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Renaître de tes cendres

Publié le par Yv

Renaître de tes cendres, Dominique Lin, Élan sud, 2011

Léon a du mal à se remettre de la mort de Danièle sa femme. Sans emploi, ne survivant que grâce aux minimas sociaux, il fréquente Le Rideau rouge, un café dans lequel il retrouve toujours les mêmes copains, notamment le Pacha. Un jour, il retrouve une opportunité de retravailler, commercial dans la finance. Mais c'est sans compter avec son passé qui remonte brutalement : son embrigadement dans une secte dans laquelle il a entraîné Danièle, la plus grande partie de leurs vies gâchée.

Il y a quelques temps, Dominique Lin me contactait pour me demander de lire et chroniquer l'un de ses romans, ce fut pour moi Passerelles pour lequel j'eus un bel accueil, et garde une très belle impression. Alex reçut elle, Renaître de tes cendres et à son initiative, nous avons échangé nos envois ; merci pour cette idée Alex. 

Encore une fois, Dominique Lin parle d'un homme normal, lun de ceux que l'on peut rencontrer dans la rue ou au bistrot ou même avoir dans ses connaissances, pas forcément dans tous les traits de caractère, mais dans certains : un homme de 50 ans, au chômage, veuf, qui ne sait plus quoi faire pour se sortir de cette spirale, qui trouvera une ressource dans la lecture de Diderot et l'écriture. Il se prénomme Léon (comme feu mon papa, c'est dire si le prénom me parle). 

L'écriture de D. Lin est toujours aussi belle, parfois poétique, même dans le quotidien et non dénuée de sourire : "Au bout d'une heure, le bar se remplissait. Depuis la loi d'interdiction de fumer à l'intérieur, on ne sentait plus le tabac, remplacé par les effluves de pastis et les odeurs de cuisine mêlées, selon la volonté du Pacha, aux parfums d'Orient ou de la Méditerranée. Jeudi, c'était le couscous, seul jour où les histoires de riads bénéficiaient d'un accompagnement olfactif. Le Maghreb sur fond de sardines grillées du vendredi n'avait aucun sens, on lui aurait préféré le port de Marseille ou les côtes bretonnes, mais ils n'appartenaient pas à l'univers du Pacha." (p.13/14) Certes, le sourire ou le rire ne sont pas le propre de ce roman qui se penche plutôt sur les questionnements d'un homme arrivé au mitan de sa vie sans avoir rien construit. Pas gai, évidemment, mais profond. L'auteur réfléchit et fait réfléchir Léon sur le sens de la vie, sur la religion, les sectes, l'embrigadement en général fut-il spirituel ou social ("Adrien, tu connais la différence entre une religion et une multinationale ? - Non ? - La date de réunion. La religion, c'est le dimanche et la multinationale, le lundi matin..." [p.140])  la société de consommation, le prêt-à-penser contemporain ("Combien de journalistes accolent le terme de philosophe à certains contemporains dont le discours relève parfois de la sottise ou de la ségrégation ! Ce n'est pas parce qu'on pense beaucoup qu'on pense bien et le bien n'a de valeur que s'il s'adresse au plus grand nombre, pas à une poignée de privilégiés ou d'intellectuels perdus dans des sphères hermétiques" [p.97/98]). De très belles pages également sur l'amour qui unissait Léon et Danièle, notamment les deux premières, sorte de prologue du livre et d'autres sur l'absence et sur la manière de penser à ses proches décédés, dont cette réflexion suivante que je fais mienne depuis longtemps déjà, mais quand c'est bien écrit, c'est encore mieux :

"Tu m'avais dit qu'il n'y avait pas besoin de se recueillir à une place précise pour penser à quelqu'un, comme il n'était pas nécessaire d'avoir un toit pour prier. Le souvenir d'un défunt ne se limite pas à des données géographiques, il habite celui qui reste, partout où il va." (p.129)

Vous l'aurez compris sans peine, j'ai aimé ce livre, autant que Passerelles, deux bonnes raisons pour vous initier à l'écriture de Dominique Lin, qui, il m'en excusera je l'espère, commet un anachronisme, pas essentiel à la bonne compréhension du livre et de ses personnages, mais qui fait désordre, en plaçant Denis Diderot (1713/1784), page 99,  spectateur des campagnes napoléoniennes, qui n'auront lieu qu'après la mort du philosophe, puisque se déroulant entre 1789 et 1814. (Napoléon Bonaparte 1769/1821).

Commenter cet article
D
Renaître de tes cendres est paru avant Passerelles. Ce dernier est plus ouvert aux autres, le sujet plus universel, enfin, il me semble.
J’essaie de construire un ensemble en affinant l’écriture au fur et à mesure.
Un cinquième roman est en cours.
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Y


J'avoue une faiblesse pour Passerelles, plus fin, plus sensible, plus ciselé. Etonnamment, je le trouve plus intimiste alors que vous le décrivez plus universel, ça dépend sans doute de la
manière dont les thèmes touchent le lecteur. Je vous lirai encore avec très grand plaisir, le prochain...


Amicalement,



D
Merci pour cette nouvelle chronique.
Ce sont toujours les lecteurs désintéressés qui parlent le mieux des livres.
J’essaie d’offrir aux lecteurs le plaisir de lire tout en proposant une réflexion sur le monde qui nous entoure. L’humain est mon point focal.
Puissent vos lecteurs suivre vos conseils…
Amitiés
Dominique
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Y


Merci de votre passage et de vos précisions qui se sentent à la lecture de vos livres. J'espère que les lecteurs me suivront et suivront ceux qui ont lu vos livres, car je n'ai pas encore vu de
critiques négatives. Moi, je suis sous le charme de votre écriture.


Amicalement,



L
Oui je crois que j'avais lu ta chronique sur Passerelles et celle d'Alex. Je pense que je préférerais commencer par Passerelles qui m'avait bien plu à la lecture des articles :)
Bonne journée
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Y


Passerelles m'a plus touché, plus fin, plus sensible



N
J'ai également découvert Dominique Lin avec Passerelles. Un très bon moment de lecture.Une écriture qui m'a beaucoup touchée.
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Y


Une très belle écriture et un très bon moment sur le banc avec Léon



A
Un très beau roman d'un auteur découvert il y a peu. Merci encore à lui pour ces propositions.
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Y


comme quoi, il ne faut pas toutes les rejeter



G
Tu sais donner envie de découvrir cette plume. Ça se bouscule un peu au portillon livresque, chez moi, mais je note le nom de l'auteur, pour plus tard. ;-)
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Y


Comme ça quand tu verras un livre avec son nom tu sauras qu'il est bien...



Z
J'ai vraiment apprécié "passerelle" et je pense que j'achèterai Renaître de tes cendres.
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Y


Très bien également



K
Auteur à noter, finalement!!!
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Y


Ah oui, assurément !



L
Depuis que j'ai lu des chroniques sur Passerelles, et en plus de ta chronique sur ce livre, j'ai vraiment envie de découvrir cet auteur.
Bonne journée :)
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Y


Et tua s lu ma chronique sur Passerelles ? Après quelques jours de réflexion, je me demande si je ne le préfère pas un peu à renaître de tes cendres.



S
jamais entendu parler de cet auteur, et très tentée par ce livre!
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Y


C'est le deuxième que je lis en peu de temps et vraiment cet auteur demande à être découvert, Passerelles est escellent également



C
Tu enfonces le clou !Il n'y a que des avis élogieux , j'espère qu'il sera à la biblio !
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Y


Mérités les avis, quant à la biblio, il faut leur en suggérer l'achat