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La mort muette

Publié le par Yv

La mort muette, Volker Kutscher, Seuil Policiers, 2011 (traduit par Magali Girault)

Berlin, fin février/début mars 1930, Betty Winter actrice du cinéma muet qui tourne son premier film parlant meurt accidentellement de la chute d'un projecteur. Du moins, c'est la thèse du départ. Puis, une autre actrice, elle-même en début de tournage d'un film parlant disparaît. Gereon Rath, commissaire est sur l'enquête, jusqu'à ce que celle-ci ait du retentissement, car à ce moment-là, son supérieur le débarque pour reprendre le flambeau. Mais Gereon a de l'avance, ce qui ne plaît pas à tout le monde.

Revoilà donc Gereon Rath de retour. J'avais aimé sa première aventure, Le poisson mouillé, dans le Berlin de l'année 1929, qui appelait une suite. J'ai beaucoup aimé cette mort muette qui n'est pas le dernier puisqu'une troisième enquête est écrite et en cours de traduction. Gros livre (667 pages !) qui ne lasse jamais. Cependant, je débute par une retenue qui vient du contexte : on le sent bien présent, mais l'auteur y fait référence à doses homéopathiques. En 1930, à Berlin, les communiste et les nazis s'affrontent assez violemment dans les rues, la police est sur les dents pour tenter d'endiguer la violence pendant les manifestations des bruns ou des rouges. J'aurais aimé que l'auteur, qui est historien, nous restitue cet arrière plan beaucoup plus fortement. Les policiers Rath et ses collègues ne prennent aucune position, enfin, pas clairement. On sait à peine, on devine plutôt ce qu'ils pensent sans vraiment que ce soit net. On ne peut que supposer, aisément certes, que Gereon Rath n'est pas nazi, dans ce qu'il fait comme allusions, dans le jazz qu'il écoute (musique interdite par les nazis) et dans le fait qu'il roule dans une Buick (voiture étasunienne), ce qui à l'époque, n'est pas forcément bien vu des futurs gouvernants de l'Allemagne. C'est un peu comme si les policiers vivaient hors les événements qui commençaient à secouer le pays. Mais peut-être à l'époque ces événements étaient-ils ressentis comme ayant peu d'importance, on est encore à trois ans de l'arrivée au pouvoir d'Hitler ?

Par contre, une autre partie de ce que j'appelle le contexte est bien restituée : le passage du cinéma muet au cinéma parlant ! Les tenants de l'un s'opposent à ceux qui ne jurent que par l'autre. Les défenseurs du muet pensent que leur cinéma est le seul qui soit artistique et que le parlant signe la mort du cinéma. Les autres pensent a contrario que le parlant est l'avenir. Avenir qui leur donnera raison, mais en 1930, rien n'est encore sûr, ce que rend bien Volker Kutscher.

Venons-en maintenant aux autres bons points : l'enquête est prenante, les personnages suffisamment complexes pour qu'on ait envie d'en savoir un peu plus sur eux. Gereon Rath en particulier, qui oscille entre la règle et des méthodes moins scrupuleuses. Il n'hésite pas à demander des services à Johann Marlow, le chef de la pègre berlinoise, qui les lui rend bien volontiers, ne lui demandant encore rien en retour, pour le moment ; une sorte de contrat secret les lie l'un et l'autre. Rath n'hésite pas non plus à frayer avec la presse, à faire des enquêtes "off" pour le compte de personnes influentes. Tout ce qui est bon pour faire avancer sa carrière, il le prend. Parce qu'il ne pense qu'à cela Gereon. A sa carrière. A son avancement. Sauf lorsque Charlotte réapparaît dans sa vie : là, ses pensées se divisent. C'est ce qui le rend humain, cette ambition, cette envie qu'on parle de lui. Il n'est pas un pauvre flic, désabusé qui ne pense plus qu'à arrêter les "méchants". Ce qu'il veut lui, c'est bien sûr arrêter les meurtriers mais aussi que ça se sache. Il veut donc travailler sur des affaires dont on parle et qui peuvent lui rapporter.

Troisième aventure de Gereon Rath, à paraître : Goldstein. Je prends !

Gros mercis à la librairie Dialogues, pour m'avoir permis cette avant-première, car j'écris ce billet le 17 mars pour un livre qui ne paraît que le 14 avril (aujourd'hui donc, ah la magie des billets programmés !)

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La dernière ronde

Publié le par Yv

La dernière ronde, Ilf-Eddine, Ed. Elyzad, 2011

"Un champion d'échecs russe participe à un tournoi qualificatif pour le titre mondial. Au fur et à mesure des parties, comme monte progressivement un suspense intense, l'homme vieillissant se remémore les étapes importantes de sa vie : ses succès de jeunesse, sa découverte du haut niveau, ses années de labeur auprès de Karpov, puis son exil en France, loin de cette URSS qui a façonné son destin." (4ème de couverture)

Une ronde est une partie d'échecs dans un tournoi ; celui-ci en comportant 11 par joueur. Etant donné le thème de ce livre, on ne peut s'empêcher de penser au début au moins, à Stefan Zweig et son livre Le joueur d'échecs, référence prestigieuse, mais point comparaison. Voilà un jeune auteur qui fait preuve d'une belle maîtrise de son sujet : le suspense monte en douceur, mais sûrement, jusqu'à son acmé : la onzième ronde, la dernière ! Son personnage vieillit et entre deux parties, et même pendant ses parties se replonge dans sa vie. Il revoit son premier mariage, son divorce, ses enfants restés en Russie : "je pensais souvent à eux, je me demandais comment ils s'épanouissaient physiquement et  intellectuellement... Je réussissais à avoir de leurs nouvelles par des amis restés au pays et j'essayais de leur en donner des miennes... Mais je ne peux pas dire qu'ils me manquaient. [...] Pourtant j'aimais -j'aime toujours mes enfants" (p.137) Cet homme n'a vécu que pour et par sa passion, les échecs. Tout ce qu'il a fait à côté était pour avoir une position sociale ; il n'a rien regretté, n'a fait de mal à personne mais au fond de lui, rien n'a atteint la puissance de ce jeu.

Remarquablement écrit, ce roman tient en haleine jusqu'au bout et même pour un ignare dans ce jeu -je ne connais que très vaguement le déplacement des pièces- il est passionnant. Même les détails des parties jouées, avec les cases nommées, les phases de jeu décortiquées ne m'ont pas rebuté. Je les ai lus vite non pas parce qu'ils ne sont pas intéressants, mais parce qu'ils font monter le suspense, même si je suis bien incapable de visualiser la partie avec ces indications de l'auteur (un amateur d'échecs y trouvera sans doute son compte voire y prendra son pied !)

Un premier roman qui dresse le portrait d'un homme vieillissant, solitaire, qui a tout donné à sa passion et qui veut encore lui donner beaucoup, jusqu'à la fin, un homme qui se sent décliner irrémédiablement, un vieil homme très attachant et bien décrit : je peux là saisir les raisons qui font que cet homme passe à côté des autres sans s'y intéresser : lui-même n'y peut rien, sa passion est la plus forte. Belles phrases, souvent longues, sens de la construction de la phrase, Ilf-Eddine montre un style personnel travaillé et abouti.

Pour vous donner encore plus envie, voici le premier paragraphe de ce roman, que personnellement, je trouve très beau et qui annonce joliment la suite :

"Sur l'ensemble de ma vie, j'ai dormi à l'hôtel aussi souvent que chez moi. J'ai connu des établissements modestes, mal chauffés et vétustes, et d'autres, luxueux, qu'ils soient cathédrales soviétiques ou emblèmes impersonnels de la mondialisation. A chaque fois, j'ai aimé l'apaisement procuré par cette clé que l'on vous tend, cette porte qui s'ouvre, cette chambre qui s'offre à vous" (p.11)

Merci Elisabeth, de la maison Elyzad, qui décidément édite de très beaux textes. Moi qui aime l'originalité du propos, surtout lorsqu'il est servi par un style, là, je suis servi.

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La petite culotte communiste

Publié le par Yv

La petite culotte communiste, Nicolas Blaise, Autoédition, 2011

"Si j'étais à votre place j'achèterais ce livre et ce CD. [...] Dedans, y'a plein de choses drôles et d'autres moins. On peut pas toujours rire. Quinze chansons, quatre nouvelles et un bonus théâtral. Ça fait vingt textes." (4ème de couverture)

Commençons par le CD. Nicolas Blaise y chante accompagné de sa guitare, enfin, la sienne, je ne sais pas mais il y a une guitare -voire plus- je l'ai entendue, mais il se peut qu'elle ne lui appartienne pas ! Je n'aime pas toutes les chansons, mais certaines sont excellentes, tour à tour drôles, tendres, mélancoliques, vachardes et même de totale mauvaise foi parfois. Sur les quinze chansons au moins une dizaine est vraiment à écouter : Nicolas Blaise y distille sa poésie, son humour et ses colères contre notre Président et les chrétiens notamment. Les autres me parlent moins, ce qui est inévitable dans un disque. J'ai une petite préférence pour Ce soir je te saute dessus et Au royaume de France, et de manière générale, pour les dernières chansons du CD. Ecoute possible de quelques titres ici.

Passons aux nouvelles et au bonus théâtral : un vrai plaisir de lecture que ces nouvelles absurdo-comiques ou comico-absurdes.

La première intitulée Léopold parle d'un moustique penseur. Le narrateur entame une relation d'amitié basée sur la discussion intellectuelle avec Léopold, lui-même très amoureux d'une salade. "Léopold, c'est devenu mon ami. Je lui ai même présenté une salade qu'il a largement trouvée à son goût. [...] Y'a pas à dire, c'était une bonne salade que j'avais présentée à Léopold." (p.66/67).

La seconde, Paternité, comme son nom l'indique parle d'un homme qui devient père et qui applique des principes, comment dire ? décalés, voilà c'est ça, décalés.

La troisième, Une idylle politique, raconte la rencontre amoureuse entre un homme et une femme aux idées politiques divergentes. Lui, communiste convaincu qui pense que "... le goulag était un camp de vacances. Il paraît que non. Les gens, ils sont jamais contents en vacances. Y'a toujours un truc qui va pas. Oh, on mange pas bien, oh, on a froid, oh, la torture ça fait mal." (p.82). Mal partie, cette idylle ne tient qu'à un détail important, certes, mais ... déroutant.

Dans la quatrième, L'illumination, le narrateur cherche la Vérité divine. Que faut-il faire pour être aimé de Dieu ? Doit-on faire le bien, le mal ? Cruel dilemme.

Et enfin, le bonus théâtral, Croque et Mitaine: un dialogue surréaliste entre Croque et Mitaine, inénarrable qui reprend les thèmes favoris  de Nicolas Blaise : la religion, le Président de la France, la création artistique, ... Un texte particulièrement drôle, excentrique. Je disais absurde au début, je crois que c'est le texte qui l'est le plus. C'est assez difficile de parler des textes de N. Blaise, parce que j'aimerais ne pas dévoiler les chutes, ni mêmes les pirouettes présentes tout au long des textes. En fait, j'aimerais vous faire envie, en ne disant quasiment rien, juste pour que vous ayez le plaisir de la découverte.

Pour conclure, je reprendrais les mots de Nicolas Blaise, qu'il manie très adroitement et très joliment tout au long de ses textes :  "... si vous êtes de droite, croyant ou un peu coincé, je ne suis pas sûr que vous puissiez aimer ce livre. Achetez un autre livre, je vous le conseille. Vous en trouverez plein à votre goût mais celui-là, non. Ça m'embêterait de piéger les gens sur la marchandise." (4ème de couverture). Mais si vous avez de l'humour, vous pouvez quand même tenter le coup (ça, c'est moi qui le dis, parce que je ne vais quand même pas laisser l'auteur tout dire ! Non mais, des fois !).

Merci Les agents littéraires (nouveau site qui veut aider les petits éditeurs et les auto-éditeurs à se faire connaître, tout pile pour moi !) et merci Nicolas Blaise.

rire-copie

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Le royaume des voleurs

Publié le par Yv

Le royaume des voleurs, William Ryan, Ed. Les deux terres, avril 2011

"1936, début de la terreur stalinienne. Le cadavre mutilé d'une jeune femme est retrouvé sur l'autel d'une église désaffectée. L'inspecteur Korolev, chef de la section criminelle de la Milice de Moscou, est chargé d'enquêter. Comme la victime est citoyenne américaine, l'organisation la plus redoutée de toute la Russie, appelée NKVD, s'en mêle. Les moindres faits et gestes de korolev sont observés." (4ème de couverture)

Ce livre est présenté par l'éditeur comme la première enquête de l'inspecteur Korolev. Il est toujours intéressant d'assister à la "naissance" d'un héros récurrent. Enfin, moi, j'aime bien. Et puis, il est assez sympathique ce flic russe. Une quarantaine d'années, vétéran de la guerre 14/18, ancien joueur de football, divorcé et père d'un petit Youri qu'il ne voit plus guère, voilà pour le profil. Il est empêtré dans une histoire difficile et gêné aux entournures par le NKVD et l'angoisse qui règne à Moscou en cette année 1936. En effet, à cette époque, tout le monde espionne tout le monde. Les dénonciations d'un voisin pour récupérer un appartement plus grand, par exemple, ou simplement parce que ce voisin n'a pas une tête très communiste sont légion. Ci-après, une blague de l'époque qui a valu à son auteur, flic, ex-collègue de Korolev, d'être dénoncé et déporté : "C'est un mouton qui tente de franchir la frontière avec la Finlande. "Pourquoi tu veux fuir en Finlande ? lui demande le douanier. - A cause du NKVD, répond le mouton. Le camarade Staline a ordonné que tous les éléphants soient arrêtés. - Mais tu n'es pas un éléphant, dit le douanier. - Oui, je sais, répond le mouton, mais essayez d'expliquer ça aux tchékistes [les hommes du NKVD.]" (p89)

Cette fois encore, le contexte de ce roman policier est suffisamment dense pour attirer le lecteur et le garder. La peur est omniprésente, l'effroi d'être dénoncé pour rien ajoute du suspense au récit. Même au plus haut du sommet, la lutte existe pour le pouvoir, mais personne n'est sûr de rester au poste qu'il occupe très longtemps. Staline décide, Staline fait et/ou défait les carrières et mêmes les vies. Dès lors, il est donc à peine utile de vous préciser que Korolev se doit d'avancer à pas feutrés, sans faire de bruit ni de vagues. L'enquête prend donc du temps et pour tenter d'en perdre le moins possible, il doit s'allier à la fois à un colonel du NKVD et au chef des Voleurs.

Contrairement à beaucoup d'autres polars, le récit est assez linéaire : il n'y a que trois chapitres disséminés dans le livre dans lesquels le tueur s'exprime, en aparté, tout le reste est consacré à l'enquête proprement dite et à Korolev quasiment présent de bout en bout. C'est plutôt pas mal de quitter un peu le modèle dominant du moment dans lequel le tueur intervient très souvent, en parallèle de l'enquêteur.

Pour conclure, pas mal du tout cet inspecteur Korolev. Convaincant, évoluant dans un cadre fort et peut-être une petite histoire d'amour qui s'annonce ?

Lu dans le cadre de  masse_critique.jpg de Babelio. 

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De l'art de ne pas plaire à tout le monde

Publié le par Yv

Le 26 mars dernier, j'écrivais un article sur La gifle de Christos Tsolkias. Un article dans lequel je disais ma déception pour ce livre que je trouvais, malgré une construction intéressante, confus et un brin racoleur. Je n'y ai pas vu ce que d'autres y ont décelé : une brillante étude de mœurs de la société australienne. Bien mal m'en a pris. Depuis, un charmant garçon -enfin, ça je ne peux pas le prouver, même s'il écrit en tant que tel et que tant d'agressivité ne peut être que masculine !- m'envoie des commentaires tous plus gentils, constructifs et tolérants les uns que les autres. Je ne vais tous vous les reproduire là, ce serait faire trop d'honneur à M. Fl.....

Naïvement, je pensais que lire et dire ce qu'on pensait étaient des activités paisibles. Eh bien, je me trompais. Mais merci cher Fl....., je vous pardonne, car grâce à vous, j'ai pu faire une analyse et je sais que je suis désormais -attention, je vous le fais dans le désordre- : raciste, ignorant, petit-bourgeois, méprisant, Victor Hugo -quand même !-, vaniteux, suffisant, cuistre, superflu, vulgaire et asocial. Ouf ! J'en ai peut-être oublié ou il se peut même que je n'ai pas compris certains termes, parce que si je ne suis pas non plus assez intelligent pour comprendre un tel chef d'oeuvre que La gifle, je peux avoir du mal à comprendre la prose de mon cher ami Fl..... Tant de compliments pour un seul homme, vous me flattez, je sens que je vais rougir ! Ajoutez à cela une mauvaise foi exceptionnelle que je travaille quotidiennement -mais pas sur cet article, désolé Fl..... !- et vous aurez une image complète de Yv.

Je ne reporterai pas les commentaires de Fl..... sur cet article, ce serait bien trop long, mais je vous en prie, celles et ceux qui veulent se faire une idée de la chose suivent le lien vers l'article La gifle.

PS : cher Fl....., je n'attends pas moins de vous que vous vous arrêtiez à nouveau chez moi pour commenter et démentir tout ce que je viens de dire avec la bonne foi et la tolérance qui vous caractérisent !

 

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Colères

Publié le par Yv

Colères, Lionel Duroy, Julliard, 2011

Un écrivain, Marc, voit que sa vie de famille explose. Son fils, d'un premier mariage part, lui laissant d'abord un mail accusateur et désagréable et ensuite ses dettes à honorer. Marc, qui se met en quatre pour ses filles, qui fait les courses en fonction de ce qu'elles aiment manger sent qu'elles s'éloignent de lui, qu'elles se jalousent. Même sa femme, Hélène lui dit qu'elle ne le désire plus.

Rien ne va plus. Malgré tous ses efforts, Marc ne maîtrise plus rien de sa vie. Et c'est bien là le problème ! Manifestement, il ne maîtrise pas non plus ce qu'il dit. Quelle lecture rasoir ! Jamais je n'ai eu d'empathie ni même de sympathie pour cet écrivain. Jamais je n'ai réussi à entrer dans ce bouquin. Il parle de choses intimes, très personnelles mais qui pourraient être universelles. Il est très proche d'une possible réalité. Mais je trouve qu'on reste au-dessus sans vraiment pouvoir trouver une ouverture pour s'immiscer dans la vie de Marc et des siens. Et puis, franchement, j'ai eu envie moult fois de lui dire : "Mais bouge-toi ! Impose-toi ! Tes filles, elles sont sûrement admirables, mais se faire mener par des adolescentes est-ce vraiment du rôle du père ? Le père -et les parents en général- ne doivent-ils pas fixer les règles, les limites ? 

Ce livre porte très bien son titre puisqu'il m'a mis en colère contre ce type pas capable de prendre des initiatives, qui subit sa vie plutôt que de la vivre. Qui subit sa famille plutôt qu'il ne vit avec elle. Et je sais de quoi je parle, je travaille à la maison et j'assume mes deux enfants et même deux en plus -et ma femme pourrais-je dire, mais bon ça ferait macho, donc je ne l'ai pas dit.

Bon, je vais me calmer, arrêter les points d'interrogation et d'exclamation, histoire de faire plus zen. J'inspire, j'expire, je fais le vide, je me calme. Ne manque plus qu'un disque sur les chants des dauphins et des baleines pour atteindre le Nirvana. Voilà, ça va mieux.

"Pouf, pouf."(comme disait P. Desproges). C'est donc tout particulièrement reposé, calme, frais et dispos que je  vous livre ma conclusion sur cet ouvrage de Lionel Duroy. Vous êtes déprimé, vous n'allez pas bien, vos enfants vous agacent vous horripilent vous prennent pour des moins-que-rien, votre conjoint(e) ne veut plus que vous la (le) touchiez, vous n'êtes pas au top au travail, alors lisez Colères de Lionel Duroy, vous verrez, il y a pire que vous ! (Ah mince, j'avais dit plus de point d'exclamation ; allez un p'tit coup de dauphins et baleines).

Si vous allez bien ou pas trop mal, évitez ce livre, choisissez un bon polar ou reprenez mes articles depuis le début de l'année, vous trouverez un livre qui vous siéra mieux (tout à fait entre nous, j'en ai deux vraiment superbes à vous conseiller ici et . Vous m'en direz des nouvelles).

Sélection du Prix des lecteurs de l'Express.

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Charlotte Isabel Hansen

Publié le par Yv

Charlotte Isabel Hansen, Tore Renberg, Mercure de France, 2011

Jarle, 24 ans voit un jour arriver dans sa vie d'étudiant chercheur une petite fille de 7 ans, Charlotte Isabel Hansen. Sa fille. Conçue lors d'une soirée très arrosée, avec Annette Hansen qu'il n'a ensuite jamais revue. Lui, l'intellectuel, très loin du monde réel, qui fait une étude sur l'onomastique (=science qui étudie les noms propres, merci M. Larousse) proustienne se trouve alors confronté à cette petite fille qui risque bien de chambouler son existence.

Ce livre débute bien, le premier chapitre, celui dans lequel Jarle apprend qu'il est père, est plutôt drôle et amène bien le personnage principal, sa vie, son œuvre :

- d'abord, le futur père pas préparé à l'être, pas motivé pour l'être et mis devant le fait accompli s'interroge sur sa paternité, puis une fois celle-ci avérée, sur ses capacités à y faire face, à s'occuper de sa fille, lui qui n'a d'expérience des enfants que sa propre enfance ;

- ensuite, le périple de Jarle pour arriver jusqu'à l'aéroport émaillé de rencontres et enfin la première fois qu'il voit sa fille et que Charlotte Isabel (dite Lotte) le voit. Voilà par exemple ce que ça donne lorsqu'il reçoit la lettre contenant le résultat du test de paternité :

" Jarle inspira et expira avec anxiété.

Il s'assit et ouvrit l'enveloppe.

Jarle lut.

Il lut et en resta bouche bée de stupeur.

Quoi ?

Était-ce possible ?

Il lâcha la lettre, la reprit immédiatement, et la relut.

Était-ce vraiment possible ?

Un enfant ?

Un petit enfant ?

Est-ce que lui, Jarle Klepp, avait un enfant ?

Est-ce que lui, Jarle Klepp, était père ?

D'un enfant ?" (p.30)

Et puis, dès le second chapitre, le livre revient en arrière, repose les mêmes questions sur la paternité, etc (pour la suite, prière de vous reporter plus haut). Il exploite le filon du premier chapitre, entre drôlerie et gravité, mais les blagues répétitives sont parfois lassantes.

Tore Renberg nous présente un héros peu sympathique, une espèce d'intellectuel élitiste qui comprend théoriquement qu'il peut y avoir des gens qui n'ont pas son intelligence et qui sont obligés de travailler de leurs mains, des manuels quoi, mais qui pratiquement les méprise. Le monde qui gravite autour de lui, des étudiants chercheurs eux aussi, des professeurs n'est pas plus gouleyant. Alors, certes, c'est de l'humour, de l'ironie, mais j'ai un peu de mal avec ce genre d'humour qui "généralise" et qui sous prétexte de faire rire stigmatise toute une catégorie. Ça peut être drôle à condition que ça ne dure pas. Hors, là, ça dure. Et c'est le plus gros reproche que je fais à ce bouquin : "Allez, Tore, c'est bon, fais-nous ton bouquin en 70 pages et c'est marre ! Après tu te  répètes et tu n'es plus crédible !" Et oui, je suis comme ça, je le tutoie moi, le Tore. Mais si en Norvège, c'est comme en Suède, il paraît que c'est l'usage !

Et Lotte me direz-vous -si, si je compte bien que vous me le disiez, donc je réponds avant même que vous ne m'eussiez posé la question ? Et bien Lotte, elle est là pour faire exploser la vie de Jarle. C'est le détonateur, le candide qui remet tout le monde dans le droit chemin. Tout est tellement prévisible ! On sait en gros en ouvrant le livre comment il finira. Si j'avais mauvais esprit, j'userais des deux adjectifs suivants : caricatural, stéréotypé et téléphoné. Quoi ? J'en ai écrit trois ? Ah, c'est que j'ai encore plus mauvais esprit que je ne pensais.

La magie n'opère pas. Peut-être ai-je perdu l'innocence nécessaire à ce genre de lecture ? Et pourtant, je travaille avec des enfants de cet âge 24h/24h, ce qui devrait me permettre de rester jeune. Qui sourit ? Attention, je prends les noms !

Sélection du Prix des Lecteurs de l'Express.

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Pizzicato

Publié le par Yv

Pizzicato, Yaël König, Ed. Yago, 2011

"Jean Bertini, célèbre violoniste est assassiné à Nice. Jeune inspecteur, Nathan Godfine mène l'enquête, mais l'affaire ne sera jamais résolue. Quinze ans plus tard, le ténor Isaac van Jong est tué avant d'entrer en scène. A côté de son cadavre gît une poupée mutilée." (4ème de couverture). Cette poupée Nathan l'avait déjà vue près du cadavre de Bertini. Commence alors une enquête dans le milieu de l'opéra, de la musique classique.

Pas mal du tout ce roman policier. D'abord pour le milieu qu'il décrit, pas très courant dans ce genre de littérature. Ensuite pour les personnages campés qui sont attachants. Alors, certes, les héros ont tendance à être tous très beaux, tous très intelligents, une sorte d'élite culturelle-physique-musicale, mais je n'ai pas boudé mon plaisir à voyager en leur compagnie à Nice. Yaël König offre une belle visite de l'opéra de cette ville, nous guide dans tous ses recoins et nous promène dans cette vile, que personnellement, je ne connais pas du tout. C'est bien, ça change des visites de Paris, et en plus, "il y a le ciel, le soleil et la mer..."

Revenons à nos meurtres et à notre inspecteur Godfine, devenu entre temps commissaire. Il est amateur de grande musique et d'opéra. Avec son copain journaliste musical, Baptiste Del Chiappo, ils vont régulièrement aux concerts, et Baptiste peaufine les connaissances de Godfine en la matière. Baptiste est aussi d'un grand secours lorsqu'il s'agit de faire le portrait des plus grands chanteurs, dont Isaac van Jong et la cantatrice qui suivra dans la liste macabre.

Nathan travaille à l'ancienne : il a un cahier dans lequel il écrit "Ce que je sais" en noir sur une page  et "Ce que je ne sais pas" en rouge sur l'autre page. Les éditions Yago et l'auteure ont inséré dans le livre des paragraphes dans lequel le meurtrier s'exprime -sans que l'on ne connaisse son identité- écrits en rouge, comme dans le cahier de Godfine. Bien vu ! Ces incursions de l'assassin font bien sûr monter le suspense, puisque l'on sait clairement ses motivations. En outre, aucun indice ne nous met la puce à l'oreille quant à son identité ; personnellement, j'avais plusieurs suspects, mais tout au long du livre, ce n'est pas le bon, qui dans mon esprit tient la corde.

Bien écrit, très agréable à lire, ce roman policier, en plus de nous tenir en haleine nous présente, comme je l'ai dit plus haut, des personnages très attachants. En premier lieu, Nathan Godfine -mais comment prononcer son nom ? Pendant toute ma lecture, je me le suis demandé : à l'anglaise "Godfaïne" ou à l'italienne "Godfiné" ou tout simplement à la française ? Ça m'a turlupiné, ça me turlupine encore. J'ai opté pour la version italienne, ne réussissant pas à me faire à la française et compte tenu de la proximité de ce pays lorsqu'on est à Nice. Bon parenthèse fermée. Yaël König décrit bien ses personnages, même -et surtout serais-je tenté de  dire- les "seconds rôles". Elle écrit des biographies complètes des victimes, de certains témoins et de suspects. On pourrait penser que c'est vain puisqu'ils ne font qu'une courte apparition, mais au contraire, je trouve que cela donne une humanité au récit, par ailleurs pas drôle du tout, surtout que les cadavres sont mutilés atrocement. Et puis, pour des gens comme moi, assez inculte voire ignare en opéra, Yaël König parle de cet art de manière qui donne envie de l'écouter. "Aussi ne t'interroge pas sur l'étiquette à donner à ta voix. Travaille-la, préserve-la, puis ne crains pas de la laisser jaillir lorsque c'est nécessaire. Le chant est séduction parfaite ; il est bonheur. Parfois même guérison." (p.148)

Bien écrit, contexte merveilleusement et sensuellement décrit, récit maîtrisé et judicieusement construit, faites vous plaisir !

Merci à Gilles Paris.

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