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Face à la mer

Publié le par Yv

Face à la mer, Pierre Montbrand, Quadrature, 2020

Six nouvelles dans ce recueil. Six nouvelles qui racontent des rencontres ou des recherches amoureuses.

- Photo de classe : lorsqu'on avertit cet homme que son ex-professeure d'anglais qu'il n'a pas revue depuis très longtemps est décédée, il se remémorre leur histoire d'amour.

- Droits de succession : au décès de son père, artiste-peintre, Marianne revient dans son village natal qu'elle a quitté de nombreuses années auparavant. Les souvenirs affluent.

- Clair de lune : Pierre, sa femme et ses deux enfants se rendent à une fête familiale. Pierre y revoit ses cousins et cousines et sa tante Karen.

- Face à la mer : un commandant de ferry fait tout pour retrouver une baigneuse souvent croisée lors de ses trajets.

- Mon été 52 : un critique de cinéma se rend sur l'île d'Ornö pour retrouver la plage sur laquelle Harriet Andersson a été filmée par Ingmar Bergman

- On dirait le sud : un universitaire spécialiste de Faulkner, en plein divorce et désargenté accepte un reportage de quelques jours. Il embarque avec lui Caroll, une serveuse qu'il fréquente depuis peu.

Pierre Montbrand parle de rencontre amoureuse, de la recherche amoureuse, souvent éphémère. Ses nouvelles sont nostalgiques, font appel aux souvenirs de jeunesse, d'amours finies depuis longtemps. La belle place est faite aux sentiments, certes, mais les paysages et lieux ne sont pas en reste. C'est nostalgique et beau. Un moment de douceur entre deux polars plus furieux. Une preuve que la littérature offre un multitude d'émotions.

Classique et beau. Intemporel. Un recueil très réussi.

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Tous nos corps

Publié le par Yv

Tous nos corps, Guéorgui Gospodinov, Intervalles, 2020 (traduit par Marie Vrinat)

Le sous-titre du livre, Histoires ultra-courtes, le résume parfaitement. Guéorgui Gospodinov, écrivain bulgare déplore dans la post-face la prépondérance du roman dans la littérature et le peu de place laissée aux autres genres. "Et pourtant, en ce qui me concerne, c'est ce potentiel subversif des petites histoires, leur capacité à échapper au joug du roman qui me plaisent. [...] Je veux dire qu'à une époque comme la nôtre, où l'on parle beaucoup et au hasard, comme au bistro, la bonne histoire courte vient nous donner la mesure de chaque mot. Et de chaque minute." (p. 139/141)

J'aime beaucoup ce genre de recueils, mais il faut bien avouer que l'exercice est casse-gueule, l'auteur peut vite tomber dans l'historiette sans intérêt, ce qui est loin d'être le cas avec Guéorgui Gospodinov. Il y parle littérature, travail de l'écrivain. La nostalgie est également très présente ainsi que la Bulgarie, l'amour, la mort, Dieu, l'athéisme. Les gens que l'auteur a rencontrés ou inventés sont décrits dans leur quotidien, mais aussi leurs pensées, leurs questionnements, leurs peurs, angoisses, joies, bonheurs... Des histoires courtes voire très très courtes qui vont au plus direct et parfois, une phrase explose, ça peut-être la chute, mais pas toujours :

"L'être humain n'est pas fait pour manger seul."

"Je suis conscient, sans doute comme beaucoup d'autres avant moi, que, parmi mes souvenirs personnels, il y en a un grand nombre qui sont nés de livres. Lire produit des souvenirs."

Les histoires de Guéorgui Gospodinov sont drôles, ubuesques, fantaisistes, tendres, oniriques, poétiques, réalistes, surréalistes, décalées, à chute souvent, sans chute parfois, il y a en elles un détail ou leur fond qui est à retenir, qui interroge ou simplement qui plaît. Une que j'aime beaucoup pour finir :

"L'ange des livres non lus

Ils sont là, quelque part, je les vois empilés l'un sur l'autre, tous les livres que je ne lirai pas. Le sommet de cette tour se perd dans les nuages et tout au-dessus se tient l'ange des livres non lus qui balance ses jambes.

Certains de ces livres ne sont même pas encore écrits. Cette tour de Babel de ce qui n'a pas été lu croît de jour en jour, de plus en plus imposante.

Parfois, j'ai l'impression que l'on peut atteindre Dieu par l'ignorance." (p. 134)

Le genre de livres que l'on a plaisir à lire, à offrir et faire découvrir, car chacun y trouve, sauf à être totalement obtus, des histoires qui le touchent.

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