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Lucia Antonia, funambule

Publié le par Yv

Lucia Antonia, funambule, Daniel Morvan, Éd. Zulma, 2013....,

Lucia Antonia et Arthénice sont deux funambules. Jumelles puisque nées le même jour mais pas sœurs. Elles marchent sur des fils, font du trapèze dans le cirque fondé par le grand-père de Lucia Antonia, Alcibiade. Le jour où Arthénice chute mortellement, sa complice est contrainte de quitter le cirque. Elle réside alors dans une presqu'île dans laquelle on récolte le sel. Elle consigne sur des carnets sa vie présente et son passé.

Zulma a l'habitude de concocter de belles surprises. Ce roman ne dérogera pas à cette règle. A condition d'aimer les livres qui ne racontent pas forcément une histoire avec un début et une fin, d'aimer être surpris et prendre son temps. Car c'est une histoire qui ne se presse pas, des personnages qui prennent le temps de réfléchir sur leur vie actuelle, passée et future. Lucia Antonia rencontrera Eugénie et sa fille Astrée, deux réfugiées, un garçon voilier qui lui tend ses fils et un peintre poursuivi par le souvenir d'un ancien modèle. Tous vont lentement. Tous ont des envies, des souhaits, des désirs qu'ils expriment plus ou moins, des soucis dus à leur art, à leur passé d'artiste ou d'émigrées. Ils se rencontreront pour tenter de repartir ensemble ou chacun de leur côté.

Daniel Morvan écrit un texte plein de douceur, de calme, une sorte d'oasis de quiétude dans les moments d'intensité, de course parfois un peu vaine que l'on peut vivre au quotidien. Un livre qui prend son temps et nous fait prendre le nôtre ! L'auteur procède par ellipses. En le lisant, on ne visualise pas un film, mais plutôt des images arrêtées, à nous de faire le lien ensuite entre icelles, ce qui est automatique et sans effort. Lucia Antonia parle indifféremment de son présent, d'Eugénie, d'Astrée du peintre ou du garçon voilier, mais aussi de son passé avec Arthénice, de l'avant-accident et de son aïeul Alcibiade (son arrière-grand-père) qui écrivait lui aussi sur des carnets, le créateur du cirque et sorte de dandy de son époque. 

C'est un récit qui avance par petites touches, 170 chapitres (écrits en chiffres romains = CLXX) pour 128 pages, avec des titres explicites qui permettent de se repérer dans le temps. Un livre superbement écrit, hymne à la liberté, la nature et la vie. Poétique. Onirique. Merveilleux. Lisez, par exemple, comment Daniel Morvan parle des marais salants :

"Sitôt les vannes ouvertes, l'eau se déploie en draperies cuivrées sous lesquelles la plaie séchée des sols craquelés cicatrise. De longues silhouettes arpentent les salines. Une main balaie la surface de l'eau et récolte le premier sel." (p.46)

Ou comment Lucia Antonia parle de son amour pour Arthénice sa presque-sœur et pour son art le funambulisme :

"Le fil est pour moi le lieu de la tranquillité et de la nuit. C'est sur le fil que je suis le plus proche d'Arthénice. J'y marche comme dans une forêt sans voûte étoilée pour l'éclairer. Toute pensée s'absente alors et je ne suis plus que mes pas sur un chemin de quatorze millimètres." (p.86)

"Un enchantement de lecture" est-il écrit sur le rabat de la première de couverture. Enchantement que je partage entièrement auquel je rajouterai même un ravissement. Et comme toujours, chez Zulma, la couverture est superbe et le livre (papier, mise en page, police d'écriture, aération du texte, ...) est un très bel objet.

 

rentrée 2013

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L
Nous parlions l'autre jour de poésie du style et de l'atmosphere, il semblerait que ce livre soit complètement dans ce registre.
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Y


En plein dedans effectivement



F
C'est une (heureuse) surprise de voir le nom de Daniel Morvan accolé à cette belle couverture zulma sur nos blogs. Je connaissais le journaliste, j'ai hâte de découvrir la plume du
romancier.Peut-être le buzz autour de ce livre fera remonter les ventes de OF touché à son tour par une valse de licenciements.
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Y


effectivement, je n'ai pas précisé que Daniel Morvan est journaliset à Ouest France, mais je ne sais pas si d'éventuelles bonnes ventes influeront sur le journal



C
Un ravissement, oui !Billet à venir !
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Y


j'irai te lire



K
Tu n'as pas à me vanter Zulma, je connais la qualité!
Et le mot "icelles" m'achève...
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Y


j'ai un penchant pour cette famille "icelle, icelui, ..." dont j'use régulièrement, ça donne un petit côté suranné que j'aime bien



M
Comme c'est tentant !! J'avais déjà noté ce livre et ce billet est convaincant .
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Y


ah chouette une lectrice de plus pour ce beau roman



K
J'aime beaucoup les extraits, très belle écriture... Je le lirai... un jour ! Et j'apprécie aussi beaucoup cet éditeur.
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Y


Un auteur à découvrir



J
Je ne connais pas une 4e de couv' ou un rabat qui descende le livre. D'autant que dans mon cas, mon éditeur me confie le soin de l'écrire. Je me vois pas écrire : "Surtout allez acheter un autre
livre, celui-ci est d'un ennui mortel " ;0)
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Y


Evidemment, c'était pour reprendre à mon compte les mots de cette 4ème de couverture



E
Je suis très tentée, j'aime beaucoup les histoires qui ne racontent pas grand chose, quand c'est bien fait, c'est toute leur force.
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Y


Alors tu devrais te régaler...



T
moi j'aime bien les enchantements et les ravissements.
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Y


Qui ne les aime pas ?



A
Je l'avais repéré au moment de sa sortie, tu confirmes donc que je dois le mettre sur ma LAL. J'espère qu'il arrivera à la bibliothèque.
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Y


Suggère leur l'achat



G
D'autres billets m'avaient déjà fortement tentée. Là, c'est le coup de grisou! Il me le faut! :-)
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Y


Inévitable alors...



B
....je crois que je vais m'intéresser advantage à cet éditeur. Après "La lettre à Helga" je viens de terminer "Argent brûlé" de Ricardo Piglia....et tes funambules me titillent pour une dans
au-dessus du vide. Merci!
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Y


Un bel éditeur qui a une production éclectique