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La cygne noire

Publié le par Yv

La cygne noire, Dominique Chevallier, In8, 2022

"Cygne noir. Se dit d'un phénomène imprévisible dont la survenue est considérée comme proche de l'impossible, mais qui survient un jour et change l'ordre des choses." (4ème de couverture)

Suzanne Schubert. Élevée par un père ex-professeur de philosophie, handicapé à la suite d'un accident et très dur avec elle. Elle décide qu'elle sera un jour Présidente de la République. Avant d'arriver au sommet, elle s'entraîne avec les futurs prétendants, entre à Sciences Po, ne s'y fait pas beaucoup d'amis. Sa froideur, ses réparties cinglantes, sa grande intelligence et sa culture la rendent infréquentable car redoutée. Suzanne est irrésistible, tenace, pugnace. tout pour réussir.

Excellent roman qui débute avec une scène tragique certes, mais racontée avec une légèreté qui m'a fait pouffer : "Anne était au volant. La survenue d'un puissant désir allait lui coûter la vie. Cela faisait des mois que Pierre ne l'avait pas touchée. Elle avait soudain eu besoin de tenir son sexe dans la main. Tout en conduisant elle entreprit d'ouvrir la braguette de son mari. Tentant de venir à bout d'un bouton récalcitrant elle détourna la tête quelques secondes le regard de la route. Le choc fut effroyable. Anne mourut sur le coup." (p.7) Le reste du roman se déroulera dans le monde politique dans lequel Suzanne s'engage. Elle a trouvé le bon pigeon, celui sur lequel elle va s'appuyer pour grimper. Ce sera Antoine Gouda qui, encore loin dans les sondages, rêve de l’Élysée. Les allusions sont légion, dans les descriptions des personnages, dans certains noms : l'un est un mélange entre Straus-Kahn et Vals et Antoine Gouda/François Hollande : "Suzanne a compris que sur à peu près tous les sujets il choisit d’adopter une position médiane, mais légèrement infléchie vers la gauche afin de se trouver en parfait équilibre sur l'axe central du Parti socialiste." (p.83)

J'ai ri parfois, jaune souvent tant le roman sonne réaliste et se moque de la classe politique en général qui vit dans un entre-soi, qui voit d'un mauvais œil cette jeune femme débouler et remettre en cause la prédominance masculine et misogyne. C'est extrêmement vachard et bien vu, méchant et drôle -on peut rire des puissants qui se moquent si souvent de nous. Le cynisme est présent à toutes les pages, celui des élus bien sûr, le mépris, le machiavélisme. Leurs mots sont creux, ils les vident de leurs sens. J'en ai noté des pages, mais je ne peux pas toutes les citer, c'est dommage parce que l'auteur est très observateur et analyse finement les us et coutumes politiques.

Dominique Chevallier décrit un vieux monde, celui de la politique qui ne sert que quelques privilégiés. Suzanne est une jeune femme éminemment romanesque, ambitieuse, voulant prouver qu'une femme vaut largement un homme voire davantage. Elle fracasse ce panier de crabes. Elle est forte et fragile, mais peu le savent. Un personnage qu'on n'oublie pas aisément qu'on n'a d'ailleurs point envie d'oublier. Et de se prendre à rêver qu'il en existe vraiment des comme elles qui viendraient exploser ce vieux monde...

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