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Horizons obscurs

Publié le par Yv

Horizons obscurs, Caroline Le Rhun, Palémon, 2021

Erwan Le Tallec vient de créer sa boîte de détective privé à Brest et est embauché par une cliente dont la fille Céline a disparu dans l'archipel de Bréhat. Céline qui travaille au Japon sur une plate-forme d'extraction des hydrates de méthane est revenue pour quelques semaines et n'est pas revenue d'une sortie en kayak. Erwan commence n'a pas encore commencé qu'il est immobilisé à l'hôpital, renversé par une voiture. C'est son ami, Ronan, en trajet pour l'Irlande pour retrouver Mary sa compagne, qui va rencontrer la mère de Céline et commencer l'enquête, sur fond de tensions entre les anti et les pro énergies marines renouvelables.

Pas mal du tout ce troisième tome de la série des enquêtes en mer, que je découvre ici. Le duo Erwan-Ronan fonctionne bien, la région est belle, entre Brest et Bréhat. Et Caroline Le Rhun est dans l'air du temps en parlant des énergies renouvelables, qu'elles soient avec les hydroliennes ou la possible mais coûteuse et dangereuse extraction des hydrates de méthane. Tout est expliqué sans que l'on ait l'impression d'assister à une conférence au sortir de laquelle on aurait presque tout oublié.

Puis il y a l'intrigue et la disparition de Céline qui mènera Ronan jusqu'au Japon, notamment à Nagasaki. De fausses pistes en pistes plus sérieuses de prime abord, l'autrice écrit un roman policier très agréable, avec des héros sympathiques, qui débute ainsi :

"Erwan Le Tallec noua ses chaussures de running et enfila un harnais équipé d'une lampe. Il ferma la porte de son appartement, glissa les clés dans la poche zippée de sa veste en lycra puis descendit les trois étages de son immeuble."

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La Venin. Ciel d'éther

Publié le par Yv

La Venin. Ciel d'éther, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2022

Emily arrive à New York en fin 1900, est embauchée pour danser et chanter dans un spectacle. Elle fait la connaissance de Stanley Whittman, un architecte, l'un de ceux qui ont agressé sa mère quelques années auparavant et qu'elle poursuit pour les confondre et les tuer. Toujours décidée à se venger, Emily est sous la protection d'un Indien énigmatique et filée par deux agents de la célèbre agence Pinkerton. Sa mission se complique singulièrement.

Pénultième tome de la série La Venin, différent des précédents, peut-être parce que l'assurance d'Emily semble vaciller quelque peu. Mais aussi parce qu'elle arrive en ville, elle, la fille des grands espaces. Là, les codes ne sont pas les mêmes, il est moins aisé de défourailler et tirer dans le tas au risque de faire un véritable carnage et de ne pas pouvoir prendre la fuite. Il faut faire preuve de davantage de souplesse. Et puis, les preuves et indices s'accumulent et la fin approche :  la vengeance assouvie apaisera-t-elle la jeune femme ? Y aura-t-il la lumière au bout ?

Toujours Laurent Astier au scénario et au dessin et Stéphane Astier aux couleurs, pour un ensemble très convaincant, très beau. Une bande dessinée qui joue avec le classique : des cases dans des pages blanches, puis dans des pages noires, puis moins de cases ou plus. Ce qui donne du rythme, qui colle parfaitement au scénario qui, lui-même, n'hésite pas à nous faire quelques surprises. Et les femmes y sont très présentes, souvent dans les meilleurs rôles, moins effacées que dans les westerns traditionnels (plus serait compliqué), fortes, volontaires, opiniâtres.

Les tomes précédents sont là : Déluge de feu, Lame de fond, Entrailles.

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Pour cibles

Publié le par Yv

Pour cibles, Georges Le Querrec, Ouest-France, 2021

C'est un carnage que trouvent les policiers venus dans la ferme de Kerpalon : un père, sa fille et sa petite-fille sauvagement assassinés. Le capitaine Fabrice Macciali de la brigade criminelle de Morlaix découvre une famille qui vivait très chichement, pas d'électro-ménager, un sol en terre battue, pas de bien. Mais qui pouvait lui en vouloir à ce point ?

Le capitaine Macciali et son équipe vont devoir faire preuve de beaucoup de rigueur et de travail pour tenter d'apercevoir un début d'indice. Les rivalités entre agriculteurs pour étendre leurs exploitations, pressés par l'usine de lait en poudre de produire toujours davantage pourraient bien être une piste.

Georges Le Querrec, ex-producteur de fromage de chèvre, peintre et maintenant écrivain est le lauréat 2021 du Prix du polar Ouest-France, décerné parmi les écrivains édités par... Ouest-France. Et je dois dire que le choix est judicieux, car ce polar est très bon et original. Il l'est parce qu'il explore un monde peu souvent le contexte du genre, le monde agricole en Bretagne profonde. Ce monde, l'auteur le connaît bien puisqu'il en fut longtemps. Il sait le travail harassant et incessant pour gagner peu, les angoissantes questions : faut-il produire plus et s'endetter lourdement pour cela ? Faut-il rester raisonnable au risque de périr ? Il sait aussi l'isolement des agriculteurs, la vie sociale, amoureuse et familiale difficile. Tout cela est très bien écrit et donne une ambiance sombre et forte. En outre, dans les Monts d'Arrée, région aride et pas toujours très accueillante météorologiquement parlant, les hommes et les femmes sont des taiseux, tout cela concourt à installer une ambiance forte dont il est ardu de sortir. Georges Le Querrec écrit à la première personne -dans la tête de Fabrice Macciali- comme il parle, ce qui donne du rythme, une proximité certaine avec son flic et tout son équipe. Il alterne les phrases très courtes, parfois nominales avec des dialogues ou des descriptions de lieux dans des phrases plus enlevées. Il fait aussi de son enquêteur un flic atypique puisque marié et père de deux enfants, heureux en famille, qui a besoin tous les soirs de passer du temps avec eux pour se ressourcer. C'est un bon vivant -ça picole assez sec et ça mange beaucoup-, heureux, loin des flics blasés, bourrus et dépressifs d'autres polars.

Georges le Querrec parvient à écrire un polar rural dense qui nous emmène sur des fausses pistes, rebondit et dont l'intrigue tient la route. Un contexte et un ton originaux qui mettent en valeur les hommes et les femmes, même si l'on n'a pas envie de fréquenter certains d'entre eux.

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Le démon de Beg-Meil

Publié le par Yv

Le démon de Beg-Meil, Françoise Le Mer, Palémon, 2021

Julie ne décolère pas : la jeune femme vient d'apprendre que sa sœur Audrey, plus âgée d'une quinzaine d'années va épouser Marlon Martin qu'elle a connu lorsqu'elle était visiteuse de prison. Ce dernier a purgé une peine de vingt ans pour quatre meurtres et viols de jeunes femmes qu'il a toujours niés. Audrey idéalise sa future vie de femme mariée, persuadée que l'amour permettra à Marlon de se réinsérer dans la société. Mais à peine installés à Beg-Meil, dans la maison héritée de ses parents, elle déchante, Marlon n'est pas aussi prévenant que dans leurs échanges épistolaires. C'est alors qu'une jeune femme est assassinée et violée avec le même mode opératoire que Marlon vingt ans plus tôt. La police, évidemment, sous les traits de Marisol Geoffroy et Michel Le fur, lieutenants du commissaire Le Gwen, le soupçonne d'avoir récidivé.

Nouvelle enquête pour le duo Le Gwen et Le Fur, finalement peu présents, notamment pour le premier nommé. On suit davantage la lieutenante Marisol Geoffroy mais surtout Marlon Martin et Audrey dans leur difficile apprentissage de la vie de couple et de la liberté. Après un départ un peu lent, la situation se met en place et très vite se corse entre la gentille et un peu naïve Audrey et le retors Marlon. Et comme tout finit par se savoir dans les petites communes, l'identité du tueur-violeur en fait bientôt le tour et les jeunes mariés sont regardés et jugés, ce qu'Audrey, libraire, vit mal. L'auteure pose la question de la réinsertion des ex-détenus, la difficulté de leurs proches, le soupçon permanent, mais aussi de la maltraitance et de la violence que subissent certains enfants et la violence faite aux femmes.

Françoise Le Mer construit habilement son récit, nous baladant gentiment, tissant une toile de laquelle ses héros auront du mal à s'extirper et ne nous épargnant pas quelque surprises qui augmentent notre intérêt et opacifient son intrigue qui, même si j'ai deviné quelques pages avant la fin son dénouement, tient largement la distance. Très bon roman policier, parfois dur par les thèmes qu'il aborde, jamais violent gratuitement.

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L'alphabet du destin

Publié le par Yv

L'alphabet du destin, Liliane Shraûwen, Quadrature, 2021

Vingt-six lettres dans l'alphabet. Vingt-six histoires de vingt-six personnes dont le prénom comment par chacune d'elles. A pour Alexia, K pour Kadija, O pour Odile, Z pour Zoltan... Vingt-six créneaux horaires, entre le lundi à une heure du matin et le mardi 3 heures du matin.

Vingt-six personnages qui se croisent, se répondent, parfois se connaissent intimement, parfois, juste de vue voire de nom.

J'aime beaucoup l'idée de ces croisements fortuits ou organisés. L'idée que Alexia connaît Benoît qui connaît Isabelle ou Lucas qui lui-même croise Mado... Toutes les nouvelles se suivent de manière fluide, comme si un relais était passé d'histoire en histoire. Tous les protagonistes sont des gens simples, normaux qui n'ont pas de vie extraordinaire, qui vont peut-être vivre une événement qui le sera, tragiquement ou moins. Le ton est mélancolique, les différents intervenants souvent désabusés. Liliane Shraûwen colle à l'air du temps où la fatigue, le désintérêt, les questions sur le sens profond de la vie interpelle la société entière. Le burn-out menace beaucoup de gens dans des situations familiales et professionnels difficiles, surtout des femmes. Il y est aussi question de l'engagement, de la violence envers les femmes, de l'enfance, de la société qui se renferme sur elle-même qui n'ose plus accueillir l'autre par peur, qui ne cherche plus à apprendre préférant s'abrutir dans les émissions télévisées de bas niveau -Hanouna est cité comme "répugnant".

Les vingt-six nouvelles se répondant, on a presque l'impression de lire un roman choral, l'envie est là de ne pas lâcher le livre avant de savoir ce qui arrive à tel ou tel. Parfois, on le sait, parfois non, c'est tout l'art de la nouvelle, art dont les éditions Quadrature se sont fait une spécialité et que Liliane Shraûwen hisse à son plus haut niveau. Les quelques phrases du début pour allécher :

"Alexia ne dort pas. Cette nuit, comme toutes les nuits, le sommeil se refuse à elle. Cela fait des semaines et même des mois que chaque soir elle navigue ainsi entre insomnie et cauchemar. Du coup, elle se couche de plus en plus tard, mais cela ne change pas grand-chose. Qu'il soit minuit, une heure du matin ou deux heures, trois heures, et quel que soit son degré de fatigue, rien n'y fait." (p.5)

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Rampants des villes

Publié le par Yv

Rampants des villes, Léo Betti, Ed. du Basson, 2021

Un jeune homme quitte le Nord et les métiers du bâtiment pour Béziers et une formation AFPA dans la cuisine. Taiseux, solitaire, très introverti, il ne se lie pas aux autres, accepte néanmoins des invitations pour des fêtes d'autres groupes de formation. C'est au cours d'une de ces fêtes que X l'aborde. X, c'est son exact contraire : beau, volubile, extraverti, dragueur avec succès. Ils deviennent amis et bientôt inséparables.

Très court roman. Noir, dur, sans concession. Brut. Tout le monde est égratigné, les pauvres, les riches, les filles, les garçons, les beaux, les moches... Le Nord. Béziers? Tous pareils. Partout les mêmes losers. Les mêmes rampants des villes. Les gens abrutis par le travail. Pressés. Pressurisés. Les villes moches. Les zones industrielles ou commerciales. Toutes les mêmes, dans toutes les villes. Société de consommation.

Il et tellement fort ce bouquin, que je ne peux m'empêcher d'écrire quelques lignes à la manière de Léo Betti. Sèches, brutes, nominales voire uninominales. Courtes, rapides, dures et parfois violentes. Et d'autres plus longues tout aussi fortes : "La vie immobile ressemble à la mort, pourtant c'est plus vivant que la vie qui s'agite. L'immobile, c'est la beauté de la vie du dedans. L'agitation, c'est les dernières convulsions de la mort du dedans." (p.21) Des paragraphes durs comme lorsque le narrateur parle de la violence du père qui masque une affirmation de sa virilité : "Lui, si peu certain de son masculin. Lui, qui en faisait des caisses pour être un homme. [...] Lui qui a tout écrabouillé des fruits de sa semence. Pour se sentir mieux peut-être. [...] Il a peut-être conservé nos couilles dans du formol. Un jour, il faudra retourner les chercher." (p.54)

Il est question du déterminisme social et de la difficulté de sortir de sa condition : si l'on n'y parvient pas on est un loser, si l'on y parvient on est un parvenu. Et lorsqu'on n'a pas l'argent, les bonnes relations, le charisme, tout foire et l'on reste un rampant des villes, car aucun nanti ne viendra tirer la ficelle pour élever un pauvre. La théorie du ruissellement n'est qu'une théorie.

Un roman que l'on peut qualifier d'initiatique, un jeune homme qui part loin de chez lui tenter de trouver qui il est vraiment, tenter de faire mentir le destin. C'est fort, violent, dur, noir et marquant, par cette écriture sèche, à l'os. Beaucoup s'y essaient, rares sont ceux qui réussissent à être justes, sincères et à prendre aux tripes. Léo Betti est l'un de ceux-là.

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Bonne Année

Publié le par Yv

En espérant sincèrement qu'elle le soit.

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