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Dans l'ombre du jaguar

Publié le par Yv

Dans l'ombre du jaguar, Thierry Vieille, Eric Hossan, Ed. Odin, 2016 (première édition : Les nouveaux auteurs, 2012)...,

Katherine Krall est entomologiste au sein d'une fondation monégasque, la Green Rock Planet. Elle dirige une mission en Amazonie lorsque son ami Jim Henderson qui travaille avec elle lui signale qu'un chaman, Yaméo veut lui parler. Le vieil homme lui raconte que son peuple est enlevé et séquestré dans un dôme d'argent en pleine jungle. Curieux, Katherine et Jim suivent Yaméo et découvrent un laboratoire secret qui fait des tests sur les Waimiri, le peuple de Yaméo. Les scientifiques recherchent le savoir ancestral guérisseur des chamans pour l'exploiter à grande échelle et en tirer un maximum  de profit. Katherine et Jim vont tout faire pour empêcher cela.

 

Un polar qui met en avant la protection de la nature et des sociétés ne pouvait que m'intéresser. Mais bien sûr, taquin comme je suis, j'ai repéré quelques incohérences. Si Katherine Krall et Jim Henderson veulent protéger les cultures des peuples et la nature dans laquelle ils vivent, ils n'hésitent pas pour ce faire à user des moyens les plus coûteux et surtout les plus polluants : jets privés, avions de ligne, hélicoptères, 4x4, ... Ils sillonnent la planète de long en large et en travers, de l'Amazonie à Monaco, en passant par l'Irlande et New York, ... le bilan carbone de leur aventure est catastrophique et s'il ne tue pas directement les Waimiri, il n'aide pas à leur bien vivre.

Mais fini de chipoter et parlons du roman lui-même. S'il n'évite pas des longueurs, des détails inutiles, des répétitions, comme si les auteurs voulaient nous décrire par le menu tous les faits et gestes de leurs personnages, il est bourré d'informations sur les diverses contrées visitées, parfois au risque d'être bavard et de perdre le lecteur qui ne retiendra pas tout (évidemment, je parle pour moi, un lecteur plus averti et avec meilleure mémoire retiendra peut-être l'avalanche d'informations). On peut avoir l'impression par moment que les romanciers veulent absolument recaser soit leur savoir personnel soit la somme de leur documentation -eh bien oui, tant de travail, ça mérite d'être su. Non pas que ce soit inintéressant, mais comme je l'écrivais plus haut, c'est un peu "too much". Passées ces réserves, c'est un roman d'aventures mouvementé, tonique, actuel, qui reprend à son compte les codes du genre. Les personnages sont sympathiques, assez complexes pour avoir eu d'autres vies avant de se mettre à défendre la planète (notamment Jim, ancien mercenaire, militaire, ...). Dans leur lutte, ils se révèleront, se lieront d'amitié avec le fils de Yaméo, le chaman, Jivajos, lui-même chaman qui pourrait bien devenir un personnage récurrent (mais je n'en dis pas plus... suspense). Le jaguar est aussi très présent, animal totem de Yaméo et Jivajos, celui qui se montre dans leurs rêves et dans ceux de Katherine lorsqu'il veut les alerter sur un danger, ce polar laisse donc une belle part aux croyances chamaniques à une dose de ce qu'on pourrait appeler d'irréalité, bien vue, elle donne plus de force encore en ancrant davantage le roman dans la jungle amazonienne et la vie des peuples autochtones.

On croise même le Prince de Monaco dans un second rôle déterminant ; c'est gonflé de placer dans une fiction d'aventures un personnage réel et vivant ; certes, il est du bon côté et éminemment sympathique, tout bon pour son image. De fait, il l'est peut-être en vrai, je ne peux pas dire le contraire, il n'a pas l'honneur de me connaître (ou l'inverse peut-être ?), mais s'il veut venir à la maison, ma porte lui est ouverte (ou l'inverse peut-être là-aussi ? Bien sûr, volontiers, merci Albert -vous permettez que je vous appelle Albert, je ne suis pas très à l'aise avec les titres et tous les tralalas princiers ?- ; euh, vous prenez en charge les billets d'avion ? Et si c'est pas trop demander, un petit coup de pouce pour mon blog à Monaco, c'est possible ?).

Toujours est-il que l'ensemble se lit bien et vite parce qu'on est accroché du début à la fin. Rebondissements, morts, tortures -quelques lignes un peu dures, mais rien de rédhibitoire. Un polar qui a reçu le Prix Géo 2012 du voyage extraordinaire et qui est réédité chez Odin dans une version enrichie. Une suite est écrite et sortie depuis novembre 2016, mais ça, je vous en parlerai l'an prochain...

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Ça coince ! (36)

Publié le par Yv

Alexandre ou la vie éclatée, Alexis Varlamov, Ed. Motifs, 2016 (traduit par Pierre Baccheretti).

"Russie 1963-1993, de Brejnev à Eltsine. Dans sa quête du sens de la vie et aussi, de Cosette, le seul amour véritable de sa courte existence, le héros, Alexandre, le petit, le sans-grade, le "paumé", traverse, sans la comprendre, et animé de son seul instinct "d'amour et de mort", cette période charnière de la fin prochaine de l'Union soviétique et de l'éclatement de son empire, avec pour tout avenir, la promesse improbable de l'arrivée d'une Russie dite "nouvelle"." (4ème de couverture)

Cette même 4ème continue en ces termes : "Ça c'est un roman !" s'exclame le lecteur en refermant le livre." Bon, à croire que je ne suis pas lecteur. Je m'y ennuie ferme, Les deux héros, Alexandre et Liova son ami sont pâles, inodores et sans saveur. Catherine, dite Cosette, n'est pas plus intéressante. C’est mou et rien ne me retient dans ce livre. L'ensemble traîne en longueur même lorsqu'il se passe quelque chose.

L’écriture est à la limite du désagréable, de longues phrases assez malhabiles (voyez par exemple celle du résumé du roman, citée en tout début de mon article) avec parfois des essais de vocabulaire un peu recherché qui finalement font tâche. L’âme slave a déserté ce bouquin, ainsi que le souffle, à moins que ça ne soit celui d’un asthmatique.

Dans la foule, Laurent Mauvignier, Minuit 2006 (poche, 2009)..

29 mai 1985, les supporters arrivent de toute l'Europe à Bruxelles, pour assister à la finale de la coupe d'Europe des champions entre Liverpool et la Juventus de Turin qui se jouera au stade du Heysel. Jeff et Tonino de France, Geoff et ses frères de Grande-Bretagne, Tana et Francesco d'Italie, Gabriel et Virginie les locaux. Ce soir-là, les hooligans feront tragiquement parler d'eux. Leur folie entraînera bousculades et bagarres, avec beaucoup de morts et blessés pour conclusion. Le match se jouera quand même, pour calmer les esprits.

On m'a dit et on dit en général beaucoup de bien de Laurent Mauvignier que je découvre avec ce titre qui, le moins que je puisse dire à son propos est qu'il ne m'a pas du tout convaincu. Si le contexte n'est pas ma tasse de thé, et non, je n'aime pas le foot -c'est un euphémisme-, je pensais que comme ce sport -bien qu'à cette échelle, il faille parler de business- n'étant justement que le contexte, tout ce qu'il y avait autour du drame de ce soir de finale, la montée de la tension, les personnages qui devaient évoluer pendant tout le roman, tout cela pensais-je donc devait me plaire. Las, je m'y ennuie dès le départ, et pourtant il n'y est pas encore beaucoup question de football. De fait, ce roman s'embourbe dans une tonne de détails. Laurent Mauvignier écrit bien, je ne le conteste pas, il a d'ailleurs tout pour me plaire à ce niveau, simplicité, phrases courtes, directes, mais justement, là il ne va pas au plus court. Il détaille, se perd dans des apartés longs, des descriptions qui ne me semblent pas utiles, ratant ainsi la vraie profondeur de ses personnages même s'il la frôle, la touche du doigt, la voilà délayée dans du fade, du mou ; son roman perd en densité. Lorsqu'il m'aurait plu de lire un roman court, serré, vif et âpre, il en fait un long texte avec des propos qui ne lui apportent rien si ce n'est de la lenteur et du délayage. A mon goût et mon humble avis de lecteur, le roman aurait eu plus de puissance en étant plus court. 

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Rouge comme la neige

Publié le par Yv

Rouge comme la neige, Christian de Metter, Casterman, 2014.....

1896, Etats-Unis, depuis six ans, la jeune madame Mackinley est veuve. Depuis que son mari est mort à la bataille de Wounded Knee. Depuis six ans, elle est aussi sans nouvelle de sa fille, Abby. La veuve vit dans sa ferme avec son fils Sean, adolescent timide aimant plus le dessin que les armes à feu. Lorsque le procès d'un kidnappeur d'enfant se tient dans une ville proche, elle s'y rend pensant trouver des réponses sur la disparition d'Abby. C'est alors que l'accusé lui fait une proposition étrange qui lui laisse espérer qu'Abby est toujours en vie.

Choisir une bande dessinée, ce n'est pas toujours facile. Cependant, lorsque le nom de Christian de Metter est sur la couverture, plus de choix possible, c'est celle-ci qu'il faut, bon j'exagère un brin, il y a pas mal d'autres noms qui font le même effet. J'ai aimé ses adaptations de Shutter Island et de Au revoir là-haut (je précise que je n'ai pas lu les romans originaux). 

Pour cette histoire, l'auteur de BD est au scenario et au dessin. Cent dix pages de sépia, à part un peu de rouge pour le sang (on est dans le Far West). Comment dire que cet ouvrage est excellent ? Ah si j'ai trouvé : cet ouvrage est excellent ! Tout m'emporte, les couleurs, les dessins, précis, centrés sur les personnages : expressions du visage, du corps, et secondairement sur les paysages. La veuve Mackinley est sans doute désespérée mais pas au point d'abandonner tout espoir de retrouver sa fille, c'est cette seule idée qui la guide alliée à celle de protéger son fils ; d'autres personnages soufflent le chaud et le froid, sont-ils du bon ou du mauvais côté ? Tout cela est dessiné et dit. Ne nous attardons sur la psychologie de tel ou tel, restons sur l'histoire et ceux qui l'incarnent, cela suffit au bonheur du lecteur.

Scenario solide, dessins léchés, beaux personnages, couleur quasi unique. Un très bel album-western.

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Au piano

Publié le par Yv

Au piano, Jean Echenoz, Minuit, 2003.....

Max Delmarc est un pianiste classique très connu, ses concerts sont courus, salles pleines et public enchanté. Mais Max est anxieux, pétri de trac et alcoolique. Aussi, son producteur l'a-t-il fait suivre et accompagner par Bernie, qui l'empêche de boire avant les concerts et le pousse littéralement sur la scène de ses concerts. Max ne le sait pas encore, mais il vit ses trois dernières semaines, vingt-deux jours après l'ouverture de ce roman, il mourra violemment.

Rangé dans les rayons de la bibliothèque, un Jean Echenoz que je n'ai pas lu, donc ni une ni deux, aucune hésitation, je le prends et m'en retourne à la maison, le poser sur la table de chevet, puis laisser quelques jours passer avant de l'ouvrir... faire durer les préliminaires, l'attente. Après cette mise en condition, le plaisir n'en sera qu'augmenté pensé-je. En fait, je n'en sais rien, peut-être aurais-je eu la même sensation si je m'étais jeté dès mon arrivée à la maison dans ce roman ? Parce que, comme d'habitude avec les romans de Jean Echenoz, je me suis régalé.

Une première partie sur la vie de pianiste de Max très détaillée, minutieuse et tellement bien écrite. Un personnage dont on sent les failles, les peurs, les angoisses et les manques bien qu'il soit assez pâle subissant plus qu'il ne vit sa vie. Bernie, son aide de vie semble plus dense, plus intéressant. De belles images naissent sous la plume de l'auteur : "Mais qu'est-ce que c'est que ces fleurs, s'énerva-t-il, tu sais bien que je ne supporte pas, bazarde-moi tout ça. Oui oui, dit Bernie qui ramassa prestement les bouquets puis fila surchargé comme un corbillard pendant que Max tombait sur sa chaise, devant une console désormais surmontée d'un miroir au fond duquel, dans l'ombre, Parisy s'épongeait le cou à l'aide d'un Kleenex en boule." (p.18/19)

Une deuxième partie qui commence très bien, traîne un tout petit peu en son mitan puis redémarre et fait la place à une troisième et ultime partie réjouissante. Très équilibré, Au piano est un roman qui se lit le sourire en coin, qui détaille chaque paysage, chaque personnage et chaque situation. Je ne peux m'étendre que sur le vrai bonheur qu'il y a à lire les phrases, les paragraphes de Jean Echenoz, parce que je ne veux rien dire de cette histoire pour en laisser la surprise aux futurs lecteurs qui seraient passés par le blog. Les joies des longues phrases virgulées, dans lesquelles plusieurs idées cohabitent, s'entrechoquent et se mêlent. Il faut aimer. Echenoz, c'est avant tout un style, une exigence littéraire, un beau travail avec la langue. 

D'aucuns pourront dire que les rebondissements n'en sont pas, que les personnages manquent de profondeur, ... Peut-être. Mais lire Echenoz c'est aussi lire ce qu'il n'a pas écrit mais qu'il sous-entend, lire entre ses lignes. Pas toujours évident, c'est la raison pour laquelle il faut prendre son temps et se préparer en retardant de quelques jours la lecture dès lors qu'on l'a entre les mains.

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Le capitaine Fracasse

Publié le par Yv

Le capitaine Fracasse, Théophile Gautier, Archipoche, 2016....,(première édition 1863)

Le baron de Sigognac est un jeune homme qui vit dans la misère. Son château tombe en ruine, il mange peu, et est obligé de se vêtir avec les habits de son père, décédé quelques années auparavant. Le baron vit au milieu du XVIIème siècle, isolé, par peur de croiser d'autres nobles de la région dont la belle Yolande de Foix qui ne manque jamais une occasion de le croiser de son mépris. Lorsqu'un soir on frappe à la porte, le baron est surpris, il ouvre et offre l'hospitalité à une troupe ambulante de comédiens dont le chariot est embourbé. Voyant l'état de dénuement du jeune homme, les comédiens lui proposent de se joindre à eux pour aller à Paris. D'abord réticent, le baron de Sigognac accepte lorsqu'Isabelle, la belle jeune actrice à laquelle il n'est pas insensible, insiste auprès de lui.

Il me souvient d'avoir lu Le capitaine Fracasse, enfant, mais dans une version de 200 pages. Ce livre édité dans la collection La bibliothèque des Classiques d'Archipoche en compte 700. Certes, l'ouvrage est de petit format, mais je me rends compte que je n'avais lu qu'une version condensée. Ce qui est très compréhensible, car Théophile Gautier décrit, décrit et décrit encore. On ne rencontre le premier humain qu'après avoir lu une vingtaine de pages décrivant le château et les alentours. Puis, à chaque fois qu'un personnage entre en scène, l'auteur fait de lui un portrait détaillé, de pied en cap, vêtements inclus. Pareil pour tous les lieux traversés, si bien que l'on peut se faire une idée très précise du voyage de Sigognac et de ses rencontres. Cela peut parfois paraître long, mais la langue est belle et les mots tombés en désuétude voire totalement oubliés ajoutent un charme suranné oh combien irrésistible : "... le gros homme, étendu à jambes rebindaines...", "... un bélître parvenu, concussionnaire et simoniaque...", "Le beau Léandre, pensant toujours à la châtelaine, s'adonisait de son mieux...", ... Voilà un très court échantillon des joyeusetés que l'on trouve dans l'écriture de Théophile Gautier. Pour le reste, eh bien, nous sommes dans un roman d'aventures historique, tous les ingrédients sont là : le jeune homme désargenté, la belle jeune fille, l'amour, la trahison, les bagarres, ... un roman qui fera les belles heures du cinéma dit de cape et d'épée (je me souviens de la version de Pierre Gaspard-Huit avec Jean Marais), il y eut aussi des séries animées, et même du théâtre. Je ne suis pas sûr que ce roman fera les délices des adolescents de maintenant, parce que sans doute pas assez actif, nerveux, mais il fera sans nul doute celui de leurs parents-ex-adolescents qui en plus de trouver une histoire romanesque à souhait, emplie des codes du genre auront un réel plaisir de lecture dans les descriptions, le vocabulaire et les envolées lyriques du Pédant, l'un des personnages de la troupe de comédiens qui ne peut s'exprimer que dans l'outrance et l'emphase. 

Très belle idée de réédition. Très belle collection, même si les -très- petits caractères peuvent gêner la lecture des ex-adolescents dont la vue baisse.

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Balthazar Grimod de la Reynière. Un gastronome à la table des Lumières

Publié le par Yv

Balthazar Grimod de la Reynière. Un gastronome à la table des Lumières, Jean Haechler, Séguier, 2016...

Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière, né en 1758 sera tour à tour et parfois simultanément homme de lettres, philosophe, avocat, épicier, duelliste, critique de théâtre et de littérature, gastronome. Né dans une famille de la bourgeoisie parisienne, riche, mal aimé de sa mère parce qu'infirme, sans main, il portera toute sa vie des prothèses recouvertes de gants blancs, il peinera à se faire reconnaître et multipliera les excentricités, les mystifications. Son père, Laurent renflouera toujours ses caisses souvent vides, et Balthazar profitera de la vie. Très tôt républicain, il passe la Révolution sans souci, sans vraiment se préoccuper de la terreur bien que son père, en tant que fermier général aurait pu être décapité -comme les autres fermiers généraux-  s'il n'eût fait preuve de précocité en mourant juste avant.

C'est la vie de cet homme peu connu du grand public que Jean Haechler décide de raconter. Ami de Retif de la Bretonne, c'est souvent grâce à lui que le biographe a pu reconstituer le parcours de Grimod de la Reynière. Les premières parties concernant la jeunesse de Balthazar sont enlevées, parfois très drôles parce que très tôt le jeune homme fait parler de lui en explosant littéralement les codes de l'époque mors des réceptions que donnent ses parents, mais pas seulement : "Facétieux, il en rajoute, et pour s'amuser, il envoie à telle relation de sa mère, et de sa part, des poudres qui occasionnent des démangeaisons irrépressibles voire qui rougissent ou noircissent la peau, et de la part de son père des sucreries purgatives, des confitures à la coloquinte mélangée d'ingrédients narcotiques ou aphrodisiaques." (p.47) Puis Balthazar écrit sur le théâtre et la littérature en égratignant autant les acteurs que les auteurs voire les critiques : "Il ne faut pas s'imaginer que MM. les journalistes lisent tous les Ouvrages dont ils ont à rendre compte ; ce serait une erreur grossière. Copier fidèlement le Titre, parcourir la Préface, lire attentivement la Table..." (p.50)

Jean Haechler restitue agréablement et minutieusement autant que faire se peut la vie de Grimod de la Reynière, ses amours difficiles dues à son handicap et la misogynie qui en découle, voire plutôt sa misanthropie, car il dut aussi supporter les remarques blessantes d'hommes. Ses frasques qui pousseront ses parents à le faire voyager, ses amitiés avec Retif de la Bretonne, ... Tout cela est intéressant, son passage dans les années révolutionnaire itou, comment cet homme s'est passionné pour la critique culturelle en oubliant ou pour oublier la période violente.

Puis, l'auteur aborde la période Almanach des gourmands, publié en 1803 et les repas et festins auxquels Balthazar participe. C'est un peu plus long, mais l'on a plaisir à lire sa prose longuement citée, fine et délicate mais toujours vache lorsqu'il le faut.

Vous ne connaissez pas encore Alexandre Balthazar Laurent Grimod de la Reynière ? Jean Haechler vous le fait découvrir.

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Du vent

Publié le par Yv

Du vent, Xavier Hanotte, Belfond, 2016 …..

Jérôme, correcteur dans une maison d’édition juridique grise et terne est aussi écrivain. Un écrivain exigeant et reconnu par sa belle maîtrise de la langue et de l’écriture, ses sujets pas faciles, son amour des détails et sa minutie. De fait il ne publie pas beaucoup.

Jérémie est son ami, lui aussi écrivain. Tout le contraire : une sorte d’Alexandre Dumas, toujours à fuir les créanciers, à écrire deux ou trois romans en même temps pour tenter de rembourser ses dettes. Lorsqu’il demande à son ami de le couvrir auprès d’un éditeur, Jérôme se sent alors obligé de se lancer dans l’écriture d’un roman commandé sur les mésaventures d’une jeune lieutenant de l’armée, mais dans le même temps, il n’abandonne pas son idée d’un roman sur Lépide, l’un du triumvirat formé avec Octave et Antoine, du temps de l’empire romain.

Xavier Hanotte est généreux, il écrit, non pas un, ni même deux, mais trois romans en un. Le premier, celui qui ouvre Du vent, est celui du lieutenant Bénédicte Gardier qui arrive dans sa nouvelle affectation et qui, avant de prendre ses fonctions descend dans un hôtel dans lequel elle est immobilisée et ficelée pendant que son agresseur, Sophie Opalka prend sa place.

Le deuxième est celui de Lépide qui contre la volonté d’Octave entre en Sicile et avance en gagnant ses batailles. Il sait qu’Octave lui en voudra, d’autant plus que Lépide a la fâcheuse tendance à ne pas exécuter ses adversaires.

Enfin, le troisième roman est celui de Jérôme et Jérémie.

Ces trois histoires forment un roman profond et léger, d’un humour à la Devos, absurde et érudit, intelligent quoi. A l’instar de son personnage Xavier Hanotte est minutieux et si le diable n’est pas forcément dans ses détails, l’humour lui, y est,  d’abord parce qu’il s’amuse à nous raconter comment il a récolté tel ou tel particularité de telle ou telle corde, son immersion au sein d’un magasin de bricolage est une scène joyeuse, et ensuite parce qu’une fois qu’il a les informations, on les attend dans le récit, et lorsqu’on les lit, c’est la récompense ultime. Ce qui, pour certains, pourrait paraître comme des digressions oiseuses, des divagations ou des danseuses d’auteur intellectuel est ce qui m’a fait le plus d’effet, j’ai ri, souri (un peu moins sur le roman sur Lépide, moins drôle et un peu plus long). Mais franchement, avez-vous lu des lignes plus belles et plus drôle bien qu’inutiles au déroulement de l’histoire que celles-ci :

"Le soir tombait avec nonchalance. Dans les coulisses du firmament, le soleil invisible pliait bagage à l’anglaise, trop honteux de sa prestation du jour pour conférer à son coucher une quelconque solennité. Profitant de sa dérobade, le ciel et la terre essayaient des cocktails variés de gris qui, avec la lenteur propre aux crépuscules, teintaient indifféremment les campagnes rases, les bois dévêtus et les bourgs engourdis."(p.325) ?

Xavier Hanotte aborde pas mal de thèmes dans son roman, mais l’essentiel est celui de l’écriture, du travail de l’écrivain et surtout la littérature. Comment naît-elle ? Commente et qui décide de ce qui est littérature ou pas ? L’éternelle question sur la bonne ou la mauvaise littérature : les livres de Jérémie sont-ils moins nobles que ceux de Jérôme ? Il est un fait que certains sont plus exigeants à lire et à écrire car écrits dans un langage plus soutenu et demandant une documentation importante. Du vent est un pur plaisir à lire, on croise les histoires sans se perdre, mais au contraire avec l'envie de retrouver chaque héros. Malgré un fond sérieux et cartésien, au départ au moins, le livre part et se déconnecte de la réalité, l’auteur n’hésite pas à recourir à des explications ou des personnages étonnants et barrés. 

Décidément, j'aime celle collection chez Belfond grâce à laquelle je découvre un auteur belge qui écrit depuis une vingtaine d'années. Franchement -si je suis les conseils de l'éditeur, je devrais arrêter adverbes et adjectifs... j'essaie- n'hésitez pas à lire Du vent, je me suis régalé de bout en bout. Lu et approuvé.

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L'affaire de l'homme à l'escarpin

Publié le par Yv

L'affaire de l'homme à l'escarpin, Jean-Christophe Portes, City éditions, 2016...,

Paris, juillet 1791, les partisans du retour du roi, ceux qui veulent mettre à sa place le duc d'Orléans, régent de son fils et enfin les républicains s'affrontent. La tension monte jusqu'à ce qu'on appellera plus tard La fusillade du Champ de Mars.

Dans le même temps un jeune homme est assassiné ; son corps est retrouvé, nu à l'exception d'un escarpin. Ce jeune homme était homosexuel et fréquentait beaucoup ce milieu, mais il travaillait aussi pour un journal politique. Victor Dauterive, sous-lieutenant de la gendarmerie est convaincu que son meurtre est lié à une manœuvre politique. Le jeune gendarme, protégé de Lafayette, accepte une mission d'infiltration dans un groupe de révolutionnaires très actifs. 

Deuxième tome des aventures de Victor Dauterive, agréablement lancées avec L’affaire des corps sans tête.  Dans ma recension de ce premier opus, j’avais évoqué quelques minimes réserves, notamment l’une sur la mise en page, corrigée sur le deuxième ; aussi je me permets de réitérer celle concernant la longueur de l’ouvrage, toujours un peu trop mou à certains moments –cela n’engage que moi-, comme s’il fallait atteindre 400 pages à tout prix. Je ne résiste pas non plus à la vacherie de signaler pas mal de coquilles jusque dans la note au lecteur précisant le travail d’écriture et de documentation. Documentation justement, importante et nécessaire : le livre fourmille de détails, de pans de l’histoire par moi oubliés. Je dois dire que je connais assez succinctement l’histoire de la Révolution et je sais gré à JC Portes de m’instruire. Parce que c’est vraiment le cas, il m’apprend plein de choses sur cette période et sur certains personnages de l’époque tels Danton qui fut longtemps rémunéré par le roi pour un éventuel retour au pouvoir, ou Olympe de Gouges, ou encore Choderlos de Laclos plus connu maintenant pour son roman Les liaisons dangereuses que pour ses activités politiques… J’adore cela, apprendre dans une forme de légèreté qu’est le roman populaire. Parce que je viens de finir un vrai roman populaire : un livre qui devrait plaire au plus grand nombre et qui parle des gens et de notre histoire. Il est bâti comme les modèles du genre : contexte fort, personnages archétypaux –ce n’est pas une critique négative, l’archétype est nécessaire dans ce genre-, relations entre la fiction et le réel, intrigue, suspense, ...

Victor Dauterive est un garçon volontaire et droit, sympathique même s’il est un peu bourru et s’emporte aisément. L’enquête qu’il doit mener n’est pas simple et les rebondissements jusqu’à la toute fin ménagent le suspense. JC Portes maîtrise son intrigue et la manière de nous la proposer, il nous balade, nous met sur de fausses pistes ou supposées telles ; à l’instar de l’enquêteur, le lecteur se trompe, mais bien mené, il revient dans le bon chemin. Peut-être aurait-ce été une bonne idée que d’aller un peu plus loin sur l’homosexualité à l’époque –pénalisée, évidemment-, car s’il en est fait pas mal mention, on reste un peu en surface ; de même pour les enfants des rues… Mais tout cela pourra sans doute faire l’objet d’un troisième ou quatrième tome ?

Mis à part mes -petits- bémols, j’ai plongé dans ce roman historico-policier comme je l’avais fait pour le premier, et comme je le ferai très volontiers pour le suivant, car je ne doute pas que suivant il y aura. La série s’annonce donc hautement addictive. 

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Candide

Publié le par Yv

Candide. Micromégas. Zadig, Voltaire, Archipoche, 2016..... (parus respectivement en 1759, 1752 et 1748)

Est-il bien nécessaire de faire un résumé des œuvres présentées dans ce livre ? Bon, on ne sait jamais, cela peut être utile.

Candide grandit dans un château en Westphalie, sans doute fils naturel de la sœur du baron de Thunder-ten-tronckh. Il suit avec les enfants du baron, Cunégonde et son frère, l'enseignement du philosophe de l'optimisme, Pangloss. Candide est brutalement mis à la porte le jour où le baron le surprend à embrasser, derrière un paravent, Cunégonde. Livré à lui-même, il vivra des aventures folles, un optimisme fermement ancré en lui. 

Micromégas est un géant savant de plusieurs kilomètres de haut qui découvre les hommes et leurs discours.

Zadig est un jeune homme philosophe qui se retrouve à vivre des aventures en Orient.

Evidemment, des trois, Candide est le plus connu, celui qui a fait une grande partie de la renommée de son auteur. Déjà lu et donc relu avec toujours autant de plaisir. C'est un conte philosophique qui s'il semble dépassé par quelques côtés, est toujours d'actualité dans ses diverses dénonciations : la religion dans ce qu'elle a de pire, c'est à dire la surveillance de l'âme et des comportements des gens, mais aussi l'esclavage, lisez ce que dit l'esclave auquel il manque une main et une jambe et que Candide rencontre au Surinam :

"On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe." (p.90)

Ce récit est une suite d'aventures rocambolesques, toutes plus folles les unes que les autres qui donnent à réfléchir sur le sens de la vie humaine, sur ce qu'en font les hommes, sur leur manie de tout salir : "Croyez-vous, dit Candide, que les hommes se soient toujours mutuellement massacrés comme ils font aujourd'hui ? qu'ils aient toujours été menteurs, fourbes, perfides, ingrats, brigands, faibles, volages, lâches, envieux, gourmands, ivrognes, avares, ambitieux, sanguinaires, calomniateurs, débauchés, fanatiques, hypocrites et sots ?" (p.102)

Il y a beaucoup à dire sur l'œuvre de Voltaire et particulièrement sur ses contes philosophiques.  Je ne m'étendrai pas sur le sujet par manque d'espace et de capacités et si je me suis un peu attardé sur Candide, c'est parce qu'il est le premier du livre, et puis c'est un tel plaisir que de le lire et le relire... Une très belle idée que cette édition dans la collection La bibliothèque des classiques. Petit ouvrage qui tient dans la poche, belle jaquette, tranches de pages dorées. Deux seuls petits bémols, ouvrage "imprimé en Chine", bon c'est sûrement pour le bas prix et police de caractère assez petite mais le format compact oblige à des choix. En tous les cas, très beaux textes à lire et faire lire et en plus beaux livres (parce que j'en ai deux autres à la maison, Dostoïevski et T. Gautier) que l'on aura plaisir à offrir. Les fêtes approchent... 

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