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Tuez-les tous... mais pas ici

Publié le par Yv

Tuez-les tous... mais pas ici, Pierre Pouchairet, Sang neuf (Plon), 2018.....

Lorsque leur fille Julie disparaît, Louis et Martine Loubriac, divorcés, sont loin de penser qu'elle a pu partir en Syrie pour rejoindre son petit ami radicalisé. C'est Louis, ex-flic, ex-journaliste, guitariste et chanteur de blues dans le bar de sa compagne, qui va tenter de suivre la piste de Julie, aidé par un mystérieux commandant de la DGSI qui lui donne pas mal de renseignements tout en lui demandant de ne point trop en faire. Mais Louis et Martine sont prêts à tout pour revoir leur fille en vie.

Si jusqu'ici la collection Sang neuf de Plon ne m'avait pas totalement convaincu (sauf Justice soit-elle, de Marie Vindy), je dois dire que ce dernier polar m'a tenu en haleine voire éveillé jusqu'à ses ultimes lignes et que jamais je n'ai eu l'envie de le refermer, ce qu'il a pourtant bien fallu faire à contre-cœur, car je n'ai pas trouvé la possibilité de lire 460 pages d'une traite !

Entre Quimper et l'île Tudy où habitent les Loubriac  (et le lieu d'écriture du roman)  et la Turquie et la Syrie, Pierre Pouchairet nous fait voyager dans des conditions éprouvantes et angoissantes. Très documenté, ce polar est habilement construit, le lecteur en sait plus que les parents de Julie mais se pose beaucoup de questions sur les rôles de tous les protagonistes. Entre vengeance, manipulations des services de renseignements, pontes qui tirent des ficelles ensanglantées et qui ne craignent pas quelques morts en plus, secrets d'état et guerre contre le terrorisme, l'intrigue est touffue, dense à tel point que je me suis demandé comment le romancier allait pouvoir nous l'expliquer aisément. Pierre Pouchairet, ex-flic, qui a publié pas mal chez Jigal -dont La prophétie de Langley- s'en sort haut la main et tout est limpide malgré un nombre d'intervenants important, des connexions entre certains que je n'imaginais pas et des enjeux lourds et graves. 

Bluffé, je l'ai été tout au long du livre. Je me suis laissé embarquer dans la fiction construite par l'auteur et la partie "réelle", celle de l'extrémisme et des réseaux permettant à des jeunes radicalisés de partir en Syrie est passionnante. Tout est plus compliqué que les journaux papiers ou radio et télé veulent -et peuvent- nous l'expliquer -enfin, pour ceux qui les regardent ou les lisent-, même si évidemment, je mesure bien que Pierre Pouchairet construit une oeuvre de fiction et que toute ressemblance de ses personnages et situations avec des personnages ou situations existantes ne saurait être que fortuite. 

Ce roman noir sorti mi-janvier est excellent, passer à côté serait une erreur monumentale.

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Un océan d'amour

Publié le par Yv

Un océan d'amour, Lupano et Panaccione, Delcourt, 2014....

Un coin de Bretagne, un matin dès potron-minet, un petit homme se lève, prend son petit-déjeuner préparé par sa femme qui arbore la toilette traditionnelle du pays, se douche et rejoint son bateau de pêche, puis, avec son matelot part sur la mer. La suite est une ribambelle d'aventures pour lui et elle, incroyables et drôles.

Après tout le monde, je dégaine Un océan d'amour, qui fit grand bruit à sa sortie. Grand bruit, d'abord parce que cette bande dessinée est excellente et ensuite parce qu'elle est sans parole. Tout passe par le dessin de Grégory Panaccione absolument génial, n'ayons pas peur des mots. Ses personnages sont très expressifs et l'on comprend bien tous les sentiments et les sensations par lesquels ils passent. Le dessin est assez sobre, qui fait la part belle aux hommes et femmes. Le scénario de Wilfrid Lupano n'est pas en reste et si les situations tragi-comiques prêtent évidemment à rire, certaines cases parlent d'écologie, de pollution des océans, des pétroliers qui dégazent, ... C'est tendre, beau, profondément humain, aventureux, il y a plein de sardines en boîtes, une mouette gourmande, et des invités suprises.

Je ne vais pas en faire des caisses sur cet album, écrire trois pages sur un album muet, ce serait un comble, mais franchement, s'il y a encore, en France -et ailleurs- des gens qui ne l'ont pas lu, un bon conseil : qu'ils courent à la bibliothèque ou à la librairie et se jettent dessus. Coup de cœur assuré.

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San Antonio a du monde

Publié le par Yv

On t'enverra du monde, San Antonio (Frédéric Dard), Fleuve noir, 1959...,

La tuile, l'énorme tuile. Madame Béru, Berthe de son petit nom a disparu. Le Gros est dans tous ses états et San Antonio qui ne le prend pas au sérieux, qui pense que la Berthe est partie se réfugier dans les bras d'Alfred, son amant régulier, coiffeur de son état. Mais Béru et Alfred sont unanimes, Berthe a disparu, et les deux hommes de ne pas parvenir à se consoler. Lorsque Berthe réapparaît, elle dégoise une drôle d'histoire qui, si elle ne parvient qu'à peine aux oreilles de ses deux réguliers, mari et amant, titille celles du commissaire San Antonio qui y verrait bien là le début d'une nouvelle aventure.

 

 

Meurs pas, on a du monde, San Antonio (Frédéric Dard), Fleuve noir, 1980...,

En voyage à Genève, San Antonio, dès l'aéroport tombe sur un cadavre, celui du préposé aux bagages, mais n'étant pas du coin, laisse les autorités helvètes s'occuper du macchabée. Puis, intrigué par une étrange valise, il la suit, se fait repérer et se retrouve dans une nouvelle histoire, un sac de noeuds ou de serpents puisque nombreux sont-ils de ce genre à fréquenter les pages de ce volume. Par hasard, San Antonio rencontre la délicieuse Marie-Marie, celle pour qui il pourrait bien renoncer à pas mal de ses habitudes...

Je profite d'une disette en nouveautés ou au moins d'un manque d'attrait pour icelles -sauf celles qui précèdent cet article et celles qui le suivent, of course- pour me (re)faire des classiques. Bon, certes, on n'est pas dans Molière, Marivaux ou Balzac voire Proust et d'aucuns ne qualifieraient pas les San Antonio de classiques, mais arrêtez-moi si j'me goure, San Antonio, c'en est bien du classique, non ? 

Ces deux numéros, écrits à vingt ans d'intervalle ont en commun un titre (ou quasiment, on ne va pas chipoter), et évidemment les personnages. Dans le second, la galerie est plus étoffée avec Félix et Marie-Marie. Que dire, que dire ? Si ce n'est que lire un Frédéric Dard de temps en temps, ça ne fait pas de mal. C'est même tout le contraire, ça détend les zygomatiques, ça permet de renouer avec une langue absolument magique et fleurie, argotique et inventive. Alors deux à la suite, vous imaginez la gymnastique faciale...

Les enquêtes finalement, je m'en moque, ce qui me plaît le plus, ce sont les saillies de l'auteur, ses  digressions et les rapports que tous ses personnages entretiennent entre eux. Et là, je suis aux anges, je ris, je savoure, je me gausse... Rien à dire San Antonio, c'est du classique, du (pas) sérieux. 

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Une verrière sous le ciel

Publié le par Yv

Une verrière sous le ciel, Lenka Horňáková-Civade, Alma, 2018...,

Fin 1988, une jeune femme, Ana, dix-huit ans à peine, tchèque, sur le quai de la gare de l'est à Paris au retour d'une colonie organisée par le parti, décide de ne pas rentrer chez elle. Elle part, erre dans les rues de la capitale, se retrouve au Père Lachaise, sur la tombe d'Amedeo Modigliani. C'est là que Grofka, une femme belle et étrange lui vient en aide et lui propose d'être hébergée dans l'arrière salle d'un café tenu par Bernard. C'est donc dans ce café que Ana apprendra les coutumes et les habitudes françaises. Sur les conseils de Grofka, elle restera muette, aidera Bernard au café et rencontrera les piliers de ce petit bistrot de quartier. 

Un peu long et traînant parfois, ce roman gagne cependant à être découvert et son auteure à être lue. Je l'avais déjà rencontrée dans son précédent et très bon opus Giboulées de soleil. Cette fois-ci encore elle décrit une femme, Ana qui va se découvrir et se révéler au fil des pages. De jeune femme fragile et timide, elle devient une femme avec des envies, des désirs qu'elle compte bien réaliser. Elle s'y autorisera et l'on sent bien, une fois le livre fermé qu'à l'aube de ses vingt ans, l'avenir lui appartient et qu'elle fera tout pour le façonner à ses souhaits. 

Lenka Horňáková-Civade écrit de très belles pages sur la création qu'elle soit littéraire ou picturale, car l'un de ses personnages est peintre et la verrière du titre protège son atelier autant qu'elle y fait entrer la lumière. A noter que l'auteure est aussi peintre et née dans l'actuelle république Tchèque, elle parle donc ce de ce qu'elle connaît bien. J'ai bien aimé également les pages sur la manière dont l'éducation, les règles de la société dans laquelle on vit nous forge ; comment ce qui nous est inculqué nous reste à vie, mais que tout cela peut être tempéré ou accentué par les rencontres, ce que l'on apprend des autres. Elle explique bien aussi comment un symbole, une date, un rite particulier d'un pays n'est pas le même dans un autre. Elle prend l'exemple du 1er mai en France et en ex-Tchécoslovaquie où là-bas, il fallait défiler à la gloire du pays. 

C'est bien vu, cela permet de changer un peu sa manière de voir les choses, et de se rappeler tout ce que peut nous apporter l'autre, surtout lorsqu'il est étranger, un formidable contre-pied au discours de peur et de haine contre les réfugiés actuels passés et futurs.

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Converti à Jaffa

Publié le par Yv

Converti à Jaffa, Marek Hłasko , Mirobole, 2018 (traduit par Charles Zaremba)...

"Dans l'Israël de la fin des années 60, en pleine saison des pluies, deux escrocs désabusés survivent en échafaudant des arnaques au mariage -Robert invente des scénarios qui attendriront les femmes vieillissantes et le feront payer, Jacob jouera la comédie. Leur prochaine cible est un couple de Canadiens : un pasteur protestant et sa femme. Le pasteur, venu en Israël pour convertir des juifs au christianisme, s'apprête à rentrer bredouille dans son pays. L'échec de la mission qu'il s'était fixée le pousse à boire. Jacob prend le missionnaire en pitié et se fait passer pour un juif désirant recevoir le baptême..." (4ème de couverture)

Marek Hłasko (1934-1969) est un écrivain polonais qui a fui le communisme en 1958 et n'a jamais pu retourner dans son pays. Il a mené une vie aventureuse et folle entre la France, les Etats-Unis et Israël. A l'instar de Jack Kerouac auquel il est parfois comparé, ses récits entremêlent réalité et fiction. Il sera obligé d'occuper moult emplois pour vivre, l'écriture ne le nourrissant pas. Converti à Jaffa (écrit en 1965) est le deuxième livre traduit en français par les éditions Mirobole, le premier -que je n'ai pas lu- est La mort du deuxième chien.

Ma première impression de lecture est hésitante : on accompagne pendant une petite partie de leur vie ces deux escrocs à la petite semaine. C'est une tranche de vie, une fois que la lecture est finie chacun retrouve ses pénates. Le livre est très dialogué et se rapproche de lectures d'auteurs étasuniens de l'époque, tant des romans classiques que des polars. Il faut aimer le genre. Ce qui n'est pas a priori mon cas. J'avoue à ma grande honte -le rouge me monte aux joues- n'avoir jamais lu Kerouac ni n'avoir envie de le lire. Malgré mes hésitations,  j'ai suivi les tribulations des deux héros sans m'ennuyer mais sans doute sans tout comprendre. Pourtant, l'écriture est très accessible, familière, et le livre peu épais. Tout pour plaire quoi.

Ce que j'aime bien chez les éditeurs dits petits, comme Mirobole, c'est qu'ils me font découvrir des auteurs oubliés ou d'autres actuels pas encore connus, d'autres pays avec donc des cultures et des apports très différents. Mission remplie encore une fois avec ce roman à découvrir qui débute ainsi :

"Tout irait bien, si ce n'était Robert. On a engrangé un peu de fric à Tel Aviv, et nous voilà en route pour Tibériade avec un nouveau chien. J'examine la bête pendant que les passagers de l'autocar dorment." (p.15)

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La passion de Dodin-Bouffant

Publié le par Yv

La passion de Dodin-Bouffant, Mathieu Burniat, Dargaud, 2014....

Dodin-Bouffant est un gourmet, un passionné de cuisine en ce milieu de 19ème siècle. Mais Eugènie, sa cuisinière émérite, celle avec qui il préparait des plats fabuleux, meurt brusquement. Avant la déprime totale, les amis de Dodin-Bouffant eux-mêmes fins gourmets, lui suggèrent de rechercher une nouvelle perle rare, celle qui saura de nouveau émoustiller leurs papilles. Dodin-Bouffant reçoit alors de nombreuses candidates. 

Mathieu Burniat met en dessins le roman de Marcel Rouff (1887-1936), La vie et la passion de Dodin-Bouffant, gourmet,  qui fut écrit un peu avant la grande guerre et publié un peu après, en 1924, car au sortir de la guerre il eut été inopportun et malhabile de faire la promotion d'un livre qui met en exergue une passion à laquelle beaucoup de gens ne pouvaient même par rêver.

Futilité et légèreté sont au rendez-vous dans le fond mais aussi dans la forme, car le dessin de Mathieu Burniat prête aux sourires : voyez ne serait-ce que la couverture. Les festins sont pantagruéliques, je ne sais même pas comment ils faisaient à cette époque pour ingurgiter autant de victuailles et surtout pour être toujours capables d'en sentir le moindre aliment, la plus petite épice. Moi, il y a longtemps que mes papilles et mon estomac auraient décliné toute responsabilité dans les effets secondaires. 

Ces considérations personnelles sur la faiblesse de mon foie et des mes organes digestifs évacuées, je dois dire que j'ai passé un très bon moment avec cette BD originale. Dès lors, deux options s'ouvrent à vous :

- soit vous la lisez le ventre vide et risquez de vous précipiter sur votre garde-manger ou réfrigérateur pour faire bombance mais vous exposez à une déception avec ce que vous avez en réserve par rapport aux menus de Dodin-Bouffant

- soit vous la lisez le ventre plein, mais attention, le risque dénoncé ci-dessus n'est pas pour autant exclu.

Bon appétit.

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