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Place des ombres, après la brume

Publié le par Yv

Place des ombres, après la brume, Véronique Biefnot, Francis Dannemark, Kyrielle, 2017..,

1980, Lucie, une étudiante en lettres se perd dans un dédale de rues et entre dans l'herboristerie d’Évariste, un vieil homme, qui, apprenant qu'elle cherche un logement, lui propose de s'installer à l'étage de sa boutique, avec la promesse de ne pas aller déranger la très vieille dame qui habite également la demeure.

Vingt ans plus tard, Maud, une amie d'enfance de Lucie laisse son fils atteint d'une maladie rare à l'hôpital pour des examens s'étalant sur plusieurs jours ; elle s'installe à l'hôtel près de l'hôpital, se perd dans le parking où un homme mystérieux que tout le monde nomme La Brume l'aide à retrouver son chemin.

Gros double roman de 500 pages, lourd mais idéal pour l'été. Le premier roman est écrit par Véronique Biefnot qui place son décor en 1980. Magie, surnaturel, ésotérisme, enfin tous les mots qui décrivent les histoires avec des fantômes du passé, des phénomènes inexpliqués et inexplicables, sont les bienvenus ici. Ce n'est pas forcément mon genre de prédilection et je dois avouer que cette première partie ne m'a pas convaincu réellement. Je l'ai lue assez vite, en diagonale pour arriver à une fin inattendue, c'est ce que j'ai le plus apprécié.

Je suis alors passé au second roman qui répond au premier, vingt ans plus tard. L'écriture me sied davantage et le mystère itou, puisque l'on sait que les deux histoires sont imbriquées l'une dans l'autre mais que l'on ne sait pas encore comment. Je suis sans doute plus sensible à l'écriture de Francis Dannemark qu'à celle de Véronique Biefnot, car il est vrai que j'ai moins survolé l'histoire de Maud. Mystère et surnaturel sont aussi au programme avec un peu plus de réalisme néanmoins, une histoire un peu plus ancrée, ce qui explique sûrement ma réaction, moi le mec terre-à-terre qui cherche parfois à se raccrocher à des détails pour sentir la véracité d'une intrigue.

Si je ne suis pas hyper enthousiaste, je dois dire que ce gros roman fera le bonheur de beaucoup de lecteurs (trices) qui aiment plus que moi ces atmosphères. Et l'idée de ces deux romans qui se parlent sans être écrits par le même auteur, je la trouve excellente. Le couple Biefnot/ Dannemark la réalise avec talent et le plaisir qu'ils ont mis à la mettre en œuvre se ressent dans les pages, très agréables.

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Snjór

Publié le par Yv

Snjór, Ragnar Jónasson, Points, 2017 (La Martinière, 2016), traduit de la version anglaise d'après l'islandais, Philippe Reilly)....,

Ari Thór, jeune flic vit à Reykjavík avec Kristin son amie étudiante en médecine. Lorsqu'on lui propose un poste intéressant à l'extrême nord du pays dans la petite ville de Siglufjördur, Ari Thór n'hésite pas et accepte. Il s'installe dans la petite ville seul, Kristin continuant ses études dans la capitale. Le travail de policier à Siglufjördur est tranquille, tout le monde s'y connaît. L'adaptation du jeune homme est assez facile ainsi que son quotidien. Jusqu'au moment où un écrivain célèbre fait une chute mortelle dans le théâtre de la ville. Un accident ? Un meurtre déguisé en accident ? Ari Thór enquête avec Tómas son chef.

Roman nordique sélectionné pour le Prix du meilleur polar Points. Beau choix. On ne peut plus classique dans la forme avec un enquêteur qui cherche les moindres indices, la plus petite piste et des intermèdes en italique d'une future ou ancienne victime agressée chez elle. Pour le fond, rien de bien neuf non plus pour qui connaît un peu la littérature policière nordique. La neige, le froid, les conditions de vie très dures qu'ils impliquent, les caractères trempés. Néanmoins, la petite ville où tout le monde se connaît et personne ne peut bouger une oreille sans que son voisin et donc bientôt toute la communauté le sache apporte une nouveauté, ainsi que le jeune flic nouvellement débarqué qui, comme nous lecteurs, découvre la vie à Siglufjördur et les us et coutumes du coin. Natif de la ville l'auteur sait de quoi il parle et raconte bien son passé riche et animé grâce à la pêche aux harengs, depuis presque disparue et donc l'exode qui suit, vers le sud, Reykjavík en particulier. Pour le fun, les noms sont toujours aussi compliqués à lire qu'à prononcer, ce qui rajoute un brin d'exotisme.

Dans ce modèle assez formaté, Ragnar Jónasson tire très largement son épingle du jeu et son histoire se suit avec entrain et beaucoup de vivacité sans aucune lassitude. J'ai suivi Ari Thór dans sa découverte de la ville et de ses habitants avec plaisir et même si l'enquête proprement dite ne débute que tardivement, toute la première partie est intéressante par ce qu'on y apprend. Elle permet également de faire connaissance avec un personnage qui revient dans un deuxième tome intitulé Mörk -qui se déroule cinq ans plus tard- et qui me tente terriblement.

Je ne sais pas encore si Snjór sera mon choix final pour le Prix du meilleur polar Points, mais il est en bonne position. Il faut dire qu'il gagne pour le moment, faute de combattants, j'ai abandonné le premier livre reçu...

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Baad

Publié le par Yv

Baad, Cédric Bannel, Points, 2017 (Robert Laffont, 2016)..,

Kaboul, des fillettes sont retrouvées sans vie, elles ont été violées, torturées. Le qomaandaan Kandar, ancien sniper de Massoud dirige l'enquête, difficile dans ce pays dans lequel les talibans sont encore forts et dans lequel les us et coutumes sont très présents et accroissent les difficultés pour enquêter.

Paris, Nicole Laguna, chef de la Brigade Nationale de Recherche des Fugitifs est enlevée ainsi que son mari et ses deux enfants. Pour les sauver, elle doit retrouver un homme rechercher par la mafia. Les routes des deux enquêteurs se croiseront.

Livre sélectionné pour le Prix du meilleur polar Points pour lequel je suis juré. Sûrs de leur fait, les éditeurs ont ajouté un bandeau "Captivé ou remboursé !" avec les modalités au dos pour se faire effectivement rembourser au cas où le roman ne plairait pas. C'est gonflé et bien joué, mais le problème c'est que le premier point est "Acheter Baad le roman de Cédric Bannel..." Bon, je ne peux pas me faire rembourser puisque l'on m'a envoyé ce livre... Dommage ! Car force m'est de dire que je n'ai pas été captivé, à peine intéressé. Difficile de dire pourquoi. L'ensemble ne prend pas, je trouve pas mal de longueurs, des passages superflus. Cela peut être aussi la manière de raconter qui ne me sied point. Rien de rébarbatif pourtant. En fait, je ne parviens pas à m'intéresser aux soucis des uns et des autres, ni aux enquêtes, ni même au contexte afghan qui pourtant devrait me plaire.

C'est ma première lecture pour ce prix, j'espère que les autres seront meilleures, sinon, je vais me faire jeter... Moi qui ne postulais plus pour des jurys, mon démarrage n'est pas folichon. Pour ce prix, je dois recevoir 9 titres, j'en ai deux autres qui m'attendent pour cet été, un islandais et un étasunien.

Voilà, ce sera mon dernier article avant les vacances. Je ferme pour quelques semaines. Retour après le 15 août, je ne sais pas trop quand encore, surveillez bien pour ne rien rater.

Bonnes vacances et bel été à tous.

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Justice soit-elle

Publié le par Yv

Justice soit-elle, Marie Vindy, Sang neuf, 2017....

Lorsque la jeune Perrine Clémang est retrouvée morte cachée dans un sous-bois par deux jeunes pré-ados, elle vient allonger la longue liste des femmes assassinées dans ce coin de Bourgogne et dont les meurtres n'ont jamais été élucidés. L'équipe de gendarmerie menée par Élise Félicité commence les investigations, bientôt sous le commandement du capitaine Humbert dépêché sur place. Déborah, avocate, tente de recueillir un maximum d'informations sur les quatorze meurtres de femmes de la région non élucidés pour en faire rouvrir les dossiers et tenter de retrouver le coupables et les faire juger. A toutes ces femmes qui enquêtent, s'ajoute bientôt Laurine, la fillette qui a découvert le corps de Perrine, elle veut savoir qui a tué sa mère qui fait partie de cette liste macabre.

Roman très féminin et féministe, peuplé de femmes battues, de femmes qui se battent pour faire éclater la vérité et sortir les autres du cycle de la violence et d'hommes brutaux, violeurs et assassins, machos au possible, sûrs de leur force et de leur supériorité. Certes, il y a aussi des mecs bien, le capitaine Humbert en tête, mais le genre garçon est mis à mal dans ce polar qui s'inspire de faits réels. Ce préambule n'est absolument pas négatif, au contraire. On sait, on nous le dit régulièrement, que des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons, que beaucoup se font violer, harceler, frapper, mais la justice est souvent relativement clémente avec les hommes coupables de ces faits. Marie Vindy écrit là un roman de femme indignée et révoltée et tout lecteur en ressort remué par la perversité des auteurs de violences sur les femmes. Marie Vindy, je l'avais déjà lue dans Une femme seule, un polar que j'avais bien aimé et dans lequel le capitaine Humbert était déjà présent. Lorsque j'ai vu qu'elle avait écrit chez Sang neuf, le mien n'a fait qu'un tour et après deux relatives déceptions chez cet éditeur, je pensais bien qu'une femme réussirait à me faire changer d'avis. C'est largement le cas.

J'ai aimé le rythme délibérément lent, les histoires sont anciennes et peu de chance que que de nouveaux éléments viennent mettre le feu à la région, mais elles avancent doucement ; le travail de Déborah et des gendarmes est méticuleux, minutieux, ils engrangent des témoignages, des indices, des preuves les menant vers les coupables. J'ai aimé aussi les multiples points de vue, celui du major Élise Félicité, ceux des mères ou amies des victimes, celui de Déborah, celui de Laurine, et même si le grand nombre d'intervenants m'a un peu perturbé au départ, la romancière nous rappelle les faits et les liens des personnes entre elles régulièrement et judicieusement.

Marie Vindy écrit un roman original par sa construction en petits chapitres aux multiples points de vue exclusivement féminins, par le fonds malheureusement très actuel et présent dans nos sociétés ; regrouper toutes ces violences dont sont victimes les femmes -même Déborah n'est pas épargnée par son ex-mari, comme quoi toutes les femmes de toutes les classes sociales peuvent être harcelées ou pire- fait de ce roman un cri de colère et d'alarme. Un roman à faire lire à toutes les femmes et à tous les hommes, parce que bien sûr, les violences faites aux femmes en particulier et le féminisme en général ne sont pas des affaires exclusivement de femmes.

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Laëtitia

Publié le par Yv

Laëtitia, Ivan Jablonka, Seuil, 2016..,

Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais disparaît. Elle a dix-huit ans, est élevée en famille d'accueil près de Nantes et son corps est retrouvé plusieurs semaines après cette nuit-là, découpé, au fond d'étangs de la région. Le coupable est assez vite appréhendé : il s'agit d'un délinquant récidiviste, qui, jusqu'ici n'avait jamais tué. Le fait divers est bientôt affaire nationale car le président de l'époque, Nicolas Sarkozy s'en empare en accusant les juges de ne pas avoir fait leur boulot et d'avoir laissé un récidiviste en liberté non surveillée, un de ses thèmes de campagne -qui approche- préférés. Fait sans précédent, peu après, juges et avocats descendent dans la rue et manifestent contre le manque de moyens de la justice.

Ivan Jablonka écrit une étude sociologique et historique sur l'affaire Laëtitia. Il revient sur l'enfance des jumelles Laëtitia et Jessica, ce qui a amené un juge à prendre la décision de les retirer à leurs parents et leur parcours jusqu'à l'arrivée en famille d'accueil. Puis, il s'attarde sur leur vie dans cette famille d'accueil, chez les Patron. Lui, le père abusera de Jessica comme il a abusé d'autres jeunes filles.

Je n'ai pas suivi l'affaire très attentivement et pourtant -ou parce que- je suis moi-même assistant familial, avec le même employeur que Gilles Patron, mais je dois dire que dès les premiers instants, je ne le trouvais pas à sa place, puisque clairement, il prenait celle du père qu'il n'est pas pour les deux filles. Omniprésent et ostensiblement. Je n'aurais pas agi de la même manière mais serais resté en retrait et surtout, jamais je n'aurais accepté d'être reçu comme la famille par N. Sarkozy -bon, je crois que quelque soit la raison, je n'aurais pas accepté de rencontrer N. Sarkozy. La mise en avant de Gilles Patron, qu'il a lui-même orchestrée, me mettait mal à l'aise et c'est fort justement que cet homme devenu un "bon client" pour la presse fût descendu en flèche, assez violemment, par la même presse lorsqu'il fut convaincu de pédophilie et de relation coupable ou d'attouchements avec Jessica et certaines de ses copines qui passaient à la maison.

En fait, globalement ce livre me met mal à l'aise. Toute son ambiguïté est dans le fait qu'il dénonce la métamorphose de Laëtitia en un simple fait divers, une affaire qui passionne journaux et badauds pendants quelque temps, dépersonnalisant cette jeune fille de dix-huit ans, et que, quelques années après l'emballement médiatique et populaire, l'auteur participe lui aussi à cela en le rappelant à tous par le biais d'une enquête sociologique et historique.

Néanmoins, en remettant l'affaire dans son contexte historique régional, judiciaire et politique, Ivan Jablonka permet de réfléchir et de comprendre les attitudes de chacun à cette période. Nicolas Sarkozy en prend pour son grade. Il a voulu instrumentaliser l'affaire à des fins bassement politiques, reprochant aux juges de ne pas faire leur travail et dans le même temps en supprimant nombre de postes de fonctionnaires. Comme à chaque affaire un peu sensible ou médiatique, il a voulu légiférer sous le coup de l'émotion des Français plutôt que de prendre un temps de réflexion avant d'agir. Ivan Jablonka rend hommage à la justice et à ceux qui la font : juges, avocats, enquêteurs qui ont fourni un travail phénoménal pour faire juger Tony Meilhon l'assassin de Laëtitia et Gilles Patron le violeur de Jessica.

Il m'a été difficile de lire ce livre jusqu'au bout, car à chaque fois, je pensais à Laëtitia et à Jessica qui n'ont du haut de leur dix-huit ans à l'époque des faits subi que violences et trahisons des adultes. D'abord témoins de la violence de leur père, puis victimes de violences sexuelles de la part de celui qui devait les protéger -au moins Jessica, pour Laëtitia, rien n'est avéré-, puis victimes d'assassinat. Je dis victimes car, outre Laëtitia qui est morte, Jessica est elle aussi une victime qui a tout perdu et tente de se reconstruire. Cette histoire qui a eu du retentissement dans ma région et dans mon travail, mais c'est moindre mal par rapport à ce qu'on subi ces deux jeunes.

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Le pire du milieu

Publié le par Yv

Le pire du milieu (Tonton et ses chinoiseries) Samuel Sutra, Flamant noir, 2017 (première édition, 2011).....

Tonton, le plus grand truand de tous les temps, le cador, le maître ès coup du siècle bat le rappel de ses troupes pour une nouvelle affaire d'excellent rapport, d'autant plus qu'elle ne devrait durer que quelques heures, temps de préparation inclus. Gérard son fidèle bras droit, conducteur émérite d'un tank survitaminé estampillé Mercédès AMG, Pierre le pleutre neveu du précédent qui bénéficie honteusement du droit de la famille à être sur les bons coups et Mamour accompagné de Kiki son teckel d'aveugle, car tel est Mamour, non-voyant, tous les trois donc arrivent à Saint-Maur dans la propriété familiale de Tonton pour être mis au parfum de ce coup particulièrement juteux.

Revoilà Tonton et sa bande en très grande forme. Quand je dis revoilà, je devrais dire voilà Tonton et sa bande, car, il faut que je vous essplique : j'ai déjà lu et bafouillé quelques chroniques sur cette esscellente série, mais celui-ci est le premier. Pas le premier que je lis, j'en suis à 5 icelui inclus! Ce Tonton, Le pire du milieu, est le premier écrit par Samuel Sutra pour amuser sa famille et éventuellement la galerie de ses amis, car le romancier -qu'il est devenu depuis- est facétieux. Non, j'ai commencé la série par le n°4 (Le bazar et la nécessité), puis logiquement continué par le n°5 (La bonne, la brute et la truande) et avant d'attaquer le n°6 (Les deux coups de minuit), j'ai rattrapé mon retard avec le n°3 (Akhänguetnö et sa bande). J'ai donc lu tous ceux du milieu -pas les pires- il ne me manquait que les premiers. La futée éditrice de Flamant noir flairant elle aussi le bon coup -une parente de Tonton ?- et surtout ne pouvant pas résister aux charmes non pas de l'auteur -je suis pour la paix des ménages- mais de sa série a décidé de tout rééditer. Voici donc le n°1 et le n°2 est attendu pour cet été itou. Cet avant-propos un peu longuet touchant à sa fin et même n'ayons pas peur des mots étant quasiment fini, je m'en vais livrer un avis de lecture hautement distingué : j'ai adoré !

Voilà, ne vous reste plus qu'à courir dans vos bonnes librairies acheter ou commander cet opus et tous les autres, sous peine de passer à côté de LA série humoristico-policière française. Du développement ? Vous voulez que je développe ? Bon, eh bien, euh... Samuel Sutra écrit ses Tonton comme Audiard ses dialogues et on le lit comme on regarde Les tontons flingueurs (par exemple). On attend le bon mot, la phrase drôle qui vient parfois d'une manière plus subtile -mais drôle- qu'attendue : "Ses [ceux d'Aimé Duçon, alias Tonton] parents s'étaient considérablement enrichis pendant la guerre d'une manière aussi rapide qu'inattendue, dans le commerce des biens non chrétiens faits de métaux non ferreux. […] Durant la guerre, papa Duçon, conscient du poids de l'alternative qui se présentait, hésita longtemps entre la collaboration et la résistance. Cette mûre réflexion le mena à afficher ouvertement ses sentiments patriotiques dès l'été quarante-neuf, creusant un peu plus ce sillon de droiture et de courage qui caractérisait les Duçon depuis tant de générations." (p.25/26), avec au passage une référence à Pierre Desproges et son fameux sketch sur la collaboration et la résistance qui ne fit pas rire tout le monde à l'époque -mais moi si. Bon, je vous pourrais vous citer pas mal d'autres passages, du plus châtié -non, j'déconne- au plus graveleux : "A ce moment, le Belge s'est tenu le même raisonnement que celui que tu tiens à une infirmière quand elle te plante un thermomètre dans le prose. Si après un an et un jour, elle n'est pas venue récupérer son matériel, il est à toi." (p.212), là j'ai fait sobre, parce qu'on est à une heure de grande écoute...

En outre, le premier d'une série, c'est assister à l'accouchement. On sait pourquoi untel ou untel fait partie de l'équipe. Il manque encore Donatienne, l'alcoolique cuisinière de Tonton, mais elle ne devrait pas tarder à venir enrichir les rangs. Je ne sais pas vous, mais moi, j'ai hâte de lire le n°2, qui, je vous le rappelle, sera mon n°6 -vous suivez toujours ? Vous êtes des lecteurs plus classiques, plus linéaires ? Commencez par le n°1 et puis le 2 -qui arrive-, le 3, le 4, le 5 et le 6... et avec un peu de chance, il y en aura d'autres. Dépêchez-vous, tout retard n'est pas rédhibitoire, ma lecture aléatoire en est la preuve, mais votre été pourrait bien souffrir d'une certaine mélancolie si vous ratez les Tonton ; il faudrait vous rattraper sur l'hiver...

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Fleur de tonnerre

Publié le par Yv

Fleur de tonnerre, Jean Teulé, Pocket, 2014 (Julliard, 2013)..

Hélène Jégado naît en 1803 à Plouhinec dans le Morbihan. Élevée dans une famille pauvre et aimante, elle se passionnera très tôt pour les légendes bretonnes qui sont encore très présentes dans la région, la religion catholique ne les a pas encore toutes étouffées malgré ses efforts. L'Ankou en particulier attire la petite fille, la mort personnifiée avec sa faux perpétuellement en main. Hélène surnommée Fleur de tonnerre apprend également les caractéristiques de certaines substances comme la belladone et l'arsenic. Bientôt, autour d'elle, on meurt beaucoup...

Version romancée de celle qui est connue comme étant la plus grande tueuse en série française, puisque qu'elle aurait à son actif au moins soixante morts sur presque cent tentatives. Décapitée en 1852 à Rennes, elle sillonna la Bretagne en s'engageant en tant que cuisinière dans les cures, les grandes maisons les laissant parfois totalement vides après son passage. C'est donc d'un personnage particulièrement fort -et finalement assez méconnu- que s'empare Jean Teulé. Son roman débute bien, par les années de jeunesse de Fleur de tonnerre sur la ferme de ses parents. Il décrit les conditions de vie pauvres, l'aridité de la terre, les légendes et croyances encore très présentes mâtinées de la religion qui tente de s'imposer, c'est sans doute pour cela qu'il y a plein de calvaires en Bretagne, pour contrer les coutumes païennes : "Des pierres druidiques, ici, on en verra de moins en moins puisque lorsque le clergé ne s'en sert pas dorénavant comme carrière pour construire des chapelles, il les catholicise en taillant une croix romaine à leur sommet. [...] Les religions se succèdent en se pénétrant. la nouvelle prend le dessus en avalant l'ancienne qu'elle digère avec le temps." (p. 19/20). Tout cela, qui forme le contexte du roman est fort bien rendu, qui le rend instructif et intéressant et qui explique en partie pourquoi et comment Fleur de tonnerre a pu "exercer" son fatal office pendant aussi longtemps, surtout si l'on ajoute que le choléra faisait encore des victimes et que certaines de l'empoisonneuse ont pu passer pour malades du choléra.

Là où je me lasse, c'est que bientôt le roman de Jean Teulé devient un macabre inventaire, un prétexte à accumuler des morts sans que rien d'autre ne change vraiment au gré des chapitres. Répétitif et morbide et même si le romancier sait se faire beaucoup plus discret que d'habitude, dans ses tournures de phrases, ses dialogues beaucoup moins fleuris, c'est peut-être cela d'ailleurs qui me surprend et me déçoit ici, une certaine "sagesse" du récit qui aurait sans doute mérité plus de truculence dont Jean Teulé sait user, parce que sur la longueur eh bien son roman devient ennuyeux. Un comble !

Encore une fois je n'accroche pas et je ne parviens pas à goûter totalement aux joies de la lecture teuléenne. Décidément, il est écrit que cet auteur n'est pas pour moi !

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Poulets grillés

Publié le par Yv

Poulets grillés, Sophie Hénaff, Livre de poche, 2016 (Albin Michel, 2015)...,

Le jour où la commissaire Anne Capestan est convoquée chez le grand patron de la police suite à une mise à pied de plusieurs mois pour usage un peu prononcé de la gâchette, elle s'attend à tout, sauf à être nommée cheffe d'une brigade. A peine désignée, elle déchante puisque cette brigade qui n'a pas de nom ni d'existence pour les autres services est constituée des éclopés : alcooliques, dépressifs, flemmards, brutes, tous ceux qui encombrent les services du 36. A la tête de quarante personnes potentielles, Anne découvre les lieux attribués, un vieil appartement, meublé avec de vieux restes. Bientôt, trois, quatre collègues arrivent, tous aussi peu motivés les uns que les autres. Il faut dire qu'ils vont devoir traiter les vieilles affaires non classées, inintéressantes. Parmi elles, cependant, l'équipe découvre deux meurtres, l'un vieux de vingt ans, un marin et l'autre de huit ans, une vieille dame.

Une mise en place des personnages, des lieux, des circonstances, des affaires, un peu longue et confuse : j'ai mis beaucoup de temps à repérer qui est qui et de quelle affaire il s'occupe ; de même, j'ai galéré pour suivre les deux intrigues, à chaque fois l'une m'échappe dès que l'on passe à l'autre, et vice-versa, sachant qu'en plus entre les enquêtes on s'intéresse un peu aux raisons de chacun pour atterrir dans cette brigade d'éclopés, lorsque reprend l'enquête, je dois faire un effort pour m'en souvenir, même si Sophie Hénaff en rappelle les grandes lignes de temps en temps. Une entrée en matière un peu dure pour moi qui m'attendais à un récit plus drôle d'après ce que j'avais déjà pu en lire sur les blogs et autres supports. De fait, même si l'ambiance est bon enfant, ce roman n'est pas vraiment drôle. Certes, on sourit beaucoup notamment grâce aux personnages pittoresques, à leurs manies et difficultés à accepter de travailler dans cette brigade et vivre tous ensemble, mais pour le reste, on est dans un polar assez classique avec enquête, renseignements divers, ...

L'équipe est bien sympathique et détonne dans le flot habituel des polars où l'on croise toujours les meilleurs des meilleurs, là c'est l'inverse, on a la lie de la police, les poissards, les cossards, les parieurs, les alcoolos, les tarés, ... Cela fait un bien fou de voir que l'on peut bâtir un roman policier avec des gens comme ça. Sophie Hénaff  nous distrait joyeusement avec sa brigade et son intrigue se tient jusqu'au bout. Il existe un deuxième volume des enquêtes de Anne Capestan, Rester groupés qui ferait une bonne lecture estivale à la suite de celui-ci.

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Droit devant toi

Publié le par Yv

Droit devant toi, Henri Girard, Ed. de la Rémanence, 2017.....

Lorsque le jeune adolescent narrateur arrive dans un petit village à la faveur d'une mutation de son père, il commence par s'y ennuyer ferme. Puis, il rencontre Gilles qui deviendra son seul ami. Gilles, qui contrairement à lui, vit assez librement dans une ferme des alentours entre un père, colosse au grand cœur et une belle-mère charmante qui fait de l'effet aux deux garçons. Le narrateur ne supporte pas sa famille : un père peu présent et dur, une mère sans affection. C'est chez Gilles qu'il trouvera ce qu'il n'a pas chez lui. Mais les mutations de son père continuent et bientôt, il doit quitter le village et Gilles.

Autant le premier roman de Henri Girard passé entre mes mains était gai et positif (Les secrets du club des six), autant celui-ci est sombre. C'est à nouveau une histoire d'adolescents qui grandissent et qui se retrouvent vite confrontés aux changements de leurs corps, de leurs activités, au désir sexuel et à l'amour. C'est Marie-Fleur, la belle-mère de Gilles qui sera la première, à son insu, à être l'objet de leur désir. Il faut dire qu'elle est belle Marie-Fleur, qu'elle est proche des garçons, très amoureuse de son mari et que Gilles est assez malin et bricoleur pour pouvoir l'observer -et partager ses observations avec son copain- en toute sécurité. Tout paraît beau et simple, bucolique voire coquin, mais le grain de sable bientôt viendra gripper cette belle mécanique.

Habilement, Henri Girard décrit les relations entre les deux garçons, cette amitié puissante et exclusive. Il parle bien également de la sérénité au sein de la famille de Gilles et des relations conflictuelles dans l'autre maison. Tout au long de son roman, il nous balade, on ne sait jamais lequel des deux garçons s'en sortira le mieux, lequel vivra au mieux sa vie d'adulte. Lequel manipule l'autre ? Et les filles là-dedans, comment s'en sortent-elles ? Sont-elles, elles aussi manipulatrices ? Marie-Fleur, mais aussi Martine la cousine du narrateur, sa première expérience amoureuse et sexuelle, une jeune femme libre. Car l'on sent bien que quelque chose se trame et que la belle entente risque de se fissurer. Au fil des pages, on ne sait plus trop quoi penser de tel ou tel, et c'est donc un peu contraint mais ravi que l'on cède à la superbe écriture de l'auteur, à sa manière de nous promener et de nous raconter ces vies. Car, Henri Girard fait montre d'un talent littéraire évident : une langue riche, châtiée, d'une élégance rare et plus qu'agréable. J'aime son style classique émaillé de mots parfois peu usités ; j'aime aussi sa manière de raconter en peu de mots, par exemple cet extrait de son prologue où l'un des ados devenu adulte s'exprime :

"Au dispensaire où je fus soigné d'un vilain tétanos dû à l'usage de lames de rasoir pas trop propres, l'infirmier qui me changeait mes pansements aux poignets me prit en sympathie." (p.11)

Élégance, concision, je vous avais prévenus. Auteur et éditrice à découvrir absolument. L'été est propice aux lectures...

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