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L'émasculé du Cran-aux-Œufs

Publié le par Yv

L'émasculé du Cran-aux-Œufs, Michel Bouvier, Pôle nord éditions, 2017.....

"En avril 1899, au pied de la falaise du Cran-aux-Œufs, au nord de Boulogne-sur-Mer, les douaniers découvrent le corps d'un homme. Il s'agit d'un ingénieur bien connu dans le secteur. Il cherchait du minerai pour les usines métallurgiques de Marquise. Les circonstances peu banales de sa mort intriguent la police locale. Son cadavre a été émasculé... Affaire de mœurs, espionnage industriel ? Policier solitaire, le commissaire Dewiquet écoute, observe et ausculte l'univers feutré de la France provinciale et bourgeoise de cette fin de XIXe siècle." (4ème de couverture)

Pôle nord éditions est une jeune maison créée en 2013 à Lille. Sa collection Belle époque de laquelle est tirée cet ouvrage a pour cadre le littoral nordiste et picard aux alentours de 1900.Michel Bouvier écrit le numéro 6 de la série. Michel Bouvier, je l'ai déjà lu avec bonheur, deux fois : Lambersart-sur-Deuil et Le silencieux. Cette fois encore, il aborde ses thèmes de prédilection : la bourgeoisie nordiste, le monde ouvrier et la difficulté de passer de l'un à l'autre (ce dernier aspect étant moins présent mais fort naturellement puisque les deux mondes ne se mélangent pas, n'en ont même pas l'idée, au contraire des deux romans précédents, contemporains dans lesquels le passage du monde ouvrier à une classe sociale plus haute est si ce n'est plus aisé au moins envisageable). Michel Bouvier parle aussi de religion, de sa présence voire son omniprésence en cette fin de XIXe siècle, je pourrais même dire sa dictature tant elle forme les esprits et dicte les actes. Contrairement à ses romans précédents, le romancier se fait plus critique vis-à-vis de l'église et de ses principes et peut même pousser à de belles réflexions sur l'amour humain, sur l'humanité, la fraternité, ... "Il ne songeait pas seulement que ces hypothèses nouvelles sur les origines de l'homme entraient en contradiction avec ce qu'il avait appris au catéchisme, à quoi il avait cru naïvement et qu'il croyait encore obscurément, que l'homme avait été créé par Dieu à son image et placé dans un merveilleux jardin à l'Orient d'un monde parfait. Il ne se rendait pas compte que son incapacité à sortir de ses interrogations venait sans doute de la cohabitation dans les couches profondes de son esprit de ces deux convictions contradictoires : l'homme est sorti parfait des mains de Dieu ; le criminel obéit à des pulsions mauvaises qui remontent à l'origine obscure de l'homme." (p.71/72)

L'intrigue de son roman policier est servie par une langue soignée, travaillée et qui est un plaisir à lire et à dire. De belles longues phrases, profondes qui vont au cœur des personnages, Gaston Dewiquet en particulier. Elles décrivent aussi admirablement les lieux, le temps, les nuages... C'est bourré de beaux mots, de vocables locaux également, d'imparfaits du subjonctif -j'en vois qui frétillent en lisant cela. C'est un roman policier que l'on lit lentement, d'abord pour profiter du style et parce que les longues phrases incitent à la lenteur ; on colle au plus près au rythme du policier et de sa jument Soyeuse qui le mène sur les chemins et routes du nord. C'est assez rare de lire des romans policiers dans un style aussi particulier, ils vont souvent vite, sont argotiques, rapides, parfois insipides sauf leur intrigue. Les polars de Michel Bouvier, on les lit d'abord pour son écriture et le reste vient ensuite naturellement, sans forcer, tout coule admirablement.

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La prophétie de Langley

Publié le par Yv

La prophétie de Langley, Pierre Pouchairet, Jigal polar, 2017.....

Ludo d'Estre est trader dans une grande banque parisienne et prêt à flirter avec les limites de la légalité pour gagner beaucoup d'argent. Un jour, il remarque une transaction douteuse sur une grande société d'énergie française. Aidé de Reda, son collaborateur, il tente d'en savoir plus et pense à un délit d'initié. La suite lui prouvera que c'est bien pire. Entre Ludo le bourgeois versaillais et Reda l'enfant des cités de Trappes, malgré les regards étonnés, le courant passe bien. Mais lorsque Ludo disparaît c'est Reda qui est suspecté. Johana Galji, commandant à police versaillaise qui mène l'enquête, pas convaincue de la culpabilité du jeune homme.

Pas de temps mort dans ce polar. il commence vite et tient le rythme jusqu'au bout voire même s'emballe encore sur la fin. On suit d'abord Reda et Ludo, puis Reda seul qui tente de faire la lumière sur la disparition de son ami  mais aussi Johana qui veut comprendre ce qui se passe. Tout tourne autour de la finance, du terrorisme, et malgré cela, les explications et la vulgarisation fonctionnent à merveille. Jamais le lecteur n'est perdu et au contraire, comprend mieux certains rouages des grandes banques et la surveillance des transactions financières et des réseaux terroristes qui cherchent à se financer en montant des opérations boursières.

C'est drôlement bien fait. Phrases courtes, vocabulaire courant, explications simples et claires. Je me suis évidemment plus attaché aux personnages principaux, Reda et Johana mais aussi Alasdair McLeod ex-légionnaire devenu banquier, les autres les politiques naviguent dans des sphères assez éloignées de nos préoccupations, même s'il faut bien le dire, les décisions doivent se prendre rapidement et auront des conséquences à court terme pour nous communs des mortels. Franchement, je n'aimerais pas être à leur place et je me demande même pourquoi il y a tant de candidats pour des postes à emmerdes, à moins qu'il y ait des gros sous à se faire facilement, il faudra demander à certain(e)s prétendant(e)s à l'élection suprême en France, s'ils veulent bien répondre aux convocations....

Enfin bref, pour revenir au roman de Pierre Pouchairet, quelques touches plus légères voire humoristiques permettent un peu de répit avant de repartir de plus belle. Je ne vais pas m'étendre plus je voudrais que chaque lecteur ait les mêmes surprises agréables que moi. Contentez-vous -c'est un conseil pas un ordre !- de mon article et de la quatrième de couverture, Jigal n'est jamais très disert dessus, ce qui préserve le suspense. Diablement efficace, instructif et bourré de personnages bien campés, ce polar est un modèle de genre qui colle à l'actualité.

NB : Pierre Pouchairet a de plus l'honnêteté de préciser en couverture que l'idée originale est d'un autre : L. Gordon avec qui il a collaboré. Excellent travail et excellent polar.

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Le vertige des falaises

Publié le par Yv

Le vertige des falaises, Gilles Paris, Plon, 2017.....

Sur une île en proie à l'exode vers le continent, vit la famille de Mortemer : Olivia et Aristide les grands-parents, Rose et Luc les parents et Marnie la fille et petite fille, sans oublier Prudence la femme à tout faire et sa fille Jane, la seule amie de Marnie. Ils vivent tous dans une maison de verre et d'acier nommée Glass. Se dégage de cette maison une atmosphère emplie de mystères et de violence sourde. Les femmes, et particulièrement Olivia paraissent régner sur la maison et l'île. Et si ce qui semble si  solide voire indestructible était plus fragile qu'il n'y paraît ? Et si une personne connaissait tous les secrets de Glass et des de Mortemer ?

J'ai découvert Gilles Paris, comme beaucoup, avec l'excellent Autobiographie d'une courgette, qui a donné naissance au désormais fameux film multi-récompensé Ma vie de Courgette. J'ai continué à le lire et sur son titre L'été des lucioles ai émis des réserves parce que je trouvais que, au début du livre au moins, le romancier se répétait. Et puis arrive Le vertige des falaises. Un peu anxieux à l'idée de retomber dans une histoire certes jolie, mais un peu "déjà-lue", j'ouvre ce roman, et là, dès les premiers mots, je sais que ça va coller : "Papa est mort. Je devrais avoir du chagrin, je n'en ai aucun. J'irais bien jouer avec Jane, mais la main baguée de grand-mère Olivia m'emprisonne. Le vent, lui, me décoiffe, et des mèches rousses me rendent aussi aveugles que Jane." (p.9) J'adore cette écriture, phrases courtes qui vont à l'essentiel, qui s'enchaînent rapidement, ne laissant au lecteur que peu de temps pour souffler entre elles. Heureusement, Gilles Paris a choisi d'écrire en très courts chapitres, de deux à trois pages. En fait, ce sont les journaux de Marnie et Olivia qui se croisent, se répondent parfois. Puis ceux d'autres personnages : Géraud le médecin de l'Île, Agatha la fleuriste, Vincy un garçon de l'Île, fils du pharmacien, et quelques autres plus brièvement.

Tout à fait le genre de livres dont on n'a pas envie de sortir, dont on ne peut pas passer un mot, au risque de rater une information importante, ou tout simplement parce qu'on en n'a pas envie, tant l'écriture est plaisante. J'avoue avoir freiné un peu ma lecture sur la fin, pour profiter des derniers instants, des dernières révélations, encore un peu, pour rester un peu plus longtemps sur l'Île. Cette Île qui est un véritable personnage, d'ailleurs elle est toujours écrite avec une majuscule -ainsi que le Continent, son opposé nettement moins présent. Le ciel est toujours bas, souvent gris, la nature est belle mais un peu austère. Gilles Paris installe un climat tendu, sombre qui, par son décor m'a fait penser à L'étourdissement de Joël Egloff et par ses personnages et l'ambiance générale à Hitchcock ou Agatha Christie entre autres.

Les personnages sont très travaillés, la forme du journal permet d'aller au plus profond de leurs sentiments, de leurs émotions. Ils se révèlent petit à petit, sans filtre et l'alternance des points de vue permet de les connaître de l'intérieur mais aussi de l'extérieur. Les de Mortemer semblent forts aux yeux des îliens, ils le sont sans doute beaucoup moins lorsqu'ils s'expriment et lorsque ceux qui les côtoient parlent d'eux. Le style résolument rapide et direct permet d'entrer rapidement dans l'intimité de chacun d'eux, de comprendre ce qui les a amenés à Glass et ce qui les y retient. J'aimerais en dire beaucoup plus sur ce roman, mais je ne veux rien dévoiler, ce serait tellement dommage de gâcher tous les rebondissements, la tension présente du début à la fin.

J'aimerais également dire tous mes remerciements à Gilles Paris qui, une fois sorti de sa zone de confort -ses très beaux romans positifs écrits du point de vue de l'enfant- sort là un véritable roman noir, sombre et dur, pas si loin de ses thèmes de prédilection, mais vu par un autre petit bout de la lorgnette, un véritable coup de cœur pour moi. Il pourra décontenancer les fidèles de l'auteur, auxquels je conseille très fortement la lecture qui devrait les scotcher tout autant que moi.

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La Halle

Publié le par Yv

La Halle, Julien Syrac, La différence, 2017....

Marrec, une ville on ne sait où, et dans cette ville, la Halle. La Halle, lieu central du commerce : des bars, des restaurants, une boucherie, une poissonnerie, un primeur, une librairie, un vendeur de saucissons, Julien, le narrateur et à l'étage une galerie d'art qui vit sa dernière journée, elle va bientôt être remplacée par un supermarché végan, Végétalia. Julien travaille à la halle depuis trois ans, il connaît tous les commerçants, les clients, les clochards du coin et Fouad celui qui tient la galerie d'art et qui a promis une surprise d'envergure pour le dernier jour.

Premier roman d'un jeune auteur très prometteur tant il y a en son sein de belles choses. Tout d'abord, j'ai pu être dérouté par le lieu choisi et le quasi huis-clos. Puis, très vite les images abondent et les portraits des protagonistes me ravissent : "La grosse bouchère, son mari le petit boucher apeuré, le fils débile et déjà obèse, incarnation trinitaire de tout ce que l'étal propose, de la farce de porc au cou maigre et déplumé des poulets, le saignant et le blême dans une orgie de rouges assassins sur fond de carrelage de morgue." (p.33)

Julien Syrac use d'une belle langue, à la fois riche et argotique, délicate et grossière. Il mélange les genres, ne s'arrête pas à un style qu'il aurait cherché et trouvé et qu'il utiliserait jusqu'au bout. Le risque, c'est que son roman puisse paraître partir dans tous les sens, ce qui peut se vérifier dans ses envolées, ses digressions sur le véganisme, la peinture, les livres, les vendeurs et les travailleurs de la Halle qui gagnent chichement leur vie et travaillent durs, les profiteurs comme Patrick M, le patron de Julien qui travaille peu et gagne beaucoup, les amours de telle libraire ou telle cuisinière, ... C'est dans ces moments-là que parfois, je trouve qu'il pousse un peu le bouchon. Oui, mais, aussitôt après, il revient dans la Halle et on y retourne avec bonheur. Cette quasi unicité de lieu m'a beaucoup plu. Elle permet la rencontre de gens qui ne feraient que se croiser autrement, qui n'ont rien en commun sauf la Halle. Et dès que le romancier se penche sur ses personnages, ils deviennent plus denses, plus complexes qu'il n'y paraît, il les dessine au-delà des apparences : untel est plus cultivé qu'il ne veut le laisser croire, l'autre est vraiment tel qu'on le pressent, un beauf dans toute sa splendeur, unetelle a vécu des drames assez terribles, ... Fouad est un peintre raté, un galeriste qui ne vend pas mais il a cette très jolie réflexion : "Fouad dit avoir enfin compris que le plus grand de tous les arts, ce n'est ni la littérature, ni la peinture, ni la photographie, ni la musique, mais le silence. La plénitude du silence. Le foisonnement du silence. L'éternité du silence. La sidérante beauté du silence. Le silence est le plus grand chef-d’œuvre auquel un homme puisse aspirer." (p.123)

Le risque dont je parlais plus haut est largement compensé par le vrai plaisir de lire un roman original et dans le fond et dans la forme. C'est une fable très contemporaine sur la condition humaine, délicatement et violemment écrite. Le fait de changer de style d'écriture perturbe le lecteur que je suis, me met en intranquillité ne sachant ce que je vais découvrir en tournant la page : des phrases nominales courtes ? De grandes envolées lyriques ? Une description plus classique ? Quel plus grand plaisir de lecture que celui de ne pas savoir ce que l'on va trouver en tournant la page ?

Très belle découverte que ce premier roman, La différence est un éditeur que j'aime beaucoup exigeant et de qualité. A noter que Julien Syrac a traduit -pour les éditions Actes sud- Le silence même n'est plus à toi d'Asli Erdogan récemment emprisonnée par le pouvoir turc.

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Lettres d'Ogura

Publié le par Yv

Lettres d'Ogura, Hubert Delahaye, L'Asiathèque, 2017...,

"C'est un monde en miniature non loin de Kyoto, où une vingtaine de maisons se serrent sur l'ubac d'un seul côté de la route qui ne mène nulle part, afin de laisser place à une vingtaine de rizières grandes comme la main. On les inondera bientôt, avant le repiquage, et les grenouilles folles de joie sortiront de la rivière pour y faire leur vie et leurs têtards." (4ème de couverture)

L'Asiathèque est, comme son nom l'indique, un éditeur spécialisé dans les ouvrages d'apprentissages des langues d'Asie. Mais la maison publie également des romans et des nouvelles d'auteurs locaux et des petits textes d'auteurs français connaisseurs des pays d'Asie dans la jolie collection Liminaires. Ce fut le cas avec le très beau Halabeoji, de Martine Prost ; c'est de nouveau réussi avec Lettres d'Ogura. Cette fois-ci, le Japon. Mais pas celui qu'on nous montre partout, ultra-connecté, moderne, à la pointe du progrès. Hubert Delahaye s'intéresse à un petit village et plus particulièrement à une vieille dame qui y habite. Comme chez nous, ce village éloigné est déserté par les jeunes, des maisons sont abandonnées et ne restent quasiment plus que des vieux voire des très vieux qui s'aident, se parlent.

Le texte est beau, lent, très lent, contemplatif, décrivant admirablement la nature, la faune et la flore. Il colle parfaitement au rythme de vie du village. Dès le début je suis sorti des mes lectures habituelles et me suis retrouvé plongé dans un monde qui n'a pas mes codes. C'est troublant parce le texte n'est pas écrit par un Japonais et que pourtant tout pourrait le faire croire. Cent-vingt pages de zen, de calme, de beauté, de fréquentation de cette vieille dame charmante qui ne se plaint pas. Cent-vingt pages positives teintées d'un léger humour qui font sortir du quotidien. 

Belle collection à la couverture et la mise en pages soignées qui a les bonnes idées d'abord d'insérer dans le texte français des mots écrits en japonais, non pas que je les comprenne, mais ça permet d'entrer encore plus dans le monde décrit par Hubert Delahaye et ensuite de n'être pas chère. Si vous ne connaissez pas encore L'Asiathèque -ce n'est pas bien parce que j'en ai parlé, toujours conquis (Le phare, Histoire de dame Pak, L'art de la controverse, Halabeoji, Le magicien sur la passerelle)-, passez le cap, regardez attentivement le catalogue et n'hésitez pas à en parler à votre libraire préféré(e). Je me permets ce conseil, car j'ai toujours eu un peu de mal avec la littérature asiatique -et particulièrement la japonaise- et grâce à L'Asiathèque entre autres -mais aussi Intervalles-, j'apprends à la connaître et à l'apprécier.

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Tu ne perds rien pour attendre

Publié le par Yv

Tu ne perds rien pour attendre, Janis Otsiemi, Sang neuf (Plon), 2017...

Jean-Marc est flic à la Sûreté Urbaine de Libreville. il a quitté la PJ, lassé des magouilles de ses collègues. Un soir, en rentrant, il raccompagne une jeune femme chez elle, Svetlana. Elle travaille au casino de la ville. Quelques jours plus tard, voulant la revoir, Jean-Marc va sonner chez elle. Mais Svetlana a disparu. Alors, aidé de ses collègues, en toute illégalité, il mène l'enquête.

J'ai lu deux romans de Janis Otsiemi, l'écrivain de polars gabonnais : La bouche qui mange ne parle pas et Les voleurs de sexe. Tous les deux très bons, dépaysants et noirs, très noirs. C'est sans doute parce que j'ai cet excellent souvenir de ces deux lectures que ma déception est assez forte. Le moins que je puisse dire, c'est que Janis Otsiemi ne s'est pas foulé. Il se répète beaucoup, tant dans la description de son intrigue que Jean-Marc explique de nombreuses fois aux divers intervenants que dans ses déambulations nocturnes dans les restaurants et cafés de Libreville. Le roman n'est pas désagréable, certes non, mais il manque de tonus, de liant. Il n'est pas passionnant et même la langue de l'auteur parfois si fleurie est nettement plus morne, comme s'il avait voulu, en passant chez un plus grand éditeur se faire plus consensuel et plaire au plus grand nombre. L'intrigue n'est pas particulièrement fine et surprenante non plus. Décevant, parce que le Janis Otsiemi que j'aime, c'est celui qui ose dire tout ce que ne va pas dans son pays, pas quelques lignes égarées dans son roman, mais plutôt un contexte fort présent -là, la corruption est oubliée et les relations troubles entre politiques et malfrats évoquées certes, mais assez tardivement et brièvement. Décevant aussi parce que je ne retrouve pas son verbe haut et coloré, ses personnages forts en gueule au langage imagé, argotique.

Voilà, c'est dit, je suis désolé de dire des trucs pas sympas sur le livre d'un romancier que j'aime bien, mais j'espère que le prochain saura me plaire davantage. Néanmoins, je répète que ce polar est tout à fait fréquentable, il remplit très bien son rôle de divertissement, je le trouve juste un peu inodore, fade...

A lire en écoutant, sur les conseils de Jean-Marc, Fally Ipupa : Anissa

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Infinity 8. L'évangile selon Emma

Publié le par Yv

Infinity 8. L'évangile selon Emma, Olivier Balez, Lewis Trondheim, Fabien Vehlman, Rue de Sèvres, 2017....

Troisième reboot au sein de l'Infinity 8. La nécropole emplie de cercueils, de mausolées, de morceaux de planète et de cimetière, de vaisseaux accidentés avec des cadavres à l'intérieur bloque le passage du vaisseau. La marshall Emma Ô-Mara est chargée pour cette troisième aventure d'aller enquêter sur place. mais avant de partir en mission, la jolie et sexy marshall n'hésite pas à user de son arme contre ses chefs.

Troisième tome de cette excellente série SF. Je rappelle ici aux inconséquents qui ne fréquenteraient pas mon blog régulièrement -il paraît que ça arrive encore, je ne peux le comprendre- que j'ai déjà parlé des tomes précédents : Romance et macchabées, Retour vers le Führer. Cette fois-ci, il est question de croyance, de foi, de tolérance et d'intégrisme. Difficile de ne pas faire le lien avec notre société actuelle et les fous intégristes de chaque religion, qui c'est bien connu depuis Karl Marx "est l'opium du peuple". Il y est aussi question de l'appât du gain, de la volonté d'amasser sans se soucier des autres et du pouvoir ; tiens, tiens, pourtant, j'imagine qu'à l'heure de l'écriture du scénario, on ne parlait pas encore de l'affaire Fillon ? Mais sans doute est-ce parce que ces histoires sont vieilles et se répètent à l'infini.

Fabien Vehlman et Lewis Trondheim sont au scénario et Olivier Balez (déjà croisé dans l'excellent J'aurai ta peau Dominique A) aux dessins, très colorés. Plus difficile pour moi d'entrer dans ce volume, je ne possède pas tous les codes SF -attention, ne pas confondre avec SM... dont je ne possède pas les codes (avec un "c" bien sûr, pas un "g") non plus d'ailleurs- et je dois me concentrer un peu plus. Mais dans le même temps, le fait de revenir sur le reboot et la nécropole me permet de bien me remettre dans l'ambiance de la série. Et puis, plus j'avance plus je comprends et plus ça m'intéresse. Le propos est plus sombre, plus grave que les autres volumes, il y a moins d'humour, le personnage décalé qui fait des blagues n'est pas présent et l'ambiance générale est plus pesante. La série prometteuse se révèle passionnante dans sa diversité. Un conseil : commencer au numéro 1, il est encore temps de rattraper le retard.

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Si tu vois ma mère

Publié le par Yv

Si tu vois ma mère, Marc Villard, Cohen&Cohen, 2017.....

"Dans les rues de l'Amérique, le jazz souffle la vie... Les seize nouvelles rassemblées dans ce volume dressent le décor fictionnel d'une musique qui troue la tête à bon nombre de fidèles dans le monde." (4ème de couverture)

Ce très court résumé, la photo de Miles Davis en couverture, l'éditeur Cohen&Cohen et surtout l'écrivain, Marc Villard, tout cela mis en commun doit suffire pour courir vers ce recueil de nouvelles. Si par le plus grand des hasards, il en fallait plus, je m'y colle, je vous parle de ma lecture.

Difficile d'épingler une nouvelle parmi le lot, elles sont toutes excellentes. Les grands noms du jazz sont présents, Chet Baker, Billie Holiday en ces derniers moments, Theolonius Monk, Art Pepper, Miles Davis, Gerry Mulligan, ... Pas dur, à chaque nouvelle, un nouveau nom et si, comme moi, vous n'êtes pas calés en jazz mais que vous aimez bien quand même, eh bien vous vous brancherez sur un site de musique pour tout écouter. J'ai des lacunes en jazz, il me faudrait trouver un prof ou quelqu'un qui me fasse une liste avec les noms des artistes incontournables et ceux à découvrir ; je me suis aperçu que si je connaissais les noms des musiciens, je ne connaissais pas toujours leurs œuvres. J'ai une attirance particulière pour Theolonius Monk, mais aussi pour les chanteuses qui font passer tant d'émotions dans leurs voix.

Mais bon, revenons au livre. Marc Villard est cette fois-ci plutôt sur les musiciens et leurs travers : drogues, larcins divers, sexe, et fins de vie tragiques pour certains. Tous n'ont pas eu la chance de vivre richement de leur art, surtout lorsqu'il fallait payer la drogue ou les filles. Et puis, le jazz n'est pas la musique la plus vendeuse dans l'Amérique des années 60 à 90. De fait, Marc Villard qui écrit beaucoup sur les petites gens, se retrouve ici avec des pointures qui n'ont pas des vies ordinaires certes, mais qui ne sont pas des jet-setteurs, des profiteurs. Des gens qui se retrouvent vite en galère, en manque d'argent voire poursuivis par des créanciers et/ou la police.

Dans ce recueil, les héros croisent aussi brièvement Jean-Michel Basquiat ou Charles Bukowski, et ce qui est formidable, c'est que je suis passé d'une nouvelle à l'autre avec autant d'envie que si je lisais un roman noir. J'entendais la musique, je la sentais et le mieux, c'est de faire comme j'ai fait de l'écouter en même temps, pour profiter doublement.

Si vous me lisez régulièrement, vous aurez remarqué qu'une fois de plus je parle de Marc Villard, l'écrivain qui doit avoir le plus d'entrées sur le blog. Preuve s'il en est qu'il est incontournable.

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Elijah

Publié le par Yv

Elijah, Noël Boudou, Flamant noir, 2017....

Elijah, c'est le prénom d'un enfant de dix ans, handicapé dont s'occupe son frère, dix-huit ans de plus, seul depuis qu'il a tué son père et que sa mère est morte en mettant au monde le petit Elijah. "Le frère d'Elijah", ainsi qu'il veut se faire appeler, ou Adam, ou Gabriel, en fonction de ses activités a subi les coups d'un père violent, alcoolique et particulièrement cruel. Aussi, à dix-huit ans s'était-il promis de le tuer. Promesse tenue. Puis, il a réitéré ces meurtres d'hommes violents et violeurs à chaque anniversaire de la mort de son père. Elijah est tout pour lui, il ne vit que par lui et pour lui. Elijah qui bave, ne parle que peu et mal, est en fauteuil et ne peut rien faire seul. Il ne faut pas y toucher au risque de réveiller le monstre à l'intérieur de son frère et protecteur.

Avant toute chose, il me faut prévenir les âmes sensibles que ce livre est dur. Thriller implacable, violent et ce, dès le début. Je ne suis pas amateur du genre, mais je l'ai lu en entier, parce qu'il n'est pas que cela. La relation entre Elijah et son frère est forte, indestructible et admirablement écrite et décrite. Ce que j'ai aimé c'est qu'il y a pas mal de surprises dans ce roman. Des styles, des narrateurs, des angles de vues différents. Il n'est pas aussi linéaire et simple qu'on pourrait l'imaginer au départ. Et il faut bien avouer que malgré quelques invraisemblances qu'on ne fait que remarquer vite fait sans les noter tant le suspense est présent, ce roman se lit à une vitesse folle, en grimaçant de douleur ou de dégoût aux quelques pages emplies de violence tout de suite suivies par d'autres pleines d'une tendresse et d'un amour très fort entre les deux frères. Noël Boudou souffle des airs variés paroxystiques. Rien n'est tiède. L'amour comme la haine, la peur comme la rage, l'amitié comme la colère, tous ces sentiments ou émotions sont toujours à leur acmé. Dès les premières phrases du prologue, on sait à quoi s'en tenir : "Les coups d'un père font plus mal que ceux d'un voyou. Bien plus mal. Vous pouvez me croire sur parole. C'est à l'âge de treize ans que j'ai décidé que plus jamais je ne ressentirais la douleur, après que mon père m'eut brisé la jambe. Une souffrance atroce." (p.11)

La suite est à l'avenant : phrases courtes, rapides, efficaces. Heavy metal à fond. Une histoire très noire,  très très noire... dans laquelle quelques zones de couleur apparaissent avant d'être recouvertes, puis reviennent, opiniâtres, sûres d'être sur la toile définitive. Vous voilà prévenus. Si vous aimez les thrillers bien décapants, en voici un. Si comme moi, vous êtes plus frileux sur le genre, Elijah pourrait bien vous faire changer d'avis.

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