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Là-haut, tout est calme

Publié le par Yv

Là-haut, tout est calme, Gerbrand Bakker, Ed. Folio, 2011 (Ed. Gallimard, 2009)

Helmer, cinquante-cinq ans, vit dans sa ferme au nord de la Hollande, seul avec son vieux père impotent. Il n'a pas choisi cette vie, Henk, son jumeau devait reprendre l'exploitation, mais Henk est mort accidentellement trente-cinq ans auparavant. Depuis, Helmer subit plus qu'il ne vit sa vie. Un jour, contre toute attente, il décide de bouger : il installe son père à l'étage, brûle les vieux meubles et repeint les pièces principales de la maison. Puis, Riet, l'ancienne petite amie de Henk reprend contact avec lui.

Ça y est me voilà sur le coup ! Bien après tout le monde, je lis ce fameux roman très encensé. Me voici comblé : je n'aime pas avoir l'impression que nous lisons tous en même temps les mêmes livres ; j'ai donc pris mon temps pour accéder à celui-ci. Et bien m'en a pris, parce que du temps, il en faut pour savourer ces presque 400 pages de lenteur, de nature, de petites choses du quotidien, de questionnements. Parce qu'il ne se passe quasiment rien dans ce roman. Bon, certes, il y a des morts, mais sur quarante ans, c'est un peu prévisible, et à part une mort accidentelle, les autres sont plus normales, si je puis dire. C'est lent, c'est excessivement lent, mais ça n'est pas long. Jamais je ne me suis ennuyé à lire les journées d'Helmer. Il y a même des descriptions de gestes banals qui durent et qui se lisent très bien, notamment la préparation du café ou des repas pour le père d'Helmer avant de les lui porter dans sa chambre.

Gerbrand Bakker écrit donc sur un vieux garçon qui a toujours subi, lui "le second choix", puisque son père lui a toujours préféré Henk, et qui enfin se pose des questions qui vont le faire avancer. Ou plutôt qui ose avoir des réponses jusque là bien enfouies. Il écrit surtout sur la gémellité, sur la souffrance qu'a ressenti Helmer lorsque son frère, pour Riet, s'est éloigné de lui :

"Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.

Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps." (p.215)

Cette séparation le met très mal à l'aise, lui, déjà pas forcément très sûr de lui. Ensuite, à la mort de Henk très proche de ce jour néfaste, Helmer sera bien incapable de s'opposer à son père lui imposant de reprendre la ferme. Il lui faudra trente-cinq années pour réagir et se rebeller. Pour prendre sa vie en mains.

Dans le même temps, l'auteur dit la différence entre ces jumeaux : pourquoi l'un est le préféré du père ? Pourquoi Riet préfère Henk à Helmer ? Sont-ils si ressemblants ? Et quid de la question importante de leur différence sexuelle : Henk était amoureux de Riet, très belle jeune femme. Helmer est beaucoup plus troublé par les hommes qui l'entourent, notamment Jaap, le garçon de ferme. Peut-être me trompé-je, mais il me semble y voir là plus que l'amitié entre deux hommes.

Très bien écrit, ce livre tient son lecteur jusqu'au bout, sans suspens, sans rebondissement, juste en racontant la vie de cet homme ordinaire. J'ai espéré tout au long du livre en un changement pour Helmer. Chaque lecteur -dont moi- a dû, j'imagine, suivre sa "quête du bonheur" (4ème de couverture) avec l'envie forte qu'il le trouve.

On dit souvent -voyons, je pourrais prendre mes responsabilités et dire : "Je dis souvent..."-des personnages qu'ils sont attachants, et c'est souvent le cas, mais s'il doit y en avoir un qui l'est un peu plus que les autres, c'est bien Helmer -dans la seconde qui suit ce que je viens d'écrire, je peux vous en trouver au moins douze autres qui le sont tout autant que lui, comme quoi, ce que j'écris n'est pas toujours vérité !

Un texte envoûtant bien que sans artifice (des phrases simples, des mots simples), des paysages et une nature nordiques très présents, des questionnements existentiels sur le sens de la vie, de la sienne et de celles des autres font que ce roman charme, captive et fascine (c'est sans doute un peu fort comme terme, mais il y a un peu de cela quand même pour nous tenir 400 pages.) Comme quoi, quand c'est bien écrit, je peux m'intéresser à des livres lents !

Beaucoup d'autres avis chez tout plein de monde : Clara, Aifelle, Cathulu, Choco, Kathel, Isa, In cold blog, ...

 

dialogues croisés

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L

mon billet demain... !


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Y


J'irai voir si tu es dans "la ligne dominante"



C

Alors, je devais être la seule à ne pas l'avoir vu sur la blogosphère, puisque je l'ai acheté en toute innocence il y a plus d'un mois sur les conseils de mon libraire ! Toujours pas lu : tu n'es
donc pas la lanterne rouge !


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Y


Il en reste encore qui ne connaissent pas ce livre !



L

non, c'est moi qui serait la (presque) dernière !


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Y


Je me doutais bien un peu qu'il y avait des retardataires !



K

Très beau billet qui donnera envie de lire ce livre à ceux qui ne l'ont pas encore fait... Si, si, il doit bien en rester ! J'avais interprété l'attirance de Helmer pour Jaap comme toi, mais
n'avais pas voulu en dire trop dans mon billet... Cet aspect, comme d'autres du roman, est abordé de manière subtile, et cela donne beaucoup de charme au livre.


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Y


Tout arrive doucement, subtilement sans qu'on s'y attende, c'est vraiment une excellente lecture



G

Une simplicité que l'on aime et dont on se souvient.


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Y


Tout à fait, c'est aussi simple que cela.



A

Un énorme coup de coeur : j'ai aimé ce livre singulier qui envoûte sans qu'on sache exactement comment le charme opère.


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Y


C'est ça qui est magique : on ne sait ni pourquoi, ni comment on aime ce bouquin, mais on l'aime. Bravo.



C

Je l'ai acheté pour ma médiathèque après le billet d'In Cold Blog, et ton billet confirme...


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Y


C'est un livre qui se découvre, le succès est là pour peu qu'on veuille bien faire l'effort de l'ouvrir. dès la première page tournée, le plaisir est assuré



M

Il est dans ma pile avec qq autres dont ont a bcp parlé sur les blogs, je vais encore faire durer un petit peu le plaisir de l'attente...


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Y


C'est du masochisme ???



G

Pas des livres lents... Même si c'est bien écrit. Pourquoi pas mais vraiment de temps en temps.
Pour ce livre, si j'arrive sur le coup, ce sera bien bien bien après tout le monde puisque j'ai l'impression de n'en n'avoir jamais entendu parler...


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Y


Et moi qui croyais être dans les derniers...



A

Alors là, je me sens complètement larguée... je n'avais jamais entendu parler de ce roman encensé de toutes parts...


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Y


Et pourtant il en a été beaucoup question sur les blogs, à sa sortie



M

Oh tu me tentes là, c'est le genre de livre que j'aime !


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Y


Laisse-toi aller tu ne seras donc pas déçue.



I

Bekker doit être un magicien des mots sacrément doué pour que le charme de son roman agisse sur autant de lecteurs, presque à leur corps défendant.
Pour ce qui est de l'attirance d'Helmer pour Japp, c'est bien que chacun y voit ce qu'il veut bien y voir. En ce qui me concerne, il n'y avait pas de doute possible. Et si je n'ai pas évoqué cet
aspect du roman dans mon billet, c'est que je pense qu'il est accessoire en ce sens qu'il n'est qu'une composante de la personnalité d'Helmer et n'influe que partiellement dans son comportement. Le
garçon de ferme aurait été une fermière, le roman en aurait-il été si radicalement différent ? Je ne suis pas certain.


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Y


Je ne sais pas si le roman aurait été différent, comme tu le dis, c'est une composante de la personnalité d'helmer, j'en parle parce que ce roman est à la fois sur la ressemblance due à la
gémellité mais aussi sur la différence des deux frères. Pour le reste, je suis d'accord avec toi, le livre ou plutôt l'auteur est un magicien qui, avec aucune débauche de moyens nous offre un
livre excellent.



Z

Ce livre ne me tente pas vraiment. En même temps, difficile d'être enthousiasmée pas un livre lent et à l'intrigue toute simple. Et pourtant, tous ces avis franchement positifs font réfléchir. Un
livre pour lequel il faut probablement suivre les avis de la blogo plutôt que ces propres a priori?


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Y


Quand un livre ne me tente pas, à moins d'y être obligé (juré d'un prix par exemple) ou de l'avoir inopinément sous la main, je ne cherche même pas à le lire. Celui-ci est bien, mais quand on n'a
pas envie...



G

Il y a une magie qui opère dans ce roman, lentement mais sûrement... (PS : je n'ai pas pu lire Effondrement... le personnage de Lena m'insupportait. Ce n'était peut-être pas le moment pour ce genre
de lecture... )


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Y


tout est lent, tout arrive en douceur, sauf l'attrait pour ce livre qui nous prend dès les première lignes et ne nous lâche pas.


PS / Léna est insupportable, c'est pour cela, entre autres, que j'ai aimé Effondrement.



F

Je lis ton commentaire en diagonale car acheté hier, lu demain; j'ai quand même noté que tu as aimé.


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Y


Reviens me voir après, bonne lecture.



H

J'ai jusqu'ici résisté à l'appel des sirènes, mais si toi aussi tu t'y mets, je suis perdue...


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Y


Impossible de résister, tu devrais aimer. c'est vraiment un très bon bouquin, qui maintenant existe en poche.



A

C'est un livre dont on ne comprend pas exactement pourquoi l'on est autant sous le charme, mais le fait est là .. et en tant que jumelle j'y ai trouvé un intérêt particulier, il y a des sensations
très finement décrites. Je me suis posée la même question que toi sur l'attrait d'Helmer pour les garçons.


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Y


C'est étonnant d'ailleurs, parce que dans les bilet que j'ai lus, aucun ne fait allusion à l'attrait d'Helmer pour les hommes, ce qui est un point important du livre.



K

Tu n'es pas le dernier à le découvrir! On vient de me le prêter (y'a pluka,quoi...)


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Y


Ah, ça me fait palisir de savoir que je ne suis pas le dernier et que toi, tu en es encore à la découverte de ce livre qui, je suis sûr te plaira.



D

ce livre a fait l'unanimité, par sa profondeur et sa simplicité, il fut vraiment un de mes coups de coeur à sa sortie


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Y


Et j'en rajoute encore dans l'unanimité !