Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La cité interdite

Publié le par Yv

La cité interdite, François Gibault, L’Éditeur, 2011

"A travers des textes courts et cruels, François Gibault se livre à son exercice favori, l'observation méticuleuse d'une humanité dans laquelle il ne se reconnaît pas. Une bonne dose d'ironie mâtinée d'autodérision, un soupçon de perversion et le style sec et précis de l'auteur, font de ce recueil un petit bijou d'humour noir." (4ème de couverture)

Dix-huit nouvelles de tailles différentes qui cependant ont toutes en commun de raconter des rêves, des histoires peu réalistes (mais pas forcément irréelles ou irréalisables). Assez hétérogène pour moi : certaines nouvelles m'ont convaincu, d'autres beaucoup moins. Par contre, toutes ont un autre point commun : une écriture belle, tour à tour imagée ou directe, qui décrit lieux et personnages très fidèlement au point que l'on visualise très bien les uns et les autres. Parmi mes favorites :

- A Berlin !, qui commence ainsi : "Neptune en avait marre de tout, d'être français, d'être vieux, d'être vivant et surtout d'être le mari de Françoise, 83 ans, bon pied bon œil, emmerdeuse née." (p.19)

- Un fauteuil pour deux : "Quand il posa le pied sur le trottoir d'en face, juste devant chez lui, l'accident était si présent dans sa mémoire qu'il était incapable de dire s'il était survenu ou s'il y avait échappé." (p.87)

- Julien : "Endormi sur son canapé depuis quelques secondes, une minute au plus, Julien se réveilla en sursaut, comme s'il avait dormi une nuit entière, avec dans la tête le souvenir incertain d'un rêve inouï." (p.179)

Dans ces deux dernières nouvelles, François Gibault joue avec la réalité : sommes-nous dans celle-ci ou dans le rêve du personnage ? Lui-même est-il réel ? Le principe est appliqué à d'autres nouvelles également.

L'humour est noir, grinçant, un rien macabre ; on meurt beaucoup dans des conditions qui peuvent prêter à sourirre chez F. Gibault !

Deux nouvelles moins noires :

- Un malencontreux courant d'air : "Une fois pour toutes, Maxime avait avalé son parapluie, et ses proches affirmaient qu'il allait mourir avec." (p.137)

- Les pruneaux du Caire : "Hortense Poilblanc connaissait Santa Fe, Palos Verdes, Saint-Cyr-sur-Loire, Knokke-le-Zoute, Tarascon, Noirmoutier-en-l'Île et Condé-sur-Iton, pas Le Caire." (p.149)

Plus légères, elles permettent de sourire plus franchement et d'être prêt a repartir pour une nouvelle noire. Ce recueil, s'il est à mon humble avis de lecteur, inégal recèle cependant des pages qui méritent très largement l'attention, ne serait-ce que pour l'écriture de l'auteur et pour ce monde mi-réel-mi-imaginaire qu'il explore.

PS : Sur une expression écrite par l'auteur, un doute m'habite : il écrit "on ne pouvait trouver maître queue plus raffiné" (p.96) ; n'écrit-on pas plus vraisemblablement "maître-queux" ? A moins que ce ne soit un choix délibéré ?

J'ai également une phrase à vous soumettre qui selon moi comporte une erreur, mais je ne donne pas d'indice, là encore, je ne sais si c'est une faute ou de l'humour : "... elle dégraissait et liait avec six jaunes d’œufs au lieu de quatre, et des œufs de canard au lieu de poule, ajoutait de la crème au bouillon, des herbes et du beurre fondu qui faisaient toute la différence." (p.98)

Soyez perspicaces !

Daniel Fattore et La Bouquineuse ont lu aussi

 

 

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

 

Voir les commentaires

Close-up

Publié le par Yv

Close-up, Michel Quint, Ed. La Branche, 2011 (Collection Vendredi 13)

Miranda effectue des tours de cartes au Quolibet, un cabaret assez miteux de Lille, un numéro de close-up. Un soir, entre dans ce cabaret un groupe emmené par Bruno Carteret, magnat du BTP, la cinquantaine triomphante. Miranda reconnaît en lui celui qui dix ans plus tôt, a donné à sa vie son ton misérable. Elle décide de se venger et lui prédit sa mort avant le vendredi 13. Ce qu'elle ne prévoit pas, c'est qu'on va attenter à la vie de Bruno peu après cette soirée et qu'il viendra se réfugier chez elle. Ainsi, elle se retrouve à protéger l'homme dont elle souhaite la ruine.

Les éditions La branche lancent la collection Vendredi 13, et excusez du peu, mais ont déjà publié Michel Quint donc, J-B Pouy et Pierre Bordage ! Et sont prévus Olivier Maulin, Jean-Marie Laclavetine Patrick Chamoiseau et Alain Mabanckou, entre autres. Très alléchant !

Pour Close-up, ce qui m'a emballé tout de suite, c'est le style, la langue de Michel Quint. Je me suis régalé de ses phrases qui alternent le plus beau français, avec des expressions latines (c'est le dada, le TOC même, de Bruno) et les mots de patois lillois ou d'argot. Et ses phrases, très ponctuées, triturées, déstructurées. Quel plaisir de lecture avant tout ! Un exemple ? Allez, je suis bon :

"Ce soir, pas long après la Toussaint, quand les larmes écloses au bord des tombes n'ont pas encore séché aux joues mais que le parfum des fêtes allume déjà l’œil, marché de Noël, grande roue sur la place de la Déesse et tout le tralala, elle glisse de son tabouret, et tend le bras, paume ouverte, pour accueillir cinq hommes et une jeune femme blonde qui entrent en secouant la brume de leurs épaules." (p.9/10)

J'en ai plein d'autres que j'ai notés et notamment les descriptions des personnages qui sont absolument formidables. Lorsque Bruno fait les présentations de sa belle-famille à Miranda, lors de la soirée où elle lance sa prédiction, on a presque l'impression d'être à l'hippodrome ou à une parade hippique, avec belles dames et beaux messieurs :

"Elle s'arrête au passage dire deux mots à un vieux monsieur, tout blanc de poil, une tête de percheron sournois, les dents aussi et la carrure, les paluches comme des pâturons. [...] Miranda passe ainsi en revue, Henri Vailland, frère aîné d'Eléonore, autre cheval, plus grand que son père, les attaches plus fines, mais la gueule, la gueule, il est carnassier ce bourrin-là, et pas à son aise, mou de partout, sauf du râtelier... [...] Jeanne aussi, la cadette, moins jument, quand même de la race, costaud, en robe longue, vraisemblablement d'un jeune créateur audacieux du froufrou et belge, belge comme son mari, Charles Dierickx, "dans les affaires", exactement du négoce par ci par là, un peu de tout, un maigrelet qui respire peu pour bomber le torse, une tête de jockey de trot, avec écrit margoulin partout sur lui, même dans l'accent à la Brel qu'il n'a pas." (p.43/44/45)

Vous l'avez compris je me suis régalé de l'écriture de Michel Quint. Maintenant, qu'en est-il de l'histoire ? Eh, bien assez nébuleuse et rebondissante pour qu'on s'y intéresse aussi. L'auteur maîtrise bien ses effets et nous les distille à petites doses, pour nous garder vigilants. Je pourrais dire que la relation entre Miranda et Bruno est assez prévisible -mais pas désagréable-, mais c'est vraiment le seul reproche que je pourrais faire à Michel Quint.

Le seul ? Pas sûr, lisez plutôt cela :

"Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Frédéric François..." (p.114)

Qui pourra croire que Frédéric François s'attire encore des cris d'adolescentes ? Et même des adolescentes dans ses concerts  ? Et même simplement des concerts ? (Désolé, mes sœurs ! Ne lisez pas ceci, vous qui vous pâmâtes devant ce ... chanteur, pour mon grand malheur -et celui de mes frères-, nous qui fûmes obligés de l'entendre, parfois brailler depuis votre chambre, en duo ou trio avec vous-mêmes !)

Las, M. Quint, je suis désolé de vous dire que vous n'êtes point crédible, vous eûtes été plus inspiré en écrivant : " Elle sait que sa voix a grimpé dans les aigus, qu'elle fait ado hystérique à un concert de Justin Bieber..."

Mais que cela ne vous empêche pas -oh que nenni- de vous précipiter sur ce livre pour déguster, que dis-je pour vous empiffrer, de la belle langue onctueuse, pulpeuse, généreuse et plein d'autres adjectifs en "euse" de Michel Quint !

Merci Davina de chez Gilles Paris.

Voir les commentaires

L'altermanuel d'histoire de France

Publié le par Yv

L'altermanuel d'histoire de France, Dimitri Casali, Ed. Perrin, 2011

"Périodes clés, grands personnages, institutions, textes fondateurs, découvertes capitales, guerres et batailles...
Vous redécouvrirez tous ces pans de l'histoire de France qui ont été oubliés ou réduits à la portion congrue dans les programmes du collège. Comment expliquer la disparition de Clovis, Hugues Capet, Saint Louis, François Ier, Louis XIII, Richelieu ou Mazarin, des programmes du secondaire ? Comment justifier la place désormais mineure accordée à Louis XIV et Napoléon ? Comment expliquer la disparition du traité de Verdun, qui dessine les nouvelles frontières de l'Europe ? De la révocation de l'édit de Nantes ? De la découverte par Pasteur du vaccin contre la rage ? Du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie "(4ème de couverture)

Dimitri Casali part de l'idée de remettre en avant tout ce qui a disparu des programmes scolaires. On commence avec "La naissance des royaumes barbares" et on finit par les Trente Glorieuses. Évidemment, en 340 pages, il n'est point question de faire le tour de l'histoire de France, mais justes des périodes ou des personnages désormais oubliés à l'école, parmi lesquels, on retrouve tout de même Clovis, Napoléon, Mazarin, Catherine et Marie de Médicis !

C'est un livre d'histoire extrêmement bien fait, facile à lire (texte aisé et gros caractères), illustré qui s'adresse donc au public ciblé : les collégiens !

Parfois, je me suis demandé si l'auteur n'en rajoutait pas un petit peu et si tout ce dont il parle méritait d'être dans son livre : par exemple, les Bourgeois de Calais, pendant la Guerre de Cent Ans, mais son argumentaire est bon et sa présentation ne l'est pas moins, donc, je passe au-dessus de mes réserves.

Chaque chapitre est présenté de la même manière : une petite introduction, un "Ce qu'il faut savoir", assez complet et néanmoins résumé de la question étudiée, quelques apartés, anecdotes importants pour bien comprendre l'époque, sur fond rouge et une conclusion sur fond jaune intitulée : "Ce que les collégiens n'apprennent plus"

A la maison, nous sommes amateurs d'histoire sans être des spécialistes et donc le livre a plu : il permet de se remettre en mémoire des périodes ou des personnages si ce n'est oubliés au moins passés au second plan.

Les programmes scolaires ont beaucoup changé ces dernières années, notamment dans cette matière, pour y intégrer des notions sur l'histoire de la Chine, de l'Inde ou de l'Afrique. A l'heure de la mondialisation, l'intention est louable, mais c'est au détriment de l'enseignement de l'histoire de France. 

Une petite suggestion pour finir : et si le temps pris par le retour de la morale -totalement ringarde, inutile et rétrograde- en classe était redonné à l'enseignement de l'Histoire ? Peut-être, les enfants entendraient-ils parler à nouveau de Du Guesclin, de Bayard, de Pépin le Bref, de Colbert ? 

Lu dans le cadre de masse critique de Babelio.

 

PS : si je puis me permettre M. Casali et M. l'éditeur : vous montrez, page 54, la photo d'un bronze du IXème siècle restauré au XVIIIème et vous dites que "L'identité de ce souverain est encore débattue. S'agit-il de Charlemagne ou de son fils Louis le Pieux ?" Je vous suis sur votre affirmation : l'identité est bien encore débattue, mais votre questionnement est erroné puisque la question se pose entre Charlemagne et son petit-fils Charles le Chauve. Pas de bol, une émission D'art Dare récemment diffusée y était consacrée. Plus de renseignements sur le site du musée du Louvre.

 

Voir les commentaires

Prix du roman France Télévision 2011

Publié le par Yv

prix-roman.jpg Cette année, France Télévision repart pour son Prix du roman. La sélection est la suivante :

- Bessora, Cyr@no (Belfond)

- Sorj Chalandon, Retour à Killybegs (Grasset)

- Brigitte Giraud, Pas d'inquiétude (Stock)

- Christian Oster, Rouler (L'Olivier)

- Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard)

- Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit (Lattès)

Pourquoi je vous en parle ? Et bien, tout simplement, parce que j'ai la chance d'être sélectionné avec 20 autres lecteurs pour être juré. La lecture se fera jusqu'au 3 novembre (vous aurez la primeur de mes avis sur le blog, bande de veinards !), et ce même jour aura lieu la délibération dans les locaux de France Télévision. Avec un peu de chance, je verrai peut-être Michel Drucker !

Non, j'déconne !

Non, mais on ne sait jamais, si vous regardez la télé sur un grand écran, peut-être vous pourrez voir dans le journal du midi, un petit bout de ma tête : la ratez pas, des fois que je devienne une star, après, vous pourrez dire : "je le connaissais bien avant, au début de son blog, quand il s'la pétait pas encore. Quoique..."

Ah la la, quelle médisance, voyez comme vous êtes, le petit "quoique" final n'est-il pas superflu ? J'me la pête pas du tout ! J'ai su rester humble et discret et je le resterai même si je deviens célèbre et riche. Bon, je claquerai un petit peu mon pognon, quand même. Y'a pas de raison et surtout y'a pas de mal à se faire du bien, comme on dit couramment. Mais je m'emballe, je m'emballe, pourquoi je dis tout ça moi ? Ah oui, pour mon l'éventuelle possibilité probable qu'on voie un carré de 2 millimètres sur trois de mon visage à la télé.

Bon, allez Yv, va prendre ta tisane et va te coucher t'es encore tout énervé et tu vas faire des insomnies !

Voir les commentaires

Les morues

Publié le par Yv

Les Morues, Titiou Lecoq, Au diable Vauvert, 2011

Ema, Gabrielle et Alice sont les Morues, un groupe féministe qui se retrouve dans un café, organise des soirées DJ. A ce groupe, il faut ajouter Fred, un garçon avec les mêmes caractéristiques. Charlotte, la copine d'Ema et de Fred vient de suicider, mais Ema doute. Elle décide, seule contre ses amis de savoir pourquoi Charlotte en est arrivée là.

C'est un roman fourre-tout : il commence comme un roman de filles, puis bifurque (heureusement !), hésite entre polar, roman politique, féministe, ... Très franchement, le début m'a un peu effrayé, parce que je le sentais parti comme un roman léger, écrit par une fille pour des filles. Pas des femmes, des filles. Et puis, Titiou Lecoq amène gentiment son lecteur vers une enquête journalistique pour connaître les raisons de la mort de Charlotte : "Le lendemain matin, avant même d'ouvrir les yeux, Ema sentit qu'il y avait un truc nouveau dans sa vie mais dont elle n'arrivait pas encore à se souvenir. Et puis tout lui revint d'un coup. La nouveauté, ce n'était pas que le jour de Noël avait été avancé de quelques mois ou qu'on lui avait offert la direction de la rubrique société à Vanity Fair mais bel et bien qu'elle avait enterré sa meilleure amie. Malgré la fatigue de la veille, elle retrouva brusquement l'intuition que quelque chose ne collait pas dans tout ça. Elle se leva en se répétant que le tableau était faux." (p.47)

Au fil de ses recherches, elle va se coltiner des rapports sur la Révision Générale des Politiques Publiques, autrement appelée la RGPP qui, comme un dogme, institue la réduction du nombre de fonctionnaires par deux (on voit aujourd'hui où cela nous mène, notamment dans l'éducation et dans les hôpitaux). Titiou Lecoq est bien documentée et elle explique assez bien les causes et les conséquences de cette RGPP appliquée au titre de l'idéologie, au mépris des dégâts occasionnés. Des dégâts collatéraux en somme. Elle dévoile les dessous de cette politique, qui vise à la privatisation du patrimoine culturel au nom de la rentabilité.

Mais ce roman est aussi un roman de femmes qui se cherchent. Des trentenaires (ou à peine) : celle qui ne veut pas s'engager, celle qui cherche un ami et celle qui est la maîtresse d'un homme haut placé, et Fred qui cherche l'âme soeur désespérément.

Les personnages de Titiou Lecoq ne sont pas trop caricaturaux, Ema, violée quelques années auparavant ne s’appesantit pas sur cette douleur et décide de vivre avec, au grand dam de son ex, qui lui, ne comprend pas qu'elle puisse "oublier" cet acte et vivre quasi normalement. Dans un style direct, franc et parfois cru, elle raconte leurs pensées, leurs actes, chez l'auteure un chat est un chat et l'on sait clairement où elle veut nous emmener. Un peu long par moments (le début surtout, j'ai failli abandonner, mais j'ai bien fait de persévérer), mais on peut passer vite certaines scènes inutiles ou redondantes.

C'est finalement une excellente surprise que ce premier roman de cette jeune auteure qui parle aussi de l'Internet, des blogs, de la vie des trentenaires parisiens (il y a quand même un petit côté parisiano-parisien un brin agaçant, un côté bobo-je-vis-comme-je-veux-et-je-l-affiche) en ce début de XXIème siècle : très actuel.

Lu dans le cadre de masse critique de Babelio.

 

 challenge-rentrée-littéraire-2011                    Les morues par Titiou Lecoq

 

Voir les commentaires

Intermittence

Publié le par Yv

Intermittence, Andrea Camilleri, Métailié, 06 octobre 2011

"La Manuelli, l’une des plus grandes entreprises d’Italie, est à un tournant : ses dirigeants préparent la fermeture de certains établissements en même temps que l’absorption d’une autre société, l’Artenia. A cette occasion, les cruels jeux du pouvoir et de l’argent vont voir s’affronter le vieux Manuelli, père fondateur, tout imprégné de son importance historique, son fils Beppo qu’il méprise, De Blasi, directeur, vrai patron de la société et requin impitoyable, sa secrétaire Anna, amoureuse d’un gigolo, la très troublante et ambitieuse Licia, fille du fondateur de l’entreprise absorbée, un sous-secrétaire d’Etat avide et bigot, des ouvriers en grève et des hommes de main sans scrupules." (4ème de couverture)

Brrr, qu'elle est glaçante cette plongée dans le monde économique ! Magouilles, prises illégales d'intérêts, manipulation et donc manipulateurs-manipulés et vice-versa.

Andrea Camilleri -plus connu pour ses polars avec le désormais célèbre commissaire Montalbano- s'essaie au thriller économique qui n'a rien à envier au bon vieux thriller classique avec ses tueurs en série, ses flics désabusés et ses coulées d'hémoglobine. De rebondissements en retournements de situation, il nous trimbale gentiment dans le monde des requins de la grande entreprise.

Les personnages ont quasiment tous un double visage : le patron, beau gosse, habile, à qui tout réussit, d'un cynisme exacerbé et insupportable, le vieux capitaine d'industrie, peut-être pas si amoindri que cela ; même les femmes ne sont pas épargnées : la femme docile, belle et un peu nunuche -en apparence- et la jeune femme ambitieuse et prête absolument à tout pour en tirer profit. Alors, loin de moi et loin de l'auteur -enfin, là je m'avance, parce que je ne le connais point du tout, et donc j'imagine, je devine que...- l'idée de dire "tous pourris" ou "tous les mêmes" ; il y a bien sûr des gens honnêtes, mais pas sûr qu'il faille les chercher dans les plus hautes sphères de la société civile ou politique. Alors, clichés ? Stéréotypes ? Caricatures ? Peut-être ! Sûrement même ! Mais de la même façon qu'il y a quelques années, un coureur du Tour de France disait qu'on ne pouvait pas gagner une course aussi difficile sans tricher, je me demande si l'on peut parvenir aux sommets totalement propre. Sûrement certains y réussissent-ils ! (Ne voyez dans ma comparaison avec la bicyclette aucune tentation de faire allusion à qui que ce soit. Ce n'est pas mon genre.)

Très largement dialogué, ce roman se lit sans mal et c'est dans ces passages que l'on reçoit en pleine face le cynisme et l'absence totale de scrupules des protagonistes envers ceux qu'ils licencient ou qu'ils spolient en en claquement de doigts.

"- J'ai trouvé un accord avec Pennachi [le sous-secrétaire d'Etat]

- Je n'en doutais pas, dit Marsili.

- On va fermer l'établissement de Nola.

- Et nous laisserons tourner ceux de Gallarte et Saronno, complète Marsili.

- Naturellement.

- Et pour les réductions d'effectifs ?

- Cinq cents unités, saupoudrées ici et là.

- On n'avait pas dit huit cents ?

- Oui, mais Pennachi veut limiter les dégâts. En échange, il va nous aider dans l'opération Artenia. Il m'a formellement garanti que le gouvernement ne ferait pas d'histoire.

- Comment comptes-tu procéder ?

- Toi, tu convoques qui tu dois convoquer et tu officialises la chose. Et prépare-toi à l'attaque des syndicats et aux aboiements des journalistes qui vont monter en épingle les assemblées, les banderoles de protestation, les manifs, les quatre connards qui vont monter sur une grue." (p.40)

Andrea Camilleri distille des infos deci-delà qui questionnent le lecteur et qui trouvent leur explication dans le final, méthode usitée et efficace dans le polar ; l'écriture est simple, classique : mais on ne lit pas Camilleri pour l'exercice stylistique. Ce roman manque néanmoins d'un peu de souffle qui le propulserait sur les hauteurs des 40 PAL (Piles A Lire) les plus courues (là, j'ai tenté une petite blague avec PAL 40 et CAC 40, mais je crains qu'elle ne fasse flop, que ce ne soit un krach abyssal).

Cependant, ce qui est intéressant, c'est l'angle par lequel l'auteur aborde son thème : ses personnages principaux sont des dirigeants sans vergogne, corrompus, véreux. C'est donc un anti-roman social : les ouvriers trinquent, mais on ne les voit pas ; un parti-pris original qui fait de son roman un premier du genre "thriller économique" comme le qualifie l'éditeur.

Voir les commentaires

Mes statistiques

Publié le par Yv

J'avais fait il y a longtemps un petit article concernant les mots-clefs amenant à mon blog et à l'époque certains m'avaient surpris. Et depuis, presque plus rien ! Ah zut alors, mais pourquoi, je n'ai pas de mots cochons qui dirigent vers mon blog ? Pourtant, j'ai tout fait pour : j'ai chroniqué un roman pornographique (le lien est ici pour les plus vicieux d'entre vous, mais pas de problème, c'est discret, personne n'ira cafter !)

De temps en temps, je consulte donc, mais rien ne m'affole. J'ai bien eu une grosse surprise lorsque le livre Le sang des bistanclaques est devenu subitement l'article le plus demandé et le plus consulté. Renseignement pris, merci Laura, c'est en fait parce que Gérard Collard de la librairie la Griffe Noire en a parlé. Ce fut de courte durée, Le Chat de Geluck a repris sa place de leader (d'où sa représentation pour illustrer mon billet, j'espère que M. Geluck ne m'en tiendra pas rigueur, étant donné que grâce à moi, il vend énormément) ! Le Spinoza encule Hegel, de J-B Pouy fait toujours recette, bien sûr !

Alors, venons-en aux mots-clefs, j'ai bien un petit "tableau femme erotic" ou un "femme erot" (probablement un timide qui n'a pas osé tapé le mot en entier), mais rien d'affriolant. J'ai pas loin une "directrice severe", mais je ne sais si c'est un fantasme ou du vécu douloureux de collégien !

Une requête m'interroge, un énigmatique "sommeil, roger schmitt (t/m)" dont j'avoue ne jamais avoir entendu parler : les méandres googleiens sont parfois abstrus.

La dernière demande qui mène sur mon blog et qui me surprend, cette fois-ci sans vraiment me faire sourire c'est "photo des femmes violées au mali". Sans commentaire si ce n'est que j'imagine la déception du demandeur lorsqu'il est arrivé sur Lyvres !

Sur ce, comme on dit par chez moi, je m'en vais vous laisser consulter vous aussi vos statistiques pour voir si vous attirez les pervers ou les intellos, ou les deux, ou ceux qui sont les deux à la fois.

Voir les commentaires

Le cercle de Faidherbe

Publié le par Yv

Le cercle de Faidherbe, Emmanuel Sys, Ed. Ravet-Anceau, septembre 2011

Patrick Rihois est retrouvé mort chez lui, assassiné. Il était directeur d'une agence bancaire à Lille. Mais 20 ans auparavant, il était étudiant en Prépa au lycée Faidherbe. La piste que suivent les policiers Monin et Preux les mène vers un groupe d'amis, qui dans les années 90, en Prépa avait créé un groupe très soudé. Qui parmi eux a eu intérêt ou l'occasion ou le besoin de supprimer Patrick Rihois de trois coups de club de golf ?

Petit polar par le format du livre, édité par un éditeur du nord, Ravet-Anceau. Format poche donc, parfait pour lire en voyage et à peine 180 pages : idéal pour un trajet en train ! Bon, par contre, pour les ceusses, qui comme moi vieillissent, prévoir de chausser une paire de lunettes, les caractères sont petits.

C'est la cinquième enquête du tandem Preux et Monin, Sylvie de son prénom. Pour Preux, je n'ai pas su le sien, mais c'est un garçon !

L'enquête commence doucement et n'aura jamais un rythme échevelé : ça repose ! Néanmoins, un énorme bon point pour ce bouquin : je n'ai trouvé le coupable qu'à 15 pages de la fin, en même temps que l'enquêteur ! Pas mal du tout. Avant, on se demande qui peut être coupable et pourquoi, mais aussi qui ne l'est pas, tellement tous les suspects ont des motifs d'en vouloir à la victime, autant les hommes que les femmes :

"- ...L'ordre des coups est impossible à déterminer.

- Docteur, une femme aurait-elle pu les asséner ?

- Certainement. Lorsque je vois, lors de la vaisselle, ma femme s'approcher de moi, une poêle à la main, pour me faire constater que je l'ai mal essuyée, je n'ai aucun doute sur le fait que si je niais, elle pourrait me fracasser le crâne avec. Un club de golf ne pèse pas si lourd que ça et, si vous ajoutez la fureur qui décuple les forces, il n'y a pas d'hésitation à répondre par l'affirmative à votre question." (p.70/71)

Vous le voyez, l'humour n'est pas absent de ce livre, même si c'est loin d'être sa marque de fabrique. Non, l'auteur nous fait visiter Lille et sa proche banlieue, et s'attache à ses deux personnages principaux : leurs vies personnelles, pas vraiment au top, et assez différentes l'une de l'autre. Ils sont d'ailleurs bien sympathiques ces deux enquêteurs, aimant leur métier, motivés malgré les embûches, malveillances et autres croche-pieds dont ils peuvent être victimes. Pas une ambiance de franche rigolade donc dans le commissariat, ni dans la ville, mais il faut dire que le pluie fréquente n'amène pas les sourires sur les lèvres. Probablement moins dépaysant qu'un polar à Marseille ou en Italie, au soleil, mais authentique et crédible.

Bien écrit, simplement, même si un mot m'a surpris et que j'ai été obligé d'aller chercher sa signification : "Son amour-propre blessé lui commandait de la faire endêver à son tour." (p.111) Eh bien, sachez le endêver = enrager, tourmenter. Point de scène scabreuse ou difficile à supporter, ce roman-policier, classique, à l'ancienne pourrait-on même dire est lisible par un très large panel de lecteurs et lectrices.

Je disais récemment, dans mon article sur le livre de Hervé Jaouen, que les romans dits régionaux avaient à mes yeux -et aux yeux de beaucoup- une image empoussiérée et négative. C'était avant ma lecture du roman breton. Ce "polar en nord" -du titre de la collection- enfonce le clou et aux tenants de bons livres qui ne pourraient être que parisiens et de grands éditeurs, je dirais qu'ils devraient aller voir du côté des petits éditeurs régionaux qui font un travail formidable de découverte et de diffusion. Travail relayé en partie par Les Agents Littéraires par le biais de qui j'ai pu recevoir et lire Le cercle de Faidherbe.

 

challenge-rentrée-littéraire-2011

Voir les commentaires

<< < 1 2