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Tes yeux bleus occupent mon esprit

Publié le par Yv

Tes yeux bleus occupent mon esprit, Djilali Bencheikh, Ed. Elyzad, 2007 (Ed. Elyzad poche, 2010)

Les éditions Elyzad, basées à Tunis, ont aussi une collection poche (livres plus abordables, 8.50€). De belles jaquettes, comme celle-ci ou d'autres à voir sur leur site, ici, des objets-livres de belle qualité et pour la collection poche un petit format très pratique. Un éditeur avec un catalogue riche à découvrir.

Venons-en maintenant au sujet du livre.

Salim est un jeune garçon vivant dans un village reculé d'Algérie, au début des années 50. Son avenir, probablement paysan ou gardien de chèvres. Mais Salim, qui va à l'école française est un élève particulièrement brillant. Un an d'avance, il rejoint en classe son frère Elgoum, qui lui a un an de retard. Il "s'éveille aux autres, à ses désirs, ses révoltes, à ce déchirement qui le gagne inexorablement." (4ème de couverture) Le livre débute dans les années 50 et se finit au lendemain de l'Indépendance de l'Algérie, le 19 mars 1962. Salim nous livre les journées d'un jeune garçon, puis d'un jeune homme pendant les "zévénements".

C'est donc un roman d'apprentissage d'un garçon dans un pays en guerre. Guerre évidemment omniprésente, mais vue d'abord par les yeux de ce jeune garçon grandissant s'ouvrant à la vie de son pays. Puis, la vision des événements varie au fur et à mesure que Salim grandit et qu'il prend conscience des injustices et des inégalités entre Arabes et Français. Là-bas, à cette époque, même le plus pauvre des Français est plus riche que l'énorme majorité des Arabes.

Salim est tiraillé entre les maquisards qui défendent l'indépendance et son attirance pour Françoise, fille d'un capitaine de l'armée française, qui l'a subjugué, notamment par son regard bleu : "Je n'aurais jamais dû lever la tête. Je n'aurais pas reçu de plein fouet la charge magnétique de son regard. Déjà je ne parviens plus à me détacher de ses yeux, deux immenses lacs bleus où miroite la lueur espiègle du sourire" (p.15/16)

Je crains toujours d'entamer un roman dans lequel le narrateur est un enfant, parce que l'auteur peut parfois céder à la facilité de langage et d'analyse des situations. Djilali Bencheikh évite les deux écueils : son livre est très bien écrit, émaillé de mots algériens ou de mots français orthographiés à la diction algérienne de paysans reculés, ("zévénements" pour les événements "coolidge" pour le collège, "la péro" pour... allez, je vous laisse deviner et si vous gagnez, j'en prends un à votre santé, ...). Le texte est souvent drôle, touchant et sensible, à la fois gai et grave.

D. Bencheikh n'est pas manichéen : les bons Arabes et les mauvais Français. Je lui en sais gré, parce que, comme pour beaucoup de quarantenaires, mon papa a fait cette guerre d'Algérie et je suis persuadé qu'il ne s'est pas laissé aller à des exactions, des viols ou des meurtres gratuits ; il a d'ailleurs appris a aimer ce pays et ses habitants pendant l'année qu'il a passée vers Oran. Certes, on sent que l'auteur a une opinion et des souvenirs de cette époque (il est né dans les années 40), mais il sait nous faire partager les doutes et les tiraillements qui ont dû être les siens et ceux de nombreux autres Algériens pendant cette période. A une époque où l'on commémore "notre appel à la Résistance", celui du 18 juin 1940, c'est une bonne idée d'aller dans un autre pays, qui quelques années après le nôtre a résisté à l'envahisseur, tout aussi peu enclin à partir. 

Ce livre a reçu le Prix Maghreb 2007 de l'Association des Écrivains de langue française.

Un très amical merci à Elisabeth Daldoul des éditions Elyzad.

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L

Depuis "L'ennemi intime" je suis devenue curieuse de cette guerre, j'ai dans ma PAL "C'était notre terre", je note celui-ci, pour un point de vue différent.


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Y


Je pense que ça te plaira : une manière différente de voir cette guerre



H

Quel titre... Après il faut être à la hauteur avec un titre comme celui-ci...


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Y


Pas de souci, le roman est à la hauteur



E

En tant qu'objet livre il a l'air super, la couverture est belle. Je le note, cela me permettre de lire autre chose que de la littérature anglo-saxonne ou française.


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Y


c'est effectivement un livre-objet plutôt réussi. Celui que j'ai déjà lu de cet éditeur, pas en poche, est lui encore de meilleure qualité. le lien
:http://lyvres.over-blog.com/article-l-oeil-postiche-de-la-statue-kongo-44215157.html



M

Ce livre a l'air intéressant. De plus il est difficile d'écrire des récits nuancés sur cette période tant le passé est proche...


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Y


proche et toujours douloureux pour beaucoup.



N

Maison d'éditions pour le moins intéressante et peu connue et le sujet de ce roman me plait beaucoup. Je retiens et la maison d'éditions et le titre du roman ...


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Y


Les deux sont à retenir, tu as raison.



D

je note ce titre, qui fera sûrement partie de ma prochaine commande car le thème m'intéresse évidemment et ce que tu dis de l'édition me donne envie de le manipuler! merci!


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Y


Et bien, je ne peux que te souhaiter une belle lecture.



M

Je ne connaissais pas ces éditions mais tu me donnes envie de les découvrir, avec un sujet tentant et manifestement bien traité.


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Y


J'en ai déjà parlé de ces éditions avec le livre d'Anne-Christine Tinel : L'oeil postiche de la statue kongo, que personnellement j'ai adoré. Une pure merveille ce livre, tu peux aller voir mon
billet, mais surtout le lire.



C

J'ai feuilleté et j'ai frôlé le craquage ! Tu as raison de dire que ces livres sont beaux (Le paradis des femmes d'Ali Bécheur aussi me tentait), format agréable, et en plus : prix poche ! (7,50 e)


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Y


Et tu n'as fait que frôlé le craquage. Avec tous ces arguments, beaucoup auraient carrémenet craqué.



I

Très intéressante découverte. Le sujet m'intéresse et l'éditeur m'intrigue :).


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Y


Si le sujet t'intéresse, Elyzad édite d'autres livres sur des thèmes approchants. Voir sur leur site



C

Le sujet m'intéresse !


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Y


Il ne reste donc plus qu'à lire !