Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Hiver à Sokcho

Publié le par Yv

Hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin, Ed. Zoé, 2016

Sokcho, petite ville balnéaire du Corée du sud, proche de la frontière avec la Corée du nord, Yan Kerrand, bédéiste normand, en plein hiver, prend une chambre dans une pension. La jeune femme qui le reçoit, franco-coréenne est intriguée par cet homme venu à une saison où aucun touriste n'est présent. Intriguée puis un peu agacée lorsqu'il reste dans sa chambre ne venant même pas dîner, goûter à sa cuisine.

C'est un très court roman, le premier d’Élisa Shua Dusapin, elle-même franco-coréenne, qui prend son temps et qui se déguste. Il prend le temps donc d'installer les deux personnages principaux. Chacun dans sa personnalité et dans sa solitude. Ils vont chercher à se rencontrer, maladroitement, lui par ses dessins : il tâtonne, cherche, hésite, jette beaucoup. Elle par sa cuisine qu'il ne goûte pas. Ils ne se rejoindront pas vraiment, mais un peu quand même, chacun prenant de l'autre pour avancer.

L'écriture est fine, précise, douce, un peu comme si quelqu'un nous murmurait le texte à l'oreille. Elle décrit brièvement les paysages pas très jolis de cette ville l'hiver. Elle est sensuelle également, parle des corps, des lignes, celles que cherche le dessinateur, celles de la jeune femme, de son amoureux mannequin qui n'hésitera pas à recourir à la chirurgie si on le lui demande, d'une cliente qui se remet doucement d'une opération esthétique... Élisa Shua Dusapin aborde les thèmes de la rencontre, de la solitude, de l'identité notamment lorsqu'on a une double culture.

Un très beau texte qu'il faut prendre le temps de découvrir, ne point trop se presser pour n'en rien rater. Il débute ainsi :

"Il est arrivé perdu dans un manteau de laine. Sa valise à mes pieds, il a retiré son bonnet. Visage occidental. Yeux sombres. Cheveux peignés sur le côté. Son regard m'a traversée sans me voir. L'air ennuyé, il a demandé en anglais s'il pouvait rester quelques jours, le temps de trouver autre chose. Je lui ai donné un formulaire. Il m'a tendu son passeport pour que je le remplisse moi-même. Yan Kerrand, 1968, de Granville." (p.5)

Commenter cet article
H
J'aime beaucoup les écrits de cette auteure.
Répondre
Y
Moi c'était mon premier
P
J'avais été un peu mitigée... Je me permets de déposer mon lien car j'explique pourquoi https://pativore.wordpress.com/2016/12/26/hiver-a-sokcho-d-elisa-shua-dusapin/
Je te conseille Les billes du Pachinko que j'ai mieux apprécié (je n'ai pas encore lu son 3e roman).
Répondre
Y
J'imagine que cet effacement dont tu parles est voulu, c'est vrai que la ville et la nourriture sont très présents. Je verrai pour lire ses autres romans
A
Merci pour cette présentation d'une lecture qui t'a mise sous le charme.
Répondre
Y
Oui c'est un beau roman, tranquille
K
J'avais bien aimé ce roman délicat.
Répondre
Y
Voilà, c'est le mot exact : délicat