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Origine paradis

Publié le par Yv

Origine paradis, Thierry Brun, Hors d'atteinte, 2021

Thomas a dix ans lorsqu'il assiste à la mort brutale de ses parents. Recueilli et élevé par une tante peu diserte, il sera inscrit dans un internat assez rigoureux.

Plus tard, après pas mal de petits boulots, par l'intermédiaire de sa tante, il trouve un travail dans une association qui, sous couvert d'aider les plus démunis, est en fait un lieu où la stratégie de l'extrême droite se discute et se forge. Damien Saint-Clair en est l'énigmatique et puissant responsable. Ce que ne sait pas encore Thomas mais qu'il ressent au plus profond c'est que l'histoire de ses parents qu'il cherche à comprendre est curieusement liée à Saint-Clair.

Ce roman en plus de nous plonger dans les arcanes des partis politiques et particulièrement de l'extrême droite qui cherche à se financer au mépris des lois en trouvant toutes les combines pour trouver de l'argent, décrit un jeune homme perdu qui ne sait pas d'où il vient et a besoin de le savoir pour avancer. C'est bien fait pour les deux points sus-cités. Le financement occulte par l'intermédiaire des micro-partis est bien expliqué sans être plombant, Thierry Brun ne s'attarde pas sur les théories extrémistes, mais bien sur les pratiques pour se rendre fréquentable -la fameuse dédiabolisation- et pour recruter des gros bras et des politiciens prêts à tout pour être élus.

Thomas, lui vit dans ce monde sans vraiment adhérer aux thèses, il sait que Saint-Clair est lié à ses parents et veut savoir comment et pourquoi iceux sont morts. C'est le portrait d'un jeune homme qui se cherche, un peu violent, un peu alcoolique, néanmoins pas prêt à toutes les compromissions pour parvenir à ses fins. Il lui faudra juste trouver les bonnes personnes pour le guider. Un texte à la fois classique, très dialogué, des personnages et des situations ou événements forts et atypiques font que ce roman se suit avec un grand intérêt, je dirais même avec un intérêt grandissant au fur et à mesure qu'on tourne les pages.

Thierry Brun qui a écrit des polars sait comment bâtir un roman et tenir son lecteur sans en faire des tonnes. Pas d'artifices, ses personnages sont crédibles, réalistes, ce sont eux qui font qu'on a envie d'aller au bout. J'avais déjà aimé l'un de ses précédents livres, Ce qui reste de candeur, très différent.

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Intouchable

Publié le par Yv

Intouchable, Jean-Christophe Portes, City, 2021

Lorsqu'en allant visiter sa fille Clara qui vient d'accoucher à l'hôpital d'Antibes, Anne aperçoit le docteur Bonnamy, le monde s'écroule. Simon Bonnamy a été le petit ami de son autre fille, Manon, morte dix ans plus tôt, officiellement suicidée, mais Anne est persuadée que Simon l'a tuée ainsi qu'il a tué d'autres personnes, des patients.

Dès lors, elle ne cesse de le traquer, de rechercher par tous les moyens ses passages dans différents lieux et les morts qu'il a pu semer. Pour Anne, obtenir vengeance est devenu le combat de sa vie. A tout prix...

Je ne suis pas spécialiste ni très amateur de thriller, j'ai toujours l'impression qu'il y a des codes stricts, des passages obligés et un manque de surprises, ou disons que les surprises sont attendues ; mais comme icelui est écrit par Jean-Christophe Portes, l'auteur de la série historique avec Victor Dauterive entre autres, je me suis laissé tenter. Cela commence difficilement avec une mise en place de l'intrigue et des différents intervenants que je trouve longue et des répétitions, des passages un peu bavards.

Une fois ces bémols passés, je suis entré dans le cœur de l'action et des personnages, sans tergiversations, au plus profond d'eux, d'Anne en particulier. Et cela c'est un bon point qui me ramène dans ma lecture. Son mal de vivre depuis la mort de Manon est omniprésent, comme si elle s'empêchait de survivre à elle et que sa mission était de crier partout qu'elle ne s'était pas suicidée.

L'on entre également dans la tête de Simon Bonnamy, JC Portes alternant les deux narrateurs, lui d'abord tout doucement, puis prenant plus de place au fil des pages. Le roman va assez vite, il est dense, à peine 250 pages, donc excellent format pour moi et se lit vite. JC Portes rajoute des éléments au cours de son histoire, renforçant la détermination de l'une et l'aspect inquiétant de l'autre. Ni Anne ni Simon ne sont des personnages vraiment sympathiques, lui semble être un monstre -mais je n'en dirai pas plus- et elle l'est un peu aussi tant sa vengeance l'a obsédée et l'obsède encore au point de négliger son autre fille et les gens qui l'entourent. La difficulté à vivre de l'une étant la conséquence des actes horribles de l'autre.

Même -a priori, comme quoi, les a priori...- non-amateur du genre, je me suis laissé emporter, preuve que ce thriller est très bon. En outre, l'auteur évoque des lieux que j'aime beaucoup, Nantes, Pornic et Les Moutiers-en-Retz, station balnéaire que je fréquente souvent pour mes balades iodées.

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Formosana

Publié le par Yv

Formosana. Histoire de démocratie à Taiwan, Collectif, L'Asiathèque, 2021

9 nouvelles d'écrivains taïwanais, toutes écrites après 1987, année d'un soulèvement populaire contre les abus des représentants de la Chine qui administraient Taïwan depuis 1945. Terrible répression (30 000 morts) et levée de la loi martiale en juillet 1987.

- C'est la faute de la statue de Wallis Nokan (traduit par Coraline Jortay)

- Libellule rouge de Lay Chih-ying (traduit par Damien Ligot)

- Fleurs dans la fumée de Yang Chao (traduit par Stéphane Corcuff)

- Mon frère le déserteur de Wube (traduit par Emmanuelle Péchenart)

- 1987, une fiction de Lai Hsiang-yin (traduit par Matthieu Kolatte)

- Les titi de Chen Yu-hsuan (traduit par Emmanuelle Péchenart)

- La nuit du repli de Chou Fen-li (traduit par Luci Modde)

- Un cabiaï de Huang Chong-kai (traduit par Lucie Modde)

- L'homme aux yeux à facettes de Wu Ming-yi (traduit par Gwennaël Gaffric)

Neuf nouvelles et neuf auteurs très différents qui montrent la variété de la littérature taïwanaise. Les histoires peuvent être très réalistes ou flirter avec un côté plus oniriste. Elles sont rarement directes, elles prennent des chemins détournés pour dire la vie dans l'île, les différentes périodes d'occupations japonaise ou chinoise et la toujours très large influence chinoise. Parfois, le langage est cru, mais toujours empreint d'une élégance et d'une poésie. Comme aurait dit Molière : "Qu'en termes élégants ces choses-là sont mises !"

Ce qu'on retient bien c'est que Taïwan est diverse et riche, de par les origines de ses habitants, leur culture, leurs us. Mais tous veulent y vivre en paix et tous ont quelque chose à en raconter. Une lecture plus politique qu'un autre recueil situé dans la même île, Taipei, histoires au coin de la rue. Les deux se complètent.

L'avantage de confier le travail de traduction à plusieurs -comme dans l'autre ouvrage- c'est que l'on ressent bien cette diversité et cette richesse. Toutes les nouvelles ne touchent pas de la même façon, certaines m'ont moins plu, mais toutes apportent quelque chose à la connaissance de l'île. De même, il n'est point superflu de lire la préface de Stéphane Corcuff qui situe Taïwan géo-politiquement et littérairement et qui aidera à la compréhension des textes qui suivent, ni la chronologie de Gwennaël Gaffric pour l'histoire du pays ni la post-face du même auteur pour affiner et aller un peu plus loin et dans laquelle on trouve cette phrase qui conclura ma recension : "A l'heure où la prise de parole est souvent réduite à son strict minimum (une phrase, un tweet, un post, un court montage vidéo), la parole littéraire, et la fiction en particulier -devenue minoritaire aujourd'hui alors même que la société produit et consomme toujours plus de fictions- semble plus que jamais essentielle." (p.286)

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Baby box

Publié le par Yv

Baby box, Lénaïk Gouedard, Ouest-France, 2020

Rennes, 2030, une nuit de juin, un nouveau-né est retrouvé mort dans une boîte à bébé, boîte sécurisée dans laquelle des parents désemparés peuvent laisser anonymement leur enfant.

Priyanka Tangore, lieutenant de police est chargée de l'affaire et aidée par l'agent Pierre-Henry Levasseur. Aucun indice sur l'identité du bébé. Le travail promet d'être difficile, méticuleux, leur première piste sera révélée par les caméras de surveillance.

Je suis bluffé par ce polar qui m'a tenu en haleine jusqu'au bout. C'est le premier de Lénaïk Gouedard, mais pas son premier roman. Elle s'empare astucieusement des codes et notamment joue avec les personnalités très différentes de ses deux enquêteurs. Priyanka, brusque, solitaire, pas toujours diplomate, végétarienne et Pierre-Henry très accro aux sucreries, débutant et d'une patience à toute épreuve. C'est cette opposition qui apporte une touche bienvenue de légèreté et d'humour.

La toile de fond du roman est la culture kanak, puisque tous les indices ramèneront les enquêteurs vers des Kanaks vivant à Rennes mais aussi certains restés en Nouvelle-Calédonie. Et là, elle est très bien documentée Lénaïk Gouedard et sait très bien transmettre son savoir sans qu'on ai la sensation d'assister à une conférence ou un cours. C'est bien fait, on apprend plein de choses. J'ai parlé des deux héros, mais les personnages secondaires ne sont pas mal non plus, très présents et difficiles à cerner, tous plus ou moins liés on ne sait comment, et tous cachant des informations.

L'autrice est maligne et fine qui sait mélanger tout cela avec une légère anticipation, puisque son roman se déroule en 2030, qui lui permet de parler des changements de mentalité, des évolutions de la ville et de certaines technologies et une féminisation des métiers jusqu'ici encore réservés aux hommes.

Très bien écrit, à la fois léger et grave, divertissant et instructif, le seul souci que vous pourriez avoir avec ce polar c'est de ne plus avoir envie de le fermer une fois ouvert et j'en vois un second, c'est d'avoir très envie de retrouver le duo Tangore-Levasseur.

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Frink et Freud

Publié le par Yv

Frink et Freud. Le patient américain, Pierre Péju, Lionel Richerand, Casterman, 2021

1909, Freud est invité à faire des conférences aux Etats-Unis. Il n'aime pas ce pays ni ses habitants mais sait qu'il a besoin d'eux pour que la psychanalyse prenne de l'envergure. Emerveillé par les grandes villes, fier de l'accueil qui lui est fait, son immodestie risque de gonfler encore. Un jeune psychanalyste fait irruption, Horace W. Frink, et bien que Freud le snobe, c'est lui qui sera désigné comme président de la Société psychanalytique de New York. Mais Frink est bientôt tenaillé par son amour pour sa femme Doris et son attirance pour une patiente, Angelica, épouse du richissime Abraham Bijur.

Scénarisé et dialogué par Pierre Péju et dessiné et mis en scène par Lionel Richerand ce roman graphique est passionnant. Même si, comme moi, la psychanalyse n'est pas trop votre truc, la description de Freud en ambitieux quasi maladif et la progression de la psychanalyse sont très bien mises en images. Je ne connaissais pas Frink ni la volonté farouche de Freud à développer sa méthode outre Atlantique. J'ai donc appris plein de choses, ai suivi la vie mouvementée d'Horace Frink qui aurait pu grandement nuire à Freud sans quelques concours de circonstances à lui favorables. Et l'on s'aperçoit que les psychanalystes de l'époque s'ils avaient des scrupules à tromper leurs femmes avec des patientes, franchissaient le pas aisément, Frink, Freud, Jung entre autres.

C'est une bande dessinée en noir et blanc au trait original qui se fait sombre, rond et flou lorsqu'il évoque les cauchemars, les crises ou les angoisses de Frink. Un bel album, instructif. J'aime quand la BD s'essaye à diffuser largement de la culture. Une biographie succincte de tous les intervenants est disponible en fin de volume pour le rendre encore plus intéressant.

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