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Histoire dessinée de la guerre d'Algérie

Publié le par Yv

Histoire dessinée de la guerre d'Algérie, Benjamin Stora, Sébastien Vassant, Seuil, 2016...

1954/1962, c'est la guerre d'Algérie, ce que la France a longtemps appelé des événements ou une "opération de maintien de l'ordre". Elle est d'abord cantonnée sur le territoire algérien, un peu désordonnée, puis les Algériens créent des mouvements de libération et devant la répression commettent des actes violents et c'est le début d'un engrenage, d'une guerre qui ne dit donc pas son nom, dénoncée un peu partout dans le monde, mais la France ne veut pas renoncer à son empire colonial. Sept années de guerre pour conclure presque 150 ans de colonisation.

Benjamin Stora, né en Algérie, un peu avant le début de la guerre et devenu historien, spécialiste de ce conflit est pédagogue, précis, se met de tous les côtés pour ne rien oublier. Cent quatre-vingt dix pages qui montrent la montée des violences de part et d'autre, l'exportation du conflit en métropole, la lassitude des Français face à une guerre dans laquelle le pays envoie de jeunes appelés du contingent -mon papa y était, tous les jeunes gens nés entre 1932 et le début de la décennie suivante y sont passés, peu en parlent. Elles éclairent également les relations toujours particulières et tendues entre les deux pays.

Bien dessinée, formidablement documentée, cette page de l'histoire de France et de l'Algérie est accessible à un plus large public qu'un essai historique. C'est une des qualités de la bande dessinée en général et d'icelle en particulier. Peut-être pas pour les plus jeunes, mais pas mal d'ados peuvent la consulter pour comprendre dans quelle galère ont été engagés leurs grands-pères et arrière-grands-pères. 

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Ma reine

Publié le par Yv

Ma reine, Jean-Baptiste Andrea, Folio, 2019 (L'iconoclaste, 2017)....,

Shell, c'est un peu l'idiot du village. Il a 12 ans en ce début d'été 1965. Il grandit entre son père et sa mère qui tiennent une station service qui vivote dans la vallée, loin des grandes villes. Shell, c'est comme ça qu'on l'appelle à cause du blouson qu'il arbore fièrement lorsqu'il fait le plein aux rares voitures qui s'arrêtent. Lorsque ses parents et sa sœur beaucoup plus âgée que lui décident qu'il sera mieux en institution spécialisée, Shell s'enfuit dans la montagne. C'est là qu'il fait la connaissance de Viviane. Sa reine.

Chronique pré-adolescente vue à travers les yeux d'un jeune garçon hors la norme qui voudrait que chacun entre dans un moule éducatif et d'apprentissages. Shell est différent : pas intellectuel, ne sachant pas lire, peu doué pour les études, mais assez débrouillard dès lors qu'il s'intéresse. A 12 ans, il subit déjà et depuis longtemps les quolibets, les moqueries et les coups. A l'école, mais aussi à la maison où son père ne manque jamais de le rabaisser. Aussi lorsqu'il quitte la station, on sent bien que tout ne se déroulera pas bien pour lui, et sa rencontre avec Viviane, sa reine, à laquelle, il se dévouera totalement, risque bien de l'emmener loin de sa zone de sécurité.

C'est bien écrit, très agréable à lire, et pourtant je ne suis pas amateur des romans écrits du point de vue des enfants, qui parfois cachent ainsi des faiblesses et des maladresses. Ce n'est pas le cas ici, et Jean-Baptiste Andrea ne s'embourbe pas dans le piège de la facilité. Il fait évoluer son personnage pendant cet été, par ses rencontres, sa solitude, les paysages superbes qui se prêtent à l'introspection, aux questionnements, car même si Shell est l'idiot du village, il se pose pas mal de questions, les mêmes que chacun d'entre nous au même âge, mais sans doute d'une manière différente. Le romancier tire souvent des sourires, par des formules, la candeur de son héros ou des trouvailles : "Parmi les missions qui m'étaient confiées, je devais remettre du papier toilette dans le réduit marqué C -le W était tombé et on ne l'avait jamais remis quand on avait constaté qu'il faisait un excellent dessous-de-plat." (p.17)

Franchement, j'ai hésité avant d'ouvrir ce livre, parce qu'a priori, ce n'est pas trop mon style, mais je ne regrette pas du tout. Une très belle histoire, des beaux personnages et de superbes paysages, que vouloir de plus ? Un peu plus d'infos sur le site de l'éditeur : Folio.

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Galadio

Publié le par Yv

Galadio, Didier Daeninckx, Gallimard, 2010.....

Ulrich est un adolescent allemand dans les années trente qui voient la montée du national socialisme. Petit à petit, il est interdit de pratiquer son sport, de vivre comme les autres Allemands de son âge. Ulrich est métis, né de la rencontre de sa maman Irmgard, allemande et de Amadou Diallo de l'armée française chargée d'occuper Duisbourg après la première guerre mondiale. Plusieurs enfants métis sont nés de ces rapprochements, ce qui à peine vingt années plus tard est vu comme une trahison et ne colle pas au profil aryen.

Encore une fois passionnant ce roman de Didier Daeninckx, car, encore une fois, se basant sur une réalité historique un peu oubliée voire pas connue. J'avais eu connaissance du fait que les Français avaient envoyé, en application du Traité de Versailles, des régiments d'Africains dans certaines villes allemandes, comme une ultime provocation, parce qu'à l'époque, les noirs étaient à peine considérés comme des hommes. Ce que je ne savais pas et qu'explique formidablement le romancier, c'est que des enfants métis sont nés et que bien évidemment, après l'arrivée au pouvoir d'Hitler ils vivaient difficilement leur double particularité : être de sang noir et de sang français. 

Ulrich, dont le second prénom est Galadio, va vivre un destin incroyable : fuir sa ville, fréquenter le cinéma de propagande allemande, tenter de trouver sa véritable identité. Didier Daeninckx, en peu de pages réussit à construire un personnage fort et marquant. Tout est dit. Rien n'est superflu. L'auteur va au plus court, le lecteur doit bien sûr faire le reste du travail à savoir connaître un peu les années trente en Europe pour savoir qu'il ne faisait pas bon y être noir et particulièrement dans l'Allemagne nazie. 

C'est un formidable roman, et je vous conseille avant de l'ouvrir d'avoir un peu de temps devant vous car la première page débutée, vous ne pourrez pas faire autrement que de lire d'une traite les 140 suivantes. 

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Nus

Publié le par Yv

Nus, Jean-Bernard Pouy, Fayard, 2007...

Le collectif ZO, des anarchistes, organise son université d'été dans un camping naturiste près de Bordeaux. Harrar, le propriétaire du camping est un sympathisant. Entre discussions, propositions pour le mouvement, farniente, plage, amours libres, les deux semaines promettent d'être agréables. La veille de leur arrivée, Rosa, la vieille femme qui s'occupait du ménage et aidait Harrar est tuée. Harrar demande de l'aide à Calo, le responsable -temporaire- de ZO, qui accepte a contre-coeur, se substituer aux flics n'est pas vraiment dans les habitudes des anarchistes, à condition cependant que tout le groupe valide.

Lire JB Pouy, c'est souvent entrer dans un monde où l'humour est présent, décalé, noir. Mais aussi rencontrer des personnages hors normes, des anti-héros aux multiples questionnements. Cette fois-ci, il met ses personnages à poil. Une bonne façon de tracer leurs portraits au plus près. Et à travers leurs querelles, leurs rapprochements, leurs questions sur le choix de société, chacun se dévoile assez intimement. 

Puis, plus globalement, comme souvent chez l'auteur, c'est le contexte qui est le intéressant. Le groupe libertaire a décidé de s'occuper de la mort de Rosa, en partie parce qu'elle pourrait être la fille du célèbre Buenaventura Durutti, anarchiste espagnol. Et là, JB Pouy de nous instruire sur le mouvement anarchiste : je connaissais le groupe de musique The Durutti Column, mais j'avoue que je ne savais pas d'où il tenait son nom, inculture quand tu nous tiens. Puis, c'est dans les discussions, les choix, les réunions que l'on apprend la vie au sein d'un collectif libertaire. JB Pouy y met beaucoup de sympathie, se moque gentiment, mais on le sent proche de ces gens qu'il décrit. Je l'imagine aisément -pas forcément à oilpé-, au travers des lectures que j'ai pu faire de lui, flirter -ou plus- dans ce monde. 

Voilà donc une lecture fort plaisante et instructive qui saura plaire à tous ceux qui se posent des questions sur la société actuelle et qui résonne étrangement plus de dix ans après sa publication, par les événements de la fin d'année et du début de la nouvelle : les gilets jaunes bien sûr, mais aussi et surtout -pour moi- les mouvements écologistes qui tentent d’alerter l'opinion et les décideurs de la nécessité absolue de changer le monde sous peine de le voir disparaître.

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Pablo

Publié le par Yv

Pablo, Rascal, L'école des loisirs, 2019.....

Pablo est un poussin qui veut profiter de chaque instant avant de sortir de son œuf. Aussi, perce-t-il un trou d'abord pour un œil, puis un deuxième pour l'autre œil. Et ainsi de suite jusqu'à la sortie finale.

C'est un très bel album, en noir et blanc, au dessin on ne peut plus simple, minimaliste, épuré. Le texte est à l'avenant, court et va au plus direct, sans pour autant oublier de parler de choses essentielles, comme profiter de chaque instant, d'être contemplatif, heureux d'être là sur terre. Tout cela est fort beau et positif, facile et idéal à raconter à des tout-petits.

Je ne suis pas spécialiste des livres pour enfants, mais il fait partie des plus beaux que j'aie tenus entre mes mains. 

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