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Un devin m'a dit

Publié le par Yv

Un devin m'a dit. Voyages en Asie, Tiziano Terzani, Intervalles, 2010, traduit par Isabel Violante avec le concours de Ioana Herman (première édition française Maisonneuve et Larose, 1997).....

En 1976, à Hong-Kong, un devin dit à Tiziano Terzani qu'en 1993, il ne devra à aucun prix prendre un avion. L'année en question, plus par jeu et par envie de changement, le journaliste décide de respecter la prophétie. Accord trouvé avec son employeur, Der Spiegel. Tiziano Terzani voyage alors par des moyens terrestres et maritimes, prenant le temps de la rencontre, le temps de la discussion et cherchant dans chaque pays, dans chaque région un devin comme pour vérifier la prophétie initiale ou approcher de plus près les cultures traditionnelles de chaque pays traversé.

Je n'écrirai pas ici de prolégomènes au contenu de mon article, je ferai court en vous disant tout de go que je risque l'emportement, l'enthousiasme voire la dithyrambe. Ce bouquin est tout simplement magnifique ! Déjà emballé par Lettres contre la guerre du même auteur, je me suis empressé vers les rayonnages d'une librairie pour acquérir cet ouvrage dont Aifelle ou Zazy ont dit le plus grand bien. J'ai même acheté Un autre tour de manège, mais là Madame Yv a posé son droit de préemption et je ne pourrai le lire que lorsqu'elle l'aura fini, mais je sais de source sûre -les confidences sur l'oreiller, ça fonctionne toujours- qu'elle est conquise.

Cette lecture demande un minimum d'attention et d'exigence, Tiziano Terzani nous baladant dans beaucoup de pays dont il raconte l'histoire ; 460 pages denses en petits caractères (dans la version poche). Si je suis parvenu au bout sans encombre, vous pouvez me croire, ces pages sont passionnantes, surtout si fidèles du blog, vous connaissez mon appréhension pour les gros volumes. Jamais je ne m'y suis ennuyé. Jamais je n'ai eu a moindre velléité de fermer le livre avant de l'avoir fini.

Un texte fort et très accessible qui parle des traditions qui se perdent au profit de l'occidentalisation de l'Asie. La globalisation tend vers l'uniformisation des coutumes et des hommes et des femmes du monde, et c'est ce que ce texte montre bien. Quel dommage qu'en Mongolie, en Thaïlande, en Chine, en Birmanie, on trouve des chaines de magasins mondialement connues. Le commerce international remodèle le monde, le façonne à sa manière plus vendeuse, plus bénéfique financièrement. Le reporter passe de Thaïlande à Singapour ce bout de terre ultra-moderne, déshumanisé, emprunte les routes birmanes, visite le Cambodge sous assistance de l'ONU (la critique contre cette organisation est assez virulente) ; les entreprises internationales se livrent une bataille pour la reconstruction du pays détruit par les Khmers rouges. Partout Tiziano Terzani cherche l'humain, le contact, la rencontre. Son mode de voyage, lent, lui donne le temps de parler, de s'arrêter et ses carnets son emplis des rencontres parfois formidables parfois moins avec des hommes et des femmes qui n'ont pas renoncé à leurs traditions.

Un texte d'un homme à la recherche d'une vérité, d'une spiritualité qu'il a du mal à cerner. L'année 1993 qu'il passe sur les routes à chercher l'autre est sûrement celle qui le mènera vers cette sagesse que j'ai ressentie dans Lettres contre la guerre. Il me semble que c'est l'année qui le verra doucement basculer vers le côté spirituel de sa personnalité, laissant son autre face, celle du reporter qui court les zones de conflit pour en rendre compte s'atténuer petit à petit.

Lecture formidable, intelligente, instructive et ressourçante (?), on sent à le lire un bien-être, une envie folle de ralentir le rythme -et pourtant, le mien est déjà beaucoup plus lent que celui de la majorité des Français. Découvrez et lisez Tiziano Terzani, et merci à Intervalles de rééditer ces textes.

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Profession du père

Publié le par Yv

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset, 2015...,

Émile Choulans grandit entre un père violent, mythomane, qui lui raconte ses faits de guerre, ses histoires d'espion. Raciste, partisan de l'Algérie française, le sujet est particulièrement brûlant en ce tout début des années 60. Aussi, lorsque le putsch des généraux a lieu en Algérie, cet homme dérangé prend le parti d'iceux et il demande à son fils de "taguer" à la craie les murs sur son trajet pour aller au collège, du nom de l'OAS. Et lorsqu'il s'agit de supprimer De Gaulle, c'est aussi à Émile que son père s'adresse. Et comme le garçon sait que son père possède une arme, son esprit envisage déjà le pire.

"Quand mon père me battait il criait en anglais...", ainsi commence l'un des précédents romans de Sorj Chalandon, Retour à Killybegs. Lors de la remise du Prix France Télévision, en 2011 qu'il n'avait pas remporté d'ailleurs (la lauréate était Delphine de Vigan), il était resté parler avec les lecteurs-jurés et m'avait dit que cette première phrase de ce roman était réelle sauf sur un point, son père parlait alors en allemand. Profession du père est la continuité de cette phrase, Sorj Chalandon est sans doute à peine caché sous Émile Choulans, d'après ce que j'ai pu lire sur ce roman depuis qu'il est sorti. C'est un roman bouleversant sur les rapports père-fils totalement dénaturés par la maladie et la violence. Émile n'a de cesse de vouloir faire plaisir à ce père violent qui ne le complimente jamais, au contraire, il le rabaisse systématiquement, le frappe, le punit brutalement. Il croit à ses histoires d'espionnage, d'OAS et de CIA. Même lorsque le fils fait quelque chose de bien une explication du père met fin à sa joie, comme cette fois où par son dessin, Émile a gagné deux places de cinéma : "Ma mère a applaudi. Mon père a souri. Pendant la guerre, il avait sauvé la vie de monsieur Bertholon, le directeur du cinéma. Pendant que je dessinais, il était passé le voir pour lui souffler mon nom. Voilà pourquoi nous avions gagné. Mon père était ravi." (p.178)

Comme à son habitude, Sorj Chalandon, écrit un roman fort et accessible bien que dur. Même si je me dois de dire que je l'ai parfois trouvé trop long, un peu voyeur, mais peut-être est-ce parce que j'en attendais trop, venant de cet écrivain que j'aime beaucoup. Son héros est un jeune homme, mais le langage adopté n'est pas bêtifiant, ce qui est souvent le cas avec des héros-ados. On endure avec Émile, on le soutient puisque même sa mère a du mal à le faire, c'est une femme passive qui tente de le protéger et évitant les coups et les insultes. On se demande jusqu'où il pourra aller pour s'attirer si ce n'est l'amour au moins une marque d'affection et de tendresse de son père. Difficile de se construire après une enfance comme celle-ci, Gérard Garouste en parle dans L'intranquille, son autobiographie d'une manière forte également. Sorj Chalandon aborde ce thème sous forme de roman, une manière différente et tout aussi marquante d'écrire sur les violences paternelles et sur la difficulté qu'a un enfant à sortir du cercle familial malgré les coups et les insultes. On se demande toujours pourquoi les femmes battues restent avec les hommes qui les frappent, mais les enfants devenus grands pourraient aussi partir. Mais l'amour, la demande de reconnaissance, le désir d'obtenir enfin des compliments, des remarques positives est sans doute encore plus fort. Quasiment jusqu'au bout, ces enfants brimés espéreront un geste, un mot du père. C'était déjà vrai dans L'intranquille dont je parlais plus haut. Ça l'est aussi dans Je n'ai jamais eu de petite robe noire de Roselyne Madelénat.

Un beau roman, touchant et fort sur l'enfance lorsqu'elle ne se déroule pas comme elle devrait.

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Mon bel orage

Publié le par Yv

Mon bel orage, Héloïse Combes, Éd. Rémanence, 2015...,

Lella, quatorze ans, collégienne, tombe sous le charme de son professeur de dessin, Marius Gracq, une cinquantaine d'années. Lella sèche les cours pour le rejoindre, le voir peindre. Leur relation réside sur l'intérêt qu'ils ont en commun de se voir, ils se touchent à peine, parfois la main de Marius frôle par hasard celle de Lella. Mais la rumeur que Lella et Marius couchent ensemble envahit bientôt les couloirs de l'établissement scolaire, relayée ardemment par les adolescents. Lella ne peut compter que sur ses amis, les jumeaux Jules et Julien et Margot.

Voici un court roman (à peine plus de 100 pages) qui peut mettre mal-à-l'aise : pédophilie, détournement de mineure, on pense à tout cela, même si en l'occurrence, c'est Lella qui poursuit Marius de ses assiduités, lui assez en retrait de cette histoire ne semble pas la voir comme une femme. Tout débute finalement comme un simple amourette d'élève et se poursuit comme... eh bien, je ne vous le dirai pas, je ne divulguerai rien, même sous la torture (enfin, légère la torture, svp).

Ce qui est étonnant avec ce roman c'est que c'est une langue qui ne me parle pas forcément, pas assez prosaïque, trop allusive, poétique pourrait-on même dire, j'ai du mal parfois à comprendre les images, les figures de style, mais malgré tout je n'ai jamais décroché, comme attiré, aimanté par le texte, les descriptions, le personnage de Lella. Elle est complexe, amoureuse et entière comme on peut l'être à 14/15 ans, entourée de bons amis mais assez seule. Elle dit tout bas vivre seule avec sa mère et ses petits frère et sœur, sans père, disparu, ceci expliquant sans doute la relation avec Marius. Lui est en second plan, il subit plus qu'il ne vit cette histoire comme s'il pensait aux inévitables conséquences. Il paraît pâle à côté de la jeune fille. C'est l'art et la poésie qui les lient. Il peint (et n'écrit pas malgré son nom). Elle aime le voir peindre. Il la peint. Deux fois.

Difficile d'en dire plus sur ce livre sans en dévoiler trop. Héloïse Combes a su créer un univers personnel, original et touchant. Elle ne juge pas, elle raconte son histoire et le sentiment qui dérange au départ tombe en cours de lecture (pas totalement cependant, je n'ai pu me départir de ma fibre paternelle et j'ai eu du mal à imaginer ma fille adolescente -qui ne l'est plus, ouf- amoureuse d'un homme de 35 ans de plus qu'elle, et je n'ai pas réussi à me mettre dans la peau de Marius, bien qu'arrivant tranquillement à son âge), tant Lella est lumineuse et s'éveille.

Le mieux pour vous faire une idée des multiples talents d'Héloïse Combes : chanteuse, auteure-compositeure, écrivaine et photographe, c'est d'aller voir son blog, sobrement et logiquement intitulé Héloïse Combes.

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Coups de cœur 2015

Publié le par Yv

Je ne pouvais pas vous laisser comme ça sans nouvelle pendant cette fin d'année, alors comme l'an dernier, je vais lister mes coups de cœur, ceux que j'ai classés comme tels au moment de la rédaction de la recension les concernant, et comme l'an dernier, je prends la même illustration. Cette année, je fais court, j'ai lu beaucoup de livres, certains m'ont beaucoup plu mais je ne les ai pas classés en coup de cœur, j'aurais peut-être pu, mais tant pis, c'est fait. Que personne ne m'en veuille, ce classement est purement subjectif et assez restreint, la crème de la crème de ce que j'ai lu en 2015. Par ordre d'apparition sur le blog :

- Manuel de dramaturgie à l'usage des assassins, de Jérôme Fansten (Anne Carrière). Totalement barré et maîtrisé, un polar fou absolument génial.

- Les Amazoniques, de Boris Dokmak (Ring). Une quête lente et belle, une remontée de fleuve poisseuse.

- La bonne, la brute et la truande, de Samuel Sutra (Flamant noir). Parce qu'un bon polar, bien tourné, avec des tronches, c'est quand même vachement bien.

- Corps désirable, de Hubert Haddad (Zulma). Lorsque la science est poussée à l'extrême, quelles sont les questions réelles et physiques à se poser ?

- Les échoués, de Pascal Manoukian (Don Quichotte). Formidable, Magnifique, je n'ai pas assez de mots pour qualifier ce livre à lire et faire lire partout autour de vous.

- Quand le diable sortit de la salle de bain, de Sophie Divry (Noir sur blanc). Pour l'originalité du ton et de la forme.

- Libertalia, de Mikaël Hirsch (Intervalles). Parce que Mikaël Hirsch est quasiment tout le temps dans ma liste de coups de cœur.

- Le vol du Jocond, de Jean-Pierre Bernhardt (Cohen&Cohen). L'aventure dans le monde de l'art. Jouissif.

- J'étais la terreur, de Benjamin Berton (Christophe Lucquin). Un point de vue osé, un parti pris qui peut diviser et qui me plaît beaucoup.

- Lettres contre la guerre, de Tiziano Terzani (Intervalles). Parce qu'on a besoin de gens comme Tiziano Terzani qui pensent d'abord à l'humain et à la paix. Un sage.

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Les secrets du Club des Six

Publié le par Yv

Les secrets du Club des Six, Henri Girard, Éd. Rémanence, 2015.....

Lorsque Maryse Labasle vient s'installer dans ce village, c'est pour en devenir l'institutrice. Elle vient avec son fils, François âgé d'une dizaine d'années. Femme seule, elle fait sensation en ce début des années 60. François se lie très vite à Michel, fils d'un ouvrier agricole pauvre et alcoolique et d'une mère effacée. Ils vivent dans une maison sans électricité au sol en terre battue. Un jour, François tombe sur un livre de bibliothèque rose mettant en scène une équipe d'enfants et un chien, Le Club des Cinq. Il décide de créer son club des cinq, mais à six pour cause de gémellité : Michel sera son second, Marsel-Claude -fille ou garçon ?- sera le garçon manqué, et les deux jumelles, ses voisines, joueront ensemble le dernier rôle. Lechien, le chien de Michel sera Dagobert !

Ce délicieux roman se passe au fin fond de la campagne, dans ces années 60 qui verront exploser pas mal de codes, de coutumes, de mœurs, même si l'on est encore loin de tout cela dans ce village. Il commence comme un roman d'enfants qui ont envie de s'occuper ensemble, qui vont fréquenter la même école à la classe unique, qui vont s'unir pour la vie avec l'inévitable échange de serment. Contrairement à ce que pourraient laisser penser le titre et mon résumé, ce n'est pas un roman jeunesse. C'est un hommage appuyé et revendiqué à Enid Blyton, la romancière britannique et à sa série mondialement connue Le Club des Cinq, qui avait en son sein : François (même prénom ici), Mick (joué par Michel), Claude (interprété par Marsel-Claude), Annie (les sœurs Hanni qui s'y mettent à deux, normal pour des jumelles) et Dagobert dont le nom oscillera pour les Six entre Dago et... Lechien. Mais, contrairement à la série anglaise, on fait connaissance avec les parents des enfants qui deviendront des personnages importants, au même titre que leurs rejetons. Tous sont typiques, sympathiques, même lorsqu'ils ont des relations compliquées avec les autres, on sent une vraie souffrance, un mal-être qui les empêche de vivre sereinement. Et si c'était un secret ? Celui que tout le monde tente de cacher, sans y parvenir vraiment. Ou un autre, plus personnel ?

Une mention particulière pour Placide Hanni, le père des jumelles, représentant en spiritueux, qui ne peut s'empêcher de partir dans des envolées lyriques souvent émaillées de mots rares : "Va cuver ailleurs ! Madame Labasle peut prétendre à un autre... sigisbée*.", ou encore, un peu plus loin : "Oh, Dame Labasle ! Il me revient de vous gratifier, répondit Placide. Votre charme mérite plus que ma modeste sympathie. Ne vous turlupinez point, je pars de ce pas afin de le ramener dans sa... hum... thébaïde.**" (p.87) ; mais aussi souvent parasitées par des néologismes, des à-peu-près souvent drôles (comme ce "gratifier" ci-dessus). Je l'imagine bien faisant de grands gestes en même temps qu'il parle, je le visualise parfaitement.

Un roman fort agréable, écrit de très jolie manière, élégante, fine et délicate. Plus profond que le titre et le thème laissent à penser, grâce aux beaux personnages. J'ai beaucoup aimé cette chronique villageoise qui fait la part belle à l'humain, à la rencontre : chacun des protagonistes s'ouvrira à l'autre et se découvrira des talents, un hymne à la découverte de l'autre et à son enrichissement personnel grâce à la différence ici, plus sociale qu'ethnique, lieu et période obligent.

Pour les incultes (comme moi, puisque j'ai usé du dictionnaire -merci Larousse-, je connaissais les mots mais point leurs significations) :

*Sigisbée : chevalier servant d'une dame

**Thébaïde : lieu isolé propre à la méditation

Je lis, avec ce titre, mon troisième livre édité par les éditions de la Rémanence, tous très différents (Au-delà des 125 palmiers, Travers de routes) et je salue le travail de découverte et d'originalité. Je ne peux que vous inciter à vous pencher sur cette jeune et petite maison de Vénissieux.

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L'intégrale illustrée

Publié le par Yv

L'intégrale illustrée, Edgar Allan Poe, Éd. Archipoche, Collection La bibliothèque des classiques, 2015.....

Ouvrage qui regroupe les romans : Aventures d'Arthur Gordon Pym, Le journal de Julius Rodman, les contes et nouvelles : Histoires extraordinaires, Contes inédits, Histoires grotesques et sérieuses, le théâtre : Politien, l'essai : Eurêka et la poésie d'Edgar Allan Poe. 780 pages d'un gros et beau volume, traduit par Charles Baudelaire, Emile Hennequin, William Little Hughes, Félis Rabbe, Stéphane Mallarmé, Gabriel Mourey. Illustré par Harry Clarke, Arthur McDormick et Gustave Doré

Autant vous le dire tout de suite, je vous parle ici d'un livre que je n'ai pas encore fini. Mais je sais qu'il est bien puisque Edgar Allan Poe, c'est bien, c'est même encore mieux que bien. Qui ne connaît pas au moins de lui les Histoires extraordinaires : La lettre volée, Le scarabée d'or, m>Double assassinat dans la rue Morgue ? Je les ai lues, adolescent, en même temps que je m'empiffrais de séries Les six compagnons, ou des romans de Jules Verne, et que je commençais tout juste à lire les romans de Victor Hugo, Les Misérables mon premier Hugo. Mais autant, j'ai arrêté la série française avec six copains, autant j'ai continué à lire et relire Jules Verne, Victor Hugo et Edgar Allan Poe.

On ne présente plus Edgar Allan Poe, écrivain américain du 19° siècle (1809/1849), célèbre pour ses contes et ses Histoires extraordinaires, les plus marquantes pour moi furent Double assassinat dans la rue Morgue et Le scarabée d'or . On dit souvent de lui qu'il est le précurseur du roman policier, de la science fiction ou de l'anticipation. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais il est sans doute celui que j'ai lu en premier dans quasiment tous ces genres, et celui qui m'a donné envie de continuer à lire de l'aventure. D'ailleurs les meilleurs ne s'y sont pas trompés puisque Charles Baudelaire le traduisit ainsi que Stéphane Mallarmé pour la poésie.

C'est un livre que je ne vais pas dévorer en entier, je vais piquer dedans, une histoire entre deux autres lectures, je ne vous cacherai pas qu'à peine reçu, je l'ai déjà commencé -et c'est toujours aussi excellent- et qu'il traîne dans un endroit où je peux le reprendre rapidement, à la maison, car ses dimensions m'empêchent de l'emporter en dehors. C'est un ouvrage fait pour rester dans une bibliothèque : belle couverture, tranche supérieure dorée, feuilles fines et écriture dense. Enfin, quand je dis "rester", non, pas exactement, il doit en être sorti pour le montrer, le lire et le faire lire. Vade retro les bouquins qu'on expose sans jamais les ouvrir !

Une belle idée cadeau pour les amateurs de lectures ou l'énigme, le mystère et l'intrigue ont la part belle. En plus, il ne coûte que 32€

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L'intranquille

Publié le par Yv

L'intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, Gérard Garouste (Avec Judith Perrignon), L'iconoclaste, 2009 (Livre de poche, 2011).....

Gérard Garouste est peintre, né en 1946, d'une mère effacée et d'un père marchand de meubles, antisémite, qui hait l'humanité et qui n'a pas hésité a récupérer les biens des juifs pendant la guerre. Sa méthode d'éducation est basée sur la peur. Même pour son fils devenu jeune homme qui a mis du temps à échapper à son emprise. A peine libéré, à vingt-huit ans, Gérard Garouste fait une crise de délire et est hospitalisé. D'autres crises et d'autres internements suivront. Gérard est bi-polaire. La rencontre avec Élisabeth, juive, la naissance de ses garçons, l'amitié indéfectible de quelques hommes rencontrés en pension, la recherche d'une spiritualité, la peinture à travers laquelle il est enfin reconnu, rien n'empêchera ces crises de délire.

C'est Aifelle qui m'a suggéré cette lecture dans un commentaire sur mon article concernant le livre de l'un des amis poches de Gérard Garouste, l'un des fameux pensionnaires, Jean-Michel Ribes, Mille et un morceaux. Merci beaucoup, car c'est une lecture forte, que j'ai alourdie de notes, de phrases ou paragraphes soulignés. Le tout début par exemple : "Quand Isabelle, la dame qui s'occupait de lui, m'a appelé en pleurs, je suis parti vers Bourg-la-Reine et la maison de meulière, 15 avenue de Bellevue. Il était dans son lit, la tête posée sur les mains, il semblait dormir tranquillement, en accord avec lui-même. Mais il était mort et j'étais soulagé." (p.11) Plus loin, Gérard Garouste parle un peu de ses ascendants et des secrets de famille qui plombent les générations suivantes. Son père, né en 1919 héritier des magasins de meubles Garouste et fils qui profitera de la guerre : "Il n'avait pas pu faire héros. Alors il avait fait salaud. Son éducation de bon catholique l'y préparait. Il appartenait à un monde d'illusions et de certitudes, où les Juifs avaient une sale réputation." (p.25)

Gérard Garouste revient sur son enfance, la peur qu'inspirait son père, sa haine des juifs et sa misanthropie de manière générale. Son sauvetage, il le doit à plusieurs causes : la peinture, l'amour d'Élisabeth qui deviendra sa femme et les livres. Pas n'importe lesquels : La divine comédie de Dante, puis plus tard le Talmud et la Torah. Il apprend l'hébreu, discute avec des rabbins : "Et sans le voir je dérivais doucement vers ce monde juif obscur et malin, dont on m'avait appris à me méfier." (p.75) Beaucoup de pages sur l'antisémitisme de son père et sur son apprentissage de ce que sont les juifs jusqu'à en presque épouser la religion, comme pour contrebalancer la haine du père.

Le livre est aussi une belle réflexion sur la peinture, la création, l'argent qui entoure l'art et sur Picasso qui "a cassé le jouet... Il avait cannibalisé, brisé la peinture, ses modèles, ses paysages, et construit une œuvre unique... Il a rendu classique tout ce qui viendrait après lui. Il est la peinture et son aboutissement. Que faire après lui ? Et Marcel Duchamp qui venait de mourir ? On était en 1968, et nul n'a voulu voir, alors, que la révolution de l'art était terminée, Duchamp en était le point final. Il avait renoncé à la peinture, décrété l'objet comme œuvre et l'artiste celui qui regarde. Il avait joué avec notre mémoire, notre culture, notre rétine et avait poussé si loin le défi, que tout avait été fait et défait." (p.61/62)

Et puis la folie, les crises de délire fortes, la maladie qui effraie son entourage, ses fils particulièrement : "Selon les époques, les mots me concernant ont changé : on m'a dit maniaco-dépressif ou bipolaire... Un siècle plus tôt, on aurait juste dit fou. Je veux bien." (p.88) Les séjours à Sainte-Anne, la camisole chimique, les retours et les rechutes...

Une histoire poignante, sincère et directe, pas de détours, de paraphrases pour expliquer ceci ou cela, le récit est brut, franc, ce qui explique aussi sa relative et bienvenue brièveté (156 pages en poche). Une vie pas commune, pas particulièrement joyeuse, mais pas écrite pour faire pleurer ou pour s'apitoyer, sans doute pour donner quelques explications aux toiles du peintre, car toute sa vie est dans sa peinture ainsi qu'il l'écrit.

Un texte dense et bouleversant des titres et sous-titre jusqu'à la fin, sans doute comme les toiles du peintre que j'avoue ne pas bien connaître, seulement par mes recherches sur Internet.

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Comment va la douleur ?

Publié le par Yv

Comment va la douleur ?, Pascal Garnier, Zulma,2006 (réédition 2015).....

Simon, tueur à gages vieillissant et malade se retrouve un peu par hasard à Vals-les-Bains. Il y rencontre Bernard, un jeune homme qui vient y voir Anaïs sa mère qui végète dans sa boutique qui, malgré diverses destinations n'a jamais marché. Elle est désormais le lieu de vie d'Anaïs qui survit grâce à la présence du rhum Négrita. Simon engage Bernard pour deux jours en tant que chauffeur, un ultime contrat à honorer au Cap d'Agde. Entre eux se nouent des liens improbables et commence le voyage dans le sud de la France, très différent de ce qu'imaginait Simon pour son dernier déplacement.

Quelle belle idée de rééditer les romans de Pascal Garnier, spécialiste du roman noir français, décédé en 2010. J'en ai lu pas mal, pas tous chroniqués ici, car lus avant la création du blog. Néanmoins, vous pouvez relire -avec indulgence, je démarrais- mes billets : Les haut du bas, Lune captive dans un œil mort, Le grand loin. A chaque fois que je lis un roman de Pascal Garnier ou que j'en relis un, comme Comment va la douleur ? que je relis ici, je me dis : "Ah, c'est celui-ci que je préfère". Donc pour cet article, c'est Comment va la douleur ? que je préfère jusqu'à ce que je relise un roman de l'auteur.

Pascal Garnier aime se faire rencontrer des personnages a priori totalement opposés. Qui aurait pu croire que Simon, vieux tueur à gages fatigué, malade, usé et blasé rencontrerait un jeune homme gai et positif et qu'ils s'entendraient ? Et la rencontre avec Fiona la jeune maman célibataire et son bébé Violette ? Et celle de Rose, la femme qui rêve de rencontrer l'homme de sa vie à l'âge de la retraite ? A partir de personnages banals (bon, je vous l'accorde, le tueur à gages ce n'est pas courant), l'écrivain bâtit une histoire noire réjouissante avec un grain de sable qui dévie les plans des uns et des autres. Anaïs, la mère de Bernard apporte la touche d'humour, de légèreté ; sa description ainsi que celles de ses multiples activités et de ses multiples déconfitures dans son pas-de-porte vaut le détour. Elle a également des réparties savoureuses :

"-J'aime bien être fatiguée, ça me repose...

- Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?

- Comme d'habitude, une bonne sieste avant d'aller me coucher." (p.31/32)

Le ton est caustique, l'écriture oscille entre belles phrases bien travaillées pour les descriptions et dialogues au vocabulaire courant voire familier, un régal. Pascal Garnier parle de la vie, de la mort, de l'amour, de la difficulté à trouver sa place dans la société. Son roman est avant tout humain comme les autres, basé sur les rencontres, les interactions entre des gens pas censés se parler. Certains y trouvent leur compte dès le départ, comme Bernard, pour d'autres c'est un peu plus long, mais chacun malgré tout pourra retirer du positif d'avoir pris du temps pour connaître celui ou celle qui lui est opposé. Comme quoi, j'ai l'air d'insister au fil de mes articles, mais tout est toujours dans la rencontre, dans la connaissance d'autrui aussi différent de nous soit-il et je dirais même plus, le plus différent de nous il est, le plus on s'enrichit.

Je ne sais pas si Zulma va republier l'ensemble des romans de Pascal Garnier, mais ce serait une excellente idée, relire Comment va la douleur ? m'a fait un bien fou. Je relirais bien les tout premiers que j'avais bien aimés, L'A26 entre autres m'avait laissé un très bon souvenir.

PS : il a été tiré de ce roman un téléfilm avec Bernard Le Coq en Simon. Je l'avais vu et trouvé pas mal du tout.

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Travers de routes

Publié le par Yv

Travers de routes, L'humanitaire cahin-caha, Damien Personnaz, Éd. Rémanence, 2014....

Damien Personnaz est un journaliste et écrivain franco-suisse. Jeune homme, il s'est aventuré sur des terres lointaines et en perpétuel conflit : le Tibet, l'Afrique du Sud de l'apartheid (en 1980) et le Pakistan. Puis, quelques années plus tard, il décide de travailler pour une organisation humanitaire, il sera celui qui va sur les lieux des guerres, des génocides et rendra compte de l'urgence des aides des ONG. Rwanda, Liberia, Érythrée, Angola, Kurdistan turc seront ces destinations dangereuses. Reprenant ses notes, des photos, ses carnets de l'époque -les voyages se déroulent de 1978 à 1996-, Damien Personnaz écrit ce qu'il appelle "la face cachée" des articles rédigés pour son employeur.

Il appelle cela "la face cachée", car pour témoigner de ce qu'il voyait sur le terrain, il lui était interdit de se répandre. Il fallait faire pleurer, parler des enfants qui meurent, des femmes violées, mais point trop et surtout ne pas dire la misère, les vols, les violences qui avaient cours dans les camps de réfugiés, la puanteur, les comportements des victimes : "... elles sont parfois passées maitres dans l'art de geindre ou de manipuler les bons sentiments ou la mauvaise conscience de ceux qui sont censés leur porter secours. La surenchère joue aussi son rôle : on est moins enclin à aider une victime qui se tait qu'une victime qui se lamente haut et fort. Par ailleurs, un opprimé peut passer rapidement dans le camp des bourreaux. Constat qui dérange mais constat quand même. Il faut aider, bien sûr, mais n'être pas dupe." (p.15)

Là, il n'hésite pas, il raconte ce qu'il a vu et ça commence par l'Afrique du Sud et sa première "trahison" pour sauver sa peau et surtout celle du chauffeur noir qui l'a aidé. Puis le Tibet ou plutôt les Tibétains en exil en Inde à McLeod Ganj, et tout de suite les images nous viennent à l'esprit, l'Himalaya, les temples, les lamas, ... Mais la première chose qui frappe Damien Personnaz, c'est la saleté, la vermine dans les lits, les Occidentaux défoncés, ... Ensuite, vivre avec eux c'est apprendre à les connaître et repartir avec une évidence : "les Tibétains sont chaleureux, souriants, hospitaliers et souvent moqueurs." citation tirée d'une encyclopédie trouvée là-haut.

Puis viendront les zones de guerre, là où la misère, la peur, les violences sont terribles. Certaines descriptions sont pires que les images que l'on peut voir à la télévision. Et dans ces territoires saccagés, parmi ces populations décimées, apeurées, pauvres à un point qu'on n'imagine même pas, Damien Personnaz se questionne sur son utilité : "Je vois, capte, digère leur désespoir. On attend de moi de le régurgiter aux conférences de presse, à des journalistes de salon installés au siège de l'ONU, de leur donner des mots comme "urgence absolue", "détresse poignante de ceux qui ont tout perdu", "cauchemar humanitaire", etc. Eux voudront des faits, des chiffres, je dispose de quelques faits, je croule sous le poids des phrases essayant en vain de transcrire l'enfer. Il s'agit d'alerter les médias en décrivant l'urgence. Il s'agit également de rassurer les potentiels donateurs : l'organisation sait ce qu'elle fait et leur argent sera correctement utilisé. L'un n'empêche pas l'autre mais la frontière entre l'exclamation et le ton diplomatique reste ténue. Je mesure le poids de mon impuissance et l'inutilité de ma petite personne." (p.126/127)

Un bouquin à rapprocher de celui de Tiziano Terzani, Lettres contre la guerre. Là où T. Terzani parle de spiritualité et de recherche de la paix, Damien Personnaz montre ce qu'il a vu : l'horreur parfois, la peur souvent, la misère, les gens qui s'entretuent, des mères prêtes à donner leurs enfants pour qu'ils aient une chance de s'en sortir sans devenir des enfants-soldats. Il n'explique pas, il constate, même si parfois il remonte aux sources du conflit pour qu'on puisse mieux comprendre. J'ai lu ce recueil avec le sentiment bizarre de me sentir nanti, bien au chaud sur mon canapé, et dans le même temps impuissant à faire quoi que ce soit pour lutter contre ces fléaux. Tellement impuissant que ces guerres durent encore et toujours, qu'elles se déplacent de quelques kilomètres. C'est la raison des conflits qui change, il y a vingt ou trente ans, il était question de territoires, d'ethnies qui ne pouvaient plus se supporter. Aujourd'hui, on parle plus de religion, mais les combattants sont les mêmes et les victimes également.

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