout est beau, d'une très grande qualité de la première à la dernière page -une petite préférence pour Chronique du cochon créole de Yaël Talleyrand, une acrylique sur toile que je ne peux malheureusement pas vous montrer ici, mais que je verrais bien dans mon intérieur que je suis en train de refaire...

Une revue hébergée par Zulma pour ceux qui hésiteraient encore....

Apulée, Revue de littérature et de réflexion, rédacteur en chef Hubert Haddad, Éd. Zulma

Pareil que pour la précédente, les signatures sont prestigieuses, Hubert Haddad, bien sûr, mais aussi Jean-Marie Blas de Roblès, Adonis, Alain Mabanckou, Jean Rouaud, Abdourahman A. Waberi, ... -désolé pour ceux que je n'ai pas nommés, j'ai aimé aussi vos textes, mais c'est exactement le même problème que pour IntranQu'îlltés, vous êtes très nombreux.

Textes plus longs et très beaux accompagnés de photos magnifiques. Cette revue s'intéresse à la littérature du monde, plutôt ciblée pour ce numéro, Afrique et rives de la Méditerrannée. Elle doit son nom au poète Apulée, auteur de L'âne d'or ou les Métamorphoses et met en exergue cette citation tirée de ce livre : "Moi-même, je sais le plus grand gré à l'âne que je fus de m'avoir fait passer par des tribulations variées et rendu, sinon pleinement sage, du moins plus riche de savoir."

D'une très grande qualité et d'une aussi grande exigence, c'est une revue qui ne manquera pas de plaire aux amateurs de découverte littéraire, aux amateurs de belles lettres et de belles photos.

Quatre cents pages de beauté éditées chez Zulma.

Ces deux revues sont forcément idéales pour cet été, pour lire différemment.

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Troubles

Publié le par Yv

Troubles, Jesper Stein, Piranha, 2016 (traduit par Jean Renaud).....

2007, Copenhague est en émoi, la police a délogé le squat nommé la "Maison des jeunes". Suivent des heurts, des manifestations violentes dans lesquels la police est toujours mise en cause par les journalistes et les manifestants. En plein milieu de la zone de conflit, un cadavre est découvert, dans un cimetière, adossé à un mur, étranglé. Tout laisse à croire que c'est un policier qui a fait le coup. Axel Steen, flic de la criminelle, solitaire et pas conventionnel, qui habite dans le quartier en révolte est chargé de l'enquête.

Il y a un moment que je n'avais pas lu un aussi bon polar venu du nord. Il y eut une très belle période avec les Mankell, Indridason et autres Scandinaves talentueux, puis la mode nous a aussi envoyé des romans moins aboutis, qui surfaient sur l'engouement. Puis une nouvelle salve de bons est arrivée avec Adler Olsen notamment et même des Français s'y sont mis (Olivier Truc, par exemple). Si j'écris ce petit préambule, c'est que ce Troubles est de manière évidente dans cette lignée de bons romans noirs qui s'intègrent dans un pays, une société. Le contexte est ultra présent, il est à la fois un moyen de connaître le pays, les préoccupations des Danois, leurs difficultés à accepter le changement de société qui a cours depuis plusieurs années avec la mondialisation, la circulation rapide des informations, des biens et des personnes. Ce contexte social, politique cache au départ les vraies raisons du meurtre, puis au fur et à mesure qu'on se dirige vers un trafic de drogue, le milieu activiste, celui qui manifeste dans les rues reste soupçonné. L'intrigue est dense, aux multiples ramifications qui nous empêchent de trouver le ou les coupable(s) avant Axel Steen, et pourtant, on a des indices supplémentaires...

Axel Steen est un flic peu ordinaire, mais on a déjà pu en rencontrer d'autres du même type : vie privée chaotique, vie professionnelle qui ne suit pas la pente naturelle vers le haut pour cause de travail personnel, de méthodes toujours à la limite des procédures voire carrément en dehors, d'un manque de respect pour la hiérarchie... mais tout cela est fait pour la recherche de la vérité, pour l'élucidation des meurtres, par égards pour les victimes et leurs familles. Il est comme ça Axel, entier et totalement dévoué à son travail. Il fait équipe avec un procédurier qui se révélera très loyal, même si sa description et son nom prêtent à sourire : "C'était l'inspecteur qui portait le pantalon le plus moulant de la police danoise. Il lui remontait si haut dans l'entrejambe qu'on se serait attendu que sa bouche émette un chant de castrat chaque fois qu'il l'ouvrait. Cette étroite enfourchure était l'objet de bien des commérages entre haut et bas -notamment chez les collègues féminines- car on distinguait le renflement de sa bite, enroulée comme un serpent assoupi du côté gauche. Et l'intérêt était d'autant plus grand que John Darling avait l'allure d'un vrai mannequin." (p.26)

Je pourrais aussi vous parler de la rivalité entre la police criminelle et le Renseignement, de toutes les pages consacrées au financement du terrorisme international, de celles qui concerne le trafic de drogue, de la défiance des Danois envers les immigrés (là-dessus, nous n'avons pas de leçon à donner), de Christinia, ce quartier autoproclamé "ville libre" depuis les années 1970 et qui fonctionne toujours, des visites de la ville en compagnie d'Axel Steen dans des rues aux noms impossibles à lire -alors à prononcer...

Je pourrais aussi vous signaler que ce roman est le premier d'une série, que d'autres sont déjà écrits et pas encore traduits et que j'espère très fortement que Piranha aura la bonne idée de refaire appel à Jean Renaud pour traduire la suite que je lirai avec très très grand plaisir, tant ce premier tome est annonceur d'une excellent série. Vivement le retour d'Axel Steen !

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Notre-Dame de Paris

Publié le par Yv

Notre-Dame de Paris, Victor Hugo, Éd. des Saints Pères, 2016.....

Non ce n'est pas la résurrection de Victor Hugo ni la réécriture de l'un de ses nombreux chefs d'œuvres. Les éditions des Saints Pères, spécialisées dans les manuscrits, publient donc celui de ce roman culte. Manuscrit intégral, écriture du grand homme, annotations et même dessins -d'autres illustrations également dans ces pages, des gravures de l'édition illustrée de 1882. Deux volumes de 464 pages chacun, grand format ne sont pas de trop pour éditer cette histoire folle avec des personnages qui sont entrés dans notre imaginaire collectif. En France et partout dans le monde. Qui ne connaît pas Esmeralda ? Quasimodo ? Phébus ? Frolo ? Certes, depuis 1831, date de la première publication, cette histoire fut reprise de nombreuses fois. D'abord, ce fut un tel succès que les rééditions se succédèrent. Elle fut aussi traduite. Hugo en fit un livret d'opéra que Louise Bertin mit en musique en 1836 -et que j'écoute en écrivant mon article, c'est ici. Puis, ce furent des ballets et dès 1911, un film qui fut suivi de nombreux autres, des pièces de théâtre, des comédies musicales, dont une en 1998 qui fut un réel succès et dont les interprètes chantent encore maintenant -dommage !

Il ne s'agit pas de lire le roman dans sa version manuscrite, Victor Hugo serait fatigant à suivre, il écrit presque aussi mal que moi -j'entends la formation des lettres, pas le style bien sûr-, encore que sur ce point je lui suis bien supérieur, moi, je suis carrément très difficile à lire sur une ou deux pages, alors sur presque 1000 pages, c'est carrément impossible à moins de m'aimer beaucoup au départ et de finir en me haïssant tel que personne ne l'a encore jamais fait -encore que là, je m'avance un peu, je ne connais point le degré d'inimitié que je peux provoquer, et en fait, je m'en moque. Mais revenons à notre manuscrit qui est donc surtout une source d'informations sur l'art de Victor Hugo. Il souligne beaucoup, rature, écrit dans les marges, parfois juste un mot en gros caractères, parfois plusieurs phrases ; des ajouts, des informations, des notes, ... Et paradoxalement, l'ensemble est propre, clair. Les quelques dessins de l'auteur reproduits sont très bons, parce qu'en plus il savait dessiner, mais que ne savait-il pas faire ? Les autres illustrations sont superbes. L'ensemble est somptueux, d'une très grande qualité, et en plus les livres sentent bon l'encre et le papier imprimé.

Les éditions des Saints Pères ont fait un boulot formidable, et si les manuscrits intégraux qu'ils éditent peuvent paraître chers -je vous invite à aller voir sur leur site-, ils feront des cadeaux excellents et appréciés -on peut même se cotiser. Franchement, un amateur de Victor Hugo tel que je le suis sera comme un fou devant ces deux volumes. Il ne pourra s'empêcher de les prendre, de tourner les pages, de les humer et de les montrer en surveillant du coin de l'œil celui ou celle qui les a en mains de peur qu'il ou elle ne les fasse tomber ou corne la couverture.

D'autres ouvrages sont édités : Madame Bovary, A la recherche du temps perdu, Les fleurs du mal, Candide, Voyage au bout de la nuit, ... Faites-vous plaisir, faites plaisir...

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Les délices de 36

Publié le par Yv

Les délices de 36, Nicolas Rey, Éd. Prisma, 2016.

Été 1936, les premiers congés payés, Jean, Bernadette et leur fils de quinze ans, Marius, partent à Deauville. En train, puisque comme tous les salariés, ils bénéficient de prix attractifs en troisième classe. Les premières vacances en famille, loin du travail, du quotidien. Marius en profite, se promène et rencontre Emma, jeune fille de la bourgeoisie normande de laquelle il tombe éperdument amoureux. Emma la rebelle qui n'hésite pas à se lier à un jeune ouvrier, signe évident de décadence pour ses parents.

La collection Incipit lancée par les éditions prisma est inégale. Pour un très bon livre (Spiridon superstar de Philippe Jaenada, deux un peu en-dessous : L'ancien régime de François Bégaudeau et Deux-pièces d'Éliette Abécassis), un, Les délices du 36, qui me déçoit par sa platitude. Voilà, c'est exactement le mot qui résume ma lecture : platitude. Tant dans l'écriture qui ne fait pas ressortir d'émotions (sauf peut-être la dernière partie, épistolaire, mais je ne suis pas amateur du genre) que dans les personnages. Ils sont pâles, inodores et sans saveur. Et puis, on ne ressent rien de l'euphorie des congés de 36 dans ce court -heureusement- roman. Tout tourne autour de Marius et d'Emma et de leurs amours adolescentes angoissées. Quasiment rien n'est en rapport avec l'époque, je me suis même plusieurs fois demandé si le romancier ne faisait pas un bond en avant pour raconter l'histoire des arrière-petits-enfants de Jean et Bernadette. C'est un peu gênant de se poser une telle question à plusieurs reprises, surtout lorsque le livre doit parler des premières semaines de vacances payées de 36 ! La même histoire avec les mêmes protagonistes aurait pu être transférée à n'importe quelle époque sans que le lecteur y gagne ou y perde quelque chose. Nicolas Rey passe totalement à côté de son sujet. En fait, je réfléchis en écrivant et me dis que les deux jeunes gens sont des personnages très actuels, absolument pas du siècle précédent, leurs amours sont tristes, ils ont peur du lendemain, ils ne savent pas profiter du moment présent, tout est très actuel et plutôt en accord avec la société de 2016 où l'innocence et la spontanéité sont perdues. Supposez qu'on change les lettres de la seconde partie par des textos, et hop, le tour st joué, on place cette histoire en 2016. Histoire interchangeable. Ou alors, c'est le conflit imminent qui les mine, Marius à 16 ans et bientôt mobilisable, mais aucune insinuation de l'auteur, aucun mot, rien, nada.

Et puis, pour ma première lecture de l'auteur, je dois dire que je suis déçu. J'ai l'impression d'entendre une de ses chroniques radio -à l'époque où j'écoutais la radio-, et ce que je pouvais ne pas aimer dedans, eh bien je le retrouve là. Une certaine facilité dans les effets de style, un travail bâclé et décevant. Il y a aussi cette désagréable sensation que Nicolas Rey place dans ses textes des références, des allusions que je ne comprends pas, n'évoluant pas dans son milieu et ne m'intéressant pas aux cancans parisiano-parisiens, ni aux autres non plus. Je sens bien que je passe à côté de certains trucs, et franchement, ça m'agace, comme m'agace ce bouquin.

Pénélope Bagieu signe la couverture, c'est ce qu'il y a de mieux dans le livre.

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