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Mon secret

Publié le par Yv

Mon secret, Niki de Saint Phalle, La Différence, 2017 (première parution, 1994).....

Niki de Saint Phalle (1930-2002), artiste reconnue pour ses superbes femmes voluptueuses et colorées, mais aussi pour ses œuvres à la carabine, fut aussi une petite fille abusée par son père. L'été de ses douze ans, dans une maison de vacances à quelques heures de New York. Ce livre est un cahier, celui dans lequel elle raconte sous forme de lettre à une certaine Laura, comment ce banquier digne et honorable la viola.

C’est un livre très court et d’un format bande dessinée (24x30), pages cartonnées, épaisses. Très aéré, l’écriture est enfantine et très franchement si comme moi, on n'a pas lu la quatrième de couverture et on ne sait pas de quoi il retourne, on se demande l’intérêt d’un tel ouvrage jusqu’à ces mots dès la cinquième page : "Ce même été, mon père –il avait 35 ans, glissa sa main dans ma culotte comme ces hommes infâmes dans les cinémas qui guettent les petites filles." Et puis, il n’en restera pas là. Cet été fut un calvaire pour Niki. Mais la suite ne fut pas plus facile. Dans ce monde il ne faut rien dire, son père est respectable et respecté. Même des années plus tard, "Les psychiatres ainsi, puisqu’ils ne reconnaissaient pas le crime dont j’avais été victime, prenaient inconsciemment le parti de mon père. Selon eux, aucun homme ne pouvait être blâmé de ne pas avoir pu résister à la séduction perverse d’une petite fille."

Et alors, l’on se dit que non seulement, contrairement aux premières impressions avant lecture, ce livre est nécessaire et utile, mais qu’en plus cette forme particulière, la reproduction d’une écriture enfantine, les lettres dessinées en forme de serpents, la brièveté du texte, tout cela donc en fait sa force. Tout cela renforce l’innocence de cette petite fille abusée et ses difficultés à en parler à des gens qui la comprennent et la conseillent et la soignent.

Voilà, comme quoi, une impression mitigée peut être totalement retournée par un livre, tant par sa forme –regardez cette belle couverture symbolique- que par le contenu, profondément émouvant, glaçant et révoltant.

Très belle réédition des éditions de la différence. 

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Ça coince ! (37)

Publié le par Yv

Les adolescents troglodytes, Emmanuelle Pagano, P.O.L, 2007.

"Adèle est conductrice de navette scolaire sur un plateau très isolé, en altitude. Elle transporte une dizaine d'enfants et d'adolescents, essentiellement des fratries, dont les histoires se mêlent à la sienne. Pendant les trajets, dans les intempéries, ses souvenirs, ses pensées, glissent sur les routes écartées, pendant que grands et petits parlent, se disputent, se taisent. Elle se souvient de son corps mal ajusté, de sa propre adolescence douloureuse. Adèle est une fille née dans un corps de garçon." (site éditeur)

A peine commencé ce roman, je suis perdu et plus j'avance plus je recule comme disait l'autre... Je n'y comprends rien et suis même obligé d'aller voir sur le site de l'éditeur un résumé, un indice qui m'aiguillera me permettra de me raccrocher à cette histoire à laquelle je n'entrave que dalle. Eh bien, même avec un résumé très détaillé, je n'y parviens pas. Déjà, être obligé d'aller voir de quoi il retourne sur d'autres supports ne me plaît pas, il est vrai que je ne lis quasiment jamais les quatrièmes de couvertures -celle-ci est vierge- et que je choisis mes lectures au titre, au nom de l'auteur et/ou de l'éditeur, et que parfois il faut un temps d'adaptation pour bien comprendre dans quelle histoire je suis, mais là, je suis totalement dans le flou.

Je voulais lire Emmanuelle Pagano dont j'ai entendu parler pas mal, bon, tant pis...

 

 

Buvard, Julia Kerninon, Le Rouergue, 2014..

Lou, jeune homme et lecteur averti a osé demander un interviouve à Caroline N. Spacek, la grande écrivaine depuis une vingtaine d'années, depuis son entrée fracassante en littérature à 19 ans. Elle le reçoit dans sa propriété d'Exeter dans la campagne anglaise. Lou y restera tout l'été, entre conversations, confidences. La vie de Caroline N. Spacek commence très loin des livres et du monde littéraire.

Rien à dire sur le style de Julia Kerninon, c'est bien écrit. Vif, fluide, moderne et classique à la fois. Tout va bien de ce côté-ci. Ce qui coince, c'est que je ne réussis pas à m'intéresser à ses personnages et à Caroline N. Spacek en particulier. Je ne trouve pas intéressant son parcours qui l'a menée jusqu'à l'écriture ni la suite dans laquelle elle écrit jusqu'à occulter totalement sa vie et celle de ceux qui l'entourent. Je trouve l'ensemble froid et fade, mais je redis bien que ce n'est que mon impression, puisque ce livre fut couronné de succès et notamment de prix littéraires. En fait, je m'ennuie, c'est peut-être le découpage voire la mise en pages -les dialogues insérés dans le texte, juste en italique-, je cherche, je cherche... Me reste une sensation, une impression d'un livre qui ne me touche pas et ne restera donc pas dans ma mémoire.

Bon voilà, j'ai voulu essayer deux auteures que je ne connaissais que de nom, manifestement, mon essai n'est pas transformé, mais pas grave, je retenterai.

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L'Ange gardien

Publié le par Yv

L'Ange gardien, Raymond Penblanc, Lunatique, 2017....

Rien ne va plus à l'institution de la Mère-Dieu. Une jeune fille, pensionnaire, est retrouvée étranglée. L'émotion est à son acmé et beaucoup de parents menacent de retirer leurs filles de cet endroit. L'ange gardien, homme à tout faire de l'institution, veille. Il voit tout, comprend tout et relate à nous lecteurs tout ce qui se passe au sein de l'établissement.

Vous dire que j'ai tout compris à ce roman qui commence formidablement bien, serait exagéré :

"Lorsqu'il a étranglé la fille, elle se trouvait juchée sur sa table, jupe retroussée, cuisses écartées. A-t-on idée de grimper sur sa table quand on est élève à l'institution de la Mère-Dieu ? Ici, c'est genoux serrés et bouche cousue (ça devrait l'être, c'était comme ça avant. Avant, c'est-à-dire avant l'arrivée de monsieur Rouste, le nouveau directeur)." (p.9)

La suite, eh bien j'ai commencé en me perdant un peu entre les noms des différents personnages, leurs fonctions, leurs rôles dans cette histoire, leur folie, leur décalage total avec la réalité, jusqu'à ce que je me dise : "Mon petit gars, laisse-toi porter par les mots plus que par leur sens !" Et oui, lorsque je me parle, je m'appelle mon petit gars, parce que comme disait le regretté Pierre Desproges, si je m'appelle ma petite fille, ça m'excite et après je réponds plus de rien... Et c'est ce que j'ai fait. Et ça fonctionne. En fait, pour tout vous expliquer, je suis du genre à vouloir comprendre phrase par phrase voire mot par mot. Ce qui explique mon incapacité à lire et comprendre de la philosophie par exemple pour laquelle, il faut globaliser la compréhension par paragraphe voire par chapitre... Or, ce roman, comme d'autres nécessite un recul et un mode de lecture différent du mien, un lâcher prise sur le sens. Je l'ai donc lu de la même façon que lorsque j'ai lu des livres des surréalistes ou que je peux lire des livres absurdes. L'histoire est là avec beaucoup de digressions, d'apartés que je ne comprends pas forcément, mais dont j'apprécie le son, la couleur. Parce que ce qui est indéniable, c'est que Raymond Penblanc a une belle écriture, beaucoup de finesse, des jeux de mots, de l'humour, de la tendresse et de la vacherie aussi. Il n'est pas tendre avec ses personnages, même si certains bénéficient d'une description plus clémente, ceux en qui on peut encore avoir de l'espoir. Absurde, décalé, fou, que de beaux qualificatifs pour un roman.

Attention, ce n'est pas parce qu'il y a un meurtre que c'est un polar. Lire ce roman c'est accepter d'entrer dans une institution un peu particulière et de se laisser porter par les mots de l'auteur. Évidemment, cette chronique n'est qu'un ressenti très personnel et peut-être d'autres lecteurs y trouveront d'autres choses, ce qui ne m'étonnerait pas, c'est un livre à plusieurs lectures.

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La malédiction de Gustave Babel

Publié le par Yv

La malédiction de Gustave Babel. Un récit des contes de la Pieuvre, Gess, Delcourt, 2017.....

1925, Gustave Babel, ex-tueur de la Pieuvre, la mafia parisienne, vient de se faire tirer dessus, en Argentine où il vit depuis plusieurs années. Alors qu'il agonise et qu'il sent la vie quitter son corps, Gustave se souvient de ce qui l'a mené là. Gustave souffre d'amnésie sur son enfance et son adolescence, c'est après son premier contrat qu'il fait des rêves étranges, violents et bizarres, des rêves qui pourraient bien le diriger vers son enfance et ses souvenirs enfouis.

Alors, alors, alors,... comment parler de ce roman graphique qui est étonnant, totalement barré, bizarre, beau, fort, loin de tout ce que j'ai pu lire en BD, qui part dans des délires oniriques et revient sur des contingences très terre à terre ? Tout d'abord, en ouvrant l'ouvrage, j'ai été surpris par le dessin qui n'est pas celui a priori que je préfère, mais au fil des pages, je change d'avis et deviens très amateur de ce trait. Ce qui joue en faveur de cette BD, c'est que son auteur use de différents styles, la classique avec phylactères, des cases avec un texte à côté, des grandes cases, des petites voire des toutes petites, rien n'est prévisible et j'adore ça. Les couleurs également changent en fonction des lieux, des périodes, du rêve ou de la réalité. Un coup colorées, un autre monochromes (sépia, jaunes, noires, bleues, marron, ...). Des références à foison, à la peinture, la littérature, le cinéma (il m'a semblé rencontrer un sosie de Depardieu). Et puis surtout de la poésie. Baudelaire traverse l'œuvre de Gess du début à la fin. Des poèmes, notamment  Une charogne, sont cités qui guident Gustave dans sa vie, l'aident à supporter ses absences de souvenirs.

Venons-en justement à Gustave Babel, tueur à gages de la Pieuvre, parlant toutes les langues du monde, c'est un don. Coup de cheveux improbable, faciès pas des plus attirants. Ce qui le tracasse c'est que ses premiers contrats sont morts avant qu'il n'arrive et qu'ils viennent le troubler dans ses rêves menés par un étrange Hypnotiseur. Le début de la BD est déroutant et je me suis demandé ce qui m'avait pris de l'ouvrir. Mais la suite est excellente et si l'on se laisse porter, on va sans encombre jusqu'à la fin où tout s'explique. En revenant au début, après ma lecture, je me suis même demandé pourquoi j'avais eu ces hésitations.

J'ai passé un moment -assez long quand même (mais pas trop, au contraire), presque 200 pages- formidable et si je classe cette BD dans mes coups de cœur, c'est qu'elle m'a cueilli, m'a surpris ; j'adore qu'un auteur se joue de moi et parvienne à me surprendre. Tout est bath dans l'ouvrage, inattendu les dessins, le scénario. Sortez de l'ordinaire, lisez La malédiction de Gustave Babel.

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Infinity 8. Retour vers le Führer

Publié le par Yv

Infinity 8. Retour vers le Fürher, Lewis Trondheim, Olivier Vatine, Rue de Sèvres, 2017.....

"Reboot à bord de l'Infinty 8 ! La première mission ayant tourné court suite à l'attaque d'une espèce nécrophage, le Capitaine, capable d'explorer plusieurs futurs alternatifs, lance une nouvelle trame temporelle et active un nouvel agent. L'incontrôlable Stella Moonricker ne disposera à son tour que de 8 heures pour explorer la nécropole et en découvrir l'origine... Au programme de ce deuxième épisode : des mugs nazis, des ballons nazis, un gâteau nazi, un robot à sarcasmes, un peu de cuir et beaucoup de selfies !" (4ème de couverture)

Et voici donc la deuxième aventure à bord du vaisseau YSS 'Infinity'. Cette fois-ci Lewis Trondhein scénarise et Olivier Vatine dessine et co-scénarise. J'aime beaucoup son dessin, très coloré, naïf, je le trouve assez décalé de l'univers SF de la série et dans le même temps, totalement raccord. Traits clairs qui tranchent avec le dessin beaucoup plus chargé de Romance et macchabées. L'héroïne, Stella Moonricker est effectivement incontrôlable, franche et directe. La voici plongée dans une histoire de renaissance du nazisme -si tant est qu'il fût mort-, qui se déroule dans l'espace. Le scénario est fin et l'on comprend très vite les mécanismes de la théorie nazie et des théories raciales en général. L'avantage, c'est que ce bouquin est à mettre en toutes les mains et qu'il pourra parler aux plus jeunes d'entre nous qui peuvent être assez peu au fait des atrocités de la guerre 39/45. Les jeunes que j'accueille, ado et pré-ado avaient tendance à minimiser l'horreur de la solution finale, des camps de concentration, non pas par négationnisme, mais par méconnaissance. Cette discussion assez récente m'a franchement affolé sur ce que retiennent nos jeunes des programmes scolaires voire des programmes eux-mêmes.

Il est donc bon que par différents moyens, ils prennent conscience de ce que furent la guerre et la shoah et qu'ils aient à l'esprit qu'il faut être vigilant et ne rien laisser passer sous peine d'un retour à des théories raciales, des théories de supériorité d'une couleur sur une autre, ... Les langues se délient et pas pour le meilleur, les insultes et injures racistes, antisémites, homophobes, sexistes, ... se multiplient sous le couvert de l'anonymat d'Internet. Ça fait peur, raison de plus pour ne rien laisser passer et pour informer. Cette BD en plus d’être un très bon moment de lecture aidera à la réflexion et à la discussion. Vivement le tome 3 !

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Infinity 8. Romance et macchabées

Publié le par Yv

Infinity 8. Romance et macchabées, Dominique Bertail, Lewis Trondheim, Zep, Rue de Sèvres, 2017....

Yoko Kunen est agent de police sur un vaisseau spatial en partance vers la galaxie d'Andromède. 880 000 passagers, 257 races et 1583 humains. Yoko scanne tous les mâles qu'elle rencontre pour savoir lequel sera le père de l'enfant qu'elle veut. Lorsque le vaisseau est bloqué par un amas d'artefacts, c'est elle qui doit sortir pour voir de quoi il retourne.

J'ai déjà parlé de cette bande dessinée lors de sa parution en comics, c'est ici : Infinity 8, je vous laisse le soin de relire mon article pour vous faire une idée plus précise. Cette fois-ci, l'ouvrage dont je parle est la première aventure complète au sein du vaisseau YSS 'Infinity'. Pour être plus précis, cette série comptera huit tomes qui chacun racontera une aventure avec un héros différent -en l'occurrence, pour le tome 1, une héroïne, Yoko Kunen. Seuls les tomes 1 et 2 se sont déclinés en comics, et font l'objet également d'un album intégral. Les autres ne seront qu'en albums. Suis-je clair ?

Huit histoires, le Capitaine du vaisseau, capable d'explorer huit futurs alternatifs, reboote chacun à la fin de l'histoire et passe à une autre. J'ai donc pu lire la fin de l'aventure avec Yoko Kunen, que je ne vous raconterai évidemment pas, la seule chose que je peux vous dire c'est que la joie que j'ai eue à lire le début de l'aventure ne s'est pas évaporée sur la fin. Et puis, j'aime bien cette idée, de différentes histoires dans le même lieu, avec des scénaristes et dessinateurs différents à chaque fois. 

Le projet est piloté par Lewis Trondheim (direction scénaristique) et Olivier Vatine (direction artistique). Beaucoup d'autres bédéistes interviendront sur cette série, comme Dominique Bertail au dessin et Zep au scénario pour Romance et macchabées.

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