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Tahoe l'enlèvement

Publié le par Yv

Tahoe l'enlèvement, Todd Borg, MA Éditions, 2012

Owen McKenna est un ancien flic devenu détective privé. Il vit au bord du lac Tahoe entre le Nevada et la Californie. Un jour, il est expressément demandé à bord d'un bateau détourné, par le "pirate" lui-même qui vient de faire passer un homme par dessus bord et qui tient un otage en respect menaçant de lui faire subir le même sort. En montant sur le pont du navire, Owen McKenna s'aperçoit que l'otage est Street, sa petite amie. Le ravisseur lui demande d'arrêter un certain Watson, coupable selon lui du meurtre de Grace Sun, trois ans auparavant, une enquête que McKenna n'avait jamais réussi à mener à bout. 

Étrange atmosphère qui se dégage de ce thriller : un coin de nature paisible, un détective qui vit peinard dans son chalet près du lac, et cette histoire de détournement de bateau. A partir de ce moment, tout part en vrille : McKenna se pose beaucoup de questions et veut absolument faire la lumière sur cette vieille histoire de meurtre. Évidemment, l'arrestation de Watson ne clôt pas le roman, rebondissements il y a. Le détective va devoir faire face à un gang de néo-nazis particulièrement désagréables pour ne pas dire antipathiques voire carrément à vomir. Mais, McKenna a des ressources, de l'aide d'anciens collègues, de Street et surtout de Spot, son chien, un superbe Danois qui obéit quasiment au doigt et à l’œil. Un duo improbable quoique pas forcément original : ce n'est pas le premier enquêteur qui officie avec un chien dressé. Spot a cependant, outre ses qualités et ses mensurations tenant à l'écart quelques importuns, un apport comique au récit. Grâce à lui, McKenna s'essaie à l'humour à froid, à l'ironie ou à l'humour décalé  : le chapitre pendant lequel il fabrique un pain en répondant au téléphone sous les yeux goguenards et étonnés de son chien, est drôle. Il est assez difficile ici de le reproduire entièrement, en voici donc un extrait situé au début : Owen expose à Street son envie de faire du pain pour un repas entre eux deux : 

"- Et je me rappelle cette tentative de faire des cookies il y a un an.

Elle fit un petit bruit bref, comme un début de rire. Rien de solide, mais c'était une musique enchanteresse après la sombre douleur d'avoir été prise en otage.

- Eh, j'avais éteint les flammes tout seul comme un grand, dis-je." (p.91)

Même si l'humour n'est pas le critère principal de ce polar, il n'en est pas totalement absent. Ni même la qualité d'écriture, plutôt bonne, voire très bonne, ce qui est une excellente surprise, car parfois les thrillers en manquent un peu. Attention, ce n'est pas non plus du Proust, mais bon, Proust n'est pas réputé pour ses intrigues policières : chacun ses qualités ! Le fait est que ce livre se lit très agréablement et je me suis surpris à le lire lentement -le rythme sans doute imposé par la nature omniprésente- pour en profiter un maximum, la grosse première partie au moins. La fin est comme souvent dans ce style de livres, enlevée et beaucoup plus rapide et le dénouement de l'enquête pas forcément inédit est assez intéressant et retors pour tenir le lecteur en éveil jusqu'aux dernières lignes. 

Pour finir de vous tenter, voici les premières lignes du premier chapitre, pas forcément très représentatives du reste, mais qui personnellement m'ont tout de suite donné envie de poursuivre ma lecture :

"Une sonnerie stridente. Une sensation humide et froide sur ma joue. Dans mon œil. Aïe. Une autre sonnerie. Façon désagréable de s'éveiller d'une sieste dans le rocking-chair.

La truffe de Spot. Insistance. La truffe d'un danois dans l’œil, c'est comme un morceau de beurre froid. Je le repoussai, m'essuyai l’œil d'un revers de manche. Une autre sonnerie. Je louchai. Quelque chose étincelait dans le brouillard de ma vision. La plaque d'identification à l'oreille de Spot, qui reflétait la lumière entrant par la fenêtre. Je regardai l'horloge : 14h47. Autre sonnerie. Je me levai en clignant de l’œil. Mes paupières étaient engluées par le fluide provenant de la truffe du chien. Cinquième sonnerie. Je passai dans mon coin cuisine et décrochai le téléphone. Celui qui appelait avait raccroché. Je n'entendis que la tonalité." (p.13)

Merci Pauline, de chez Gilles Paris.

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L
tentée !!!!!
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Y


Vas-y !



Z
Une lal qui grossit à chaque fois que je viens ici !!!!
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Y


Désolé ! Mais reviens quand même !



K
"Mais qui a tué Albertine? " "l'enlèvement d'Albertine"
Et "la madeleine empoisonnée"
pfff tu ne connais pas tout!
(OK, on sent un peu les vacances qui approchent, c'est du n'importe quoi chez moi, t'inquiète)
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Y


En Proust, j'avoue mes lacunes (je ne suis pas allé bien loin, à part la madeleine)



K
Contrairement à ce que disent certains, il peut écrire des phrases courtes et avoir de l'humour, si!
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Y


Mais il n'a pas écrit de polar ? Ça manque à sa bibliographie, non ?



A
Un humour à froid, décalé, tout pour me tenter.
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Y


Un polar vraiment pas mal !



K
Proust et ses intrigues policières? On aura tout vu! ^_^ Cela manque parfois de suspense, je ais...
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Y


Il n'est pas connu pour ça ? Ah, bon, j'ai dû me tromper de nom. Mais il y a tellement de noms d'écrivains...



A
Suffisamment intrigant pour que je note, même si ce n'est pas pour tout de suite.
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Y


Il y a plusieurs livres avec cet enquêteur, mais il me semble que c'est le premier traduit en français



C
Plusieurs polars m'attendent donc ce sera pour plus tard !
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Y


Un bon moment en perspective