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D'acier

Publié le par Yv

D'acier, Silvia Avallone, Ed. Liana Levi, 2011

Francesca et Anna ont bientôt quatorze ans. Eté 2001, elles enflamment Piombino, petite ville de Toscane, loin des clichés habituels qui vit autour de son usine d'acier. Barres d'immeubles, plage, mecs shootés et bourrés, pères violents ou démissionnaires, voici ce qui rythme la vie de la ville et des deux jeunes filles. Elles deux se connaissent depuis qu'elles sont toutes petites et sont inséparables. Leur beauté, les changements de leurs corps cet été-là changera la donne de tout le quartier.

Je suis bien embêté pour dire si ce livre m'a plus ou non. J'ai aimé les personnages, intéressants, les descriptions de la ville, de la vie à l'usine, des ouvriers qui veulent oublier l'aciérie le weekend, bien vues. Les femmes sont seules, délaissées par des maris qui ne pensent qu'aux autres femmes, à l'alcool, aux copains. Ils sont buveurs, dragueurs, violents ; leurs femmes sont là uniquement pour leur préparer à manger, faire le ménage et accessoirement occuper un moment leur libido. C'est dire si l'homme n'a pas le beau rôle dans ce roman. En plus de son côté macho excessif, il est abruti par son travail :

"Enrico, en tournant la clé de contact de sa Uno blanche, ne pensait à rien. Sinon au trajet qu'il allait faire, trois feux et deux ronds-points. Se garer dans le grand parking, devant l'entrée de la via della Resistenza, pointer à la machine, se changer dans les vestiaires, arriver à destination : la cokerie.

Il y avait quelque chose d'immobile dans son regard, comme celui d'un animal qui fixe la gorge de sa proie. La nature dans son accomplissement quotidien : la fatigue de l'acier, les mains fermes sur le volant. S'il fallait pelleter, il pelletait. Si on le mettait au contrôle, il contrôlait. Noter les températures dans le carnet, enfoncer la pelle dan le charbon et la soulever : pour lui, tout était pareil." (p.69/70)

Les femmes subissent. Lorsqu'elles sont jeunes et jolies, comme Francesca et Anna, elles plaisent aux hommes et en jouent alors. Mais dès que l'un d'entre eux lui a mis le grappin dessus, plus possible de vivre comme avant, même lorsqu'elles sont très jeunes. C'est d'ailleurs un point qui me gêne et m'effraie un peu dans ce roman : l'extrême jeunesse de ces jeunes filles. Elles se comportent -et les hommes et les autres femmes les voient- comme des jeunes femmes, alors qu'elles ne sont qu'à l'approche de leur quatorze ans ! Je dois être totalement déphasé, ou carrément hors mode.

Une autre critique négative est qu'on trouve dans ce livre quelques lourds clichés sur tous les garçons machos, sur les filles les plus belles, celles que toutes les autres filles -qui, elles sont toutes des "boudins" selon Silvia Avallone -détestent. Que de personnages et de situations stéréotypées ! J'ai parfois eu l'impression de revenir dans la cour du collège, quelques 30 ans en arrière...

Pour finir, et malgré des rebondissements que l'auteur sait amener en les anticipant ou les retardant, j'ai eu du mal à me faire à l'écriture et à la narration : des parties vraiment très bien sont entrecoupées de détails totalement inintéressants et oiseux qui coupent l'élan du lecteur. Le style de l'auteur ne permet pas de se familiariser aisément avec tous ses personnages : j'ai eu beaucoup de mal à lier les personnages entre eux, et j'ai confondu les pères, les mères, les frères et les sœurs ("oh oh, ce serait le bonheur !")

A propos de ce roman, j'ai lu qu'on parlait de "Zola du XXIème siècle !" On s'emporte, on s'emporte. C'est un roman social, certes, mais, malgré une idée forte et avec des personnages très présents, Silvia Avallone écrit un roman prometteur mais empreint de grosses maladresses qui personnellement me laisse un peu sur ma faim.

Sélection du Prix des lecteurs de l'Express.

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V
Je comprends une partie de ces réserves, car les personnages m'ont également paru un peu stéréotypés, c'est d'ailleurs ce qui en fait pour moi un roman plutôt à destination des ados. Mais il a le
mérite de traiter de sujets rares dans la littérature contemporaine, comme le monde ouvrier aujourd'hui, d'être riche en sujets et en personnages et d'être finalement assez ambitieux. Bref, ce
n'est pas un roman parfait (j'ai trouvé qu'il s'enlisait un peu après avoir commencé très fort), mais c'est un roman qui fait tout de même bien réfléchir et qui n'est pas du tout inintéressant.
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Y


Bien, vu ton commentaire, il résume ce que j'ai pensé du bouquin. J'acquiesce. A bientôt



A

Un premier roman prometteur, malgré les maladresses, finalement ?


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Y


C'est exactement cela, tu résumes mon propos parfaitement.



A

Bon, j'ai envie de passer alors..


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Y


Il y a tellement d'autres lectures que tu peux...



K

J'ai bien envie de me faire mon propre avis aussi, même si je pense que les clichés pourraient m'agacer ! ;-)


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Y


Ils peuvent néanmoins "passer", noyés dans le reste du bouquin.



E

Ma collègue de boulot l'a lu et m'en a parlé en bien, j'essaierai de le lire pour me faire mon propre avis.


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Y


L'avis général est plutôt positif d'après ce que j'en ai entendu, notamment lors de la délibération du jury de l'Express.



F

C'est l'Italie Berlusconi?
Y a t-il un peu de place à l'humour ou l'ironie dans ce roman? Tes extraits semblent le montrer.


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Y


Je n'ai pas senti cela comme de l'humour. C'est une description des hommes au karcher, pas très bonne pour nous !



C

Comme nous n'avons pas forcément les mêmes avis, je serai curieuse de le lire !


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Y


Donc si je veux te degoûter d'un livre, il faut que j'en fasse l'apologie ! J'essaierai de m'en souvenir. Plus sérieusement, je suis très partagé, il n'est pas si mal, mais j'ai des réserves qui
m'empêchent de vraiment aimer.