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L'inconnue de Bangalore

Publié le par Yv

L'inconnue de Bangalore, Anita Nair, Albin Michel, 2013 (traduit par Dominique Vitalyos)

La première nuit du Ramadan à Bangalore, un jeune prostitué est agressé et brûlé vif. Puis, un autre meurtre suit, la victime est un homme étranglé et égorgé par un fil garni de petits morceaux de verre, comme la première victime. L'inspecteur Borei Gowda se voit confier l'enquête. Gowda est un flic qui approche de la cinquantaine, brimé dans ses avancements à cause de son mauvais caractère, de sa manie de suivre son instinct plutôt que les procédures. Un jeune homme, l'inspecteur-adjoint Santosh est affecté dans son service.

Petites précisions géographiques avant d'entamer mon billet : Bangalore est une ville du sud de l'Inde, d'environ 8.5 millions d'habitants, capitale de l'État du Karnataka, considérée comme la Silicon Valley indienne (source : Wikipédia et l'éditeur).

Revenons maintenant au roman d'Anita Nair qui m'a fort agréablement surpris. J'avoue, à ma grande honte (ouh, ouh, ouh), avoir une idée dépassée de l'Inde, des habitants réservés, un rien compassés, des us et coutumes très ancrés. Il me faut dire également que ce n'est pas un pays pour lequel j'ai un intérêt particulier et que je ne suis jamais allé chercher d'information sur la vie moderne indienne. Tous mes préjugés volent en éclat et c'est tant mieux. Ce polar met en scène à la fois des coutumes et des scènes ou des mœurs beaucoup plus modernes : il y est beaucoup question de sexualité, de trans-sexualité, des rapports qu'entretiennent entre eux les gens d'une grande ville, de la corruption, des accointances entre politiques et chefs de la police, de prostitué(e)s, de sans-papiers, de faux-monnayeurs, d'eunuques et de travestis. L'auteure réussit le tour de force de donner beaucoup de modernisme tout en gardant les traditions de son pays très présentes. Son personnage principal Borei Gowda n'est pas un mec éminemment sympathique, ni antipathique d'ailleurs, il est mal embouché, bourru, néanmoins, il a des côtés touchants et attachants, mais s'emporte très vite, ne supporte pas beaucoup les autres : "Gajendra pâlit. C'était toujours comme ça quand la tendance de Gowda à la méchanceté remontait à la surface. Il parlait sur un ton suave qui, au lieu de désamorcer la violence intérieure, l'amplifiait. Le brigadier éprouvait une grande sympathie pour Santosh. On avait vu des hommes plus endurcis retenir leur souffle quand Gowda optait pour la douceur." (p.39)

Il a des raisons pour être comme cela, c'est un excellent flic, doté d'un sixième sens, mais qui se heurte à la hiérarchie souvent plus occupée à s'occuper d'elle-même que des meurtres commis dans les rues, fussent-ils perpétrés par un tueur en série : "Il se passe beaucoup de choses dans votre juridiction. Des Africains en ont fait leur quartier général. Certains sont impliqués dans un trafic de drogue. Occupez-vous de ça. Il y a aussi un consortium de propriétaires de carrières en quête de bons filons qui voudrait qu'on regarde ailleurs. Mettez-y bon ordre. Ça nous fera le plus grand bien, à vous comme à moi. Laissez ces absurdités de tueur en série à la Criminelle." (p.217)

D'aucuns pourront dire qu'il n'y a là rien de nouveau. Certes, je ne crois pas qu'Anita Nair veuille révolutionner le roman policier, mais elle y ajoute un contexte géographique, politique assez différent de ce que je peux lire habituellement. Ça suffit pour me plaire, surtout si dès lors qu'on tente de comprendre qui peut être le ou la coupable, on patauge un peu, A. Nair nous embrouillant avec des termes indiens tels "Anna" (=frère aîné), "Akka" (=sœur aînée)", certes expliqués en un bienvenu glossaire de fin de volume, mais qui, s'ils peuvent désigner une personne particulière -celle que l'on pense être un coupable parfait- sont aussi des termes génériques qui peuvent s'adresser à plusieurs personnes -donc d'autant plus de suspects.

Voilà donc pour ce polar indien qui devrait plaire à un grand nombre de lecteurs, peut-être pas aux plus exigeants des amateurs de romans policiers qui en verront les ficelles, sauf s'ils se laissent prendre par l'ambiance mi-moderne mi-traditionnelle qu'a su créer Anita Nair.

 

Merci Laure.

PS : petite note à l'attention du traducteur, qui cette fois-ci pourrait revenir me voir avec des intentions plus sympathiques et des mots (lui qui a l'habitude de les manier) moins désagréables que pour le livre de Tarun Tejpal.

 

thrillers

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S
Pour tous ceux qu'Anita Nair inspire, elle est notre auteur du mois sur lecture-ecriture.com Participez! Vous êtes les bienvenus. (Merci Yv) ;-)
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Y
ravi d'avoir pu y participer, pour une fois
G
Et oui, l'inde est en pleine mutation ! En tout cas, un polar en Inde, c'est assez rare à ma connaissance pour que je sois partante !
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Y


C'est une manière de découvrir un pays dont on a -dont j'ai- une image un peu datée



L
ah oui !!!
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L
Moi, l'Inde, ça me plait bien, je note ! Le seul truc qui pourrait me retenir, c'est les noms des personnages, impossibles à retenir par exemple dans Vikas Svarup !
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Y


Certes, mais pas plus dérangeant que ceux des polars nordiques, notamment les noms des femmes pas très glamour



A
Même les traducteurs t'écrivent, maintenant.
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Y


La rançon du succès...



K
Je pourrais me laisser tenter, même si j'ai eu quelques déconvenues avec des romans indiens, souvent un peu longs à mon goût...
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Y


C'est vrai ça peut être un peu long, mais moi qui suis assez sensible à cet aspect, je ne l'ai pas ressenti dans ce roman



E
J'avais adoré ma première lecture d'Anita Nair, et si elle s'essaie au polar, il faut que je le lise à tout prix, je le note :)
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Y


J'avoue que je ne la connaissais pas avant, mais c'est une belle découverte



Z
Je ne suis pas certaine de lire ce livre. J'essaie de ne jamais oublier le traducteur car c'est un dur labeur que de traduire
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Y


J'essaie également de ne pas l'oublier mais parfois ça peut arriver



A
Autrement dit, à lire plutôt pour l'Inde que pour le côté polar, ce n'est déjà pas si mal.
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Y


Oui, car l'intrigue n'est pas forcément palpitante, mais bon, elle reste intéressante



H
J'avais eu une expérience mitigée avec son dernier roman, du coup je n'ai pas voulu tenter celui-ci...
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Y


Peut-être s'est-elle améliorée entre les deux, ou le genre lui convient mieux ?



Y
Mes préjugés sur l'Inde auraient aussi besoin d'être dépoussiérés...
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Y


Eh bien voilà un bon moyen



C
je crois que vu l'histoire, je vais passer..
PS: quid de ton PS à l'attention du traducteur? j'ai raté un épisode ?
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Y


Lorsque j'avais parlé de La vallée des masques de tarun Tejpal, j'avais omis de citer le traducteur (qui est le même) et il a laissé un commentaire pas très sympathique, c'est un clin d'oeil
ironique