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Un sale hiver

Publié le par Yv

Un sale hiver, Sam Millar, Seuil, 2016 (traduit par Patrick Raynal)

A peine vêtu d'un joli peignoir rose et court alors qu'il neige, Karl Kane descend chercher le lait devant sa porte, qui s'y trouve comme tous les matins, mais Karl trouve également une main sectionnée. Quelques instants plus tard, toujours court et de rose vêtu, le coccyx douloureux suite à sa chute due à la surprise matutinale, il tente d'expliquer aux flics sa découverte. iceux sont un peu sur les dents, d'abord parce que Karl Kane, détective privé de son état, n'est pas en odeur de sainteté dans la maison, et ensuite parce que c'est la deuxième main sectionnée qui est découverte en quelques jours. Un homme d'affaire offre une belle somme à qui mettra les flics sur la voie. Karl, pas très en fond, comme d'habitude, se met en tête d'enquêter.

Troisième tome des aventures du détective privé irlandais qui le plonge cette fois-ci encore dans les bas-fonds de Belfast avec une sortie à Ballymena. Drogue, prostitution, bars louches font le quotidien de Karl qui ne touche qu'aux derniers : sa seule drogue c'est le Hennessy XO, mais en ce domaine, il n'est pas sectaire, il peut alterner avec d'autres boissons alcoolisées. De planques fastidieuses, en découvertes, de coups de bol en travail productif, Karl Kane va se mettre en danger et défricher le travail de la police. Il a l'art de se retrouver dans des situations douteuses, sordides voire dangereuses. Agaçant pour ses adversaires, car il ne lâche rien et il a toujours une vacherie au bord des lèvres, même dans les situations désespérées. Il n'aime pas les policiers qui le lui rendent bien, pensant qu'ils sont -presque- tous corrompus et/ou des brutes basses de plafond. Même à l'enterrement d'un ex-flic, il ne mâche pas ses mots :

"Tu crois pas que la police aurait pu envoyer quelques types pour faire nombre ?

- Il y avait plus de participants à la Cène, mais je suppose que tu vas dire que la bouffe gratuite était une motivation pour cette auguste assemblée." (p.130)

Toujours excellentes ces aventures de Karl Kane narrées par Sam Millar qui a une plume au vitriol et très drôle. Un détachement évident et bienvenu pour décrire des événements glauques, violents mais sans hémoglobine dégoulinante, ce dont je lui sais gré, je ne suis pas adepte des flots sanguins. Un privé classique, qui prend les codes du genre en ajoutant un flegme irlandais à -presque-toute épreuve.

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Une histoire populaire de la France

Publié le par Yv

Une histoire populaire de la France, Gérard Noiriel, Clément Xavier, Lisa Lugrin, Alain Gaston Rémy, Delcourt, 2021 et 2022

"Et si, pour une fois, on racontait l'histoire du peuple de France en prenant au sérieux toutes celles et tous ceux qui l'ont faite ? Non pas une histoire à la papa, strictement chronologique et qui fait la part belle aux chevaliers, aux rois et reines, mais un récit qui montrerait comment les résistances du peuple au pouvoir des gouvernants ont tissé la trame sociale dans laquelle nous vivons. De Jeanne d'Arc aux Communards, des Sans-culottes aux Gilets jaunes, des premières migrations à la lutte des classes, voici l'histoire de ces hommes et de ces femmes qui, eux aussi, ont façonné notre pays." (4ème de couverture)

Cette bande dessinée en deux tomes est l'adaptation du livre de l'historien Gérard Noiriel. Le volume 1 est intitulé De l'état royal à la Commune et le volume 2 Des gueules noires aux gilets jaunes. C'est un travail colossal que d'adapter le pavé passionnant et dense de Gérard Noiriel. Le biais pris est une conférence gesticulée animée par l'historien qui se balade donc dans toutes les époques. Et l'on apprend que les Gaulois est un terme que César utilise dans son livre La guerre des Gaules, mais que les habitants du pays se nomment eux-mêmes des Celtes et non pas des Gaulois, que l'histoire de France débute réellement sous François 1er, qu'avant cette période, il est difficile de parler de l'histoire d'un pays qui n'en est pas vraiment un...

L'angle de vue de l'historien est différent de ce que nous avons appris à l'école ; l'histoire des rois et des reines, bon, c'est bien, ça plaît à Stéphane Bern, mais celle des peuples, de ceux qui ont lutté pour obtenir des droits pour forger le monde dans lequel nous vivons, c'est autrement passionnant et instructif. Cette bande dessinée est très dense et plusieurs lectures ne seront pas de trop pour se décaler des acquis. Lisa Lugrin et Clément Xavier ont scénarisé le livre de Gérard Noiriel, Alain Gaston Rémy a dessiné et  ils en ont fait un livre abordable par tous, qui fait preuve d'humour pour alléger la densité. Très bons volumes, j'avoue une petite préférence pour le premier parce que je connais moins l'histoire de la période décrite ou que je m'y perds davantage, mais le second est très bien aussi et permet de réviser pas mal de choses.

Ci-dessous, les couvertures des deux volumes.

Une histoire populaire de la France
Une histoire populaire de la France

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La cage

Publié le par Yv

La cage, Reykjavík noir, tome 3, Lilja Sigurdardottir, (traduit par Jean-Christophe Salaün), Métailié, 2019 (Points, 2020)

Attention, la lecture de ma recension donnera vraisemblablement des informations sur les deux tomes précédents.

Six ans ont passé, Agla est en fin de peine de prison et Maria, l'ex-procureure est journaliste d'investigation dans un journal en ligne qu'elle a créé. Un industriel contacte Agla mondialement connue pour son habileté financière, pour qu'elle enquête sur des manipulations suspectes autour de l'aluminium, ressource pourtant très surveillée. Agla, toujours enfermée, convainc Maria d'être son enquêtrice jusqu'à sa sortie.

Ce tome 3, qui peut se lire indépendamment des deux précédents, clôt la trilogie Reykjavík noir de très belle manière. Lilja Sigurdadottir réussit l'exploit de ne pas se répéter au long de cette œuvre de plus de 1000 pages ni d'ennuyer son lecteur. Cette fois-ci, elle écrit un thriller financier dans lequel on retrouve les personnages des tomes 1 et 2, toujours aussi retors, puissants et sans scrupules. Mais ce qui est bien, c'est que l'autrice ne fait pas de ses "méchants" et de ses "gentils" des caricatures. Les plus redoutables et vicieux ont une vie quasi normale, pas ostentatoire, des bons côtés, sont attachés à leurs enfants et inquiets pour eux, tandis que les femmes qui les combattent ne sont pas dénuées de défauts, de failles. L'ambivalence en permanence, qui humanise les personnages et la fiction.

Toujours mené de la même manière : une alternance de courts chapitres et de narrateurs, ce tome est très bon et met en scène, de nouveau, des femmes pugnaces, qui trouvent des forces dans l'adversité et ne veulent pas se laisse dicter leur vie par des hommes. Pas de rythme ébouriffant, mais des histoires qui se mêlent, des personnages qui se rencontrent fortuitement et qui, chacun de leur côté, sont les principaux héros d'une intrigue. très bien fait, habilement construit, Lilja Sigurdardottir frappe très fort, sans en rajouter dans le gore, le dégoulinant, l'horreur. Chapeau bas.

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Le filet

Publié le par Yv

Le filet, Reykjavík noir, tome 2, Lilja Sigurdardottir, (traduit par Jean-Christophe Salaün), Métailié, 2018 (Points, 2019)

Sonja pensait avoir échappé au réseau et à Adam, son ex-mari. Il la retrouve et l'oblige à revenir à Reykjavík. Puis, elle est de nouveau contrainte, si elle veut revoir son fils, à entrer dans le réseau de trafic de drogue et à reprendre son rôle pour en faire entrer dans le pays.

Agla, sa compagne, tente un autre montage financier, bien que toujours soupçonnée d'avoir organisé la faillite du pays, pour éloigner la procureure des plus lourdes charges qui pèsent sur elle et ses deux complices.

Tome 2 de la trilogie Reykjavík noir qui prend les mêmes personnages repartis quasiment au point de départ, mais avec une expérience supplémentaire. On prend donc les mêmes et on recommence, toujours sur ce rythme lent, avec cette fois-ci davantage de péripéties. Si je voulais être taquin, je pourrais mettre en doute la crédibilité de cette femme au foyer qui devient experte en passage de drogue et qui joue dans la cour des grands narcotrafiquants, mais à l'aune de certains ouvrages étasuniens, je ravale ma taquinerie, et finalement, peu importe puisque c'est un vrai plaisir que de suivre les aventures de Sonja et d'Agla ainsi que la montée en puissance de Maria la procureure. Ce sont, dans ce tome encore plus que dans le premier, les femmes les plus pugnaces, les plus fortes, ingénieuses travailleuses et entreprenantes. Les hommes tentent d'asseoir leur pouvoir ou de le conforter uniquement par la violence et la peur. Dans ces années, l'Islande va mal et l'autrice s'appuie sur cette période sombre pour bâtir une ambiance noire, lourde dans laquelle le soupçon est partout.

La relation Sonja-Agla est toujours aussi difficile. Agla culpabilise d'aimer une autre femme, son éducation ne l'y a pas préparée. Elle ne sait pas que Sonja passe de la drogue, de même que Sonja ne connaît pas l'ampleur de l'enquête sur sa compagne.

Comme dans le tome 1, Piégée, Lilja Sigurdardottir alterne les chapitres, les narratrices, les histoires et donne une importance capitale aux tourments, questionnements, peurs et angoisses de ses héroïnes. Cela humanise son polar et le rend encore plus passionnant.

Tome 3 bientôt.

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Piégée

Publié le par Yv

Piégée, Reykjavík noir tome 1, Lilja Sigurdardottir, traduit par Jean-Christophe Salaün, Métailié, 2017 (Points, 2018)

Sonja, une jeune femme islandaise a été prise au piège et est contrainte de faire entrer de la drogue dans le pays. L'ancienne femme au foyer, séparée et dont l'ex, Adam, a la garde de leur enfant, Tómas, souffre de ne le voir que trop peu. Contre toute attente, elle se découvre des capacités dans son activité illégale et dangereuse.

Agla, son amie, celle avec laquelle Adam l'a surprise en pleins ébats, ce qui est la cause de leur séparation, Agla, la collègue d'Adam, travaille dans la finance et, dans ces années 2010/2011, les financiers de son calibre sont soupçonnés de la faillite du pays. Le trio formé par Agla, Adam et leur supérieur est en très mauvaise posture.

Tome 1 de la trilogie Reykjavík noir, ce polar qui alterne une intrigue financière et une autre liée au trafic de drogue ne se déroule point sur un rythme échevelé, le sang n'y coule pas à toutes les pages non plus ni les cascades ne succèdent aux courses poursuites. L'hiver, la neige, le froid et les longues nuits islandaises ralentissent le mouvement et imposent une couche ouateuse sur la ville et ses alentours et les crimes. Et lire cela en plein été, ça fait du bien, ça rafraîchit.

Mais que de violence dans les êtres ! Dans Sonja qui ne supporte pas de ne pas voir son fils -et vice-versa- et qui n'en peut plus de ce piège dont elle ne parvient pas à s'extraire. Dans Agla qui ne vit pas bien son attachement à Sonja et refuse même de parler d'homosexualité, tant son éducation, son besoin de reconnaissance sociale ne peuvent être associés à cela. Elle culpabilise. Dans tous les autres qui cherchent qui la vérité, qui à se sortir d'un pétrin profond à tous les prix.

C'est formidablement maîtrisé, à coups de courts chapitres qui alternent narrateurs et histoires. Lilja Sigurdardottir crée des personnages très ambivalents : pas forcément recommandables voire redoutables dans leurs pratiques professionnelles et très fragiles dans leurs vies privées et sentimentales. C'est cela qui fait que son livre est réussi, outre le fait qu'il s'appuie sur l'histoire très récente de son pays, ruiné après la crise de 2008.

Très bon début de trilogie et très bientôt le tome 2.

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Le Chinois

Publié le par Yv

Le Chinois, Henning Mankell, Seuil, 2011 (traduit par Rémi Cassaigne)

Dix-neuf personnes sont assassinées à l'arme blanche dans un village très reculé de Suède. Aucun indice, seul un étrange bout de ruban rouge. Pourquoi tuer ces dix-neuf personnes dont un enfant et laisser les trois autres habitants du village en vie ?

Birgitta Roslin, juge dans le sud du pays et vaguement parente avec des victimes décide de mener sa propre enquête qui la mène jusqu'à Pékin sur la trace des héritiers des émigrés du siècle dernier.

Birgitta fut, dans sa jeunesse, avec l'une de ses amies avec la quelle elle se rendra à Pékin, une maoïste pas forcément convaincue, mais active et militante. C'est une des parties du roman qui évoque les idéaux de jeunesse parfois gardés en vieillissant, parfois mis de côté et d'autres fois carrément piétinés. Birgitta est de celles qui les ont un peu oubliés en construisant sa vie, mais qui, en tant que juge continue à faire preuve d'une grande humanité et ne tourne pas trop le dos à sa jeunesse. Henning Mankell la décrit comme une femme qui approche la soixantaine, ses enfants sont partis, son mari s'éloigne lui aussi depuis quelque temps, Birgitta s'interroge. Cette enquête sera pour elle également un moyen de se recentrer, de savoir qui elle est et ce qu'elle veut.

Henning Mankell, bien documenté raconte l’histoire des émigrés chinois à la fin du 19ème siècle, qui partent dans des conditions effroyables vers l'Amérique. La vie en Chine est dure, les paysans sont très pauvres et ils espèrent en une vie meilleure, mais la traversée en bateau est terrible et il faut ensuite travailler durement, sous les coups des contremaîtres.  Puis l'auteur raconte aussi la Chine des années Mao, difficile elle aussi pour les plus pauvres et la Chine actuelle, en pleine expansion, prête à tout pour devenir la plus grande puissance internationale. L'auteur en fait beaucoup, se répète, et ces passages sont longs, très longs. Son roman de presque 600 pages (en version poche) aurait pu être condensé très nettement. Je n'ai pas l'habitude de dire cela des livres d'Henning Mankell, mais franchement, parfois, j'ai sauté des pages, sauts qui n'ont pas freiné ma compréhension de l'histoire ni des personnages.

Pas le meilleur polar d'Henning Mankell, mais y a t'il meilleur polar de l'auteur que ceux avec Kurt Wallander, absent ici ?

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Goán tau chez moi

Publié le par Yv

Goán tau chez moi, Li-Chin Lin, Ça et là, 2021

Li-Chin lin, née à Taïwan au début des années 70 arrive en France pour faire des études artistiques en 1999. Elle y reste malgré l'accueil pas toujours au top, les personnes qui se moquent de son accent, qui ne connaissent pas les différents pays d'Asie et se contentent de véhiculer les stéréotypes xénophobes liés aux Asiatiques.

Les relations avec sa famille et son pays ne sont pas non plus de tout repos, et comme beaucoup d'exilés, elle est écartelée entre cette double appartenance.

La couverture est extraite de l'album et est accompagnée de ces phrases que j'ai retenues, si simples et tellement vraies et qui répondent à la question : "Ton pays te manque, non ? Je me suis construit une vie ici, en France, pendant vingt ans. Presque la moitié de ma petite existence. Pourquoi personne ne me demande jamais si la France me manquerait si je la quittais ?" (p.26)

Le Français moyen, fier de ce qu'il est et peu curieux ne fait pas la distinction entre les habitants des différents continents : les noirs sont des Africains, les Asiatiques sont tous Chinois... Il lui est alors aisé de véhiculer les clichés dignes d'un OSS 117 en pleine forme dans un ascenseur. Et après, il permet à 90 députés d'extrême droite d'entrer à l'Assemblée nationale... mais je digresse.

Toujours est-il qu'il n'est pas facile d'être étranger en France, chaque jour, une petite blague, une remarque vient vous faire comprendre que vous n’êtes pas d'ici. C'est cela que vit Li-Chin Lin et qu'elle montre fort bien dans son roman graphique. Elle évoque également sa difficile relation avec sa famille restée à Taïwan, et le grand écart permanent entre son éducation taïwanaise et les habitudes françaises. Lorsqu'elle retourne voir ses parents, elle ne se sent plus totalement chez elle.

L'ouvrage est en noir et blanc, un dessin très libre, qui se joue des cases et du réalisme lorsqu'il en a besoin. Il faut s'habituer au style, une sorte de crayonné -je ne suis pas certain que ça soit le terme exact, mais c'est à cela que ça me fait penser-, et une fois le pli pris, on avance, revient en arrière et on se plaît dans ce récit plus dense qu'il n'y paraît de prime abord.

La troisième partie du livre est consacrée au combat de l'auteure contre un bar aux très grandes nuisances sonores en-dessous de son appartement. La complaisance de la police et de la mairie, la mauvaise foi du gérant ramènent encore une fois Li-Chin Li à son statut de non-originaire de la ville. La xénophobie se combat quotidiennement, c'est long, fatigant, ça mine le moral et la bonne humeur.

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Le grand voyage d'Alice

Publié le par Yv

Le grand voyage d'Alice, Gaspard Talmasse, La boîte à bulles, 2021

Avril 1994, au Rwanda, le lendemain de la mort des présidents rwandais et burundais dans un avion abattu par un missile, un grand massacre débute dans le pays. 800 000 morts, principalement des Tutsis, tués par les Hutus.

Le 4 juillet 1994, le Front Patriotique Rwandais de Paul Kagame (des Tutsis) met fin au génocide en prenant Kigali, la capitale, ce qui provoque la fuite d'un million de Hutus vers la république Démocratique du Congo alors nommée le Zaïre. Parmi eux, des génocidaires, mais surtout des femmes et des enfants. Alice, cinq ans, fait partie des fuyards. Elle traversera le Zaïre d'est en ouest, plusieurs milliers de kilomètres à pieds.

Sans doute le résumé est-il trop succinct pour dire ce que fut le génocide rwandais. Les implications des uns et des autres furent moins claires que ce qu'il laisse penser, mais mon but est de replacer la fuite d'Alice dans le contexte et pas de faire une étude sur le massacre de 1994. Mais de quoi Alice et sa famille serait-elles coupables ? Ses parents exploitaient des terres avant qu'ils soient contraints de fuir.

L'album se concentre sur Alice et sa petite sœur qui va longtemps l'accompagner. Elles traversent des zones dangereuses, des forêts inhospitalières, avec beaucoup d'autres réfugiés, puis seules, ont la chance de rencontrer des gens qui les hébergent, les nourrissent, les soignent, mais pas toujours. Il y a aussi les camps des ONG.

Gaspard Talmasse réussit à transmettre la peur des petites filles, la solitude, la force incroyable qui les anime. Son ouvrage écrit et dessiné d'après les souvenirs d'Alice est donc une histoire -malheureusement- vécue qui peut s'élargir à tous les réfugiés actuels qui arrivent en Europe. Les conditions dans lesquelles ils arrivent et ce qu'ils ont traversé pour y parvenir prouvent s'il en était besoin qu'ils risquent leur vie pour échapper au pire. Et les pays européens, la France en particulier, de mégoter à leur offrir un statut digne.

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L'affaire clitoris

Publié le par Yv

L'affaire clitoris, Douna Loup, Justine Saint-Lô, Marabulles, 2021

C'est en rencontrant Anna, un été à la cueillette des pommes, que Pulchérie apprend que le clitoris est :

- un organe

- il mesure 10 cm

- il n'a jamais été représenté correctement dans manuels scolaires avant 2017

C'est le début d'une enquête que va mener Pulchérie. Elle veut savoir ce que son entourage et plus largement, les Français et les Françaises connaissent de cet organe.

Bon, j'avoue, je n'y serais sans doute pas allé spontanément, mais ma grande fille m'a dit qu'elle voulait le lire, alors j'ai accepté l'offre d'envoi de Lecteurs.com (merci Nicolas). Et bien m'en a pris, car j'ai appris plein de choses et les auteures ne se limitent pas à décrire le clitoris, mais font un historique des études sur l'organe depuis l'Antiquité. Elle parlent aussi de la place de la femme dans la société, puisque celles qui pratiquaient l'onanisme étaient qualifiées d'hystériques, le mot facile pour que les hommes puissent les écarter et continuer à les dominer. Elles évoquent la sexualité, le féminisme à travers icelle et son organe principal. C'est intéressant de voir comment les hommes construisent la société dominante, patriarcale avec tous les arguments foireux possibles comme celui du sexe féminin, creux, qui attend forcément le sexe masculin fièrement dressé et qui ne peut que se soumettre devant une telle érection.

Même s'il va au plus direct, le texte n'est pas cru, les dessins sont très colorés, oniriques parfois, poétiques ; la couverture donne le ton général. Bel album, je ne regrette pas ma demande. Merci ma fille !

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