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Descente à Ménilmontant

Publié le par Yv

Descente à Ménilmontant, Cicéron Angledroit, Palémon, 2020.....

Jojo la Perdrix, un truand d'envergure locale s'est évadé de prison, a sans doute commis plusieurs larcins, des cambriolages de vieilles dames qui lui ont rapporté pas mal, avant de réintégrer sa cellule. Le commissaire Théophile Saint Antoine n'est pas vraiment sûr de son indic, Lili qui a fait tomber Jojo. Il demande donc à Cicéron de la surveiller. Sitôt dit sitôt fait d'autant plus que tout cela est loin d'être officiel et est bien payé. Avec ses acolytes, René presque redevenu lui-même après son AVC et Momo, toujours manchot, Cicéron se met en planque. Sans oublier Vanessa la fliquette avec qui Cicéron est comme qui dirait en train de commencer une officialisation de leur relation.

Ce sont les rues de Belleville et de Ménilmontant voire même les ruelles, les plus cachées qui sont le terrain de jeu de la fine équipe cette fois-ci. Quand le commissaire débloque, il faut bien que quelqu'un assure, et c'est à Cicéron que la tâche est confiée. Heureusement qu'il est bien épaulé et que ses collègues bras cassés -un seul pour Momo- assurent eux-itou. Pour l'intrigue, je vous laisse juges, moi j'ai aimé me promener dans ce quartier parisien, planquer avec Cicé et tenter de comprendre pourquoi Saint Antoine débloque et j'ai réussi à tout capter. En outre, je me suis marré, comme d'habitude, René est délicieux de franchise, de conneries dites ou faites -c'est le Béru de Cicé, la référence est revendiquée- et surprenant lorsqu'il fait preuve de talents insoupçonnés et fait avancer l'enquête à vive allure.

Cicéron lui, se pose des questions : ses maîtresses épisodiques lui ont signifié leur abandon, il s'installe progressivement avec Vanessa, c'est nouveau pour lui, mais est-ce bien raisonnable ? Plus question, pour le moment, de mugueter la première rencontrée.

Bon, ben, voilà, j'ai tout dit. Ah non, un dernier truc : lisez Cicéron Angledroit, c'est vachement bien, on rit, on tremble, on s'émeut -si si sous ses grands airs de macho, il est émouvant Cicéron- et on attend la suite...

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La Fabrique de la terreur

Publié le par Yv

La Fabrique de la terreur, Frédéric Paulin, Agullo, 2020.....

2010, Tunisie, un jeune homme, Mohamed Bouazizi, s'immole devant le bâtiment du gouvernorat. C'est le début d'une révolte qui fera tomber Ben Ali et qui se répand dans le monde arabe. C'est aussi l'année où des jeunes hommes vivant en France se radicalisent.

Tedj Benlazar, lui, l'ancien agent de la DGSE, aujourd'hui à la retraite vit avec Laureline Fell, commandante à la DCRI qui lutte contre le terrorisme. Vanessa, la fille de Tedj est journaliste et elle enquête sur ces jeunes qui partent en Syrie ou en Lybie rejoindre l’État Islamique, au risque de sa vie.

Dernier tome de la trilogie consacrée aux Benlazar, après La guerre est une ruse et Prémices de la chute. Cette fois-ci, ce sont les années proches de nous, de 2010 à 2015 qui sont au cœur du roman, et la naissance de Daesch. Comme dans les premiers livres, Frédéric Paulin est ultra documenté, précis, minutieux et pointilleux. Il explique comment les pays occidentaux et notamment la France n'ont pas su agir contre un nouvel ennemi qui sait profiter des situations difficiles voire les faire naître. Les divers changements dans les services de renseignements effectués par NIcolas Sarkozy n'ont pas aidé non plus à la continuité du travail et arrive alors l'affaire Merah et le cafouillage -pour ne pas dire l'impuissance- des services sus-nommés.

Comme dans les deux romans précédents, Frédéric Paulin plonge judicieusement ses personnages fictifs -mais oh combien réalistes- dans la réalité et ce procédé rajoute de la tension puisqu'on s'est attaché à Tedj, Vanessa, Laureline et les autres et l'on ne veut pas les voir aller mal. Et pourtant...

C'est un roman dont on ne parvient pas à passer ne serait-ce qu'un mot tant il est précis, instructif et haletant. Il fait peur également, détaillant la montée de l'islamisme radical et le manque de réactivité par méconnaissance des services de renseignements et de police et les divers attentats ou actions des illuminés partout dans le monde. Il détaille aussi l'embrigadement, le lavage de cerveaux, l'aveuglement des jeunes recrutés. Leur peur parfois notamment lorsqu'ils sont confrontés aux pires exactions, aux meurtres, aux lapidations et à ce qu'il faut bien nommer la guerre. Frédéric Paulin est direct, jamais trash -on lui en sait gré- d'ailleurs cela ne servirait à rien,  sûrement pas à durcir son propos cela n'est pas nécessaire. Sans doute la proximité avec les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan nous fait vivre ce roman d'une manière plus forte. Je me sens proche de Réif, le compagnon de Vanessa, en ce début 2015, après l'attentat à Charlie Hebdo : "Réif n'ira pas défiler. Il ne croit pas que "l'union nationale" durera. C'est loin d'être comparable, mais il se souvient de ce qu'est devenue la France black-blanc-beur d'après la Coupe du Monde 1998. Il y a eu Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2002, il y a eu la révolte des banlieues en 2005, il y a eu les scores du Front National, Sarkozy et son ministère de l'Identité nationale, il y a eu Mohamed Merah, et ce relent de xénophobie assumé par les électeurs, il y a eu aussi les Akim et Mickaël dans son lycée, il y a eu enfin les attentats du 7 janvier." (p. 257)

Et il y a eu Marine Le Pen en 2017 et encore maintenant et ses électeurs convaincus de leur vote et ce gouvernement qui s'ingénie à monter les Français les uns contre les autres, qui nous prépare un pire pour les prochaines élections, entre autres...

Un livre que je classe dans mes coups de cœur, en fait c'est la trilogie qui y est. Marquante, magistrale, indispensable et couronnée de prix.

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Comment j'ai rencontré les poissons

Publié le par Yv

Comment j'ai rencontré les poissons, Ota Pavel, Folio, 2020 (Do, 2016), postface de Mariusz Szczygiel (traduit par Barbora Faure)....

Otto Popper (1930-1973), dit Ota Pavel, est pragois. Son père Leo Popper est un homme fantasque, toujours une bonne idée en tête, de celle qui le rendra riche. Plusieurs fois, grâce à son talent de vendeur, il fut le meilleur vendeur du monde d’aspirateurs et de réfrigérateurs chez Electrolux, et plusieurs fois décoré pour ses faits d'armes, il gagnera beaucoup d'argent, puis le perdra. Mais la passion de Leo, qu'il transmettra à ses trois fils, et surtout à Otto est la pêche. Ils courent ainsi les rivières et les lacs à la recherche de divers poissons, autant pour le plaisir de les pêcher, de les tenir en mains, que de les déguster.

Ce titre, paru en 1971 est le récit de l'enfance d'Ota. Totalement insouciante jusqu'à son adolescence, Leo est tellement charmeur et extravagant qu'il change tout en véritable joie. Puis la guerre survient et le départ des deux grands frères d'Otto vers les camps ainsi que leur père. Herminia, la mère des garçons est chrétienne, mais Leo est juif.

La jeunesse d'Ota fut difficile parce que dans des périodes troublées dans son pays,et contre toute attente, joyeuse. A travers de nombreux courts chapitres, il raconte de manière enjouée, sans nostalgie ce qu'il vécut dans cette famille aimante et pas banale. Il dit aussi les privations de la guerre, le statut de juif, l'occupation nazie, mais il a toujours une pirouette en fin de chapitre pour rendre tout cela moins plombant. "Une lecture physiquement contagieuse, qui produit des bulles de joie sous la peau" à écrit Erri De Luca. J'opine. Il est même surprenant de ne le lire que maintenant, paru une première fois en France en 2016 aux éditions Do et donc en 2020 chez Folio. Deux phrases résument assez bien Leo, suite à une idée farfelue : "Notre maman déclara que seul papa pouvait inventer une connerie pareille, mais papa n'en tint aucun compte. Lorsque j'y repense aujourd'hui, je dois donner raison à papa, ce fut spécial et magnifique." (p. 187)

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Retour à Ithaque

Publié le par Yv

Retour à Ithaque, Leonardo Padura, Laurent Cantet, Métailié, 2020.....

Sur une terrasse de La Havane, cinq amis cinquantenaires se retrouvent à l'occasion du retour de l'un d'eux d'un exil de seize ans en Espagne. Il y a Amadeo, l'exilé, écrivain qui n'écrit plus, Tania ophtalmo qui peine à joindre les deux bouts, Rafa peintre sans inspiration, Aldo ingénieur obligé de travailler clandestinement et Eddy trafic en tous genres. Ces retrouvailles sont aussi le moment de règlements de compte entre eux, des comptes vieux de seize ans et même plus, des rancœurs, des peurs, des doutes...

Ce livre est le scénario écrit par Leonardo Padura, du film du même titre réalisé par Laurent Cantet en 2014. J'avais un peu peur de l'ennui néanmoins rassuré par Leonardo Padura. Et c'est lui qui l'a -et m'a-emporté. Scénario excellent qui m'a tenu sans aucun souci et m'a donné envie de voir le film, l'incarnation des personnages tous attachants ou agaçants à certains moments. Dès le début, on sent que Tania en veut à la terre entière et en particulier à Amadeo d'avoir quitté Cuba et ses amis. Puis c'est au tour d'Eddy de passer sur le grill des sarcasmes et critiques, parfois virulentes. On sent que cette agressivité est liée à une peur, à l'abandon de son ami. C'est extrêmement bien fait, les rapports entre les cinq évoluent doucement au cours de la soirée, passant comme on le dit couramment du rire aux larmes. Tout y passe, l'amitié, la trahison, la mort, la vie difficile à Cuba en général et pour les artistes et intellectuels qui ne peuvent s'exprimer librement, la désillusion puisque ce qu'a promis le régime n'est jamais advenu. Chacun y va de son avis, blézimarde, reprend le fil de sa pensée, accuse, se défend et prend la défense. Mais toujours l'amitié est là qui protège ces cinq-là, même lorsqu'ils se disent des vérités difficiles à entendre.

C'est très dialogué, normal pour un scénario, mais La Havane est très présente, et Cuba et ses espoirs et déceptions.

Ce scénario est complété de chapitres qui racontent la genèse du film, son tournage et l'après.

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Le Pilier du ciel

Publié le par Yv

Le Pilier du ciel, Mo, Dynamite, 2020...,

Dans le royaume de Qin, le roi est mort, c'est son fils qui gouverne. La reine-mère s'ennuie et a de forts appétits sexuels que le principal conseiller du prince ne peut plus assouvir. Lao Aï est un homme qui s'exhibe dans les cabarets locaux, particulièrement bien membré, son spectacle consiste à montrer son engin et combler des femmes toutes les nuits. C'est lui que le conseiller du prince veut faire entrer à la cour pour satisfaire la reine-mère et les autres femmes du harem, lui promettant des nuits entières de débauche, de l'or et du pouvoir.

Éloignez les enfants et les prudes, je vais parler de gros engin, de gros kiki comme dirait Zézette. Car l'on sait bien que c'est cela qui mène le monde... au moins qui mène les hommes, et manifestement, dans cet album, qui attire les femmes. Le décor est exotique, un royaume ancien en Chine. Le dessin est très coloré et si le trait n'est pas celui que je préfère, sans doute un certain manque de netteté qui fait que quelques personnages ne se reconnaissent pas aisément, sauf Lao Aï, mais lui, il a un atout qui fait qu'on ne le regarde pas dans les yeux, cette BD se lit aisément. Mo y traite de pas mal de sujets importants, outre l'hypertrophie bitale de son héros. Le pouvoir et son attrait, la puissance qu'il procure, mais aussi la jalousie de ceux qui ne sont pas aussi favorisés par la nature quelle qu'elle soit (intelligence, don pour les magouilles ou grosse bite...), la griserie de la vie dans les hautes sphères du pouvoir, etc etc.

Bien sûr, tout cela c'est pour faire sérieux, pour que mon article ne soit point trop chaud, car c'est quand même une bande dessinée érotique, aux dessins et propos explicites en même temps que point trop salés ou salaces. Pour autant le public devra être averti.

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Propriété privée

Publié le par Yv

Propriété privée, Julia Deck, Minuit, 2019.....

Un couple, Eva et Charles, des cinquantenaires sans enfant, s'installe dans un écoquartier au bout de la ligne de RER. Bientôt, l'ancien bâtiment industriel transformé en maisons individuelles se peuple de gens aux aspirations écologiques et à une vie paisible de quartier, en interaction avec ses voisins. Eva travaille à l'urbanisme de Paris et Charles reste à la maison, angoissé et en proie à des crises régulées par un traitement lourd. Les deux se mêlent peu aux autres suscitant curiosité et animosité.

J'ai beaucoup aimé Viviane Elisabeth Fauville de l'auteure, je me suis donc plongé dans son dernier roman sans aucune crainte. J'aime bien lorsqu'à partir de faits bénins, de personnages fictifs très réalistes un romancier, en l'occurrence, une romancière, bâtit un roman qui m'embarque. Mon seul bémol vient du format puisque je l'ai lu sur une liseuse et que, décidément, ce format n'est pas fait pour moi.

Mais revenons au texte qui m'a séduit par son ton entre l'ironie, l’empathie, le sarcasme, la vacherie. Tous les sentiments et émotions sont décrits : haine, jalousie, envie, amour, désir... Le quartier est une mini-société dans laquelle ces gens apprennent à se connaître, se lient plus ou moins, parfois beaucoup -sans doute trop aux yeux des conjoints. Ce sont des rapports humains classiques et exacerbés qui se nouent dans ce quartier en construction et en rénovation puisque le système de chauffage révolutionnaire ne fonctionne pas. Il faut donc faire venir des ouvriers et là -quelle transition- j'ai souligné le passage suivant, bien vu et fin :

"Quand je suis descendue à la cuisine le jour suivant, un camion benne barrait l'entrée de la voie. Les ouvriers déchargeaient du matériel. Un quart d'heure plus tard, ils ont commencé à forer. C'était un bruit sans nom qui explosait à l'intérieur des crânes. Il n'était pas humainement possible de le supporter. Et ces hommes qui foraient, casque vissé jusqu'aux yeux, bras rivés à l'engin qui pulvérisait l'asphalte, exécutaient leur tâche avec une tristesse muette. Peut-être songeaient-ils, vibrant au rythme de leur machine, qu'ils s'étaient bien fait avoir en traversant la Méditerranée. Peut-être estimaient-ils, à l'inverse, qu'ils étaient mieux ici. Et peut-être qu'ils ne pensaient rien, transformés en simples prolongements de leur machine." (p.68/69)

J'aime l'écriture de Julia Deck, simple et directe qui va à la fois dans le futile et dans la profondeur et qui sait, au tournant d'une phrase a priori anodine amener une info, une remarque, une opinion ou un questionnement inattendu. Elle fait parler Eva, parfois à la troisième personne, parfois à la deuxième lorsqu'elle s'adresse à son mari. Ce "tu" m'a plu. Il donne un ton intimiste, comme si nous étions avec le couple. Elle nous rappelle qu'on ne choisit pas ses voisins, mais qu'il vaut mieux entretenir avec eux des rapports au minimum cordiaux. D'aucuns pourront dire que son roman part un peu dans tous les sens et que la fin est étonnante. Sans doute. Moi, je me suis laissé totalement faire.

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Sois gentil, tue-le

Publié le par Yv

Sois gentil, tue-le, Pascal Thiriet, Jigal polar, 2020.....

Pascal, parfois appelé Gogol, souvenir d'un passage à l'école pas flamboyant, est pêcheur. A la mort de son père, à crédit, il achète un bateau, "un petit fileyeur espagnol construit à La Ciotat" qu'il baptise Le mort à crédit, comme le titre du livre que son amie Loraine lit. Le travail est dur mais lui plaît et il bosse bien. Et bientôt Murène arrive, elle aussi pêcheuse. Ils partent ensemble tous les jours. Puis le passé les rattrape.

Court roman, dans lequel tout est direct, va à l'essentiel. Les pêcheurs sont des taiseux, ils ne s'épanchent ni dans leur travail, ni dans leurs moments de repos, les repas entre Pascal et Murène ne sont pas exaltés, ni dans le livre. Efficacité, rapidité priment dans cette histoire qui pourtant prend le temps d'aborder la question des migrants et des passeurs d'une manière inédite. Pascal Thiriet ne s'embarrasse pas d'à-côtés, de digressions. D'aucuns nomment ça un roman à l'os, qui va droit au plus profond dans lequel les personnages sont avant tout des Hommes qui vivent en interaction avec d'autres, et même si le dialogue, les ronds-de-jambes ne sont pas leur fort, ils ressentent, aiment ou détestent, agissent en fonction de valeurs qui leur sont propres et même lorsqu'elles peuvent heurter les nôtres, il est difficile de les leur reprocher. De l'humain rien que de l'humain dans les romans noirs de Pascal Thiriet qui a un passé pas très joli joli puisqu'il m'a déjà obligé à me coucher tard avec ses romans précédents : J'ai fait comme elle a dit, Faut que tu viennes, Au nom du fric. Son écriture est orale et colle parfaitement à ses personnages : Murène et Pascal ne sont pas des intellectuels, ils sont simples et parlent simplement et directement, pas de salamalecs. Le rythme est rapide et encore une fois, il est bien difficile de poser le livre une fois entamé, sauf lorsqu'on l'a fini, et encore, on en aurait bien repris un petit peu...

"Quand je suis arrivé à la maison, il faisait presque sombre, rien ne bougeait, ni sur la terre ni au ciel. Si l'on m'avait demandé la couleur de la lumière, j'aurais répondu qu'elle était grise, grise et silencieuse." (p. 5)

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La seconde vie de Rachel Baker

Publié le par Yv

La seconde vie de Rachel Baker, Lucie Brémeault, Plon, 2020 (Librinova, 2018)....

Rachel Baker est serveuse dans un diner, dans un coin perdu d'Alabama. Un soir, trois hommes entrent et tirent sur les personnes présentes. C'est un carnage. Seule Rachel qui n'a pas bougé et est resté plantée au milieu de la salle est vivante. Choquée et vivante. Lorsque Nick Follers, le flic chargé de l'enquête vient sur place, il l'isole et parvient à obtenir une description des tueurs qu'il arrête très vite. Une étrange relation naît entre le flic blasé, bourru et Rachel, victime qui peine à retrouver une vie normale.

Très bonne surprise que ce roman que je croyais être un polar et qui ne l'est pas. Il est plutôt l'histoire d'une femme qui doit revivre après une tragédie qu'elle a vécue. Construit en six parties, elles-mêmes bâties en chapitres avec deux narrateurs en alternance, l'un change à chaque partie, seule Rachel reste. Très bien fait et plaisant à suivre. Un roman dans lequel les femmes sont omniprésentes, la seule figure masculine est celle de Nick, les autres passent vite et détruisent des vies ou alors, ils ne font que passer un soir dans un lit et sont si peu importants.

Rachel fera un séjour en prison, y dialoguera avec des détenues, cogitera beaucoup, vivra à l'économie. Un chapitre m'a marqué, bien écrit, qui résume en quelques lignes la vie enfermée, une sorte d'inventaire des journées qui se suivent et se ressemblent : "Les semaines passèrent sans que la moindre journée diffère de la précédente. Mila avait cessé de pleurer la nuit, juste après l'extinction des lumières, au bout de deux mois. Trois détenues avaient retrouvé la liberté, six étaient rentrées, cinq bagarres avaient éclaté. On servit douze fois du porridge à la cantine, les toilettes furent bouchées pendant une longue semaine. Rachel avait lu huit livres, vu sa mère au parloir neuf fois, pensé à Nick mille fois. Elle avait participé à trois groupes de parole, pris quarante-cinq douches, fumé douze paquets de cigarettes, pleuré quatre fois dans son oreiller, gratté le plâtre du mur des heures entières en pensant aux prisonniers de Shawsank." (p. 199)

Lucie Brémeault aborde de manière franche et directe le traumatisme, le retour à la vie, la confrontation à l'autre dans des moments et des lieux pas toujours propices, à travers un beau personnage de femme, à la fois forte et fragile qui ne laisse jamais son humanité en berne malgré tout ce qu'elle vit. C'est bien vu, bien fait.

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Les Jango

Publié le par Yv

Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin, Zulma, 2020 (traduit par Xavier Luffin)....

"Les Jango sont décidément impayables. On les reconnaît à leur élégance tape-à-l’œil et à leur sens de la fête. Et ce sont les femmes qui mènent la danse, dans la Maison de la Mère, au cœur de toutes les rumeurs. Les histoires les plus folles courent d'ailleurs sur Safia, élevée au lait de hyène, Alam Gishi l'Ethiopienne experte en amour, ou l’inénarrable Wad Amouna. Lorsque soudain souffle le vent de la révolte..." (4ème de couverture)

Je découvre avec ce livre, Abdelaziz Baraka Sakin, son écriture et son univers. C'est loin d'être banal. L'écriture est imagée en même temps que très réaliste, souvent drôle et parfois grave, légère, multicolore et multiple. En bref, c'est un festival.

Le romancier soudanais parle de son pays mais aussi de l’Éthiopie très proche ou plutôt des habitants de ces pays. C'est un joyeux mélange, un métissage heureux : tous ses personnages sont issus de rencontres et de mélanges qui les enjolivent et les enrichissent. Ce roman est une ode au métissage, à la découverte d'autrui et à la vie ensemble. Les femmes y ont la première place.

Le livre passe du roman au conte, de la fable ou la parabole à l'histoire plus prosaïque et au drame, encore une fois un joyeux mélange. Il n'est pas toujours aisé de suivre les déambulations d'Abdelaziz Baraka Sakin, il faut soit tenter de comprendre phrase à phrase, ce qui n'est pas toujours simple, soit se laisser porter, ce qui me semble être la meilleure des solutions et à cette condition, on peut ressentir ce que j'ai tenté -sans doute maladroitement- de décrire un peu plus haut. Le mieux étant de se faire sa propre idée...

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