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Enrage contre la mort de la lumière

Publié le par Yv

Enrage contre la mort de la lumière, Futhi Ntshingila, Belleville, 2021 (traduit par Estelle Flory)

Mvelo adolescente de 14 ans vit avec sa mère Zola dans un bidonville d'Afrique du sud. Ce ne fut pas toujours le cas, Zola était championne de course à pied avant d'être enceinte et reniée par son père.

A à peine plus de trente ans, Zola meurt du SIDA, laissant Mvelo seule dans leur cahute. Seule pour se confronter au monde violent du dehors dans lesquels les jeunes filles risquent le viol à chaque coin de rue. Seule pour vivre dans un pays ravagé par l'apartheid et la misère.

Futhi Ntshingila est journaliste, ce roman dont le titre est emprunté à un poème de Dylan Thomas est son deuxième. La couverture est l’œuvre de Agrippa M Hlophe, artiste sud-africaine.

Très beau roman qui met en scène des femmes. Des femmes fortes aux destins divers, qui toutes devront se battre et faire preuve d'une force de caractère peu commune pour résister à tout ce qui les entoure : les agressions, les viols, la misère, le racisme, le sexisme... Elles sont attachantes, émouvantes, on a très envie qu'elles se sortent du cercle vicieux dans lequel elles entrent dès l'enfance. Les femmes de Futhi Ntshingila sont puissantes, elles ne se laissent pas faire même lorsqu'elles subissent. Elles luttent pour leurs droits de femmes noires.

C'est un roman prenant, écrit dans une langue simple qui fait ressentir les émotions des héroïnes, qui amène inévitablement des images. A travers les luttes de Mvelo, Zola et les autres, l'autrice écrit un livre plus général sur les femmes. Le particulier et le fictif pour décrire l'universel et le réel. Il débute ainsi :

"Après l'enterrement de Sipho les choses empirèrent peu à peu pour Mvelo et sa mère Zola. Mvelo était jeune, mais elle se sentait vieille comme une chaussure usée. Elle avait quatorze ans et son esprit quarante. Elle arrêta de chanter. Pour sa mère, elle essayait de toutes ses forces de rester optimiste, mais l'espoir glissait entre ses mains comme un poisson. Elles se trouvaient déjà dans une situation difficile, lorsque quelqu'un du bureau de versement des pensions avait décidé de suspendre leurs aides sociales. Elles recevaient une aide parce qu'elle était mineure, élevée par une mère célibataire de trente et un ans ; l'autre était pour Zola, à cause de son statut." (p.11)

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Luocine 21/02/2021 07:33

Cela se passe au temps de l'apartheid ou l'auteure montre que l'apartheid existe toujours?

Yv 23/02/2021 15:59

Ce n'est plus l'apartheid, mais les inégalités perdurent et les noirs sont toujours les plus pauvres dans les bidonvilles