Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Oublie les femmes, Maurice

Publié le par Yv

Oublie les femmes, Maurice, Florent Jaga, Quadrature, 2019.....

Quand on pense éditions Quadrature on pense nouvelles, puisque c'est leur credo. Et comme dans cette maison, ils sont spécialistes, eh bien ils sont bons. Leurs choix sont judicieux et fins, et à chaque recueil, ça marche.

Cette fois-ci c'est Florent Jaga qui a l'honneur de de la publication et c'est vachement bien. Il est question des relations hommes femmes, dans tous leurs aspects. Le sexe ou le désir et l'attirance sont présents, de part et d'autre. Les hommes de Florent Jaga sont souvent mal en point, déprimés, lassés ou fatigués. Mal à l'aise en société ou en compagnie des femmes et en plein questionnement sur leur couple et sur la routine du quotidien. "Je sors peu, je ne sais pas vivre au milieu de vous tous. Je n'ai pas cette force de recommencer, peut-être. Je ne parviens pas à trouver un sens suffisant à la mascarade." (p. 25) Ce sont les femmes qui sont les plus vigoureuses, les meneuses, celles qui bousculent les hommes et les obligent à se sortir de leurs habitudes. Mais est-ce de la fiction ?

Mes nouvelles préférées :

- Mariage ombrageux : un homme se plaît à photographier et filmer des mariages de façon sarcastique, moqueuse. Sa copine, qui sans doute rêve de mariage n'aime pas sa manie.

- My way : lorsqu'on change ses habitudes, Louis est totalement déboussolé. Obligé de promener le chien pendant que sa femme fait les courses, ce changement n'augure rien de bon.

- Boulet de canon : Rachel sait qu'elle attire les regards des hommes et compte bien en profiter, mais elle est intriguée par le locataire d'en face, immobile.

- Une prière pour des clous : Dorine aime arriver à la messe en retard et en partir en avance  : elle aguiche les hommes et rend les femmes jalouses. Le père Benoit est bien embêté.

- Faire le vide : Michel et Brigitte prennent des vacances sans leurs enfants. Mais les sujets de conversation tournent à vide. La monotonie a eu raison de leur couple.

- La main au feu : Laure est ambitieuse et réussit sa vie professionnelle, son mari, buveur, nuit à sa réputation. Et pourtant un dîner important se prépare.

- Et la terre peut bien s'écrouler... : Samuel rentre du boulot harassé. Alejandra l'attend, son amour s'est progressivement changé en véritable haine. Et si Samuel ne rentrait plus jamais ?

- To hell, Angel ! : un road-trip d'une femme jeune et d'un homme un peu moins jeune en mobylette.

- Bombshell : Arty est obèse et passionné par les pin-ups. Il collectionne les dessins. Arty aime flâner sur la plage, mais aucune femme n'y a la beauté de ses femmes dessinées.

A partir de situations ou de personnages de la vie courante, Florent Jaga construit des histoires qui déraillent à un moment. Un petit caillou, un fait inattendu, une irruption inopinée et tout s'écroule ou part en vrille. Son écriture est vive, parfois sensuelle et permet d'aller fouiller les tréfonds de l'âme humaine. Car il est question avant tout de cela : l'homme, la femme, leurs rapports, leurs questionnements, ... C'est tellement bien fait que toutes les nouvelles sont excellentes. Je vous l'ai dit au début, lorsqu'on a affaire à des spécialistes...

Voir les commentaires

Fondu au noir

Publié le par Yv

Fondu au noir, Ed Brubaker (scénario), Sean Phillips (dessin), Elizabeth Breitweiser (couleur), Delcourt (traduit par Doug Headline), 2017...,

Hollywood, 1948, quelques mois après  la Commission des Activités anti-américaines qui condamna dix personnalités soupçonnées de sympathies communistes. Un scénariste, Charlie Parish, se réveille d'une nuit mouvementée et très arrosée dans la même maison que la future star de cinéma Valeria Sommers. Mais Valeria est morte, étranglée. Charlie, torturé par ses démons issus de la guerre, ne parvient plus à écrire. Il va tenter de faire la lumière sur l'assassinat de son amie Valeria. 

Revoilà Ed Brubaker récemment découvert dans la série Velvet. Le scénario est toujours bourré d'allers-retours dans le temps, de détails qui vont devenir importants. Il est parfois un peu complexe et long à suivre : ce roman graphique fait quand même 336 pages (sans compter le superbe cahier final avec les illustrations en grand de Sean Phillips). Je dois avouer que l'ensemble est parfois bavard, mais néanmoins passionnant. Un vrai roman noir avec un contexte particulièrement bien rendu, les dessins y sont aussi pour beaucoup. Hollywood au temps de la chasse aux sorcières et les dessous du cinéma qui commence à devenir une vraie industrie avec son lot de bassesses, de jalousies, de débauches sexuelles et d'alcool, d'espionnage par le FBI des activités de ce monde particulier, de dénonciation, ... Bref, un contexte qui vit également la naissance de vraies stars et de grands films devenus des références (notez la critique à peine dissimulée au cinéma actuel qui court tout au long de l'album). Un contexte idéal pour un bon roman noir !

Voir les commentaires

Pas de deuil pour ma mère

Publié le par Yv

Pas de deuil pour ma mère, Hassouna Mosbahi, Elyzad, 2019 (traduit par Boutheïna Ayadi en collaboration avec Marie-Christine Ben Fadhel)....

Alaeddine est en prison pour un crime horrible qui a fait l'actualité pendant des semaines. Du fond de sa cellule en attendant d'être transféré au quartier des condamnés à mort, le jeune homme raconte son parcours jusqu'au crime. 

Nejma, sa mère se livre elle aussi. De son petit village, jeune fille puis femme très convoitée voire harcelée car très belle, elle décide d'en sortir et d'aller vivre à la capitale quitte à en payer le prix fort. Mais la capitale lorsqu'on vit dans un quartier misérable n'est pas accueillante et elle se retrouve bientôt face aux mêmes difficultés, avec un mari en plus et un enfant non désiré.

C'est un roman à double parole. Le fils et la mère se racontent, se répondent dans deux langues bien différenciées. Classique pour la mère, qui vit dans les années 70 dans son village. On retrouve parfois des airs de chroniques villageoises, de contes et légendes et pourtant ce qu'elle narre n'a rien de la fable. Fille rebelle, elle vit avec les garçons, adopte leurs jeux au grand dam de ses mère et grand-mère. Devenue pubère, elle est interdite de sortie, surtout avec les garçons pour ne pas entacher la réputation de la famille. De là naît son envie de liberté à la capitale.

Le fils use d'une langue plus moderne, plus orale, même s'il l'on peut aussi parfois se retrouver dans la même sensation qu'avec le récit de sa mère. Lui, raconte sa vie entre un père effacé et aimant et une mère distante pour ne pas dire plus. 

Hassouna Mosbahi est parfois un peu répétitif et long, mais il construit son roman très habilement. Il procède selon un principe connu : il parle des conséquences d'un fait que l'on ne connaît pas encore, puis petit à petit, par bribes ou allusions, il l'explique. Il installe ainsi une tension, un suspense, un ressort dramatique dont il sait finement jouer.  Son roman parle de la condition féminine, de la réputation des femmes vite bafouée parfois par de simples rumeurs, de la difficulté qu'elles ont d'être maîtresses de leurs corps devant l'autorité auto-proclamée des hommes : "Car chez nous, la mère est un vulgaire porte-manteau qui n'a aucune valeur, où l'on peut suspendre n'importe quoi. Les gens s'essuient les mains sur leur mère comme si c'était une serviette en papier dans les toilettes publiques. Elle est tout le temps insultée. Le gosse qui se bagarre avec un de ses copains commence par maudire la mère de son adversaire et, sans vergogne, a le toupet de la charger de tous les péchés du monde, lui qui mouille encore sa culotte et son lit, et ne sait rien faire sans sa maman, même pas lacer ses souliers." (p. 19/20) L'auteur aborde aussi la question de la pauvreté, de la pression sociale qui pousse à la jalousie et à la calomnie et à la rumeur. Difficile de sortir enjoué d'une telle lecture sauf parce qu'on sait qu'on vient de lire une histoire terrible et admirablement écrite. Je renoue de fort belle manière avec les éditions Elyzad grâce à ce roman fort et profond.

Voir les commentaires

Je suis né laid

Publié le par Yv

Je suis né laid, Isabelle Minière, Serge Safran, 2019.....

Arthur devait s'appeler Ange. Son prénom est changé à la dernière minute, parce que ses parents ne se voient pas l'appeler Ange avec la tête qu'il a. Car laid, il est né. Laid, pas simplement moche. Laid, très laid. Petit à petit ses parents s'habituent et son père d'abord le prend dans ses bras, le cajole, le câline. C'est son enfance et son adolescence qu'Arthur raconte, entre l'envie d'être comme tout le monde et la réalité qu'il voit tous les matins dans la glace.

Excellent roman sur l'apparence, le diktat de la beauté, qui ne reste pas en surface mais plonge dans les profondeurs des émotions, et sentiments d'un garçon laid. Tout, dans nos sociétés passe par le filtre des apparences, de ce qu'on montre et de ce qu'on voit. On sait tous que notre premier regard, notre première impression nous donne des indications, des envies de rencontres ou pas, même si l'on sait également qu'il ne faut pas s'arrêter à ces premières impressions. C'est souvent plus aisé à dire qu'à réaliser. Isabelle Minière se met dans la peau d'Arthur qui souffre de son isolement et qui a du mal à comprendre que beaucoup s'arrêtent à sa laideur sans chercher à voir qui il est. 

J'aime beaucoup cette écriture directe, rapide : "Je suis né laid. Ça n'est pas venu au fil du temps, en grandissant ; c'était là au départ. Non, je n'étais pas un nouveau-né moche, comme ça arrive souvent, un peu rouge, un peu gonflé, fatigué par le voyage. Non, même pour les plus indulgents, c'était flagrant. Laid. Laid de naissance. Ça ne s'est pas arrangé." (p. 9) Isabelle Minière fait preuve à la fois d'un humour féroce, noir et de beaucoup de tendresse pour Arthur. C'est lui qui raconte son histoire avec une auto-dérision permanente, un humour non pas du désespoir mais d'un type blasé qui préfère ne rien attendre de bon de peur d'être encore déçu. C'est un roman formidable qui se lit d'une traite. Original, fort avec des personnages marquants. Un roman en lice pour le Prix Hors Concours, forcément dans mes favoris. Et il est dans les cinq finalistes.

Voir les commentaires

La suspension

Publié le par Yv

La suspension, Géraldine Collet, Rue de l'échiquier, 2019.....

Le jour où Louise, dix-sept ans, apprend qu'Antoine Gallimard a décidé de rééditer les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, elle se dit qu'elle doit voir cet homme et tenter de comprendre une telle décision. Louise lit beaucoup, elle aime les auteurs, les livres. Elle est la petite-fille du déporté politique numéro 21 055, réfractaire au Service du Travail Obligatoire.

Très court texte dont j'ai découvert un extrait très tentant grâce au Prix Hors Concours, ce prix qui récompense un livre issu de l'édition indépendante : première sélection sur extrait par un panel large, puis un jury d'experts lit les cinq titres choisis et élit le lauréat. Une idée excellente pour découvrir des auteurs et des maisons d'édition.

Revenons maintenant à ce court livre que je n'ai pas pu lâcher. C'est l'histoire de Louise qui est racontée, celle de sa famille, son grand-père Gilbert, déporté à Buchenwald pour raisons politiques, son père Laurent qui n'a jamais vraiment pu parler à Gilbert de ce qu'il a vécu et qui hésite toujours se renseigner et à en parler à Louise. 

C'est aussi l'histoire de la maison Gallimard, notamment pendant les années de guerre où Gaston Gallimard eut, pour le moins, une attitude ambiguë. Puis, le petit-fils, Antoine qui décida en 2012 de faire entrer dans La Pléiade, le très collaborateur Drieu La Rochelle avant de laisser entendre donc que les écrits antisémites de Céline pourraient être édités par Gallimard. 

Géraldine Collet écrit simplement, sans effets. Elle va au plus court mais n'omet rien. En fait, une fois tournée la dernière page (la 58), rien ne paraît en trop ni manquer. Elle parle de l'antisémitisme depuis la guerre, de ces idées nauséabondes qui montent partout dans le monde, de l'intolérance, de la haine, de la peur. Entre les lignes, on lit aussi l'interrogation qui agite les céliniens et autres : peut-on apprécier un auteur pour son style, même s'il a écrit des horreurs ? J'avoue n'avoir pas de réponse, j'ai beaucoup aimé Le voyage au bout de la nuit

C'est un court livre à s'offrir et à offrir. Une maison d'édition que je découvre. Malheureusement, ce livre ne fait pas partie des cinq finalistes du Prix Hors Concours.

Voir les commentaires

La fille de Vercingétorix

Publié le par Yv

La fille de Vercingétorix, Jean-Yves Ferri, Didier Conrad, Ed. Albert René, 2019....

Adrénaline, la fille cachée de Vercingétorix, qui détient un collier de son père qui pourrait remobiliser les Gaulois contre les Romains est activement recherchée par les troupes de César. C'est donc tout naturellement qu'elle se retrouve dans le village des irréductibles, le temps d'organiser sa protection. Il est encore plus naturel qu'elle soit surveillée par Astérix et Obélix. Mais Adrénaline est une ado...

Trente huitième album des aventures d'Astérix et Obélix que je ne suis pas régulièrement. Là, je me suis dit, pourquoi pas ? Dessin de Didier Conrad hyper fidèle à l'original, mais pourrait-il en être autrement ? On retrouve au moins une guest-star, mais je ne dirai pas qui, scrutez bien les cases.

Pour le scénario, Jean-Yves Ferri a dû observer des ados, c'est bien vu et très drôle. Adrénaline est fugueuse et ne veut pas entendre parler de guerres. Beaucoup de références à l'actualité voulues ou pas d'après les auteurs : des phrases polémiques de notre président sont remises au goût gaulois, on pourrait penser aussi à Greta Thunberg, au mouvement des jeunes contre le réchauffement climatique, ... Des références littéraires aussi, j'y ai reconnu Molière et en ai sans doute raté d'autres.

Sans être révolutionnaire, cet album est plaisant et dans la droite ligne des aventures des deux Gaulois. Les incontournables scènes de bagarre sont là, les querelles poissonnier/forgeron itou et bien sûr le banquet final. Tradition respectée.

Voir les commentaires

Optic Squad : mission Seattle

Publié le par Yv

Optic Squad : mission Seattle, Sylvain Runberg, Stéphane Bervas, Rue de Sèvres, 2019....

2098, l'ONU est désormais à Bombay. La déléguée en charge de la lutte contre le crime organisé défend bec et ongles les Optic Squad. Cette unité est l'élite des forces de sécurité transcontinentale et est composée d'agents aguerris. Leurs armes : des nano-caméras greffées dans leur cornée permettant de filmer tout ce qu'ils voient et des pisteurs qui les suivent depuis le QG et peut leur apporter un soutien tactique (drone armé, injection à distance et en temps réel de stimulants ou de calmants). Kathryn Horst intègre cette unité sous la protection de sa cheffe, Annette Smith. Sa première mission sera d'infiltrer te démanteler un réseau de trafic humain. (Résumé largement inspiré de la 4ème de couverture)

Scénarisée par Sylvain Runberg, dessinée par Stéphane Bervas et colorisée par Florence Fantini, cette BD débute la nuit donc dans des tons violets/bleus et usera de retours dans le temps pour expliquer l'arrivée et la jeunesse de son héroïne Kathryn Horst. Ce tome 1 est une enquête complète, le fil rouge de la série sera les Optic Squad et la jeune femme dont on sent qu'elle a quelques comptes à régler.

Je ne suis pas très science fiction et les termes de départ m'ont un peu affolé, mais le pli est vite pris et cet album s'avère très intéressant. Il est centré sur le travail de l'unité et ne s'attarde donc pas sur les conditions de vie des autres habitants dont on ne sait rien. C'est un album purement d'enquête et d'action qui tient ses promesses. Quant à la description du monde futur, peut-être sera-t-elle là dans les tomes à venir ? Les personnages, les lieux et les conditions de vie des agents se mettent en place dans cette série qui débute de façon prometteuse.

Voir les commentaires

Alba, voyage musical en Angleterre

Publié le par Yv

Alba, voyage musical en Angleterre, Zaf Zapha, Les MamouchkAs, Caroline Chotard, LaCaZa musique, 2019.....

Le principe de cette collection destinée aux enfant est de nous faire voyager dans un pays en musique. A l'aide de chansons écrites pour la circonstance, par Zaf Zapha et Caroline Chotard et d'autres traditionnelles mises au rythme et aux instruments locaux. La Mère Michel, Frère Jacques, V'la le bon vent, ... ici sont très rock. La berceuse Frère Jacques prend des allures de The Clash, Jeanneton ressemble à un titre des Beatles. Bref, c'est comme toujours très bien fait et instructif, puisque outre le CD inclus qui contient les musiques, le livre est illustré et raconte le pays en question, ses us et coutumes musicales mais pas seulement ; on y parle gastronomie même si ce terme est un peu fort voire inadapté à la cuisine anglaise, tradition, personnages célèbres. Et comme le rock n'est pas mort, c'est une très bonne idée que de le faire entendre et découvrir aux plus jeunes, chantés par des enfants, puisque c'est l'idée des albums "Voyage musical".

Cette belle collection s'enrichit pour ce numéro des participations de Hugh Coltman, JP Nataf et Mathieu Boogaerts. Zaph Zapha est musicien, compositeur, arrangeur et réalisateur de tous les albums. Caroline Chotard signe les textes et les livrets pédagogiques, et pour Alab, c'est le binôme Les MamouchkAs qui illustre. Il y a sept autres voyages dont trois que j'ai recensés sur le blog : Kalenda et le monde créole, Shanta et l'Inde, Amanhã  et le Brésil

Voir les commentaires

<< < 1 2