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Nue

Publié le par Yv

Nue, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2013.....

Deux mois se sont passés depuis la dernière rencontre entre le narrateur et Marie. Ils s'étaient revus après leur séparation pour le décès du père de Marie, et son enterrement à l'île d'Elbe qu'ils avaient fui lors d'un grand incendie. Depuis, lui s'est installé dans un petit deux-pièces de la rue des Filles-Saint-Thomas tandis qu'elle gardait l'appartement de la rue de La Vrillière. Deux mois sans se voir, sans se parler mais à penser sans cesse à l'autre, au moins pour lui qui raconte l'histoire. pour Marie, on ne sait pas. Lorsque Marie l'appelle et lui donne rendez-vous dans un café, c'est un peu fébrile qu'il s'y rend.

Quatrième et ultime volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, après Faire l'amour, Fuir et La vérité sur Marie. Et comme pour les autres titres, je suis sous le charme de l'écriture de JP Toussaint. Si vous ne voulez pas relire mes trois billets précédents, ce qui, évidemment n'est pas bien, car ils sont vraiment excellents, celui-ci résumera tout le bien que je pense de la série sur Marie mais plus globalement de l’œuvre de l'auteur.

D'abord, c'est superbement écrit, assez simplement, l'art de JP Toussaint n'est pas de trouver des gros ou grands mots pour faire le pédant ou le cultivé, non, son art est de construire de belles phrases -longues-, de beaux paragraphes, de beaux livres -courts- avec un vocabulaire certes étendu mais point abscons. Marie est styliste, le point d'orgue de son défilé est une robe en miel. JP Toussaint raconte le défilé et d'autres choses que l'on connaît, très pratiques, très courantes et l'on visualise aisément sans jamais s'ennuyer aux descriptions de gestes ou actes banals. Et puis, il y a cette histoire d'amour et de rupture avec Marie. Et cette ode à la féminité et à la force de Marie, sa volonté de vivre sa vie comme elle l'entend, son indépendance, sa créativité. Lui, sans être l'amoureux transi de "Ne me quitte pas" de Jacques Brel, ne vit que par le souvenir de Marie, que par sa volonté de la revoir. Le reste du temps, il vit, certes, mais beaucoup moins sereinement.

Que dire de plus si ce n'est que cet ensemble romanesque est excellent ? Si j'insiste, je vais finir dans le dithyrambe, j'aime la sobriété, je stoppe ici cette chronique.

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Le discours

Publié le par Yv

Le discours, Fabrice Caro, Folio, 2020 (Gallimard, 2018)...

Lorsque Ludo, son futur beau-frère lui demande d'écrire et prononcer le discours pour son mariage, Adrien ne sais pas refuser, mais ce n'est pas l'envie qui lui manque. Comment aborder un tel fardeau : ses souvenirs avec sa soeur Sophie ? des blagues ? du sérieux ? Autant de questions qui le taraudent durant tout un repas de famille auquel pourtant il n'est présent que distraitement frais largué par Sonia (trente-huit jours de pause) à laquelle il vient d'envoyer un texto auquel il espère une réponse.

"Si vous n'éclatez pas de rire au premier chapitre, on ne peut rien pour vous" (Olivia de Lambertie). J'opine et j'ai ri, mais le souci est que c'est à peu près le seul moment où j'ai vraiment ri. J'ai beaucoup souri ensuite, parce que Fabrice Caro use de formules ou de tournures voire de décalages pas forcément inventifs, mais efficaces. L'écriture est fraîche, légère pour un roman qui peut s'affubler des mêmes qualificatifs. Frais et léger donc et sans doute assez vite oubliable. Adrien se pose beaucoup de questions sur sa vie, la quarantaine juste entamée. Sa difficulté à vivre en couple, à nouer des relations avec autrui, à réellement dire ce qu'il veut et ce qu'il est. C'est un timide, névrosé qui n'ose pas froisser ni même déranger, son éducation et certaines conventions sociales bloquant ses envies de tout envoyer balader. Tout cela est bien vu et il est aisé de s'identifier à certains endroits avec Adrien.

Là où le bât blesse, c'est que le roman est répétitif et étiré en longueurs. Un peu comme un gag de BD qui ferait une page mais que son auteur aurait décidé de décliner en un album complet. Je me permets cette comparaison puisque Fabrice Caro est aussi connu sous l'alias de Fabcaro, bédéiste.

Malgré tout, j'ai passé un bon moment, avec quelques bonnes trouvailles de l'auteur (le chapitre, p.65/67, sur la chenille est irrésistible : "La chenille à laquelle personne ne peut échapper. On a beau faire semblant de manger, de parler, d'être au téléphone, peine perdue, la chenille est impitoyable, elle n'épargne personne, elle ne s'embarrasse pas des ego, de la timidité, elle n'a que faire de tout ça, face à la chenille nous sommes tous à la même enseigne, nous sommes là pour nous amuser, nous avons l'obligation d'être heureux, véritable machine à broyer les orgueils, et on se retrouve subitement au milieu de gens et on ne sait pas trop quoi faire de ses pieds, on tente de leur imprimer une sorte de mouvement un peu festif parce que si on marche, c'est pire que tout, marcher dans une chenille c'est être un dissident, c'est affirmer haut et fort Je ne suis pas comme vous, je vous emmerde, j'ai trop de problèmes dans ma vie pour faire la chenille, j'ai lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa, vous imaginez quelqu'un qui a lu Le livre de l'intranquillité de Pessoa faire la chenille ?" -personnellement, lorsque j'entends les premières notes, ce qui oblige à connaître les premières notes de la chenille, je sors si le temps le permet, je vais aux toilettes, je tente désespérément de trouver un subterfuge pour y échapper), des personnages très réalistes, de ceux qu'on croise tous les jours, qui nous ressemblent, sympathiques jusque dans leurs -voire surtout dans leurs- maladresses, balourdises. Il vient de sortir en format poche, l'occasion pour chacun de se faire sa propre idée et, sans arrière pensée, de lire un roman qui détend.

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Sherlock Holmes et le complot de Mayerling

Publié le par Yv

Sherlock Holmes et le complot de Mayerling, Nicole Boeglin, City éditions, 2020..

Hiver 1889, le prince Rodolphe, fils de l'impératrice Sissi est retrouvé mort dans son lit aux côtés d'une femme de 17ans, Marie Vetsera. Officiellement, il s'est suicidé et sa jeune compagne n'a jamais été avec lui. Sherlock Holmes et le docteur Watson reçoivent la visite d'une dame de compagnie de l'impératrice qui veut faire la lumière sur la mort suspecte de son fils. Les deux hommes embarquent donc pour Mayerling.

Sherlock Holmes est dans le domaine public, et dès lors, un écrivain peut s'en emparer -sans oublier Watson- pour lui écrire une nouvelle aventure. C'est ce que fait Nicole Boeglin dans cette énigme historique réelle qui a vu au fil des années plusieurs théories se succéder sans qu'aucune ne soit totalement avérée. Entre le suicide, le meurtre, le meurtre suivi d'un suicide -Rodolphe assassinant Marie et de suicidant-, le complot visant le prince ou plus globalement la famille impériale, toutes les suppositions existent. C'est donc de cette histoire mystérieuse que s'empare la romancière en y incluant le plus célèbre détective du monde.

Rien d'affolant, rien de rébarbatif. Holmes déambule dans un monde qu'il affectionne, celui des riches et des puissants et nous de subir la généalogie de la famille de Sissi, avec les enfants adultérins, et les officiels. Not really my cup of tea. Je n'irais pas jusqu'à dire que Sir Arthur Conan Doyle s'en retourne dans sa tombe, je suis loin d'être un spécialiste de son œuvre et de son dernier domicile, mais je ne suis pas certain que cette nouvelle enquête soit du niveau des originelles. Et de m'interroger sur la -bonne ?- idée de reprendre un héros mythique pur le coller dans des aventures que son créateur n'avaient pas imaginées pour lui. C'est forcément casse-gueule, car comparaison il y aura, rarement à l'avantage dernier arrivé.

Néanmoins, si l'on passe sur les débuts du livre un peu laborieux, on peut y trouver un agrément. A chacun de se faire son opinion. Ou pas. Le premier chapitre débute par ces phrases :"Un épais brouillard jaunâtre avait envahi Londres ce soir-là, je me le rappelle. Je rentrais justement de chez un malade et à peine venais-je de franchir le seuil de ma maison que ma femme me remit un mot de mon ami me mandant de le rejoindre au 221B Baker Street." (p. 13)

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Le Triskel volé

Publié le par Yv

Le Triskel volé, Miguelanxo Prado, Casterman, 2020 (traduit par Anne Cognard).....

Des lucanes cerfs-volants apparaissent en grand nombre dans une chênaie, mettant à jour, sur les écorces des arbres des runes. Artur Rego, jeune chercheur stagiaire trouve par hasard, les notes d'un vieux professeur sur un monde ancien peuplé d'êtres magiques, des anges et des démons. Le moyen pour ces êtres de renouer avec leurs pouvoirs est de mettre la main sur un Triskel disparu depuis des années mais beaucoup de personnes semblent à la recherche du talisman.

Après, entre autres, un polar Proies faciles, Miguelanxo Prado se lance dans le conte, la fable. Et après un album noir et blanc, il use d'une palette de couleurs très large et vive ainsi que la couverture le laisse imaginer. A part une toute petite réserve quant à la police de caractères choisie pour les êtres magiques un peu difficile à lire, je n'ai rien à dire, j'ai beaucoup aimé. Les dessins et la couleur d'abord, c'est souvent par cela qu'on entre ou pas dans une bande dessinée. Les visages des personnages sont enrichis de traits fins et noirs soulignant les rides, les plis, les arêtes ; je ne saurais pas dire ce que ça leur apporte, mais c'est un détail qui m'a marqué.

L'histoire puise dans les légendes et notamment celtiques puisque Triskel il y a, mais elle s'inspire surtout de l'état actuel du monde ou l'état du monde actuel, je ne sais quelle formulation choisir, donc je mets les deux. L'urgence climatique, la dégradation de la planète due aux activités humaines, on peut comprendre que certains êtres supérieurs, magiques aient des envies de génocide humain pour sauver les autres êtres vivants et la Terre. Je me demande comment certains peuvent encore nier cette urgence et l'absolue nécessité de changer de société. Le profit, la consommation, certes, mais à qui profiteront-ils puisqu'on s'approche du mur à grande vitesse ? C'est sur ces idées qu'est construite la fable de Miguelanxo Prado. Un superbe album lisible dès l'adolescence et jusqu'à un âge très avancé.

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Fleur de Mamoot. Même pas peur...

Publié le par Yv

Fleur de Mamoot. Même pas peur..., Emmanuelle Martinez, Harper Collins, 2019....

Dessins humoristiques mettant en scène une jeune femme ronde, rousse qui se pose mille questions et y a réponse. Pas de complexe, pas de gêne, aucun tabou, tout peut être dit ou dessiné.

Retour de Fleur de Mamoot rencontrée dans ses premières aventures éditées sur papier : Foutu pour foutu... Elle n'a pas changé. Tant mieux. Elle se moque de la société actuelle, des réseaux sociaux, des avancées (?) technologiques, tout en en usant pas toujours modérément. C'est cela qui est bien avec elle, elle est bourrée d'ambigüités, de contradictions qu'elle assume avec un brin ou un bouquet de mauvaise foi. Les dessins sont drôles, les textes aussi, c'est de l'humour décomplexé qui parfois fait dans la facilité mais on pardonne tout à Fleur de Mamoot. Elle ne cache rien, ni ses seins, ni ses fesses ni ses poils pubiens, ni ses défauts et encore moins ses qualités.

C'est marrant, j'aime bien, ça détend. Fleur de Mamoot a aussi un site intitulé... Fleur de Mamoot. Étonnant, non ?

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Ça coince ! (51)

Publié le par Yv

Plunk, Fabien Henrion, Plon, 2020..

Harry Plunk, célèbre galeriste prend un train de Paris vers Londres qui déraille. Bloqué, il revoit des pans entiers de sa vie. Le temps de faire le point sur son enfance, sa vie de couple, son travail. Comment lui, parti de rien est devenu le galeriste en vue qui brasse des millions ? Est-il possible de retrouver une certaine innocence ?

Ce roman commence très bien mais s'enlise assez vite dans des considérations qui me laissent froid. Je peine à m'intéresser à Harry et ses états d'âme. En fait, il ne m'intéresse pas, ni lui ni sa vie. Néanmoins, je dois dire que tout cela est très personnel, le roman est bien écrit et pourra plaire à beaucoup de lecteurs. Il n'y a rien de totalement repoussant en son sein, le contexte du monde l'art contemporain un peu bling-bling un peu déjanté et/ou foutage de gueule est bien vu.

To plunk, in english, signifie balancer sans ménagement. Je n'irai pas jusque là d'abord parce que c'est un livre et qu'on ne maltraite pas les livres, ensuite, parce que ce qui n'a pas eu l'heur de me plaire pourra seoir à d'autres.

 

Faute grave, Lucie Whitehouse, Presses de la cité (traduit par Marie Chabin), 2020.,

"L'inspectrice Robin Lyons doit rentrer au bercail, contrainte et forcée. Mise à pied pour faute grave après avoir remis en liberté un suspect contre les ordres de sa hiérarchie, cet espoir de Scotland Yard n'a pas d'autre choix que de retourner vivre chez ses parents à Birmingham, une ville sinistrée qu'elle croyait pourtant avoir quittée à jamais. Pour éviter de subir les remontrances de sa mère, elle accepte bientôt d'aider Maggie, une détective privée qui traque les arnaques à l'assurance." (4ème de couverture)

Sur le papier, ça me plaisait bien, surtout que je ne vous ai pas dit l'essentiel, c'est que la meilleure amie de Robin meurt dans un incendie criminel dans lequel son fils est blessé et son mari disparaît. Robin plonge alors illégalement dans l'enquête. Le roman part bien, avec les difficiles -c'est un euphémisme- relations entre Robin et sa mère et les attaques en règle de Luke son frère, sans doute jaloux de sa sœur qui a réussi à s'extirper de Birmingham, contrairement à lui. Mais la bonne impression ne dure pas longtemps et j'ai passé quelques lignes, puis quelques pages longues dans lesquelles l'essentiel était délayé dans des paragraphes peu marquants. Pour paraphraser Michel Audiard, je résumerai mon avis à cela : "C'est curieux, [chez certains romanciers], ce besoin de faire des phrases"qui ne servent à rien, si ce n'est au poids du livre. C'est fort dommage, car raccourci de moitié, ce qui ferait tout de même un roman de plus de 200 pages, on lirait là, une histoire vachement bien avec une héroïne qu'on aurait plaisir à retrouver.

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