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Potions amères

Publié le par Yv

Potions amères, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2017.....

Lorsque Denise Fachel, employée de l’herboristerie de M. et Mme Ragonot sort ce jour-là avec la recette du weekend pour aller la déposer à la banque, elle est agressée et se fait voler la sacoche avec l'argent. C'est Gilbert, un jeune homme tout juste sorti de prison qui a fait le coup. Germaine Ragonot, la patronne de Denise se pose des questions sur son employée, surtout lorsqu'icelle, par un concours de circonstances, se retrouve à fréquenter Gilbert, lequel utilise Denise pour monter un coup contre les Ragonot. Aussi lorsque Gilbert vient cambrioler l'herboristerie et qu'il se fait tirer dessus par Patrice Ragonot, tous les événements s'enchaînent et dépassent très vite les divers protagonistes.

Béthune est une petite ville, tout le monde s'y croise, se connaît, se fréquente, se toise, s'évalue. Du moins c'est ce que l'on ressent à la lecture de ce roman policier à l'ancienne fort bien mené ; les liens entre les personnages sont bien décrits, entre jalousie, amitié, simple fréquentation, tout y passe. Patrick S. Vast a su créer une atmosphère particulière qui donne le ton au roman : une herboristerie, magasin rare en France, pas ou peu de technologie -pas d'Internet, de portable, d'ADN, ...-ambiance rue de quartier, avec ses commerçants et ses passants, pour ceux qui connaissent, les images que ça me fait naître c'est cette vieille publicité Rue Gama. Mais évidemment, arrive le premier événement, l'étincelle qui va faire déborder le vase ou la goutte d'eau qui va mettre le feu aux poudres et la rue va s'animer.

Même le flic, le lieutenant Dumont travaille à l'ancienne, il se déplace beaucoup, pose des questions, écoute, voit et recoupe toutes les informations. On ne peut pas s'empêcher de penser à Columbo avec sa fausse naïveté et son non-moins faux dilettantisme. Patrick S. Vast  déroule son histoire alors que nous connaissons nous le ou les coupables, et l'on se demande bien jusqu'où il va aller, jusqu'à quel point sa boule de neige va s’agrandir. L'enchaînement des événements paraît logique, fou mais logique et ces gens ordinaires se retrouvent confrontés à des situations extraordinaires qu'ils ne comprennent pas. Ils se révèlent alors dans leur veulerie, leurs faiblesses, leurs forces, leur courage, chacun réagissant différemment. 

Un polar discret qui mérite d'être découvert, un peu comme les personnages qu'il met en scène et qui est doublement une bonne nouvelle. D'abord parce qu'il fait passer un très bon moment et change des polars trépidants en installant un suspense de bout en bout sans effet de rythme ou d'artifices et ensuite parce qu'il est le premier d'une nouvelle maison d'édition Le chat moiré qui propose des "polars psychologiques, d'ambiance, d'atmosphère" : ce n°1 est au format poche et à un prix accessible. Faites-vous plaisir !

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Chacun son chat

Publié le par Yv

Chacun son chat, Philippe Geluck, Casterman, 2017....

Retour du Chat en pleine forme, dans un format classique de 48 pages. Tome 21. 

Je ne vais pas faire le même coup qu'à chaque fois que je commente un album de Geluck de vous répéter que je l'ai découvert il y longtemps dans le Ouest-France de mes parents chez qui j'habitais encore et que je découpais les gags en trois cases pour les coller sur des feuilles puis sur le mur des ouatères... Ah, ben si, je vous ai refait le coup. Donc dire que j'aime beaucoup le chat est un euphémisme, et même lorsqu'il est un peu moins drôle, je suis indulgent. Ne voyez donc dans cette humble chronique qu'une ode à un personnage de BD. Ceci étant, en toute objectivité eu égard à ce que je viens de dire, l'album est très bon, Geluck s'offrant le plaisir de nous faire rire sur des situations pas drôles, tels les attentats-suicides ou les migrants de la Méditerranée. Dans ces cas-là, on rit un peu bizarrement, notamment un dessin sur les migrants qui nous fait ne pas nous sentir très à l'aise, nos richesses et notre mal de vivre montrés devant la détresse de ces pauvres gens qu'on est incapable d'accueillir dignement.

Pour le reste, Geluck reste fidèle à ses fondamentaux : absurde, détournement de mots ou d'expressions, moqueries du Français râleur et dépressif mais aussi du Belge schizophrénique ne sachant choisir entre la Wallonie et la Flandre. Geluck est drôle, il ne respecte rien et c'est pour cela qu'on aime ses BD. En plus, plus que jamais, Le Chat commande des muscadets, et moi, même si je n'en bois pas -sauf si un bon viticulteur me contacte en m'en fournit du bon, du bio si possible- bien que vivant en plein milieu des vignes de ce vin, eh bien, on a une petite fierté à voir qu'un produit du cru est apprécié par un personnage mythique, n'ayons point peur des mots.

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Héros secondaires

Publié le par Yv

Héros secondaires, S. G. Browne, Agullo, 2017 (traduit par Morgane Saysana).....

Lloyd est cobaye pour des essais médicamenteux depuis cinq ans. Il voit régulièrement ses collègues devenus des amis, Vic, Charlie, Franck, Randy, Isaac et Blaine. Tous ont l'air d'aller bien, gagnent leur vie au gré des essais auxquels ils sont conviés. Jusqu'au jour ou d'étranges phénomènes apparaissent dans les rues de New-York : des personnes perdent la mémoire et sont victimes de vols et d'autres d'hallucinations. C'est à ce moment que Lloyd s'aperçoit qu'il soufre de quelques effets secondaires et qu'il parvient à endormir les gens à distance. Très vite ses amis remarquent eux-aussi leurs nouveaux pouvoirs, pas forcément sexy, mais liés aux médicaments.

Après Les cobayes, je file le thème des essais pharmaceutiques, cette fois-ci aux Etats-Unis, c'est une coïncidence absolue, un effet secondaire des lectures, mais celui-ci n'est pas indésirable, bien au contraire. Si vous ne connaissez pas S. G. Browne, sachez que c'est le deuxième livre de lui que je lis, après l'excellent coup de cœur La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort et qu'encore une fois, il me ravit. Ce roman débute assez lentement avec un trentenaire un peu désabusé, un peu velléitaire voire un peu fainéant, pas vraiment investi dans sa vie, qui la subit plus qu'il ne la vit ; Lloyd vit avec Sophie depuis cinq ans qui lui demande d'arrêter son job de cobaye pour trouver un boulot plus sérieux et moins risqué, mais sans jamais vraiment s'opposer à elle il persiste à tester des médicaments et à faire la manche pour les à-côtés. Puis, lorsque les garçons s'aperçoivent qu'ils changent, le roman change également et d'un roman assez réaliste et classique, on passe à de la science fiction, un roman de super héros. Oui, mais comme c'est SG Browne qui écrit, évidemment, vous n'aurez pas droit à Superman ou Batman voire Spiderman, mais plutôt à des super héros aux talents assez étonnants que je vous laisse découvrir. C'est à la fois drôle, cynique, ironique et satirique. A travers ce délire romanesque, l'auteur dénonce notre société de consommation et particulièrement celle des laboratoires pharmaceutiques, des médecins qui prescrivent à tour de bras et notre rôle à nous patients qui acceptons tout et n'importe quoi pour aller mieux. Si la France est championne du monde de la consommation d’anxiolytique, les Etats-Unis doivent suivre de près et sans doute beaucoup d'autres pays riches, malheureux et envieux que nous sommes malgré toutes nos possessions.

Je ne suis pas très connaisseur de la littérature étasunienne, ni même amateur d'icelle, mais lorsqu'elle se présente sous cet angle, je prends et en redemande. SG Browne est direct, il ne ménage pas ses propos, la critique est rude et tellement bien amenée que je ne peux qu'applaudir. Son thème favori étant celui qu'il a longuement déployé dans l'autre roman chroniqué sur le blog, à savoir, le sort, la destinée, le but de toute existence, la raison d'être, enfin toute la réflexion sur l'utilité de notre passage sur terre, le sens de la vie quoi, il en remet une couche cette fois-ci et Lloyd n'échappera pas à ces questionnements existentiels. SG Browne pousse parfois le bouchon, mais c'est bien, ça incite à la réflexion et il le fait tellement bien qu'on lui pardonne. En outre, lorsqu'au détour d'une phrase d'apparence sibylline, il place une banderille utile et réaliste telle que la suivante, que voulez-vous lui reprocher -la situation : une agression a lieu dans la rue, en pleine foule- : "Un des clients compose le numéro de la police tandis qu'un autre remplit son devoir de citoyen en filmant la scène avec son téléphone portable." (p.173) ? Tout est comme cela dans ce roman, pas un mot n'est ratable au risque de passer à côté d'un bon mot ou d'une pirouette à la fois drôle et profonde. Excellent, excellent, excellent.

Roman traduit, comme le précédent, par Morgane Saysana, et cette couverture d'un rose bonbon qu'on dirait un médicament, au dessin sobre et explicite, avec le bandeau maintenant célèbre des éditions Agullo, qui, contrairement aux autres, sert la couverture, en est une partie importante, pas juste une accroche marketing. Un très beau travail.

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Les cobayes

Publié le par Yv

Les cobayes, Tonino Benacquista (scénario), Nicolas Barral (dessin), Philippe de la Fuente (couleurs), Dargaud, 2014....

Les cobayes, ce sont Daniel, 44 ans, qui souffre de pertes de mémoire, Romain, 23 ans à la vie sexuelle difficile, un peu rapide dans ses ébats et Moïra, 26 ans, qui rêve des Beaux-Arts et qui est recalée à l'examen d'entrée. Ils vont, pendant trois semaines, et pour 3500 euros chacun, tester un nouveau médicament avant sa mise sur le marché, un anxiolytique qui aurait la bonne idée de n'avoir pas d'effets indésirables. Enfin, c'est ce que promet le médecin qui chapeaute le projet.

Bienvenue dans le monde des cobayes médicaux. L'ouvrage les présente comme des gens ayant besoin d'argent assez rapidement gagné, sans faire trop d'efforts mais surtout sans vraiment prendre en compte les risques pour leur santé. Je ne sais pas si c'est la réalité, mais l'évolution des effets est bien vue et les changements des personnalités d'abord à peine visibles, puis de plus en plus sont très réussis. Dessin assez classique, avec quelques clins d’œil, on reconnaît des gens connus (FX Demaison en cobaye averti et expérimenté, le couple -ou ex- Brad Pitt et Angelina Jolie, ...), très agréable à suivre. Le scenario n'a rien à lui envier : le sujet n'est pas des plus faciles, et Tonino Benacquista y met un humour fort bienvenu, une légèreté qui rendent l'album vraiment plaisant. L'histoire se suit avec entrain et envie jusqu'au bout, un certain suspense est même présent à partir de la seconde partie. Une belle réussite.

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Brassens. Les jolies fleurs et les peaux de vache

Publié le par Yv

Brassens. Les jolies fleurs et les peaux de vache, Bernard Lonjon, Ed. de l'Archipel, 2017...,

"Il a chanté l'épouse modèle (Pénélope) et la veuve consolée (La fessée), la lolita (La princesse et le croque-notes) et la putain (P... de toi), célébré des femmes les charmes (Rien à jeter) et les épines (Si seulement elle était jolie). Jolies fleurs et peaux de vache sont présentes à égalité dans l’œuvre de Brassens. Mais lui, quel homme fut-il ? Un coureur de jupons ? Un fidèle absolu ? Une tendre canaille ? Un amoureux transi ?" (4ème de couverture)

Et oui, c'est vrai ça ? Que connaît-on de la vie de Brassens ? Assez peu de choses en somme, il n'est ni de la génération qui s'épanchait dans les journaux  ni le genre d'homme à le faire. Brassens fait partie de ceux qui ont eu accomplir des choses avant d'être connus et qui ont été reconnus pour leur talent alors qu'aujourd'hui, la mode est plutôt à d'abord être connu pour éventuellement construire une carrière ensuite. Bernard Lonjon, sétois lui aussi,  est un grand connaisseur du chanteur à moustache et c'est par le biais des femmes qu'il aborde cette biographie. Elles furent nombreuses à l'aimer, l'encourager et l'inspirer. Il les aima en retour, en premier lieu, sa mère, sa tante et sa sœur, puis les amoureuses, les amies du métier et d'autres métiers, les femmes de ses amis...

Bernard Lonjon explique comment et pourquoi naquit telle ou telle chanson, en référence à une femme pour qui Brassens avait du respect et de l'admiration ou tout au contraire, d'où ces textes parfois vaches et un peu misogynes (alors que d'autres ne le sont pas du tout, loin de là). Beaucoup d'extraits sont cités, qui font inévitablement venir en tête les mélodies, et c'est une très bonne idée, car écouter ou lire Brassens c'est bon  pour les oreilles, les yeux et le cerveau. J'ai toujours apprécié les tournures de phrases, les beaux mots, les jolies manières de  tenir des propos vaches, c'est quand même plus marrant de se faire égratigner, brocarder en chanson avec le talent de Brassens plutôt qu'insulter par un vague éructeur de mots comme on en entend aujourd'hui.

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L'enfant de l’œuf

Publié le par Yv

L'enfant de l’œuf, Amin Zaoui, Le serpent à plumes, 2017.....

Dans une Alger qui s'islamise, Moul, diminutif de Mouloud, ainsi l'appelait Farida sa femme qui l'a quitté quelques années plus tôt, vit dans un appartement avec son caniche Harys. Il partage sa vie entre les visites chez la vétérinaire, fréquentes, car Harys est souffrant, Lara sa voisine, réfugiée syrienne, chrétienne qui monte souvent chez lui où ils font l'amour, souvent, régulièrement et la boisson, car Moul boit beaucoup de vin algérien, du whisky maltais et du café.

Moul et Harys se comprennent sans se parler, et pourtant, Harys, il ne lui manque que la parole, encore que...

Je finis volontairement par ces points de suspension, censés ouvrir un suspense terrible, qui laisse mes lecteurs pantelants. Eh bien, oui, en fait Harys, s'il ne parle pas, ben non, c'est un chien, s'exprime tout de même et il est le principal narrateur de ce roman. Roman que j'ai commencé dubitatif, car un chien-narrateur, ça me fait présager du pire. Mais que nenni, j'ai remisé très vite mes petites -je minimise, je ne vais quand même pas m'autoflageller sur le blog- arrogance et assurance, et me suis laissé embarquer par les phrases d'Amin Zaoui. Si je chipote un peu en regrettant quelques répétitions inutiles et autres procédés répétitifs et un peu trop systématiques, je n'ai pas boudé mon plaisir et je suis à deux doigts d'en faire un coup de cœur. C'est pour le moins un roman qui m'a plu tant par le fond que par la forme. Le fond d'abord qui parle de l'Algérie qui change, s'islamise, les femmes se voilent, les hommes ne tolèrent plus les dérapages, même pour Harys uriner sur un journal arabophone peut présenter un questionnement, car Harys urine sur des journaux que Moul dépose sur le balcon. La réflexion et le constat sont profonds sur le pays qui change, la religion qui mange les libertés, la Syrie en guerre, la radicalisation, le racisme, l'intolérance de la religion d'état envers les athées ou les croyants d'une autre religion. Moul ne se plie pas au règles de l'islam, il boit, fume, ne prie pas, ne respecte pas le ramadan, entretient des rapports avec une chrétienne, c'est Harys qui est comme la "bonne" conscience de Moul, celle qui lui dit quoi et comment faire selon les préceptes de la religion, qui parfois le questionne sur ses pratiques, mais il entend vivre et penser comme bon lui semble. Il faut dire pour le défendre que Lara est jeune, belle et vibrante de désir auquel Moul répond dans des paragraphes sensuels, chauds et vivants.

La forme maintenant. Amin Zaoui écrit par petites touches, un peu comme un abécédaire ou un dictionnaire : un mot ou une expression en avant et en gras et suit un petit texte en rapport. Parfois, ils se suivent, parfois non et c'est alors au lecteur de les lier, ce qui se fait très aisément. Une écriture simple et fluide, parfois très sensuelle, jamais vulgaire même lorsque Lara, qui ne porte jamais de sous-vêtement débarque dans l'appartement de Moul qui l'attend prêt, quasiment au garde à vous si je puis m'exprimer ainsi. Même si je n'ai pas toutes les références dans mes bagages, les noms des écrivains, poètes, prophètes ou musiciens cités par Amin Zaoui, ce n'est pas un souci pour suivre ce roman qui enserre le lecteur et ne le lâche qu'au bout, et encore, pas dit que Moul, Lara et Harys nous quittent sur le simple geste de tourner la page.

En voici le tout début, très court, juste pour initier le désir :

"Peau

Et je la serre dans mes bras comme un mythe vivant, Lara !" (p.9)

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Femme de seconde main

Publié le par Yv

Femme de seconde main, Uršuľa Kovalyk, Intervalles, 2017 (traduit par Nicolas Guy et Peter Žila).....

Gabriela Hafičová, jeune femme de trente ans est au chômage depuis cinq ans. Elle décide de quitter la Petite Ville dans laquelle elle vit pour la Grande Ville et y devient auto-entrepreneure, elle vend de l'amitié de seconde main, c'est-à-dire qu'elle monnaye non pas ses charmes justement mais son amitié simple. Très vite un premier client l'appelle, Kornel atteint d'une maladie dégénérative, puis une femme d'affaires, Muriel, et enfin une jeune femme mariée à un homme beaucoup plus âgé qu'elle Cindy. Gabriela va désormais organiser son temps entre ses trois clients très demandeurs et parfois envahissants.

D'après l'éditeur, l'excellent maison Intervalles, Uršuľa Kovalyk est slovaque et "depuis longtemps impliquée dans la défense du droit des femmes et dans l'aide aux sans-abris. Elle dirige également une troupe de théâtre composée de personnes sans domicile fixe. Femme de seconde main est son premier roman traduit en français", et c'est fort dommage car si les autres sont aussi bons que celui-ci, il est plus que temps de découvrir cette auteure, ou alors, si je prends ce constat avec mon optimisme naturel, c'est une excellente nouvelle, car ça me fera plein de textes à découvrir lorsqu'ils seront traduits. Uršuľa Kovalyk part d'une idée simple, les gens dans les grandes villes sont seuls accaparés par leur travail ou dans le cas de ses héros, gêné par leur maladie ou acheteuse compulsive qui ne vit que pour cela. Sur ce constat, elle bâtit son histoire et la société de Gabriela qui vend de l'amitié et rien que cela, pas de sexe. Elle-même est seule avec sa chienne Hilda et son nouveau travail est sans doute aussi important pour elle que pour ses clients.

Très habilement, la romancière parle de la solitude, de la difficulté de vivre très isolé et très chichement, de l'anonymat des grandes villes, d'une génération de trentenaires qui semble en difficulté, sans vrai repère dans ce pays jamais nommé mais dont on imagine aisément qu'il est le sien, la Slovaquie, qui fut jusqu'en 1993, une partie de la Tchécoslovaquie communiste.

Les personnages de Uršuľa Kovalyk sont très présents, Gabriela en tête, mais ses clients itou, tous avec leur forte personnalité et leurs blessures visibles ou enfouies, et l'on apprendra à les connaître tout au long du roman.

Deux-cent soixante-dix pages auraient pu paraître longues, et c'est au moment où l'on commence à y penser que l'auteure crée le rebondissement qui relance son histoire qui prend ainsi une tournure et une dimension différentes. Uršuľa Kovalyk s'attarde aussi pas mal sur des descriptions de lieux, de la nature, de personnes, de situations pas forcément en rapport direct avec son histoire mais qui apportent un côté décalé, comme lorsqu'une conversation ou une réunion de travail nous ennuient -qui n'a jamais vécu cela?- et qu'on regarde dehors si les lieux le permettent où que notre esprit divague à la suite d'un mot entendu ou d'une attitude d'un collègue, c'est sain et naturel -enfin, ça l'est pour moi, j'espère ne pas être le seul dans ce cas, ça m'arrive souvent (j'espère que mon chef ne lit pas mon blog).

Une auteure et un roman à découvrir qui débute justement par une des descriptions dont je parlais à l'instant, non dénuée d'humour, un humour présent malgré un thème pas toujours gai, un humour parfois noir, grinçant qui donne à la lecture un goût de légèreté tout en faisant passer le message :

"La peinture marron fécal et bon marché des murs de l'agence pour l'emploi semblait ce matin-là un soupçon moins merdâtre. L'écorce rigide d'une branche, parsemée d'un jaune fluorescent, dessinait une longue ligne oblique sur le crépi du bâtiment. Des tickets de bus usagés traînaient au bord du trottoir, tels des vieillards desséchés sur une plage naturiste. Personne ne se pressait." (p.5)

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Streamliner. All-in day

Publié le par Yv

Streamliner. All-in day, 'Fane, Rue de Sèvres, 2017.....

Quarante engagés, pardon enragés qui veulent  gagner la course la plus folle de cette année 1963. Le gagnant devient le propriétaire du coin de désert jusqu'ici géré par Cristal, la fille d'Evel O'Neil, la légende des courses de Streamline. Cette course n'a pas de règles, tous les coups sont permis, même une organisation secrète du pays y a engagé des frères pour abattre l'ennemi public n°1 qui tente sa chance. Qui emportera la mise, ce fameux ennemi public, Billy Joe chef du gang des Red noses, Calamity la rockeuse, Sue la leader des Black panties ou tout simplement cristal qui court sur la voiture mythique de son père ?

Suite de Bye bye Lisa Dora, la course a enfin lieu et tient toutes ses promesses. 'Fane dessine les voitures et les motos comme personne, et se fait un plaisir avec cette course : les chocs, les accidents, les déformations qu'ils impliquent. Il coupe son histoire de réclames dessinées et ajoute un numéro spécial en fin de volume expliquant la genèse des divers participants, une biographie plus détaillée des plus importants sous forme d'un magazine Sports cars& motorcycles magazine.

Fou, fou, fou, tout peut arriver dans cette course de streamline. 'Fane y ajoute une touche d'ambiance noire avec William Boney dit The Kid, fugitif et ennemi public qu'une organisation gouvernementale aimerait bien faire disparaître. Mais bien sûr le suspense le plus grand réside dans le nom du gagnant, Cristal pourra-t-elle garder son terrain sur lequel elle habite et travaille depuis plusieurs années ? Amateurs de grosses cylindrées, de moteurs rugissants, de caractères bien trempés, de coups tordus courez chercher les deux tomes de Streamliner. Les autres, feuilletez les albums et vous ne devriez pas le regretter, l'aventure est au rendez-vous ainsi qu'un constat -ou une critique- de la télé étasunienne de l'époque, prête à tout pour faire de l'audience : violence retransmise en direct et même les coupures de pub.

Évidemment, les tons sont bruns, couleur du désert, bleutés lorsque la télé diffuse un reportage. 'Fane fait feu de tout bois pour mon plus grand plaisir que je ne boude pas.

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Peace and death

Publié le par Yv

Peace and death, Patrick Cargnelutti, Jigal polar, 2017...

Une résidente de la maison  de retraite Les lilas, Odette, meurt dans des circonstances douteuses, du moins c'est ce que pense la lieutenant Céleste Alvarez. La vieille femme gît désarticulée, comme tombée de l'escalier, mais dans un endroit auquel les résidents n'ont pas accès.

La colocataire de la chambre de la résidence, Colette, est étonnamment calme, comme étrangère au remue-ménage qui suit la découverte du cadavre. Elle rêve à sa vie passée, le ranch du Nevada, la rencontre avec Rob...

Polar qui démarre très bien, dans une maison de retraite lieu assez insolite pour y placer ce qui ressemble à un meurtre, et peut-être même perpétré par un pensionnaire. La lieutenant Céleste Alvarez est un personnage que l'on n'a pas l'habitude de rencontrer dans ce genre de romans : pas forcément jolie, vestimentairement pas au top et quelques rondeurs qu'elle soigne à coup de kebabs accompagnés de frites, c'est mieux, de burgers et autres viennoiseries. Elle dessine et est sensible aux couleurs qu'elle voit sur les scène de crimes ou d'enquêtes, si elles se répètent c'est alors que l'affaire est pour elle. Point de vue original pour une flicque qui l'est tout autant. L'intrigue est bien menée et si elle souffre de longueurs, elle est notamment assez longue à démarrer et traîne un peu avec des répétitions et des détails qui personnellement ne m'ont rien apporté ni dans la compréhension de l'histoire ni dans la psychologie des protagonistes, elle est quand même prenante jusqu'au bout du bout. Bon, j'aurais bien ôté quelques pages à ce volume qui en compte 350, mais c'est mon côté bougon et amateur de romans courts. Autre bémol : je trouve que Patrick Cagnelutti dialogue trop son polar, mais encore une fois c'est très personnel. Néanmoins, dans la quatrième de couverture, il est fait mention d'un "roman noir hors norme", et là, je rejoins la personne qui a trouvé cette expression. Hors norme, car comme je le disais plus haut, la lieutenant Céleste Alvarez l'est, tant pour son physique que pour son caractère et l'intrigue qui nous emmène jusqu'aux États-Unis dans les années hippies, la guerre du Vietnam, et prend sa source dans la France de la guerre peut être qualifiée avec les mêmes termes. Un autre point primordial est que la part belle est faite à l'humain qui est au centre de l'intrigue et du roman en général. point de technologie de pointe qui prend le dessus, non ici ce sont les femmes surtout et les hommes un peu qui dominent.

Une belle découverte. Un bon polar Jigal -comme d'habitude- qui débute presque par une onomatopée :

"Lundi 9 janvier 2017

Résidence pour personnes âgées Les lilas - 3h30

Tac-tac, tac, tac-tac, tac, tac-tac, tac...

Exaspérant et bruyant, ce déambulateur. Exaspérante, cette lenteur extrême." (p.9)

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