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Qu'allons-nous faire de grand-mère ?

Publié le par Yv

Qu'allons-nous faire de grand-mère ?, Bernard Leconte, L'Éditeur, 2013

Rosette est une charmante septuagénaire qui vit dans sa maison dans un petit village. Aimable, paisible et discrète, veuve depuis dix ans, elle s'occupe de son jardin et aime discuter avec M. Despature un voisin. Un jour, elle lui offre à boire et boit elle-même une petite lampée de whisky. Quelques jours plus tard, elle rate une marche et tombe. C'en est trop pour ses enfants qui décident de la placer en maison de retraite.

Elle est charmante Rosette, pourquoi tant de malheurs sur elle ? Parce que ses enfants se sont éloignés d'elle et qu'ils ne la voient plus que comme un souci. Parce qu'aucun ne veut faire d'effort pour aller la voir plus souvent. Parce qu'aucun ne veut payer une aide à domicile. Toutes les raisons, les hypocrisies, les rancœurs familiales se font jour. Les ambitions des uns, la paresse des autres. Et puis Rosette part en maison de retraite. Une maison pas très gaie dans laquelle on respecte à peine les personnes âgées. 

Bernard Leconte  dresse le portrait d'une famille éclatée, d'enfants qui ne s'apprécient pas vraiment, chacun travaillant pour son propre compte, voulant réussir et le montrer. Le seul qui ne le veut pas est vite montré du doigt. De tels rapports entre frères et sœurs font froid dans le dos et n'incitent pas aux réunions de famille. Il n'y a plus de rapports fraternels, tout est dans la réussite sociale, la réussite de sa vie personnelle et individualiste et dans l'apparence, montrer aux autres qu'on a réussi mieux qu'eux. 

Bernard Leconte n'évite pas les poncifs, les clichés sur les maisons de retraite, sur les raisons qui poussent les enfants à y faire entrer leurs parents. C'est parfois trop manichéen : le personnel des institutions n'y est pas vraiment compétent ni accueillant, une vraie caricature de ce qui ne devrait pas exister. Il grossit le trait sans doute pour faire réagir ou alors parce qu'il est de bon ton de décrire ce que tout le monde craint, à savoir la maltraitance. La réalité est sans doute entre ce qu'il raconte et un angélisme de mauvais aloi. Néanmoins, on ne peut s'empêcher, en lisant ce livre de penser à nos parents (ma maman a à peu près le même âge que Rosette et vit encore très bien chez elle) et surtout de se dire qu'on choisira le moment venu -s'il arrive- une maison de retraite de qualité. 

Très finement écrit, de belles phrases longues, de belles descriptions des jardins, des paysages. L'auteur s'attarde aussi sur les moments de solitude et de cafard inévitable que vit Rosette, seule dans sa maison : "Donc, ce soir, elle avait d'un coup vieilli. Elle restait là, sur son lit, assise, lourde de ses soixante-dix-neuf ans et vidée de courage. Sa chambre, sa vieille chambre conjugale, donnait sur la rue où ne passait jamais grand monde, mais qui aujourd'hui était un désert. [...] Le lit, le grand lit, dont il lui arrivait d'apprécier depuis la mort de Jules la vastitude, d'où depuis longtemps s'était mise en sourdine la nostalgie, en tendant la jambe, d'attraper les doigts de pied de son mari, lui semblait maintenant plat, froid et nu." (p.13) Bien sûr il passera ensuite aux longues attentes de Rosette à la résidence des marronniers, à la promiscuité avec des femmes qu'elle n'a pas choisi de côtoyer, à sa difficulté de lier connaissance avec des personnes que dans sa vie d'avant, celle dans sa maison, elle n'aurait pas fréquentées, pas les mêmes centres d'intérêt, ni les mêmes envies, ni les mêmes modes de vie.

Un texte aux traits sans doute un peu forcés qui donne instantanément envie de prendre des nouvelles des personnes âgées de notre entourage.

Merci Léna.

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L
Il m'a foutu le bourdon ce roman. Mon côté cucul la praline espérait des notes plus positives !!!
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Y


Je m'attendais à autre chose moi aussi



F
sans doute très intéressant, mais pas bien gai :-/
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Y


effectivement, pas gai, pas encourageant



Z
Yv, une piquouze aussi, mais j'y passerai avant toi !!!
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Y


oui, mais nous ne sommes pas pressés...



A
Au moins, le roman aura permis une bonne action (ou plusieurs).
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Y


Ce qui est déjà bien



F
J'ai moi aussi "une maman Rosette" et aimerais sans doute cette lecture. On est loin du désintéressement de Gagnon dans "Mon vieux et moi"! -découvert ici aussi d'ailleurs-
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Y


dans le genre, j'ai préféré le Gagnon



Z
Donc, qu'allons-nous faire de grand-mère ??? une piquouze !
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Y


Et de nous quand on sera vieux ?



Z
C'est le grand problème actuel, nous sommes les babies-boomers et devenons les papies/mamies-boomers. Il y a beaucoup plus de familles dans ce cas que l'on veut bien le croire. Les "p'tits vieux"
que personne ne vient jamais voir à la maison de retraite sont légions dans les campagnes. Les enfants sont partis en ville, ils ont leurs obligations, n'ont pas envie de se "taper" le périph' et
la route pour aller voir la vieille qui radote.
Pourtant, au moindre signe de faiblesse, Mamy va être internée, on ne veut pas se faire de soucis, là-bas, il y aura du personnel pour s'occuper d'elle et elle ne sera pas toute seule. Personne ne
lui demande son avis....
Pourtant, la maison de retraite coûte cher chaque mois et les petits revenus de la grand-mère ne suffisent pas, alors ce sont les enfants qui doivent payer conjointement. Là, les ennuis commencent.
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Y


Les p'tits vieux, on ne vient pas les voir plus en ville, leurs enfants ont des occupations par ailleurs : boulot, enfants, ....



K
De plus en plus de romans sur ce sujet des personnes âgées, un signe?
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Y


la société vieillit ma brave dame... et nous avec



L
pas le type de livre dont j'ai besoin en ce moment...
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Y


pas inévitable non plus



Y
A lire le texte, je croyais que c'était un roman drôle... par contre, ça sent un peu le roman "faut aimer sa famille, ses parents, son frère, sa soeur", non ? j'aime pas bien, sûrement parce que la
famille, c'est pas la joie ;-)
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Y


Je croyais que c'était drôle aussi, mais non. Par contre, il n'y a pas de leçon de morale, c'est un constat de l'efrfritement de la famille en général, malgré ce qu'en disent les manifestants du
jour...