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La clé USB

Publié le par Yv

La clé USB, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2019.....

L'homme qui raconte son histoire travaille à la Commission Européenne. Il est responsable d'une unité de prospective. S'intéressant de près aux question de cybercriminalité et de cryptomonnaies, il est approché par des lobbyistes. Se refusant à donner suite à leurs sollicitations mais néanmoins intrigué par l'un des deux hommes qui cherchent à l'amadouer, il accepte un premier rendez-vous. Bientôt, il trouve une clé USB que cet homme a perdu. Une fois ouverte, icelle le questionne et le poussera à visiter une société chinoise à peine dissimulée par l'entreprise lobbyiste.

Réussir à passionner un lecteur avec des données techniques, des explications sur le bien-fondé et le rôle de la prospective, sur les cryptomonnaies comme le bitcoin, et les lobbyistes qui hantent les couloirs des lieux de décision est un exploit que relève allégrement Jean-Philippe Toussaint. Mon seul -minime- regret est que le titre ne s'écrive pas La clef USB, je préfère le mot clef écrit avec "ef" plutôt qu'avec le simple accent aigu. Le reste est comme souvent chez l'auteur une histoire où un homme se questionne sur sa vie. Il doit comprendre ce qui est important pour lui, et l'épreuve de la clef USB est un déclencheur. Et comme souvent, il fait cela loin de chez lui, hors de ses habitudes et même hors de ses usages et de son confort, puisqu'entre la Chine et le Japon. Cette fois-ci le contexte est technique et moderne, un peu anxiogène, mais c'est aussi l'époque du tout numérique qui veut cela. Absolument toutes nos actions et transactions sont numérisées, mémorisées par nos ordinateurs, nos mobiles intelligents. Pour qui n'a rien à cacher c'est sans doute une évolution normale, mais subsiste un doute que toutes ces données soient mal utilisées. C'est dans ce monde virtuel qu'évolue le héros de ce roman, en proie également à des questions beaucoup plus personnelles. Tout arrive en même temps et lui dont le travail est de préparer l'avenir pour des nations se retrouve à douter du sien.

Chez JP Toussaint, il y a surtout une écriture, une musique qui me plaisent. Ce dernier roman est assez loin des premiers de l'auteur que j'ai lus : La salle de bain, Monsieur, L'appareil-photo, beaucoup plus proche de sa quadrilogie avec Marie (Faire l'amour, Fuir, La vérité sur Marie, Nue). Quel que soit le sujet de ses romans, je plonge et me laisse prendre aux mots et phrases avec un grand plaisir. Une expression assez mauvaise dit que certains acteurs ont tellement de talent qu'ils pourraient réciter l'annuaire et captiver leur auditoire, elle pourrait être étendue à certains écrivains, dont JP Toussaint.

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Champion

Publié le par Yv

Champion, Maria Pourchet, Folio, 2019 (Gallimard, 2015)....,

Fabien, adolescent de 16 ans est dans un centre de repos et contraint d'écrire ce qui l'y a amené sur des cahiers destinés à Lydia la psychiatre. Il raconte son année passée à l'internat d'une institution catholique, rebelle, rétif à toute autorité, à toute promiscuité. Ses week-ends en famille sont à peine mieux entre des parents qui s’engueulent, une mère dépressive qui passe ses journées à pleurer en robe de chambre et un père absent, fuyant, absorbé par son métier de commercial. Fabien s'est inventé un ami, un loup baptisé Champion.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le texte de Maria Pouchet, pas loin d'une cinquantaine de pages, et beaucoup de mal à en sortir. Entre temps, je me suis laissé prendre au ton, à l'humour noir et parfois douloureux, incisif et d'autres fois moins lourd : "Chez elle [Mamie], je peux dire des gros mots, en inventer, me taire, ça ne la dérange pas. C'est une personne qui voit toujours où je veux en venir. Elle rigole en permanence, pour rien, comme les gens qui savent à quoi ça ressemble quand il n'y a pas de quoi rire. Un repos. Toutefois, je ne vous souhaite pas qu'elle vous fasse un pull-over, déjà il va puer la Gitane et puis vous seriez obligé de le mettre. D'expérience, c'est quelque chose qui vous rajoute de l'exclusion sur celle que vous subissez éventuellement déjà. Cet après-midi, Mamie est sur un bonnet au point de blé pour mon cousin Paulin. Et c'est bien fait pour sa gueule à ce crâneur." (p. 56)

Mon avis très favorable, ce n'était pas gagné au départ, je ne suis pas fan des romans vus par des enfants. Mais Maria Pourchet trouve les mots justes, le bon tempo, sait ralentir au accélérer en fonction du message, des circonstances. Elle fait preuve également de beaucoup de talent pour nous raconter l'histoire de Fabien dont on sait qu'un événement douloureux l'a amené dans cette institution puis dans le centre de repos ; on n'apprend rien tant qu'il n'a pas décidé et réussi à le relater.

Le drame est enfoui, l'enfance déchirée, maltraitée et les adultes pas en meilleure forme. Mais malgré tout cela, le texte n'est pas noir profond, des lumières naissent. C'est aussi cela qui est bien dans ce livre, il n'est pas déprimant -bon, ce n'est pas non plus une anthologie de blagues. Les personnages créés par l'auteure vivent, évoluent sont presque visibles tant ils sont finement décrits.

Une belle découverte.

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Nuits grises

Publié le par Yv

Nuits grises, Patrick S. Vast, Le chat moiré, 2019.....

Suzy, depuis qu'elle a été licenciée, enchaîne les petits boulots. Elle cumule plusieurs employeurs et fait des ménages, mais elle peine à payer son loyer. Le jeune couple qui loge au-dessus d'elle est dans la même situation : Pauline est au chômage et Kevin en intérim, cinq mois de loyer en retard. Le fils de la propriétaire, cinquantenaire oisif qui vit des rentes familiales, ne se lasse pas de faire des propositions libidineuses aux deux jeunes femmes en échange d'un effacement promis de leurs dettes. Suzy ne cède pas. Pauline ne résiste pas au harcèlement, mais Kevin la surprend avec le propriétaire. Lorsque celui-ci disparaît, la police est amenée à enquêter.

Excellente, j'allais dire surprise, mais ce n'est n'en est pas une puisque Le chat moiré a déjà publié trois autres titres de Patrick S. Vast, tous très bons (Potions amères, Passé doubleDuo fatal) et qu'avant cela j'avais aussi lu Boulogne stress. Donc dire d'un livre de Patrick S. Vast qu'il est une surprise c'est n'importe quoi, puisqu'on sait qu'ils sont très bien. Cette -à peine- digression passée, la surprise vient peut-être du fait que ce Nuits grises est peut-être un poil au-dessus des autres cités. Tout m'y a plu au point de ne point parvenir à le lâcher. Il débute doucement, sauf pour Suzy et le jeune couple qui se débattent dans des situations très difficiles. Suzy cumule les emplois pour tenter de subvenir à ses besoins, se fait exploiter. Ses boulots sont harassants et ne payent qu'a peine ses frais. Elle parvient tout juste à écarter le harcèlement de son propriétaire et on sent bien que le pire est à venir. Et il arrive.

L'auteur décrit très bien la crise qui pousse au désespoir et le désespoir qui génère des idées noires, très noires, rarement les plus sensées, mais comment pourraient-elles l'être ? La spirale de la descente aux enfers est tellement forte, que rien ni personne ne semble pouvoir y résister ni même la stopper. C'est avec ceux que l'on nomme désormais les travailleurs pauvres que le romancier bâtit son histoire. Rarement héros, il sait les mettre en avant, ce qui donne un roman policier humain, dans lequel comptent avant tout et malgré la misère, les rapports humains, l'entraide, la débrouille et l'humanité -j'insiste- de certains qui ne jugent pas selon le porte-monnaie ou le statut social.

Pour la partie polar, on connaît le coupable en temps réel, on suit donc l'enquête policière avec d'une part un flic un peu borné, Chombert, et d'autre part un flic qui sait aller au-delà des apparences et des évidences, le capitaine Lourdieu. Le suspense est bien là, on a tant envie de savoir qui va s'en sortir et qui va plonger.

Je vous avais prévenu, un roman policier de Patrick S. Vast, c'est forcément très bien. En plus, la couverture jaune orangée sur mon blog noir, ça claque, n'est-il pas ?

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Art et décès

Publié le par Yv

Art et décès, Sophie Hénaff, Albin Michel, 2019..,

Alors que la commissaire Anne Capestan, cheffe des bras cassés qui forment l'équipe la plus hétéroclite et la plus moquée du 36 quai des orfèvres, profite pleinement de Joséphine son bébé de 18 mois, elle est appelée par Eva Rosière, ex-capitaine de ladite équipe qui se consacre désormais à sa carrière d'auteure à succès. Son roman est adapté au cinéma par un réalisateur réputé faire des entrées mais qui veut absolument apposer son nom sur le scénario auquel il n'a pas touché. Eva l'a cherché, a tempêté, crié qu'elle allait le tuer, jusqu'à ce que celui-ci soit retrouvé assassiné. L'ex-capitaine devient le suspect numéro un et demande donc de l'aide à ses anciens collègues.

Après Poulets grillés et Rester groupés (pas lu), retour de la brigade des inclassables. Sans faire durer le suspense plus longtemps, je ne peux pas dire que je me sois esclaffé. Assez décevant finalement par rapport à ce que j'avais pu lire un peu partout sur cette série. Les personnages sont bien sympathiques, certes, mais l'humour tombe souvent à plat et les nombreux essais de digressions comiques m'ont plutôt semblé des longueurs et des redites un peu poussives. La comédie policière n'est pas un genre aisé, et lorsque l'humour de l'auteure ne sied pas au lecteur, eh bien ma fois, c'est qu'il faut passer à autre chose. Néanmoins, je suis allé au bout de cette histoire qui ne provoque aucun rejet ni déplaisir. Pas de surprise, manque de punch, c'est dommage car Sophie Hénaff a bâti une équipe qui laisse envisager des moments beaucoup plus drôles et décalés. Si je peux me permettre un conseil -j'ose, mais qui suis-je pour donner conseil ?-, chère Sophie -vous permettez que j'use de votre prénom ?- :  lâchez-vous, débridez-vous la plume -rien de vulgaire, aucune pensée salace ou autre de ma part-, osez la démesure , vos personnages  méritent au moins cela !

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Avez-vous lu les classiques de la littérature II ?

Publié le par Yv

Avez-vous lu les classiques de la littératude II, Soledad Bravi, Pascale Frey, Rue de Sèvres, 2019.....

Après Avez-vous lu les classiques de la littérature ?, les deux auteures reviennent avec Avez-vous lu les classiques de la littérature, le tome 2, ce qui paraît logique.

Vingt quatre titres aussi divers que Phèdre de Jean Racine, Mrs Dalloway de Virginia Woolf, Anna Karénine de Léon Tolstoïk, Jane Eyre de Charlotte Brontë, Frankenstein de Mary Shelley ou La petite Fadette de George Sand. Elles balaient une époque large de 1597 (Roméo et Juliette de W. Shakespeare) à 1965 (De sang-froid de Truman Capote).

Le principe est le même que dans le tome 1 : des dessins minimalistes et souvent drôles et des résumés très condensés des œuvres, drôles eux aussi, preuve qu'on peut  se moquer avec respect des plus grands livres.

Autant vous dire que sur ces vingt quatre titre, je n'en ai pas lus beaucoup, huit seulement : Roméo et Juliette -en version bilingue, "empruntée" à la bibliothèque universitaire, mais il y a prescription-, La Barbe bleue (Charles Perrault), Manon Lescaut (l'abbé Prévost) -très bonne surprise de lycée-, Le rouge et le noir (Stendhal)-pff, mauvais souvenir de lycée, une vraie galère-, Notre-Dame de Paris (Victor Hugo) -un monument (humour), mais je préfère Les Misérables-, Le Comte de Monte-Cristo (Alexandre Dumas) -quelle vengeance, jamais égalée-, Mort sur le Nil, (Agatha Christie) -l'un des must de la romancière- et L'écume des jours (Boris Vian). Pour d'autres, j'ai vu les adaptations cinématographiques : Fanny (Marcel Pagnol), Rebecca (Daphné du Maurier), Le docteur Jivago (Boris Pasternak.

Bref, tout cela pour parler de cette bande dessinée que j'aime bien parce qu'elle est soit un moyen de se (re)mettre en tête des classiques, soit de donner envie de les lire soit enfin de se dire qu'on a peut-être bien fait de ne pas les lire. Sans doute trop juste pour disserter sur tel ou tel livre présent dans l'album, mais pas mal pour ne pas être totalement largué si la discussion l'aborde.

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Quel but ai-je servi dans ta vie

Publié le par Yv

Quel but ai-je servi dans ta vie, Marie Calloway, Premier degré, (traduit par Clément Braun-Villeneuve), 2019..,

Marie Calloway fait dans l'alt-lit, la littérature alternative, de celle qui fleurit sur les blogs, sur certains sites spécialisés sur lesquels on peut mettre en ligne des textes. Marie Calloway est une figure de proue de ce genre d'écrits. Les siens ont choqué, surpris et déclenché pas mal de critiques violentes. Il faut dire que le thème principal de l'auteure est la sexualité, la perte de sa virginité, ses expériences de prostitution et son idylle avec un écrivain marié qui a le double de son âge.

Me voici donc plongé dans l'alt-lit, ce genre de littérature moderne qui s'affranchit des règles de ponctuation, des majuscule, parfois même d'orthographe, qui joue avec les mises en forme, en pages, qui se sert d'Internet pour tenter d'inventer un truc plus libre.  Néanmoins, je n'y vois pas une révolution, beaucoup d'auteurs et pas des moindres ont déjà joué avec les règles de la littérature. Ce qui fait la différence, c'est sans doute qu'eux savaient qu'ils transgressaient alors que les auteurs d'alt-lit écrivent comme ils parlent, sans se poser de questions sur la forme.

Cela mis à part, les textes de Marie Calloway sont directs -puritains, n'y venez point-, pas vulgaires. J'avoue n'avoir pas été intéressé par tous -les échanges de mails, messages reproduits ici, qui critiquent surtout le fond des propos, la sexualité particulière de Marie Calloway, sont à mes yeux sans intérêt-, le principal titré Adrien Brody, est un peu longuet et répétitif. D'autres, plus courts, sont plus pertinents, parlent de l'envie d'écrire mais pas comme tout le monde, pas un journal mais presque. D'aucuns jugeront les textes fades et sans intérêt puisque racontant les moindres faits, gestes et pensées d'une jeune femme banale. Avis que je ne partage pas totalement. Certes, c'est parfois long et mal bâti, mais il y a quelque chose d'original, des idées à prendre, une écriture différente pas toujours à la hauteur mais qui a le mérite d'exister et de bousculer un peu. Bon, je ne la porterai pas au pinacle, rien ne vaut pour moi, de belles phrases, un beau style, un truc bien léché -rien à voir avec le thème de prédilection de Marie Calloway-, mais je ne regrette pas ma découverte.

Les éditions Premier degré, toutes récentes, se font un devoir de faire découvrir cette littérature alternative. N'hésitez pas à leur rendre visite et plus si affinités. Le livre est soigné, la couverture sobre et réussie.

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Chaos de famille

Publié le par Yv

Chaos de famille, Franz Bartelt, Gallimard série noire, 2006.....

"Mon Dieu, avez-vous vu ce que vous avez fait de moi ? Un gros machin avachi, pas beau à regarder, pas appétissant, qui a gaspillé sa jeunesse et près de vingt ans de sa vie à attendre le bon vouloir, le bon désir d'une épouse moins sensible aux caresses qu'une truelle de maçon ! Mon Dieu, à cause de cela je suis devenu un véritable obsédé des choses du sexe ! J'en rêve quand je dors, et je me réveille pour en rêver plus fort !" (p. 56)

Voilà un des nombreux monologues intérieurs de Eho -ainsi que l'appelle Camina sa femme qui n'a même plus besoin d'user de son prénom. Elle l'appelle, il accourt. Depuis dix-huit ans dont douze sans vie sexuelle. Eho doit subir en outre, la famille de Camina, frères et sœurs et mère, tous dépressifs et suicidaires, le père déjà suicidé, traçant la voie familiale. 

Humour noir est-il précisé en quatrième de couverture. Noir, très noir et tellement drôle. Franz Bartelt s'en donne à coeur joie, il pratique une langue savoureuse, argotique, néologique, crée des personnages hors normes, hors de toutes conventions. Ils sont gros, moches, la mocheté n'étant pas la conséquence de la grosseur, non ils sont moches dedans et dehors et ce qui est dedans se voit à l'extérieur. Ils sont aussi cons, très cons même pour certains, et la connerie n'est pas, là non plus une conséquence de quoi que ce soit. Ils sont cons, c'est tout. 

J'ai ri, mais j'ai ri. L'enterrement de Beignet, l'un des beaufs de Eho, est à mourir de rire et s'étale sur plusieurs pages. Il est loufoque, irrésistible, énorme. Le reste est dans le même ton. A la fin, l'humour plus noir, plus méchant revient, mais qu'est-ce que c'est drôle. A quasiment toutes les pages, il y a une situation, un bon mot, une phrase qui fait rire ou sourire. Et dans cette comédie noire, on sonde les plus bas instincts des uns et des autres : la bassesse, la jalousie, la cupidité, l'envie, ... 

Lecture extrêmement plaisante, à cependant, ne pas forcément mettre en toutes les mains, les plus prudes ou les plus innocents, pourront y perdre des illusions ou rougir.

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