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Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation

Publié le par Yv

Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation, Abdennour Bidar, Les liens qui libèrent, 2018.....

Plaidoyer pour le revenu universel qui permettra selon l'auteur de libérer chacun des chaînes du travail et de vivre enfin en hommes libres, de ne plus attendre les vacances ou les week-ends pour s'adonner à ses passions, ses envies, ses relations,... 

Autant vous dire tout de suite, la question du revenu universel me taraude depuis que Benoît Hamon, l'a mise sur la table lors de la dernière campagne électorale présidentielle. Depuis, je me suis un peu renseigné et si l'idée me paraît bonne, les écueils sont nombreux. Abdennour Bidar s'empare de cette question et répond à toutes les objections, les questions sans rejeter les difficultés, ceux qui profiteront du système -il y a toujours des gens qui profitent et détournent les bonnes idées à leur profit, il y en aura donc pour le revenu universel.

Le revenu universel, une utopie ? Sans doute, mais de laquelle on n'a jamais été aussi proche, dans nos sociétés qui se mécanisent, se robotisent, mettent les gens au chômage, les contraignent et les culpabilisent de ne pas avoir de boulot et les punissent même et les poussant à la pauvreté. Abdennour Bidar est lucide et sait bien que pour que cette idée fonctionne, il faut briser des chaînes :

"La première nous lie au travail : elle nous contraint de travailler pour gagner de l'argent. La deuxième nous lie à la consommation : c'est elle qui rend l'argent désirable, et qui nous motive donc à travailler. L'individu est contraint de travailler parce que c'est le seul moyen d'accéder à ce que la société de consommation l'a conditionné à voir comme le bonheur : posséder. Travailler plus pour gagner plus pour dépenser plus. Tel est le cercle vicieux où beaucoup d'existences tournent en rond." (p.30)

A la suite du constat, le philosophe déroule son raisonnement très réaliste et non pas purement intellectuel. Je pourrais vous citer toutes les pages que j'ai notées mais ce serait long. Il propose ni plus ni moins qu'un changement de société, la nôtre, capitaliste, étant à bout de souffle. C'est une charge virulente, énervée et lucide contre ce capitalisme qui a réduit les hommes en esclavage et qui compte bien en profiter encore longtemps. L'homme ne s'épanouira en tant qu'individu et en tant qu'appartenant à un groupe que lorsqu'il pourra prendre du temps pour lui et pour autrui. 

La réflexion d'Abdennour Bidar est poussée, fine, intelligente et sans concession. Je la rapproche d'un petit ouvrage dont j'ai déjà parlé ici et qui abordait (en 1880, pas sous l'angle du revenu universel), le rapport des hommes au travail, Le droit à la paresse de Paul Lafargue.

Très accessible et court (110 pages), l'essai d'Abdennour Bidar est à lire de toute urgence pour qui sent bien que la société actuelle est finie et qu'il faut en changer. Pour les autres aussi, c'est une belle source de réflexion et de discussion. En ces temps très troublés, il me semble tout indiqué.

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Avez-vous lu les classiques de la littérature ?

Publié le par Yv

Avez-vous lu les classiques de la littérature ?, Soledad Bravi, Pascale Frey, Rue de Sèvres, 2018.....

Eh bien voilà un livre que le titre résume parfaitement, surtout si l'on y ajoute le sous-titre : Résumés en images des romans éternels

Vingt titres hyper célèbres -et pour la majorité, que je n'ai pas lus- : Chéri de Colette, Le Malade imaginaire, Belle du seigneur, La métamorphose, A la recherche du temps perdu, Les misérables, Gatsby le magnifique, ... Autant d'incontournables qui, grâce à cette BD deviennent familiers et dont on pourra causer librement dans les soirées sans dire qu'on ne les a pas lus. En plus, en une heure, on peut parfaire sa culture sur vingt classiques, souvent épais. Imbattable. J'ajoute que les dessins sont très sobres et drôles, que les œuvres sont volontairement très résumées, ce qui rajoute un peu d'humour, parce que ainsi condensées, certaines peuvent apparaître légères alors que bien évidemment, elles ne le sont pas.

Franchement, ne boudons pas notre plaisir, cette BD servira soit d'apport culturel soit de teaser comme on dit en bon français pour lire ou relire les ouvrages dont il est question. Et un album qui peut donner envie de lire des classiques est forcément à conseiller.

J'ajoute que Soledad Bravi n'en est pas à son coup d'essai qui régulièrement publie ses dessins dans le magazine Elle et qui a aussi fait des livres : La BD de Soledad, Bart is back, Pourquoi y a-t-il des inégalités entre les hommes et les femmes ? et que Pascale Frey est journaliste littéraire au même magazine et qu'elle a créé le site www.onlalu.com

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L'homme qui avait recueilli les dernières paroles de Gunnar Andersson

Publié le par Yv

L'homme qui avait recueilli les dernières paroles de Gunnar Andersson, Henri Bonetti, Cohen&Cohen, 2018.....

Si la ville n'est jamais nommé, on y reconnaît Marseille. Marseille en pleine canicule de l'été 2003. Samba fugue parce que ses parents ne veulent pas qu'il vive avec Fatou, enceinte, à cause d'une superstition africaine. Oreste Pappalardo, ex-gros bras d'un caïd local, reconverti en gardien de musée, a pris Samba en affection. Le jour où Oreste lui parle d'un tableau d'Adolphe Monticelli, peintre local et inspirateur du grand Van Gogh, Samba se méprend sur la valeur réelle du tableau et le vole. Ensuite, les événements tragiques s'enchaînent.

Excellent roman noir à multiples entrées et qui malgré cette donnée souvent perturbante pour un pauvre lecteur vite perdu comme moi, se suit sans perdre le fil ni de vue le tableau. Toutes ces entrées convergent vers la toile de Monticelli. Il y a Isabella la flicque, Samba et Fatou, Oreste le sage, Perrodil le mécène et Urbain le propriétaire du tableau, Karim le privé, Step le tueur, et encore d'autres personnages : un commissaire obsédé, un délégué syndical pas très clair, des marlous, des caïds, des tués par erreur ou précipitation, ... et Gunnar Andersson, que personnellement je ne connaissais pas, ex-joueur de foot, gloire de l'Olympique de Marseille des années 50. 

Tout cela s'imbrique parfaitement et en quelques retours en arrière lorsqu'on change de narrateur, le lecteur capte la totalité de l'affaire. Il y a en plus, Karim, le privé qui raconte en italique et après coup son histoire à un nègre chargé d'écrire sa bio et qui explique bien des choses. 

Henri Bonetti construit son roman de manière très originale, ce qui rend son histoire diablement intéressante et  changeante. Et la légèreté du début s'efface bientôt au profit d'une noirceur qui n'est néanmoins jamais délestée totalement d'un certain humour. L'histoire devient au fil des pages plus profonde qu'il n'y paraissait au départ, parle de la jeunesse d'origine étrangère d'il y a quinze ans, du poids des traditions familiales, du monde des petits malfrats, des flics corrompus, ...

Une vraie belle histoire avec des personnages nombreux et attachants arrivés là-dedans par hasard, qui tourne autour d'un tableau et d'un peintre méconnu, Monticelli, qui pourtant fut un modèle pour Van Gogh. C'est cela qui est bien dans les polars de Cohen&Cohen, on apprend toujours sur l'art, la peinture en particulier. Et Henri Bonetti de nous intéresser à Monticelli avec élégance et parfois parler local. et Gunnar Andersson, le footballeur dans tout cela ? Eh bien, vous le saurez en lisant ce formidable polar.

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