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Un putain de salopard. Isabel

Publié le par Yv

Un putain de salopard. Isabel (tome 1) Loisel et Pont, Rue de Sèvres, 2019.....

Brésil 1972, Max est de retour dans le pays qu'il a quitté à l'âge de trois ans. Sa mère vient de décéder en lui laissant un peu d'argent et deux photos où enfant, il est en compagnie d'un homme mais pas le même sur chaque cliché. L'un des deux serait son père, qu'il recherche donc sur les traces de son enfance. 

Sur place, il fait la connaissance de trois filles, trois copines infirmières, l'une Corinne déjà installée et les deux autres Charlotte et Christelle qui arrivent tout juste pour s'occuper d'un dispensaire.

Tome 1 de la série qui commence très bien et très fort. Les personnages s'installent dans la bonne humeur avant de passer aux choses sérieuses, et bien évidemment la recherche de Max n'ira pas sans quelques aventures. Il n'y est pourtant pas préparé, jeune occidental dans la forêt brésilienne. Un rien naïf, candide, il va devoir se surpasser pour surmonter ses peurs et ses angoisses face aux dangers qui déjà le guettent dès ce premier tome. 

Le scénario de Régis Loisel est très prometteur, et l'histoire commence fort. En plus, l'humour est présent et les personnages principaux très sympathiques. Olivier Pont met tout cela en dessins -et François Lapierre en couleurs- avec un trait que j'aime beaucoup à la fois classique et original. Tout cela donne un premier tome excellent où amour et aventure cohabitent avec les dures lois de la vie dans la forêt brésilienne. Ajoutons un camp dans lequel des hommes travaillent dur pour déboiser et n'aiment pas trop que l'on vienne fouiner dans leur espace ni dans leurs conditions de vie. Le décor est planté.

J'espère que Régis Loisel et Olivier Pont travaillent vite, car il me tarde de lire la suite, je subodore une série excellente...

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L'écuyère

Publié le par Yv

L'écuyère, Uršuľa Kovalyk, Intervalles, 2019 (traduit par Nicolas Guy et Peter Žila).....

Karolína vit avec sa mère et sa grand-mère dans la Tchécoslovaquie de la fin des années 1980. Lorsque sa grand-mère meurt, elle se retrouve souvent seule, sa mère travaille et fréquente beaucoup d’hommes. La jeune fille fugue alors et se lie d’amitié avec Romana et Matilda dans un centre équestre. Il y a aussi Arpi qui lui fait découvrir les Pink Floyd et la cigarette.

La vie d'une petite fille devenue adolescente dans ces années-là qui virent le passage du régime totalitaire à la démocratie. La vie de Karolína est relativement détachée du régime politique, même si, les leçons apprises par coeur à la gloire du parti, les règles strictes, les conditions de vie sont bien présentes et n'encouragent pas à l'ouverture d'esprit ni à l'épanouissement. Elle l'est beaucoup moins sur le passage à l'adolescence, sur les rivalités entre enfants. Et puis il y a les rencontres, avec Romana d'abord, puis avec le cheval incarné ici par un vieil et doux étalon nommé Cecil.

Uršuľa Kovalyk écrit là son deuxième roman paru chez Intervalles après le très bon Femme de seconde main, déjà traduit par les mêmes garçons. Court roman très différent du précédent, puisque ici, c'est une adolescente mal dans sa peau qui s'exprime. La romancière use d'une langue simplifiée, directe, qui va au plus court et raconte son histoire en moins de 130 pages sans que rien ne manque. Les situations sont parfois tragiques, parfois comiques, le langage est cru sans être grossier. Des exemple ?

"Une fois que j'ai appris à parler et que ma cervelle a fonctionné à plein, j'ai demandé à quoi ressemblait mon grand-père. Mamie a alors souri mystérieusement avant de sortir du tiroir une photo sur laquelle on voyait un grand monsieur avec une fine moustache noire sous le nez. Il avait les cheveux gras, tenait un chapeau dans la main et une jeune femme avec deux longs traits noirs en guise de sourcils s'appuyait contre lui. Elle portait elle aussi un chapeau, mais le sien était orné de magnifiques fleurs. Mamie a dit que Grand-père était un beau gosse doublé d'un sacré queutard. [...] Elle  [Mamie] lui [maman] disait qu'elle avait un clitoris à la place du cerveau. Je m'imaginais qu'elle avait une très belle fleur dans la tête, quelque chose comme un glaïeul." (p.13/14)

L'humour est parfois plus tragique, plus noir. Karolína étant doté d'un caractère fort, elle ne se fait pas que des amis et doit se défendre contre des attaques pas toujours fines. C'est un roman à la fois caustique et poétique, drôle et émouvant, celui d'une jeune fille qui se métamorphose en même temps que son pays. Uršuľa Kovalyk est une romancière à découvrir rapidement, une plume singulière et riche.

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Il fallait que je vous le dise

Publié le par Yv

Il fallait que je vous le dise, Aude Mermilliod, Casterman, 2019.....

L'autrice de cette bande dessinée, Aude Mermilliod a avorté. Après des années de réflexion et de recul, elle décide de raconter son parcours tant l'acte que les sentiments par lesquels elle est passée, avant et après.

Puis, elle a rencontré Martin Winckler dont elle sait qu'il a pratiqué des avortements lorsqu'il était médecin, elle lui demande de raconter son histoire qu'elle dessine.

Bande dessinée puissante, nécessaire, militante et tout à fait apaisée. La succession de l'histoire personnelle d'Aude Mermilliod et du témoignage de Martin Winckler lui donnent le côté universel qu'il aurait pu lui manquer avec la seule histoire de l'autrice. Les deux parties se complètent, se répondent et traitent de tous les aspects de l'avortement.

C'est un ouvrage remarquable tant par le thème qu'il aborde frontalement, directement, sans détour mais sans voyeurisme que par le dessin et la mise en page. C'est un dessin simple, coloré, au trait clair et une mise en page qui joue avec les codes de la bande dessinée, parfois classique, parfois une grande case pour une page. Ce dessin très abordable par tous et très beau est aussi une force qui sert le propos, il pourra permettre à tous d'entrer dans l'ouvrage.

Textes et dessins peuvent être crus mais jamais vulgaires. Descriptifs, détaillés pas seulement dans l'aspect technique, car les sentiments, les angoisses, les peurs des patientes sont décrits, représentés ainsi que le travail du médecin et de l'infirmière pratiquant l'avortement.

Un album essentiel pour ne pas dire indispensable, à lire et faire lire très largement autour de soi.

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Cuba à en mourir

Publié le par Yv

Cuba à en mourir, Stéphane Pajot, D'Orbestier, 2019.....

Mathieu Leduc, journaliste à Nantes a fait de la prison pour un crime qu'il n'a pas commis, avant d'être acquitté. A l'automne 1998, il débarque à Cuba , bien décidé à retrouver et se venger du vrai coupable qui a fui sans assumer.

C'est grâce à son ami Carlos, Cubain réfugié à Nantes qu'il a monté son séjour à La Havane. 

Retour de Stéphane Pajot et de Mathieu Leduc déjà rencontré dans Le rêve armoricain. Cuba à en mourir en est la suite, mais on peut lire l'un sans lire l'autre, même si, le mieux c'est de lire les deux. 

Court roman noir en deux parties, l'une à Cuba et l'autre à Nantes, tous les ingrédients du genre y sont et fort bien dosés et mélangés. Sexe, drogue et rock'n'roll, bien sûr mais aussi deux ambiances. Celle de Cuba où il ne fait pas bon trop parler, ni s'attirer les foudres des policiers, le rhum, les cigares, la chaleur du soleil mais aussi la chaleur humaine : les amis de Carlos vont aider le journaliste à retrouver celui qu'il recherche. En peu de mots, Stéphane Pajot montre la difficulté à vivre dans ce pays pauvre où Fidel Castro règne encore en maître. Puis la partie nantaise, tout aussi pleine de la chaleur humaine de la bande d'amis de Mathieu, mais ici, c'est plutôt le muscadet qui coule... et la pluie aussi. 

Même s'il est la suite du Rêve armoricain, ce Cuba à en mourir est construit différemment, plus linéairement et plus classique, et le charme opère de nouveau. Cela prouve toute l'étendue du talent de l'auteur qui sait jouer sur plusieurs styles qu'il maîtrise totalement. 

Ne croyez pas à du chauvinisme de ma part puisque Stéphane et moi sommes Nantais, non, il est simplement un excellent auteur de romans noirs et polars, l'un de ceux qui inventent le plus, capable de me surprendre à chaque fois, et ça j'aime beaucoup. Si l'envie vous prend de me suivre et de lire Stéphane Pajot, ce que je ne peux que vous conseiller très vivement, lisez la série des deux romans noirs cités dans cette recension (et les autres aussi). 

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Le regard du diable

Publié le par Yv

Le regard du diable, Hervé Michel, City, 2019....

1808, L'Isle sur la Sorgue, le commissaire François de Saint-Venand et son collègue Hubert de Clavière, dit Passe-Partout, également médecin-légiste sont dépêchés de Paris, directement par Napoléon pour faire la lumière sur une étrange et macabre série de meurtres  : d'abord un curé, ancien aumônier de l'armée impériale, compagnon de l'empereur et bien connu des deux policiers et ensuite, des enfants. 

C'est dans une ville inquiète et proche de l'embrasement que les deux hommes entrent, tout de suite aidés par le lieutenant de gendarmerie Joubert qui commence par les guider chez sa sœur qui tient pension.

Parfois, lorsqu'on alimente régulièrement un blog, on reçoit des livres non demandés de la part d'éditeurs ou d'attachés de presse, directement dans sa boîte à lettres. Ce fut le cas pour celui-ci, et je l'ai laissé traîner me disant, bon encore un polar historique, le genre fonctionne bien et les héros naissent régulièrement. Puis, je l'ai ouvert, un jour où je n'avais pas trop envie des autres livres m'attendant. Et alors ? me demandez-vous impatients. Eh bien, je n'ai pas réussi à le refermer avant la toute fin. L'époque n'est pas franchement décrite mais on la sent par des tournures de phrases, des descriptions des lieux et personnages et notamment leurs vêtements, leurs conditions de vie, les moyens d'investigation des policiers. Pour être plus précis, on est en 1808 et l'Empereur n'est que peu présent, le roman n'est pas un traité d'histoire qui nous en apprendra beaucoup sur la période, mais le format assez court -à peine 300 pages aérées, ce qui me va très bien- ne permet pas de se laisser aller à des explications historiques. 

Les L'Islois tombent comme des mouches et les cadavres s'amoncellent à la morgue. Les événements s'enchaînent à un rythme à peine soutenable, maintenant le lecteur dans un état d'inquiétude et de stress quasi permanent. Pas le temps de s'ennuyer dans ce roman policier historique qui file à toute vitesse. Divine surprise donc que Le regard du diable. Le duo d'enquêteurs fonctionne bien, il est bien sympathique et secondé par le lieutenant Joubert et les pêcheurs de L'Isle sur la Sorgue. L'intrigue est suffisamment retorse pour perdre le lecteur et lui faire envisager plusieurs coupables, même si quelques indices sont semés ça et là pour affiner ses doutes.

Moralité : si vous tombez sur ce livre, ne faites pas comme moi, n'hésitez pas, très bons moments assurés.

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Des hommes en noir

Publié le par Yv

Des hommes en noir, Santiago Gamboa, Métailié, 2019 (traduit par François Gaudry)....,

Une fusillade à l'arme lourde qui finit avec un hélicoptère qui évacue blessés et survivants, a lieu sur une route de Colombie. Franklin, adolescent, a tout vu, perché dans un arbre. Il en parle aux policiers qui remontent l'information avant de dire que rien ne s'est passé, le site ayant été nettoyé en profondeur. Le procureur Jutsiñamuy qui a eu vent de l'affaire ne peut pas vraiment enquêter puisque les policiers sont revenus sur leurs dires et qu'il n'y a plus de preuves si ce n'est le témoignage de Franklin. Il en parle à son amie Julieta, journaliste d'investigation qui part sur les lieux avec son assistante, ex-membre des FARC, Johana.

Roman touffu, très fouillé qui recèle une foultitude d'informations, de descriptions de l'état de la Colombie, de la violence qui y règne. Santiago Gamboa aime son pays et le critique donc d'autant plus aisément. Il parle de la corruption, de la prostitution, de la drogue, des riches qui s'enrichissent, s'isolent et laissent les pauvres s’appauvrir. Ces pauvres qui souvent, n'ont plus rien à quoi se raccrocher sauf à leur foi, les églises pullulent, chacune avec ses pasteurs qui prêchent pour attirer les foules et donc leur pouvoir et l'argent. Santiago Gamboa décrit aussi les paysages colombiens, les campagnes, mais aussi les villes et principalement Cali. On le suit pas à pas, jamais très vite, car il part sur pas mal de digressions intéressantes, puis sur des enquêtes secondaires ou qui semblent l'être. Pour ne pas être largué, il faut prendre son temps, mais ce n'est que pour le bien du lecteur, qui, ainsi, passera plus de temps avec Julieta et Johana, les personnages principaux du roman. 

J'ai beaucoup aimé le ton direct du romancier, qui lorsqu'il décrit ses deux héroïnes le fait dans un chapitre à elles consacré, intitulé simplement "Personnages". Son récit bien que souvent interrompu par des remarques, digressions, rebondissements, fausses pistes, est limpide et se suit avec beaucoup de plaisir. L'humour y est présent, dévastateur, sarcastique. Le ton adopté, l'ambiance donnent à cette histoire une force supplémentaire, ce petit plus qui fait d'un roman noir -qui aurait pu n'être qu'un parmi les autres-, un roman noir à part, avec un message, un supplément d'âme.

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Une main encombrante

Publié le par Yv

Une main encombrante, Henning Mankell, Seuil, 2014 (traduit par Anna Gibson)...,

Kurt Wallander cherche une maison à acheter pour quitter son appartement de Mariagatan situé dans le centre d'Ystad. Il en visite une, proposée par un collègue lorsqu'il découvre les os d'une main qui affleurent le sol. Nouvelle enquête donc pour Kurt qui voit s'éloigner son projet d'achat immobilier.

Étonnamment court et concis pour un polar d'Henning Mankell, c'est en fait la version romancée d'une nouvelle. Entièrement consacrée à l'intrigue et moins aux personnages et à la société suédoise, elle se lit avec plaisir, vient s'intercaler en avant-dernière position des enquêtes de Kurt Wallander, juste avant L'homme inquiet, mais n'atteint pas le niveau d'excellence des autres romans wallanderiens. C'est une manière de retrouver mon flic favori, puisque c'était la seule histoire que je n'avais pas lue (et je crois les nouvelles intitulées La faille souterraine et autres enquêtes). 

Kurt remonte le temps, et se passionne pour cette histoire qui lui permet de ne pas penser à sa retraite, à sa solitude. Elle ne le bouleversera sans doute pas autant que ses autres aventures, mais sera importante avant de passer le flambeau. Très bonne intrigue qui tient la route, ménage ses rebondissements et de laquelle on ressort satisfait du travail accompli, mais surtout avide de lire le dossier post-roman qui explique la genèse de Kurt Wallander. Une quinzaine de pages instructives, qui ne font que renforcer la haute estime que j'avais pour Henning Mankell et son héros flic, né donc en 1990, pour écrire contre le racisme qui montait dans les sociétés en général et en Suède en particulier. Le reste, je vous laisse le découvrir,  une occasion de retrouver Kurt Wallander, ça ne se refuse pas. 

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