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Akhänguetnö et sa bande

Publié le par Yv

Akhänguetnö et sa bande, Samuel Sutra, Flamant noir, 2015 (première publication, 2013).....

Tonton, le malfrat, que dis-je ? Tonton, The king of the malfrats se réveille une nuit, alerté par des bruits suspects dans son jardin. Une bande de rigolos est en train de dévaliser son sous-sol après avoir creusé sous le massif de pensées. Sauf que Tonton ne comprend pas : à part des macchabées que lui-même a envoyés ad patres et que Gérard son fidèle second a enterrés ici-même et peut-être quelques rares spécimens que feu son papa au cour de ses cinq décennies de truande a dû planquer lui aussi dans la grande propriété, rien dans son souplex terreux ne vaut qu'on le fore. A part peut-être déterrer un cadavre et le faire chanter -pas le cadavre bien sûr, Tonton ? Mais Tonton ne sait décidément pas ce qu'il a pu enterrer sous ses pensées.

Lorsque je vous aurais signalé que ce roman est sous-titré Tonton, la momie, et Seth et Ra, outre le jeu de mots, vous comprendrez aisément qu'il sera question d'égyptologie. Akhänguetnö -pas facile à écrire, il faut se concentrer un peu- était un pharaon dont le sarcophage et les trésors qu'il contenait ont disparu sitôt sa découverte.

Tonton et sa bande sont de retour, chouette ! En fait oui et non, Flamant noir, l'excellente maison spécialisée dans le roman noir réédite les premiers tomes de la série et je ne les lis donc pas dans l'ordre d'écriture, mais peu importe, chacun peut se lire séparément. Akhänguetnö est estampillé numéro 3, mais j'ai déjà succombé à Le bazar et la nécessité et La bonne, la brute et la truande, tomes 4 et 5. Vivement que les deux premiers volumes soient disponibles, je piaffe d'impatience...

Bon revenons à nos égyptologues de circonstance, Tonton rameutant toute son équipe pour découvrir ce qui lui a été fauché, et sévir, car personne ne peut ni ne doit se permettre d'entrer chez lui, de perforer son parc et de repartir avec quelque chose lui appartenant même acquis de manière irrégulière. Si en plus, il s'avère que c'est un bien familial légué par papa, alors Tonton doit agir pour sauver l'honneur des Duçon (son nom de famille).

Après quelques ratés de lecture dont j'hésite encore à parler sur le blog, j'avais besoin de légèreté, une aventure totonesque était donc idéale. Une langue qui fait dans l'argot, le verlan, le parler des truands, les vrais, ceux qu'incarnaient Gabin, Ventura, Blier et toute la clique. Personnellement, à chaque fois que je lis un Tonton, j'ai en tête des scènes des Tontons flingueurs. Vous dire que c'est un bonheur à chaque page est un euphémisme. Entre Audiard, Lautner, San Antonio et Alexandre Astier dans Kaamelot, Samuel Sutra se réfère aussi à Alphonse Boudard qu'il me faut absolument lire, je sens mon inculture. Les dialogues sont irrésistibles de drôlerie ainsi que les personnages qui les mènent, disons qu'on comprend vite que Tonton est le cerveau -et aussi Mamour, l'aveugle affublé d'un teckel- et les autres les bras et les porte-flingues. Prenons Gérard, le second, le fossoyeur et ses tirades mémorables : "Tonton, sans charre, des macchabées, t'en as partout. Ton parc, c'est Pompéi ! T'as traversé une période de soldes où t'as liquidé à tour de bras. A tel point que les derniers, tellement qu'on manquait de place, j'ai dû les enterrer debout ! Les prochains, faudra d'ailleurs faire venir une benne de terre, histoire de bosser sur deux couches. Ou les pendre à tes saules." (p.19) Vous résistez à ce genre de phrases vous ? Moi, pas. Si en plus, l'intrigue est suffisamment tordue pour vous faire croire à tout moment qu'untel ou untel est coupable, et bien, le pari de l'auteur est très largement tenu : 100% des lecteurs sont ravis. Allez, une dernière tirade pour la route, celle d'Anatole, égyptologue, conservateur de musée qui vient d'expliquer à Tonton et sa bande qui était Akhänguetnö tout en s'abreuvant d'une prune flirtant avec le degré d'ébullition :

"La deuxième nouvelle, M'sieur Tonton, relève davantage d'un sentiment personnel, une sorte de mal-être, quelque chose d'intime. Vot'prune est en train de me dévaster les conduits et je crains l'incident. On s'oriente vers du grandiose. Si vous aviez moyen, dans la poignée de secondes qui viennent, de m'indiquer fissa les vatères, je sens venir un événement marquant, que mon falzard pourra dire "j'y étais !" (p.84)

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Il reste la poussière

Publié le par Yv

Il reste la poussière, Sandrine Collette, Denoël, 2016....

Patagonie, début XX° siècle ou toute fin du siècle précédent, la mère élève seule ses quatre fils : les jumeaux Mauro et Joaquin, puis Steban le débile, et Rafael le petit, le mal-aimé car né après la disparition du père. Malmené par ses frères, il trouve son équilibre auprès de son cheval, des chiens et dans les travaux à la ferme : s'occuper des bovins, des moutons. Le terrain est aride, pauvre et la vie très dure, tandis que les voisins engraissent leur bétail sur des terres grasses et riches. -Tu f... f'ras quoi, plus tard ? demande un jour Steban à Rafael. Le début des interrogations : rester à la ferme, dans ce milieu dur et violent ? Partir, couper le lien avec la seule manière de vivre qu'il connaisse ?

Que voilà un roman sombre, dur, violent, noir et en même temps passionnant et avec quelques lueurs d'espoir. En Patagonie, la mère a hérité d'une estancia dans un milieu désertique, hostile. Elle rapporte peu, même pas de quoi payer les dettes accumulées du temps du père et du grand-père, alcooliques. C'est une femme forte, au caractère d'acier qui élève ses fils à la dure. Aucun ne se rebelle ni même ne moufte. Durs à la tâche, ne gagnant rien, pas un peso pour aller à la ville de San Léon boire une bière ou voir les filles. Ils grandissent ne semant pas le moindre amour entre eux et ne récoltant donc rien, d'autant plus que leurs cœurs sont aussi secs que leurs terrains. La haine, la jalousie, la domination et la soumission par la force et puis le travail, l'abrutissement au travail, et encore du travail, sept jours sur sept. Rafael et Steban sont ceux dont on pense qu'ils pourront s'en sortir, plus sensibles, plus rabroués, tabassé même pour le petit. On sent qu'il pourrait faire quelque chose, mais osera-t-il quitter cette terre et sa famille ?

"- Les gars disent que ton estancia, c'est l'enfer sur terre. Joaquin se tourne vers les troupeaux sans répondre, perplexe. L'enfer. Merde, d'où ça sort, ça, qu'ils connaîtraient la ferme et la mère, qu'ils parlent de chez lui comme d'un abîme - ou alors certains sont venus pour les saisons, il ne les remet pas, c'était il y a longtemps car la mère a décidé depuis des années que ses fils suffiraient à la peine, mais tout de même, il a bonne mémoire lui Joaquin, surtout les visages, est-ce qu'ils étaient là pour les tontes ? L'enfer." (p.104)

Roman à multiples voix, tous les garçons, tour à tour, puis la mère et quelques autres personnages en fonction de leur arrivée dans l'histoire, ce qui nous donne plusieurs points de vue pour un même événement, ou des explications lorsque la mère remonte dans le temps. Une histoire âpre, sèche, dure, pas dans les mots mais dans les faits décrits, les personnages. Un roman sous tension, ce n'est pas pour rien que Sandrine Collette est connue pour ses romans au suspense très soutenu -comme Six fourmis blanches. Les paysages sont à l'avenant, rudes, secs, on les imagine très bien similaires à la couverture du bouquin (très belle, gris métallique, brillante). Pas vraiment de temps mort dans ce livre même s'il n'y a pas beaucoup d'actions, le rythme de travail est élevé, mais répétitif, la vie à l'estancia est répétitive, les mêmes gestes quotidiennement, Sandrine Collette en profite pour nous faire entrer dans les têtes de ses personnages, dans leurs questionnements, leurs doutes, leurs peurs, leurs faiblesses. Un texte aux phrases parfois sèches, courtes et d'autres passages aux phrases plus longues, très ponctuées, ce qui donne des rythmes différents tant dans l'histoire que dans la lecture. Une belle surprise, je m'attendais à une écriture moins travaillée, plus taillée pour un polar dans lequel -parfois, mais heureusement pas toujours- les auteurs s'attachent plus à l'intrigue qu'au style.

Vraiment bien vu, ce roman entre le noir et le western, étouffant, suffocant, ne vous lâchera pas.

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Femme de Vikings

Publié le par Yv

Femme de vikings, Carl Royer, La Musardine, 2016...,

Comté de York, nord de l'Angleterre, seconde moitié du IX° siècle, les Vikings à force de guerres menées contre les Saxons ont fini par s'installer. Ils font régner peur et violence. Lors de l'assaut d'un village, l'un des leurs est capturé. Très vite, Nora, une jeune saxonne tombe sous le charme de cet homme fort qui dégage une puissance indéniable. Nora, encore vierge s'initie au plaisir avec celui qui se nomme Halfdan. Elle l'aide même à s'échapper et le suit dans son village. Elle devient ainsi sa seconde femme, ce qui laisse de multiples possibilités d'accouplement et de débauches, surtout lorsqu'on sait qu'Halfdan à deux frères, qu'ils sont tous partageurs et que Nora aime la diversité.

De l'érotisme -assez chaud quand même- à la mode viking, historique donc et, renseignements pris, bien documenté, enfin pour l'histoire, pour l'érotisme, je ne sais pas si l'auteur a puisé dans des manuels ou s'il a fait appel à ses pratiques ou souvenirs voire fantasmes... Avant tout donc, ce roman est historique et raconte les affrontements entre Saxons et Vikings dans le comté de York. Il faudra attendre l'arrivé de Guillaume le Conquérant en 1066 -950 ans cette année et toujours une petite rancœur des Anglais à notre endroit- puis cinq années de guerres terribles pour pacifier la région.

Et puis, ce roman est aussi un roman érotique, très chaud donc, avec pas mal de scènes torrides notamment dans sa première partie intitulée Nora. La seconde partie, Denisc, en contient aussi notamment sur la fin, mais son début est basé sur les affrontements entre Saxons revanchards et Vikings sûrs de leur puissance. Car ils sont beaux, ils sont forts ces Vikings, et c'est ce qui fait craquer Nora, la jeune fille qui se révélera être une assoiffée de sexe, une nymphomane dirait-on maintenant. C'est le sexe qui lui permettra de parvenir à ses fins ; elle et Halfdan, "ils étaient fous, tous les deux, fous de sexe et c'était bien le sexe qui les menait, qui les dirigeait dans leur folie." (p.191)

Carl Royer fait preuve d'une belle plume -qu'il ne se met pas là où vous pouvez penser, même si cela pourrait être dans l'une des scènes du roman- qui permet de suivre cette histoire très agréablement. Bon, parfois, les scènes de sexe sont un peu rapprochées, un peu violentes, et longues, c'est qu'ils ont la forme les Vikings -et des formes manifestement, puisque non pas équipés d'un simple pénis mais de mandrins épais. Nora n'étant pas en reste puisqu'elle même très en formes appétissantes ainsi qu'Odval la femme d'Halfdan.

En résumé, plutôt pas mal ce roman qui permet de se remettre en tête l'histoire des Vikings de manière décalée et qui va me permettre d'attirer un bon nombre de visiteurs tant j'ai écrit le mot sexe dans ma recension.

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L'homme qui n'a pas inventé la poudre

Publié le par Yv

L'homme qui n'a pas inventé la poudre, Stéphanie Claverie, La Différence, 2016....

Sébastien vit sur l'île d'Oléron avec son père, René, veuf. Sébastien est ce qu'on appelle un handicapé accusant un retard mental. Il est jardinier municipal. Ultra organisé, réglé à la minute près, un rien suffit à ce qu'il soit perturbé. Un jour, au volant de sa voiturette, il porte secours à Barbara en panne avec sa voiture. Barbara vient de reprendre le magasin de chaussures de l'île pour se rapprocher de son fils, Lucas, en rééducation suite à un accident de scooter. Barbara, Lucas, Sébastien apprendront à se connaître, s'aideront.

Un joli roman dans la veine de La tête en friche de Marie-Sabine Roger mais qui va aborder d'autres thèmes, comme la solitude, l'autonomie et la sexualité des handicapés. A petites touches. Stéphanie Claverie n'est pas dans la démonstration ou l'argumentation pour/contre. Elle raconte la vie de ses personnages, leurs envies, leurs désirs, tant les handicapés que les autres. René, le père de Sébastien n'est pas qu'un second rôle, il est là présent, peut-être trop aux yeux du travailleur social qui s'occupe de Sébastien. D'où la demande de son autonomie, René vieillissant, il faut commencer à chercher des solutions.

Court livre au ton optimiste, comme Sébastien, mais pas naïf. Sébastien sait s'attirer autant les faveurs des gens qui prennent du temps pour le connaître que les peurs de ceux et celles qui ne s'arrêtent qu'à son handicap. Partout où il passe, dès lors qu'on prend du temps et qu'on ne le juge pas ni ne le regarde avec pitié ou condescendance, il distille un optimisme convaincant et communicatif. Bon, il peut être parfois envahissant, déstabilisant voire gênant, mais jamais méchant ou violent.

Écriture fluide, directe, tout en douceur, Stéphanie Claverie dresse le portrait de son héros pas comme les autres. Beaucoup de tendresse, de bienveillance et un regard qui ne juge pas. Il m'arrive de rencontrer des gens plus ou moins avec la même différence que Sébastien, au magasin du CAT par exemple (spécialisé en horticulture et jardinage), et c'est toujours avec un grand sourire que nous sommes accueillis. Le moins que l'on puisse faire c'est d'arriver avec un sourire au moins aussi grand. Tellement simple à faire et ça ne coûte rien.

A deux reprises dans l'ouvrage, Antoine de Saint-Exupéry est cité pour la même phrase (dans le texte et dans les remerciements) qui s'applique évidemment parfaitement ici, mais qui peut être largement diffusée et utilisée, tellement elle devrait être au cœur de nos actes et pensées de tous les jours : "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis." A méditer, à diffuser largement.

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L'été Diabolik

Publié le par Yv

L'été Diabolik, Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse, Dargaud, 2016.....

Été 1967, Antoine joue un match de tennis contre Erik, la finale d'un tournoi. Il le gagne. Mais le père d'Erik, en colère agresse le père d'Antoine et les prend même en chasse sur la route quelques heures plus tard. Ce qu'Antoine ne sait pas encore c'est que cet été, celui de ses quinze ans sera totalement inoubliable : entre son premier véritable amour, son amitié bizarre avec Erik, les relations troubles de son père avec un M. de Noé. Cette histoire qui oscille entre roman initiatique et roman d'espionnage est racontée, vingt ans plus tard, dans un roman par Antoine, qui tente de recoller toutes les pièces pour y comprendre enfin quelque chose.

Dès les premières pages, voire dès la couverture, on est frappé par les couleurs dont use Alexandre Clérisse. Vives, criardes parfois, peu courantes dans les bandes dessinées, elles collent à l'époque décrite, la fin des années 60. Même les paysages parfois subissent cet afflux de couleurs, collines roses ou rouges, champs violets... et tout cela donne une BD totalement atypique et formidable visuellement. Ajoutons à cela des cases de différentes tailles, formes, voire pas de cases, justes des dessins qui se suivent et vous comprendrez mon enthousiasme pour cet ouvrage franchement réjouissant.

Le scénario, maintenant : entre roman initiatique et roman d'espionnage disais-je au début de ma recension, c'est tout à fait cela, et les deux s’entremêlent, se joignent, s'imbriquent pour nous surprendre ou nous faire plaisir. Pari réussi. Construite en deux parties (la seconde expliquant les manques de la première), cette BD est une vraie découverte pour moi et un pur bonheur. Surpris, je l'ai été, tant mieux j'adore ça.

Pas long mon article, pas besoin, jetez-vous sur cette BD.

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Mon chat Yugoslavia

Publié le par Yv

Mon chat Yugoslavia, Pajtim Statovci, Denoël, 2016 (traduit par Claire Saint-Germain)..,

1980, Yougoslavie, Eminè se marie avec un homme qu'elle ne connaît qu'à peine, Bajram. Toute jeune, elle ne sait pas grand chose de la vie sauf qu'elle devra être une bonne épouse et se plier aux us et coutumes de son pays. Les préparatifs du mariage avancent, l'angoisse monte.

De nos jours, Helsinki, Finlande, Bekim un jeune homosexuel fait des rencontres dans des bars gays, jusqu'à celle du "chat". Il achète un serpent qu'il laisse vivre en liberté dans son appartement. Bref, Bekim peine à s'intégrer dans la société finlandaise, trop solitaire, trop renfermé.

Plein de bonnes choses dans ce roman mais aussi pas mal de moins bonnes. Commençons par ce qui fâche : beaucoup de longueurs, un livre qui peine à démarrer, il faut attendre la page 130 pour qu'enfin une éclaircie parvienne au lecteur que je suis. Éclaircie qui ne veut pas dire que toute la lumière sera faite sur tous les points qu'aborde l'auteur. Ce qui m'amène à une autre réserve, c'est un roman foutraque qui démarre plein de pistes, les explore ou pas... et peut perdre son public en cours de route. En un mot, c'est parfois le bordel. Pour finir sur les notes moyennes, je dirais que l'écriture n'a rien de suffisamment exceptionnel pour retenir le lecteur. Il faut se faire violence pour tenir les premières pages et ne pas hésiter à sauter des passages longs qui n'apportent strictement rien au fond -ni à la forme- ; 330 pages qui auraient pu être très raisonnablement réduites et condensées sans nuire aux propos.

Malgré tout cela, et malgré mes envies de lâchement quitter le roman, je ne l'ai pas fait car il y a un ton et des situations qui m'ont retenu. D'abord les contextes : celui de la Yougoslavie des années 80 qui va bientôt exploser, Tito venant de mourir laissant place aux nationalismes exacerbés de certains, Milosevic en particulier. Dans ce pays, vivent des Albanais, dont Eminè et son futur mari avec des traditions fortes, dont celle qui concerne le rôle de la femme, très archaïque à nos yeux d'Occidentaux. Ce qui paraissait un beau mariage va vite tourner au cauchemar pour Eminè, devenue femme battue, brimée et aux ordres de son époux. On avance dans la vie du couple bientôt famille avec 5 enfants, notamment lorsqu'ils fuient la Yougoslavie en guerre pour se réfugier en Finlande. Ils y vivront le racisme au quotidien, la honte d'être à part "Nous étions devenus le genre de personnes qui se lient d'amitié avec les opprimés, avec ceux qu'on n'aime pas. Nous étions rejetés au même titre que les Tziganes, nous étions de ceux qui venaient de loin pour entrer dans ce pays, où les gens étaient si blancs qu'on les aurait cru faits de neige tassée. Moi, je nous considérais comme blancs, mais à leurs yeux, notre blanc, ce n'était pas la même chose." (p.193/194) Et pourtant l'espoir, ils l'avaient en arrivant en Finlande, comme le disait Bajram à Eminè : "Ils ont plus que ce dont ils ont besoin. Pourquoi ne voudraient-ils pas de nous ici ? Qu'est-ce qui pourrait bien leur manquer, qu'ils n'auraient pas déjà ?" (p.195)

L'autre partie est consacrée à Bekim qui peine à trouver son équilibre. Jeune homosexuel, sa vie affective est pauvre et son intégration pas très aisée dans ce pays qui n'est pas moins remonté contre les étrangers que dans les années 90 lorsque Bajram et Eminè sont arrivés. Il s'achète un boa constrictor, le laisse vivre dans son appartement en liberté, s'installe avec un ami qui le manipulera et l'utilisera. J'avoue n'avoir pas tout saisi de la vie de ce jeune homme, sans doute me manquait-il quelques codes. Un rien barré, il va devoir passer par quelques épreuves dont celle de la recherche des origines pour tenter de vivre enfin.

Malgré mes réserves, je reste sur une image plutôt positive de ce roman et de l'auteur qui gagnera à faire plus court, plus dense. Il est suffisamment décalé, loufoque pour écrire d'autres livres hors du commun. A suivre donc.

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