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Mirages

Publié le par Yv

Mirages, Elena Basile, Ed. du Sablon, (traduit par Marie-France Renard), 2021

Dix nouvelles dans ce recueil. Dix nouvelles qui parlent de femmes qui vient en Hongrie, au Portugal, en Suède, en Italie au encore au Canada. Chacune s'arrête à ce moment de sa vie pour faire le point, de gré ou forcée par des événements extérieurs.

Elena Basile, par ailleurs ambassadrice de l'Italie en Belgique a un talent évident, celui de raconter en quelques pages presqu'une vie entière. Elle va à l'essentiel dans un style direct et épuré. Certes, il faut parfois lire entre les lignes, mais ça se fait tellement naturellement qu'on y pense uniquement si l'on s'arrête un instant sur l'écriture de l'autrice. Sinon, tout passe en douceur. Ses femmes se posent des questions sur l'amour, la maternité, la vie professionnelle, sur leurs choix de vie ou les non-choix, les événements qui s'imposent et qu'on subit comme vivre seule ou en couple, avoir des enfants. J'aime l'extrait suivant sur deux amies, l'une en couple sans enfant à elle, ayant élevé deux beaux-fils et l'autre célibataire avec une fille : "Margherita resta silencieuse. Elle avait un regard sombre et absent. Rosanna lui effleura le bras. "Tu sais, je voulais un enfant, convaincue que je n'aurais plus été seule, et maintenant, je crois, au contraire, que c'est précisément Michela qui vient souligner ma solitude. Étrange, non ?" Elle sourit à son amie pour la consoler et s'assit plus confortablement sur sa chaise." (p.150/151) Je l'aime bien cet extrait car il résume bien le recueil, peu de mots pour résumer une pensée assez profonde, intime. Elena Basile va au cœur de ses femmes, sans détours.

Il ne faut pas oublier la géographie et tous les lieux que l'autrice décrit, les villes dans lesquelles vivent ces femmes. On ressent l'ambiance plus que l'on a une idée nette des bâtiments et rues, et dans ces histoires, c'est justement cela qu'il faut, un contexte davantage qu'une description précise.

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Arsène Lupin, les origines

Publié le par Yv

Arsène Lupin, les origines, Benoît Abtey, Pierre Deschodt, Christophe Gaultier, Marie Galopin, Rue de Sèvres, 2021

Alors qu'il n'est que le témoin du meurtre de Théophraste Lupin -enquête menée par l'inspecteur Bellemain, flic pourri qui l'a pris en grippe-, à 12 ans, Arsène, enfant des rues est envoyé dans une maison de redressement sur Belle-Île, la Haute Boulogne réputée pour son extrême violence. Arsène tente de s'enfuir, mais il est repris et tabassé. Le comte de la Marche qui a connaissance de la vie à la Haute Boulogne et de ce que subit Arsène, l'adopte et veille à son éducation dans les meilleurs établissements. Arsène, héritier du comte l'est aussi de son combat, celui contre la confrérie des Lombards qui gouverne le monde en coulisse.

Initialement parue en trois tomes en 2014, 2015 et 2016, voici l'intégrale, pour les ceusses comme moi, qui préfèrent les "one-shot" comme on dit en bon français. L'amateur des aventures d'Arsène Lupin que je suis, qui les a lues et relues est convaincu et réjoui. J'aime l'idée de connaître la jeunesse d'un des héros de mon enfance, fort bien scénarisée par Benoît Abtey et Pierre Deschodt. Les ingrédients pour la construction d'un personnage marquants sont présents : l'injustice, la mort, la rédemption, le combat éternel contre le mal, l'amitié sincère, la trahison, la rivalité voire la jalousie... Tout est donc là et fort bien dessiné par Christophe Gaultier et coloré par Marie Galopin, car oui, ils se sont mis à 4 pour faire cette série.

Un pur plaisir d'adolescent, régressif certes, mais franchement, je conseille à tous ceux qui aiment les romans d'aventure et particulièrement les Lupin, la lecture de cette intégrale. Cela n'empêchera pas de relire les romans, c'est un plus.

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Rendors-toi tout va bien

Publié le par Yv

Rendors-toi tout va bien, Agnès Laurent, Plon, 2021

Un vendredi soir du mois de juin, sur une autoroute, une femme qui roule trop vite pour sa voiture en mauvais état, perd le contrôle et, à la suite des tonneaux, connaissance.

Plus tôt, le même jour, en début de matinée, à Sète, un homme est interpellé sur le parking d'un bar dans lequel il a l'habitude de venir prendre un café pour débuter sa journée. Comptable, marié, deux filles, son arrestation surprend tout le monde. Lui, Guillaume forme avec Christelle un couple discret et une famille tranquille avec leurs deux filles Noémie et Sophie.

Ce roman qui est une divine surprise se déroule sur une seule journée, ce fameux vendredi de juin. Lorsque je l'ai débuté, j’ai été bien intrigué quant aux raisons de l'arrestation de Guillaume, car Agnès Laurent ne les donne aucunement. C'est au travers des gens qui les fréquentent ou qui les côtoient et ceux qui les ont connus, que l'on va découvrir qui est ce couple modèle. Sans oublier leurs propres interventions et interrogations. A l'aide de courts chapitres qui alternent les points de vue, l'auteure réussit à entretenir un suspense terrible. A chaque fois qu'elle change de narrateur, je change d'avis sur Guillaume et Christelle. Un coup je penche pour un mari violent, coureur et qui a une emprise sur sa femme dont elle ne peut se défaire, elle soumise, femme au foyer "à l'ancienne". Le chapitre suivant, je me dis que c'est davantage lui qui est lié à Christelle et qu'il ne peut vivre sans elle, qu'il ne voit qu'elle et qu'il est bien incapable de lui faire du mal tant il dépend d'elle, de sa présence. Puis, tout explose lorsque d'autres intervenants donnent leur point de vue. "Elle a longtemps cru que Christelle s'accrochait à Guillaume, qu'il était pour elle occasion inespérée de fonder une famille. Elle pensait que Guillaume y trouvait son compte, qu'il était confortable pour lui de jouer au père de famille sans que personne le conteste, Christelle n'aurait pas osé. Florence s'était rendu compte qu'elle se trompait, que Guillaume avait plus besoin de Christelle que l'inverse." (p.115)

Agnès Laurent, dans une langue vive et moderne va au plus profond de la relation entre Guillaume et Christelle. Elle tisse  sa trame et emmène sûrement ses lecteurs vers l'inimaginable, l'indicible. C'est diablement maîtrisé et je me suis fait plaisir et avoir, je n'ai rien vu venir, trop pris par la déconstruction de la relation unique de ce couple et la construction originale de ce premier roman. Brillant.

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Sur le balcon

Publié le par Yv

Sur le balcon, Ren Xiaowen, L'Asiathèque, 2021 (traduit par Brigitte Duzan)

Shanghai, dans le début des années 2000, les vieux quartiers sont prisés des autorités qui veulent y construire des immeubles. Les habitants qui vivent dans de vieilles maisons sont expropriés et touchent parfois à peine de quoi se reloger. C'est le cas de Zhang Suqing, le père de Zhanh Yingxiong qui refuse les offres qu'il trouve trop justes. Son décès brutal met fin aux négociations et sa femme et son fils sont contraints de quitter les lieux. Zhang Yingxiong est persuadé que le fonctionnaire qui a malmené son père est responsable de sa mort. Il va chercher à se venger.

Court roman ou longue nouvelle, cet ouvrage paraît dans la collection Novella de Chine, et comme toujours à L'Asiathèque, c'est une très belle découverte. Ren Xiaowen dont c'est le premier titre traduit en français se révèle être une auteure douée qui, en peu de mots, raconte une histoire complète dans laquelle rien ne manque. Certaines choses sont davantage suggérées qu'écrites, le tout dans un style élégant, fluide et moderne, ce qui n'est pas toujours le cas de la littérature chinoise qui use parfois d'images pas évidentes pour qui n'a pas les références nécessaires. Là, tout coule et c'est un plaisir, l'auteure joue également avec les prénoms de ses personnages Zhang Yingxiong veut dire Zhang le héros, la première fonctionnaire à venir faire une offre aux familles expropriées se nomme Qian Li (Le bel argent) et le fonctionnaire qui mettra fin aux négociations est Lu Zhiqiang (Qui a une forte volonté).

Ren Xiaowen décrit ses personnages dans les rues de Shanghai, la ville en pleine transformation. Elle parle des petites gens, de ceux qui triment, qui vivotent sans savoir de quoi seront faits les jours suivants, des changements urbains à tous prix et notamment à celui de la santé des habitants.

Très bien construit, ménageant un certain suspens quant à la vengeance voulue par Zhang Yingxiong, ce court roman se lit vite et peut même se relire. Le genre de petit livre que l'on a plaisir à offrir et faire découvrir.

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Fucking Melody

Publié le par Yv

Fucking Melody, Noël Sisinni, Jigal polar, 2021

Fiorella, quinze ans est soignée dans une clinique depuis longtemps. Fiorella vient d'apprendre qu'elle est plus gravement atteinte que ce qu'elle croyait. Dotée d'une imagination sans fin, elle s'invente des passés et son présent, ne pensant pas à l'avenir. Elle a fait la connaissance de Soline, musicienne et clown qui intervient dans l'établissement. Puis de Boris, le compagnon de Soline, bédéiste qui trouve en Fiorella l'un de ses personnages. Fiorella tombe amoureuse de Boris et décide de s'enfuir avec lui, même contre son gré.

Une drôle d'aventure que celle qu'écrit Noël Sisinni. Cette fuite de Fiorella, sans avenir, est poignante, dure. La jeune fille oscille entre une grande tendresse envers Boris et Soline et une violence inouïe envers tous les autres qui veulent l'empêcher de vivre ce qu'elle pense être ses derniers instants, comme elle le veut. Boris, un peu décalé dans le monde actuel, ne se rend pas bien compte de tout, c'est Fiorella qui mène la course. Et elle va vite, veut vivre pleinement ces moments, surtout que les flics commencent à les rechercher.

Fiorella est un personnage fort, qui risque de rester dans les têtes des lecteurs tant elle passe d'un extrême à l'autre en une fraction de seconde. Totalement imprévisible, je me suis longtemps -jusqu'au bout en fait- demandé comment elle allait réagir devant telle ou telle situation et comment tout cela allait finir.

Dans une langue simple, rapide, pas mal dialoguée dans de courts chapitres qui alternent les narrateurs, Noël Sisinni ne perd pas de temps, va au plus direct, en ménageant ses effets. Même s'il écrit un roman noir rapide, il sait jouer avec les émotions de ses personnages, leurs doutes, leurs peurs. Ce n'est pas un polar sur-vitaminé qui voit se succéder les actions violentes, l'auteur laisse la place à d'autres choses plus profondes. La phrase tirée du livre et mise en exergue devrait finir de faire basculer ceux que je n'aurais pas réussi à tenter, je la trouve formidable : "Elle va, le crabe dans une poche et un flingue dans l'autre, elle va..."

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Suites algériennes, 1962-2019 (1)

Publié le par Yv

Suites algériennes, 1962-2019 (première partie), Jacques Ferrandez, Casterman, 2021

2019, Algérie, les habitants, notamment la jeunesse, descendent en masse dans les rues, pacifiquement pour demander le changement de la politique et des hommes qui la mènent depuis trop longtemps et crient leur mot d'ordre : "Rendez-nous notre indépendance !".

Ce mouvement prend racine dans l'histoire du pays qui en a connu plusieurs, souvent plus violents, depuis 1962, date de l'indépendance.

En plusieurs périodes, Jacques Ferrandez raconte l'Algérie sans parti pris. Il parle du départ des Français après 1962, de la montée de l'islamisme jusqu'aux élections de 1991 et la victoire du FIS (Front Islamique du Salut). Des personnages de ses précédents ouvrages (Carnets d'Orient et Carnets d'Algérie) reviennent sans que je m'en souvienne puisque je les ai lus il y a longtemps, mais ce n'est absolument pas gênant pour la bonne compréhension.

Ce que j'aime bien chez J. Ferrandez, c'est sa clarté et sa finesse même lorsqu'il parle de faits et d'événements pas toujours aisés à comprendre. Très bien documenté, il sait l'art difficile de la simplicité. Les nombreux voyages dans le temps sont facilement visibles et aident à suivre l'histoire et le parcours des différents intervenants et l'Histoire du pays. Je l'écrivais plus haut, pas de parti pris, il raconte la vie des gens, leurs choix, les actes qu'ils ont commis. Des gens simples comme des dirigeants. Et moi, dont le papa a été mobilisé en Algérie et qui, comme beaucoup de Français, ne connaît la guerre d'indépendance que partiellement et quasiment rien des années qui ont suivi, de (re)découvrir l'histoire de ce pays, la difficulté des hommes et surtout des femmes d'y vivre en liberté et le combat qu'elles mènent. L'ouvrage qui commence avec les manifestations de la jeunesse en 2019 montre que les combats sont longs mais que l'espoir est toujours là.

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