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Le caillou

Publié le par Yv

Le caillou, Sigolène Vinson, Le Tripode, 2015...,

La narratrice est une jeune femme qui vit de peu. Serveuse en extra dans un bar parisien, elle habite dans un petit appartement et n'en sort que rarement. Son voisin, Elle aide sa voisine du dessous, Madame Vallé atteinte d'éléphantiasis en lui faisant ses courses et tient compagnie à son voisin direct, Monsieur Bernard depuis qu'il est venu sonner à sa porte, une nuit, désorienté. Ce vieil homme s'est mis en tête de faire une sculpture de la jeune femme. Ça tombe bien, puisque l'ambition d'icelle est de devenir un caillou. Monsieur Bernard lui raconte sa vie, ses séjours en Corse. A la mort de son voisin, la jeune femme décide d'aller en Corse sur les traces de Monsieur Bernard.

C'est un roman un peu étrange d'une femme qui végète et se laisse mourir à Paris et revit en Corse, sur les côtes du sud d'Ajaccio, à Coti-Chiavari, près du Capo di Muro. Un coin tellement bien décrit tant dans ses décors, ses paysages, ses lumières et ses senteurs qu'une envie irrésistible d'y aller naît en tout lecteur. La Corse est sublime, je le sais pour n'y être jamais allé et pour avoir beaucoup entendu, lu et vu sur cette île.

C'est un roman sur le sens de la vie, sur les raisons qui poussent chacun d'entre nous à vivre avec les autres : l'amour, l'amitié, une passion, un rêve à réaliser, ... Des vies simples mais pleines, pas de grandes ambitions ou des souhaits de notoriété, non juste vivre en harmonie avec soi-même.

C'est un roman sur l'art ou comment les sculptures qui nous viennent des l'Antiquité sont presque plus vivantes que certains hommes. Comment la volonté de créer fait (re)vivre, exister à ses yeux et à ceux d'autrui.

C'est un roman d'amour pour celui que la narratrice attend et qui ne vient pas, alors il lui faudra vivre avec d'autres qu'elle aimera itou. Moins fort ? Pas sûr, mais différemment, l'être idéalisé ne se confrontant évidemment jamais à la réalité, au quotidien.

C'est un roman bien écrit, entre humour du désespoir, mélancolie, envie malgré tout de vivre. Phrases assez courtes, des dialogues, on est dans la tête de la jeune femme qui, avant de partir en Corse se laisse solidifier pour devenir caillou. Le style est très évocateur, on voit les paysages corses, on sent les odeurs tant celle de l'humidité et de pourriture de l'appartement de Monsieur Bernard que celles des arbustes qui ornent le chemin corse qu'elle emprunte chaque jour : lentisque, myrte et figuier. Je vous le disais plus haut, ne reste plus qu'à aller vérifier tout cela sur place.

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Nouvelles de Côte d'Ivoire

Publié le par Yv

Nouvelles de Côte d'Ivoire, Éd. Magellan & Cie, 2014....

Recueil de six nouvelles d'écrivains de Côte d'Ivoire : Régina Yaou, Venance Konan, Luriel Diallo, Awaba, Tanella Boni et Henri N'Koumo. Elles représentent la vivacité littéraire du pays.

- Le séjour d'un morceau de bois dans l'eau, de Régina Yaou : Ankrey est un jeune golden boy, ivoirien. Ses aïeux viennent d'un petit village dans lequel les traditions sont encore très fortes, comme celle qui établit le passage à l'âge adulte par des rites et l'élection d'un chef. Contre toute attente, Ankrey accède à la demande de son père de se plier à l'exercice et y trouve beaucoup de réponses et un sens à donner à sa vie. C'est une nouvelle empreinte des traditions mais également très au fait de la nouvelle vie des Ivoiriens dans la capitale. Un télescopage ou plutôt une saine cohabitation entre tradition et modernité.

- Sarko, Robert et notre président bien-aimé, de Venance Konan : Robert est le président des jeunes et le responsable du parti politique du président actuel dans le canton duquel est issu ce président. Aussi lorsque le président français vient en visite officielle en Côte d'Ivoire, Robert prépare-t-il une réception à la hauteur de l'événement. Une nouvelle drôle sur les préparatifs de cette rencontre, mais qui aborde aussi l'immigration si chère à notre ancien président, et le pouvoir toujours un peu fragile dans certains pays d'Afrique.

- Madame Rose ou la vraie vie, de Muriel Diallo : Madame Rose a fait fortune on ne sait comment. De retour au pays, elle se fait construire une maison dans l'enceinte même du cimetière, ce qui aux yeux des autres la fait passer pour une femme habitée, envoûtée. Une nouvelle plus ésotérique, liée aux croyances, aux esprits.

- Sans voie, de Awaba : Bintou est une jeune femme qui arrive au mariage vierge et assez peu au fait des choses du sexe. Elle angoisse un peu au moment de sa nuit de noces. Une nouvelle qui pourrait paraître légère et qui est tout le contraire, dure. La tradition est parfois violente.

- Un masque à visage rouge, de Tanella Boni : Goli Antin est un albinos qui veut faite de son handicap sa force, quitte mettre son intelligence au service d'escroqueries pour son profit personnel. Une nouvelle très actuelle sur un mode de criminalité très répandu en Afrique.

- La boue à grande coulée, de Henri N'Koumo : Un orage. Des pluies torrentielles. Et l'agression, le viol de cette jeune femme seule dans cette grande maison. La difficulté de porter plainte dans ce pays où les policiers ont mieux à faire que de s'occuper des filles qui se plaignent. Une nouvelle dure, une écriture rapide et envoûtante. Une histoire terrible où "aller de Charybde en Scylla" prend tout son sens.

J'ai une préférence nette pour la dernière, écrite dans une langue superbe avec de belles phrases comme : "Dehors, il continue de pleuvoir dru. Les gouttes d'eau sont pleines de muscles. Elles frappent les toitures et les murs faits de planches d'une force d'homme." (p.96) Cette nouvelle vaut à elle seule l'idée de se pencher sur ce recueil, et comme en plus les autres sont de très bonnes factures cette idée n'en est que renforcée. Avec un petit plus pour Sans voie et Le séjour d'un morceau de bois dans l'eau. Une très belle manière de découvrir -ou de confirmer- la littérature ivoirienne qui aborde des thèmes difficiles comme le poids des traditions, la place de la femme dans la société, les violences qu'elles subissent, la politique, ...

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Deux frères

Publié le par Yv

Deux frères, Fabio Moon, Gabriel Ba, Urban comics, 2015 (traduit par Michel Riaudel) ...,

Yaqub et Omar sont jumeaux. Ils vivent à Manaus au Brésil. Ils ont été séparés tôt, Yaqub a dû partir cinq ans au Liban le pays des origines paternelles. Lorsqu'il revient dans la maison familiale, les retrouvailles ne sont pas joyeuses. Les rivalités qu'ils ont toujours eues reviennent au grand jour, décuplées par la séparation. Avant le départ de Yaqub, une violente bagarre à propos d'une fille avait éclaté entre les deux frères, Yaqub s'en tirant avec une balafre sur le visage. Dans ce Brésil des années 50, en plein essor, les deux frères vont alors adopter deux styles de vie très différents et s'affronter violemment.

Cette bande dessinée est l'adaptation du roman du même titre de Milton Hatoum, paru en 2003 aux éditions du Seuil qui existe aussi chez Actes sud/Babel. Après quelques questionnements quant à ma capacité à suivre ce roman graphique, le rythme est pris. Ce qui me pose question, ce sont des retours en arrière pas forcément expliqués, des personnages assez nombreux et pas toujours très identifiables par le trait ce qui fait qu'on se demande à qui se rapporte le fait raconté, des dessins volontairement malhabiles -ce n'est sans doute pas le terme idoine, mais c'est ce que j'ai trouvé de mieux, par exemple les murs des maisons ne sont pas toujours bien droits. Une fois le pli pris, cet album se lit avec rapidité et grand plaisir. Il s'agit d'une belle et violente histoire de famille, avec ses trahisons, ses amours, ses vengeances, ses actes impulsifs parfois regrettés intérieurement mais jamais face à la victime et donc jamais pardonnés, ... Il est rarement fait mention d'une rivalité telle au sein d'un couple de jumeaux, on lit plus souvent des pages sur la fusion entre les deux, sur la difficulté de vivre sans l'autre, sur l'amour inconditionnel... La gémellité est souvent source de belles histoires de complicité ou d'histoires plus noires, parfois terribles (cf. Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins)... dans Deux frères, c'est littéralement à la vie à la mort.

Album en noir et blanc qui oblige à se concentrer sur les personnages et leurs vies, la couleur aurait sans doute détourné nos yeux vers les paysages brésiliens. Le dessin est tour à tour sobre ou au contraire très riche avec de nombreuses silhouettes ou des paysages denses. Le noir et blanc permet aussi d'insister sur la noirceur du propos, le côté sombre des héros et donne de la profondeur tant au paysage qu'aux protagonistes.

Je n'aurais sans doute pas pris ce roman graphique de ma propre initiative, mais il fait partie d'un des deux livres de ce mois-ci pour le club de lecture de la librairie Lise&moi et je confesse une belle découverte.

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Japonais grillés

Publié le par Yv

Japonais grillés, Carlos Salem, Editions In8, (traduit par Judith Vernant)....

Ce Japonais grillés est un recueil de cinq nouvelles, noires écrites par Carlos Salem, un auteur brésilien. Elles ont en commun certains personnages, une unité de lieu, un bar et surtout l'ambiance mi-tragique mi-drôle. On pourrait aisément imaginer une mise en images par Quentin Tarantino.

- Japonais grillés : l'histoire d'un tueur à gages qui veut prendre sa retraite et laisser son second Juan prendre la suite. Il s'en ouvre à un professeur dans un bar de l'aéroport et le vin déliant la langue lui raconte comment il fait pour que la passation se déroule le mieux possible.

- Petits paquets : Poe travaille dans un atelier clandestin pour "le mec à la Ferrari" : il coupe, colle et met en forme du plastique. Il se lie d'amitié avec l'Artiste. Mais l'atelier clandestin dénombre moult accidents, membres coupés par des machines particulièrement dangereuses.

- Comme voyagent les nuages : Poe traîne dans le bar de Lola. Tous deux se tournent autour sans oser faire le premier pas. Un jour, un type maigre arrive et raconte une histoire, d'abord celle de son suicide inévitable pour lui puisqu'il vient de fêter ses quarante ans et ensuite celle d'une vie parallèle et noire dans le métro, la nuit notamment lorsqu'il est fermé au public.

- Des marguerites dans les flaques : un vieux flic alcoolique ne peut se faire à l'idée d'enterrer une enquête concernant une jeune prostituée d'à peine vingt ans, sa fille étant morte de la même façon quelques années auparavant. Il s'en ouvre au propriétaire de son bar habituel qui l'écoute, comme toujours.

- Mais c'est toi qu'elle aimait le plus : Poe, toujours dans le bar de Lola, est contacté par Cortès un ami qu'il n'a pas vu depuis longtemps, Olga l'une de leurs ex, on ne sait pas trop lequel elle aimait le plus, est menacée par son mari pour toucher une prime d'assurance. Poe et Cortès vont veiller chez elle la dernière nuit avant son élimination.

Voilà, c'est noir, c'est sombre, c'est drôle. Les codes du polar noir sont présents, la mécanique est parfaitement huilée, implacable et la chute arrive, pas forcément surprenante mais inattendue parfois. Beaucoup de dérision, Carlos Salem raconte de la fiction et il le sait, il ne tente pas de nous y faire croire, il construit ses personnages sur les bases des grands types des protagonistes du polar : alcool, filles, bar, types au bout du rouleau, désabusés. Et c'est excellent de se retrouver dans ces nouvelles, je le disais plus haut, c'est un peu comme regarder des courts-métrages de Quentin Tarantino (du genre de Pulp Fiction, celui que je préfère sans doute), et ça fonctionne admirablement bien.

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Le lutteur

Publié le par Yv

Le lutteur, My Seddik Rabbaj, Le serpent à plumes, 2015....

Yahya est un jeune Raytsoute, une tribu noire en plein cœur du Maroc, des descendants d'esclaves. Ce peuple, chassé par les autres tribus s'est installé aux portes du Sahara et au fil des années a fait d'une terre aride et sèche dont personne ne voulait une oasis verdoyante. Ils sont travailleurs, paisibles, mais leur réussite attise les jalousies et les convoitises d'une tribu de la montagne qui va les massacrer pour s'attribuer leurs terres. Seul Yahya, sa mère, son petit frère et sa petite sœur parviennent à fuir. Ils se réfugient dans une ville du nord, La Zaouya, sous la protection d'un Cheikh puissant. Sous couvert de la foi, ce Cheikh règne en maître absolu sur sa région et entend mettre toutes les tribus avoisinantes sous sa coupe, quitte à les soumettre par la violence. Yahya est un jeune homme fort qui apprend très vite l'art de la lutte et de la guerre. Seul noir à être un peu accepté par la société, il ne sait réellement profiter de sa gloire, il cherche à protéger les siens.

Ça commence comme une histoire terrible, une guerre entre deux clans, l'extermination de l'un par l'autre et la fuite de Yahya l'adolescent et de sa famille, son père étant resté combattre ; ça continue comme un conte des milles et une nuits, Yahya et sa famille rencontrant enfin un monde de paix où tout le monde vit en apparente harmonie. Et puis, petit à petit, le lecteur prend conscience que ce monde régit par le Cheikh est une sorte de dictature religieuse : tout est dominé par le Coran et son interprétation par le maître des lieux. Yahya réussit à se hisser dans la garde rapprochée du Cheikh grâce à sa stature et son talent mettant ainsi sa famille à l'abri, fort heureusement pour eux, les noirs n'étant pas bien vus dans le pays. D'ailleurs, Yahya faisant preuve d'une bravoure sans pareille pendant les combats est surnommé par ses adversaires, le diable noir, ils le pensent réellement envoûté. Tout est sous le joug du Cheikh et de la religion, le roman est rythmé par les prières, les prêches du Cheikh (ils sont mentionnés, mais My Seddik Rabbaj nous en épargne la plus grande partie ne citant que quelques passages marquants).

Un très beau roman d'aventures, un roman d'initiation et d'amour qui demande une lecture assez lente pour ne rien en perdre. My Seddik Rabbaj a une écriture qui fait ressortir les odeurs, les couleurs et les sons. A ce propos, le quatrième chapitre consacré au moussem est absolument magnifique. Le moussem est au Maghreb, une fête régionale religieuse qui associe la prière, le commerce et des épreuves : la lutte pour celui de La Zaouya (lieu dans lequel vit Yahya) et un spectacle avec les prouesses de chaque tribu présente. L'auteur décrit toutes les tribus, leurs couleurs de vêtements, leurs particularités physiques et les épreuves qu'elles présentent toutes plus fantastiques les unes que les autres. Tout est tellement beau et fort que Yahya tarde à se rendre compte de la main mise du Cheikh ; il faudra qu'il tombe amoureux pour que ses yeux s'ouvrent.

Un roman qui traite des thèmes difficiles du racisme et de l'intégrisme religieux par un biais original et qui s'intéresse à ses héros, des petites gens qui n'aspirent qu'à vivre tranquillement et en parfaite harmonie avec les autres. On pourrait presque tomber dans le panneau de cette vie idéale chez le Cheikh, cette sorte d'utopie où tout le monde semble heureux et épanoui, mais My Seddiik Rebbaj sait avec habileté mettre dans son récit toutes les traces de l'intolérance, de la domination et de la soumission.

Le serpent à plumes renaît avec entre autres cet ouvrage, soutenu par les éditions de l'Aube, une bien belle manière de renaître.

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Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés

Publié le par Yv

Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés, Arto Paasilinna, Denoël, 2015 (traduit par Anne Colin du Terrail)...,

Viljo Surunen est professeur de philologie à l'Université d'Helsinki. Il est aussi, avec son amie, la professeure de musique Anneli Immonen un ardent militant à Amnesty International. Un jour, il se rend compte qu'écrire des lettres aux chefs d'états pour obtenir la libération de tel ou tel opposant politique ne suffit plus, il doit aller directement dans les pays concernés pour les libérer. Depuis des années il parraine un prisonnier politique au Macabraguay, dictature d'Amérique centrale. Il décide de s'y rendre par ses propres moyens, soutenu par Anneli Immonen.

Remarque liminaire, Arto Paasilinna a écrit ce roman en 1986, il n'est traduit en français (admirablement, comme toujours par Anne Colin du Terrail) que cette année. Il faudra donc que le lecteur fasse l'effort de se replonger dans ces années où le téléphone portable n'existait pas, ni Internet, où le mur de Berlin était encore debout (je précise, car après le Macabraguay, Viljo Surunen ira de l'autre côté du mur en Vachardoslavie), où moi-même je pensais à bien autre chose qu'à un journal de mes lectures (bon, je lisais déjà pas mal, mais j'entamais ma brève et médiocre carrière d'étudiant, j'avais d'autres occupations : sortir, étudier, sortir, me reposer parce que les sorties, ça fatigue, sortir parce que je m'étais bien reposé, étudier ? ah oui, tiens, une bonne idée... mes enfants, merci de ne pas me lire ou de croire que ce ne sont là que des sornettes destinées à mettre mon lectorat en appétit, parce que là, c'est pas pareil, c'est moi qui paie vos études...)

Bon, revenons donc à Surunen après cet avant-propos qui s'est un peu éloigné du sujet. La première partie, celle qui se déroule au Macabraguay est un peu longue, il aurait fallu tailler un peu dedans pour garder le rythme tout du long. La seconde partie, en Vachardoslavie, est plus courte, nettement plus dynamique. La différence entre ces deux parties donne un livre déséquilibré, j'aurais préféré deux parties équivalentes, un roman plus ramassé, plus court d'au moins une bonne soixantaine de pages. Il finit néanmoins sur la partie la plus rythmée, je reste donc sur une belle impression. Et puis, la plume légère et drôle d'Arto Paasilinna fait le reste, ses personnages sont toujours barrés, ils ont un gros grain, se mettent dans des situations abracadabrantesques comme dirait certain, sous couvert de la poésie d'Arthur Rimbaud. Surunen n'est pas un sur-homme ni un super héros, mais il réussira des exploits et subira des tortures qui me font encore frissonner, mais tout cela avec le sourire (le mien, parce que le sien sur le moment n'était pas vraiment sur ses lèvres). Sûr de son bon droit, il file et se moque des dangers. Au passage, Arto Paasilinna en profite pour mettre dans le même panier les dictatures installées et soutenues par les États-Unis à grand renfort de dollars et de soutien logistique et les dictatures soutenues, encouragées et souhaitées par l'URSS de l'époque. Les discours ne sont pas les mêmes, certains ne jurent que par le capitalisme, alors que les autres ne croient qu'au communisme, mais les résultats sont les mêmes : les dirigeants s'enrichissent, mettent en prison ou en camps les opposants ou les font tuer sous divers prétextes, et le peuple souffre.

Conclusion, bien qu'un peu long, ce roman d'Arto Paasilinna ancré dans une triste réalité, celle des dictatures, réjouira les lecteurs pas son sens de l'absurde, la folie douce de ses personnages. Un pari réussi que de faire rire ou sourire avec un thème a priori grave.

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Ça coince ! (27)

Publié le par Yv

Notre famille, Akhil Sharma, L'olivier, 2015 (traduit par Paule Guivarch)..

Ajay, à peine dix ans quitte l'Inde pour les États-Unis où son père s'est installé depuis un an. Ajay et Birju son grand frère s'adaptent à leurs nouvelles vies aisément jusqu'au jour ou Birju est victime d'un accident terrible. La famille doit faire face alors à cette nouvelle situation, chaque membre recherchant l'aide dont il a besoin différemment.

Que dire ? Que dire ? Que je me suis ennuyé ? Certes non, enfin, un peu quand même. Que j'ai aimé ? Non plus. En fait, je suis passé au travers de ce roman sans qu'il s'imprime en moi. L'histoire d'Ajay ne m'a pas du tout touché, j'ai eu l'impression d'une vague connaissance qui me raconterait sa vie avec ses bonheurs et ses malheurs, sans que je compatisse ou que je me réjouisse. Imaginez la scène : je revois une vieille connaissance, on s'arrête prendre un verre dans un bar et, pendant qu'il me raconte sa vie, totalement absorbé par ce qu'il dit, mon esprit s'évade, je regarde au-dessus de mon interlocuteur -qui en l'occurrence est un monologueur (?)-, entend sa voix mais ne l'écoute plus, sans que lui ne s'en rende compte. Vous comprendrez dès lors que je n'ai pas d'avis sur ce roman. Alors pourquoi écrire un demi-billet dessus me questionnerez-vous ? Ben oui, pourquoi ? Juste pour faire mon intéressant, bien sûr..

Le club des pauvres types, Jonathan Curiel, Fayard, 2015..,

Paul quitte son appartement de célibataire pour s'installer avec Claire sa compagne.C'est le moment pour lui de faire le point, de se trouver face à ses angoisses, à ses questions que font naître la vie à deux. Ces deux trentenaires petit à petit voient leurs amis s'installer, se marier et avoir des enfants, la vie autour d'eux change...

Très inégal ce roman à réserver tout de même au public visé, les trentenaires voire jeunes quarantenaires pour qui ces souvenirs ne sont pas trop lointains.  Les débuts de chapitres peuvent être longs, les dialogues sont beaucoup plus vifs et intéressants, on y lit pas mal de réflexions drôles, décalées qui parfois font mouche et parfois font un peu "bonne blague à recaser". On sent que l'auteur en a sous le pied mais qu'il ne se libère pas totalement, ce qui fait que les bonnes intentions ne sont pas exploitées à fond. Ah, comme j'aurais aimé plus de délire et de décalage ! Certains passages sont très réussis, comme la visite du jeune couple à Ikea avec les parents de Claire, et le désintérêt de Paul qui demande à son beau-père "au crâne dégarni et au style élégant s'il souhaite (l)'accompagner quelques minutes dans la piscine à boules mais il ne répond pas, hélant son épouse comme pour se débarrasser de (lui)". (p.27), ou encore le séminaire avec une collègue très en forme.

Mes souvenirs de trentenaire jeune installé et jeune papa sont un peu anciens, je ne suis sans doute pas le lecteur visé par ce roman qui devrait convenir à la génération qui me suit, qui lui parle directement. 

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La vie rêvée des autres

Publié le par Yv

La vie rêvée des autres, Agnès Bihl, Don Quichotte, 2015.....

Jacky et Ferdinand sont amis depuis soixante ans. Ils furent respectivement disquaire et fossoyeur. Leur amie commune, Madeleine, 77 ans, est malheureuse en maison de retraite. Jacky et Ferdinand vont tenter l'incroyable pour l'en faire sortir. Mais l'idée qui paraît belle ne fera sans doute pas la joie des petites-filles de Madeleine, Magali et Delphine. Magali, croqueuse d'hommes et de la vie en général qui souhaite se marier avec son riche amant, se faire entretenir et le cocufier généreusement ; problème, il est déjà marié... Delphine, en ménage avec Jean-Christophe, un macho-misogyne, un gros connard doublé d'un imbécile.

Agnès Bihl m'avait déjà bluffé avec son recueil de nouvelles, 36 heures de la vie d'une femme, elle récidive avec son premier roman. Quelques passages un peu longs, assez rares cependant, donc je les évacue très vite. Le reste, eh bien, il est excellent. Ce qui me ravit c'est le sens de la formule de l'auteure, je pourrais en citer un nombre incalculable, des sortes d'aphorismes, d'expressions détournées, de réparties cinglantes (par exemple un dialogue entre copines) :

"Pas futé, ton bonhomme.

- C'est même le roi des cons. Ne le sous-estime pas.

- Et sexuellement il est comment ?

- Parfait pour chronométrer la cuisson des pâtes." (p.37)

A chaque fois, sa phrase sonne juste, tombe dans le mille. C'est drôle, ironique, tendre, tragique, ... car elle joue de tous les registres. Si le livre est globalement positif et joyeux, certaines pages sont sérieuses et bien senties, comme celles qui concernent la maltraitance que subissent les personnes âgées dans certaines maisons de retraite, ou les violences faites aux femmes, le racisme, la surabondance de soi-disant informations dans les journaux télévisés ou radiophoniques. Ce qui est bien, c'est que le raciste mis à part, qui est vraiment un gros "Connard" (dixit Agnès Bihl), l'auteure n'est jamais manichéenne, les maltraitants ont des circonstances qui peuvent expliquer certains comportements sans les excuser pour autant (les pages dans lesquelles elle décrit Jean-Christophe et Delphine au plus mal, où l'on sent monter l'acte, le viol dit-pudiquement-domestique, et l'après la honte de l'un, la peur et le dégoût de l'autre, en sont une illustration parfaite. Jean-Christophe reste un pauvre type, un salaud ordinaire, mais la montée en lui de cette pulsion est bien décrite). A chaque fois, je trouve qu'elle est juste, c'en est même énervant, parce qu'elle dit ce que je pense mais elle le dit mieux que moi. Moi qui m'énerve régulièrement ici contre les propos racistes, je me trouve lourdingue parfois, mais Agnès Bihl, avec la même colère est beaucoup plus fine (que voulez-vous je ne suis qu'un pauvre mâle... et puis le talent on l'a ou on ne l'a pas. Agnès Bihl l'a) : "Madeleine avait des envies de meurtre à chaque fois qu'elle croisait ce type, elle n'avait jamais pu s'habituer à ce genre de fumier. C'est dingue. Son Christ est juif, ses chiffres sont arabes et son berger allemand, mais Connard trouvait le moyen d'être raciste quand même." (p. 192)

En plus de toutes ces bonnes raisons de lire ce roman, j'ajouterai que l'auteure a su créer des personnages attachants avec leurs côtés chiants, leurs névroses et leurs difficultés à vivre mais leur volonté de ne pas nuire aux autres surtout à leurs amis et aux amis de leurs amis... Une famille très élargie dont on a envie de faire la connaissance, qui passera des journées à l'Île d'Yeu, qui reste l'une des mes îles préférées (avec Bréhat -mais il m'en manque encore beaucoup à visiter dans l'Atlantique ou la Manche ; si parmi mes lecteurs certains ont de bons plans voire des invitations pour m'en faire découvrir d'autres, n'hésitez pas, contactez-moi)

Bref, un excellent premier roman à l'écriture qui fait mouche. Agnès Bihl est aussi auteure-compositrice-interprète, je m'étais juré d'écouter ses albums après ma lecture de son recueil de nouvelles, je l'ai fait -légalement- sur Internet, point encore en vrai chez moi. Cette fois-ci promis, je le fais.

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Trois fourmis en file indienne

Publié le par Yv

Trois fourmis en file indienne, Olivier Gay, Le masque, 2015.....

"Un attentat dans le métro parisien. Une vente aux enchères. Un milliardaire au sourire trop large. Des soldats en treillis. Des directives de l'antiterrorisme. Une île paradisiaque. Du sable blanc. Une mer turquoise. Des fusils d'assaut. Et Fitz. Ce dealer, dragueur et parasite mondain n'a rien d'un James Bond. Alors, pourquoi se trouve-t-il au centre du complot ?" (4ème de couverture)

Non, non ce n'est pas ma paresse qui me fait recopier la quatrième de couverture en lieu et place de mon résumé personnel, mais une fois n'est pas coutume, je la trouve excellente, elle résume parfaitement le début du roman et donne envie d'aller creuser un peu. Fitz, Jonh-Fitzgerald Dumont de son vrai patronyme, n'est pas un inconnu pour vous, puisque je l'ai déjà rencontré et en ai parlé pour Les talons hauts rapprochent les filles du ciel, Les mannequins ne sont pas des filles modèles, Mais je fais quoi du corps. Lors de l'une des trois aventures pré-citées, Fitz avait fait appel à un pirate du net, qu'il a surnommé Bob, pour le sortir d'un mauvais pas. Fitz est donc redevable à Bob, qui entend lui faire payer sa dette dans ce quatrième tome. Fitz traîne toujours dans les boîtes parisiennes pour vendre la petite quantité de drogue qui lui permet de subvenir à ses besoins. Il est toujours proche de Moussah, videur, et Déborah. Mais lorsqu'il doit partir sur cette île accompagné, c'est Jessica son ex avec qui les rapports sont devenus très tendus, notamment parce qu'elle est commissaire de police, qui est choisie pour jouer le rôle de son épouse. Le décor planté, évidemment rien n'est simple, d'abord parce que Fitz n'a rien d'un espion, ensuite parce que les rapports avec Jessica sont difficiles et s'insérer dans un groupe de richissimes hommes d'affaires n'est pas aisé et enfin les mercenaires armés qui surveillent toute l'île ne laissent que très peu de liberté aux invités et n'engagent que peu aux festivités.

J'avais laissé Fitz dans un état plus sombre, plus noir dans le troisième roman de la série et je le retrouve comme avant, plus léger mais aussi plus blasé, désabusé, comme s'il commençait enfin à se poser des questions sur sa vie, qui il faut bien le dire tourne un peu en rond, entre les clubs, les nuits arrosées et les conquêtes d'un soir. Néanmoins, Olivier Gay ne lui a pas ôté son sens de l'humour, son détachement, son dilettantisme, sa maladresse et sa volonté de bien faire. Ni son charme, ni sa tchatche, ni son côté dragueur, séducteur. Tant mieux parce que le mélange fait de ce roman un polar léger avec des personnages fort bien croqués et qui évoluent depuis le début de la série. Fitz tient toujours le premier rôle, mais quasiment à égalité avec Jessica cette fois-ci ; le second rôle du pirate-Bob est une idée formidable qui donne un côté moderne et pour tout dire un rien angoissant puisque Bob entre dans la vie de Fitz quand bon lui semble -peut-être est-il temps de se poser des questions sérieuses sur nos habitudes sur Internet, avec nos portables...

Comme je l'ai dit à propos des autres livres de cette série, Olivier Gay a une écriture très agréable, vive, simple et directe, beaucoup d'humour, de réparties fines et cinglantes, notamment dans les dialogues. Ce quatrième opus est moins une enquête qu'un roman d'espionnage à la manière de James Bond, mais comme il est répété plusieurs fois dedans, Fitz n'a rien de 007. Une bien belle aventure avec des surprises et des révélations jusqu'à la fin. Une série qui monte en puissance puisque je pensais que le précédent était le meilleur mais j'ai pris tellement de plaisir à lire que je révise mon jugement en l'appliquant à ces Trois fourmis en file indienne (explication de ce titre à la Agatha Christie -la galerie de personnages et le huis clos sur l'île peuvent également faire penser à cette auteure- dans le livre) en attendant le prochain...

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