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L'alcool et la nostalgie

Publié le par Yv

L'alcool et la nostalgie, Mathias Énard, Actes sud-Babel, 2012 (Éd.Inculte, 2011)

Mathias part à Moscou pour accompagner en train la dépouille de son ami Vladimir jusqu'à Novossibirsk. C'est Jeanne avec qui il a vécu, étudiant à Paris, puis à Moscou en même temps que Vladimir qui l'a prévenu du décès de leur ami. C'est pour Mathias le moment de faire le point sur cette amitié entre eux deux, cet amour entre les deux hommes et la femme. 

Jusque là je n'avais pas encore lu Mathias Énard, ce qui est bien fait pour moi. Je ne sais pas pourquoi je n'avais pas osé ouvrir un de ses livres, parce que la surprise fut bonne, excellente même. Ce tout petit roman est certes court mais intense. Si les questionnements ne sont pas nouveaux : la mort, l'amitié, l'amour, l'alcool, la drogue, le début de la vie d'adulte, les tourments de jeunes gens mal dans leur peau, dans leur vie et dans la société, ... la manière de les mettre en page est tout simplement magistrale. Une écriture belle, de longues phrases qui peuvent tour à tour être lentes lorsqu'elles décrivent les superbes -ou très moches- paysages russes et leur histoire :"J'irais bien sur le Bosphore après une croisière sur la Volga, descendre le fleuve jusqu'à Astrakhan au nord de la mer Noire, puis me laisser glisser doucement vers Istanbul, on verrait Kazan et Stalingrad, deux batailles russes ; on verrait l'île où s'installa Ivan le Terrible avant de prendre Kazan et de mettre fin au khanat héritier de la Horde d'or, terminée la domination mongole en Russie, place à l'encens, aux moines et aux popes barbus." (p.44) ou rapides lorsque le narrateur parle de ses affres de ses doutes et de ses douleurs : "... j'avais vingt ans quand j'ai lu ce livre Vlad, vingt ans et j'ai été pris d'une énergie extraordinaire, d'une énergie fulgurante qui a explosé dans une étoile de tristesse, parce que j'ai su que je n'arriverais jamais à écrire comme cela, je n'étais pas assez fou, ou pas assez ivre, ou pas assez drogué, alors j'ai cherché dans tout cela, dans la folie, dans l'alcool, dans les stupéfiants, plus tard dans la Russie qui est une drogue et un alcool j'ai cherché la violence qui manquait à mes mots Vlad, dans notre amitié démesurée, dans mes sentiments pour Jeanne, dans la passion pour Jeanne qui s'échappait dans tes bras..." (p.42)

M. Énard parle formidablement bien du sentiment amoureux, de l'amitié, de la jalousie du manque d'une personne aimée. S'y ajoute la défonce, drogue et alcool, nécessaire pour ces jeunes gens pour surmonter leur difficulté à vivre tout simplement. Et les petits -ou gros- plus ce sont d'une part les paysages russes enneigés, pas toujours très beaux, certains étant de simples vestiges de l'époque communiste, blocs de béton abandonnées, murs de goulags, d'autre part les pans d'histoire de ce pays qu'il insère entre deux descriptions, entre deux questionnements des héros et enfin, les souvenirs de lecture des grands écrivains russes, eux qui ont su donner de leur pays une image forte et ont su écrire sur la fameuse âme slave.

Eh bien que me reste-t-il à dire ? Que je relirai très certainement M. Énard qui m'a enchanté dans ce récit très nostalgique et mélancolique, que j'espère que le plaisir sera de nouveau au rendez-vous de ma prochaine lecture.

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G
Je ne connaissais pas ce titre. Curieusement, Enard est un auteur qui ne me tente pas du tout, mais là, tu pourrais me faire changer d'avis.
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Y


Un tout petit livre qui permet de le découvrir en douceur, après, on peut continuer à le lire si on a aimé



L
Pas encore lu Rue des voleurs qui m'attend...
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Y


A priori très bien également



S
Rue des voleurs reste un de mes derniers coups de coeur...je note aussi celui-ci!
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Y


Il me reste à découvrir tous les autres de M. Enard



A
J'ai beaucoup beaucoup aimé moi aussi.
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Y


un très bon roman



K
Moi non plus je n'ai pas encore lu Mathias Enard... tu me rappelles qu'il faut que je le fasse.
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Y


Il y a une certaine similitude entre les styles littéraires de Mathias Enard et de Tanguy Viel, le goût des belles phrases longues



T
toujours pas sauter le pas, pas envie, jusqu'ici. Je note ce titre.
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Y


Une bonne manière de sauter le pas justement



H
Je suis heureuse qu'il te plaise, j'aime beaucoup cet auteur !
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Y


J'avais hésité à le commencer et j'ai trouvé ce livre petit format qui me semblait être une bonne porte d'entrée, pari réussi



C
Il a tout pour me plaire !
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Y


Il me semble effectivement



K
Si tu veux relire Mathias Enard, je te conseille Rue des voleurs... quant à moi, je note L'alcool et la nostalgie.
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Y


Noté merci



A
Tiens, tiens, voilà qui me donne envie de revenir à la prose de Mathias Enard. J'avais bien aimé "Parle leur de roi, de batailles et d'éléphants" (je crois que c'est dans cet ordre là, du moins) un
peu plus que "La perfection du tir", qui m'avait un peu laissée dubitative mais qui est quand même interessant (on est dans la tête d'un snappeur qui aime tuer) ...
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Y


Bon, eh bien voilà deux titres que je note pour moi, merci



Z
Je ne connais pas ce titre, alors je le note de suite. Un auteur que j'apprécie beaucoup. Découvert l'an passé
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Y


Il devrait te plaire, c'est très bien écrit



A
Tout comme toi il y a peu, je n'ai pas encore abordé Mathias Enard, je crois qu'il m'intimide. Le roman que tu présentes me tente bien.
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Y


Il a en plus l'avantage d'être très court et d'exister en poche : pas trop de risque si on n'aime pas



A
Un auteur que j'aime bien.
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Y


Je le découvre avec plaisir