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Noir côté cour

Publié le par Yv

Noir côté cour, Jacques Bablon, Jigal polar, 2020

Paris, un immeuble de cinq étages. Tout en haut, Galien vit dans un studio appartenant à son père. Il observe toute la journée par sa fenêtre. Dessous, Dorothéa et Guillermo un couple parfait qui fait la fête. Au troisième, un mort récent, exportateur de pistaches. Au second, Ugo Lighetti, un solitaire qui loge une mystérieuse jeune femme brune qui ne parle pas français. Au premier, deux jeunes hommes, lettons dont l'un est blessé et qui quittent précipitamment les lieux.

Ils ont tous plus ou moins des choses à cacher. Des peccadilles pour certains. Pour d'autres du lourd.

Remarque liminaire qui ne sert sans doute à rien, mais que je ne peux m'empêcher de noter : inévitablement, dans des genres différents et sans faire de comparaison, ce roman m'a rappelé Le Syrien du septième étage de Fawaz Hussain, la vie dans un immeuble parisien où se croisent des gens d'origines diverses et surtout le numéro 11 de la rue Simon-Crubellier dans le chef d’œuvre de Georges Perec, La vie mode d'emploi. Mais aussi Fenêtre sur cour... C'est fort de ses images que j'ai écrit cette recension.

Jacques Bablon continue son exploration des couleurs après Trait bleu, Rouge écarlate, Nu couché sur fond vert, Jaune soufre. A chaque fois, personnages et histoires différentes, l'auteur a une imagination débordante. Pour Noir côté cour, j'ai été séduit dès le début. Jacques Bablon a une idée de génie, celle de nous faire faire connaissance avec les habitants de l'immeuble en suivant une puis plusieurs gouttes d'eau qui partent d'une fuite de la chasse d'eau d'un appartement pour s'immiscer dans chacun des autres. Fascinant, j'ai adoré. "Le joint en fibre a fait son temps, l'eau commence à passer entre l'écrou de 17 et le collet battu de l'extrémité du tube de cuivre alimentant le réservoir. Il est presque minuit quand une première goutte d'eau tombe sur le parquet. [...] Une flaque s'est formée à côté des WC. Les lames du vieux parquet de chêne ne sont plus jointives, l'eau s'infiltre dans les fentes. Il est deux heures du mat' quand les premières gouttes commencent à suinter sous les lames et se perdre dans l'épaisseur du plancher." (p.7 et 9)

Et la suite est tout aussi bonne. Scénario impeccable : les petits détails laissés ça et là prennent sens quelques pages plus loin. Tout s'emboîte parfaitement. Dans cet immeuble où les habitants se croisent et se saluent, certains sont plus liés que d'autres par les fameux secrets que j'évoquais plus haut.

Lire Jacques Bablon, c'est un peu comme écouter une chanson de Georges Brassens : tout paraît simple, mais chaque mot est choisi, pesé et réfléchi et tout coule admirablement. L'auditeur ou le lecteur se laisse porter avec délectation. Il écrit au plus juste, ses romans noirs sont courts et denses. Ses personnages sont atypiques, des voisins, des connaissances, des gens qu'on peut croiser quotidiennement. Ce sont les situations qu'ils traversent qui sont moins ordinaires, mais tout cela est narré de manière assez légère qui ne donne pas de sensation de stress ni d'angoisse.

Cinq romans de Jacques Bablon lus et chroniqués, cinq excellents moments.

Commenter cet article

Kathel 23/11/2020 09:31

Tu as le don de dénicher des polars qu'on ne voit pas ailleurs (et intéressants !)

Yv 23/11/2020 10:25

Jigal polar devrait être davantage connu, il publie des polars français vraiment très bons

Luocine 22/11/2020 08:22

Je lis peu de polars mais ce que tu dis de celui-ci et les références auxquelles tu fais allusion me tentent beaucoup.

Yv 22/11/2020 08:52

Parfois le mélange polar-roman classqiue est tellement bien fait qu'on ne sait dans quelle catégorie classer, si tant est qu'il faille classer